XXII PRÉFACE
« maître du monde » ; fils de Jean de Bohême, qui mourut à Crécy d'une mort de chevalier aventureux, il avait fait les affaires de sa famille. Il s'était constitué un empire aux limites orientales de l'Allemagne. C'était la coutume des princes élus pour leur pauvreté que d'employer leur dignité à s'enrichir. Fortune faite, ils laissaient • à l'Allemagne ses « libertés », contents de faire planer au-dessus du chaos leur titre magnifique.
Cependant toutes les réalités se coalisaient contre la persistante illusion de l'empire. Les nations continuaient de croître. La France et FAngleterre achevaient de prendre conscience d'elles-mêmes dans le duel qui a duré cent ans. Ni l'une ni l'autre ne reconnaissait la suprématie de l'empire. Il y a une inintelligence des chimères, qui est propre à la France; Philippe le Bel l'exprima un jour en répondant à un mémoire tout plein des prétentions impériales par ces mots : « A^i?«js^er?/?a»ice; cela est trop allemand. » C'était une maxime ordinaire dans la bouche des nobles que le roi de France « ne tient que de Dieu et de l'espée et non d'autre ». « Les nobles rois de France, dit un juriste, sont empereurs dans leur royaume, et feseurs et conditeurs en la loy. » Un autre proclame leur immédiateté devant Dieu : nos rois sont « vicaires de Jésus-Christ en sa temporalité. »
Le solennel Charles IV, l'empereur de la Bulle d'or, vint un jour visiter, à Paris, son neveu, notre roi Charles V. Celui-ci envoya à son hôte deux chevaux noirs; à dessein, il les avait choisis de « cesluy poil, qui est le plus loing et opposite du blanc, pour ce que, es coutumes de l'empire, les empereurs ont accoutumé entrer es bonnes villes de leur empire sur cheval blanc; si ne voulait pas le roy qu'en son royaume le fît ainsi, afin qu'il ne peut être noté aucun signe de domination ». Et il alla audevant du César « sur un grand palefroy blanc richement ensellé, tout aux armes de France ». L'Angleterre prenait les mêmes précautions. Lorsque Sigismond, fils de Charles IV, se rendit dans l'île, comme il s'apprêtait à descendre du vaisseau, il aperçut le duc de Glocester, qui s'avançait à cheval, pour le sommer, la pointe de l'épée