‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 12 sur 133 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

■la hiérarchie, du haut de laquelle il gouvernait le monde. Il répétait la métaphore des deux luminaires suspendus « au firmament de l'Église militante », et la théorie des deux glaives. « L'empereur, disait Nicolas III, a pour office de tirer le glaive matériel sur un signe du vicaire du Christ.»

La papauté se trouva donc d'accord avec l'Allemagne pour continuer l'empire; mais toutes les deux voulurent que l'empereur ne fût redoutable ni à l'anarchie allemande, ni à la puissance pontificale. La faiblesse et la pauvreté d'un prince seront ses meilleurs titres auprès des électeurs. « Il n'y a dans l'univers, dit un empereur du xiv^ siècle, rien de plus dépouillé, de plus indigent, nil spolatius, nll indigentius, que l'empire. » Déjà est vrai le mot de Granvelle, le ministre de Charles-Quint : « L'empereur, pour soutenir sa dignité, ne tire pas de l'empire la valeur d'une noisette. »

Cependant la théorie des droits impériaux est intacte : même c'est alors qu'elle s'amplifie et s'achève. Les pouvoirs découvrent d'ordinaire toute leur raison d'être quand ils vont cesser d'être, et toutes les décadences sont orgueilleuses.

Le plus misérable empereur est le plus fier de ses titres au gouvernement du monde. Il va chercher la couronne au delà des Alpes, qu'il passe avec une mince escorte de fidèles et d'aventuriers. Les pires déconvenues l'attendent à Rome. N'importe! Il se glisse comme il peut entre les discordes italiennes; il arrive, se fait couronner, voit défiler des processions où sont portés des étendards ornés de la louve nourricière. Il couche dans les appartements d'Auguste et de Livie, et il s'enfuit, heureux quand il n'a pas fallu combattre avant d'entrer à Saint-Pierre; car c'est une terrible ville que cette Rome : elle mange les hommes et engendre la fièvre : Borna voraxJioininum... Roma ferax fehrium...

Solennelle était l'élection de l'empereur. Lorsque les électeurs se rendaient à Francfort, toute guerre était suspendue sur leur passage; les princes leur devaient la conduite et les villes les vivres « au commun prix et cours ordinaire ». Francfort avant leur arrivée mettait hors les murs

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