‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 16 sur 133 · PRÉFACE XXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXIII

tournée vers la poitrine auguste, de ne rien entreprendre « contre la supériorité du roi. »

Les nations se détachaient donc de plus en plus des pouvoirs universels : l'universel partout était en décadence. La papauté, qui avait vaincu l'empire, avait été vaincue par le roi de France. Elle avait, elle aussi, achevé la théorie de ses droits, au moment même où elle allait descendre du faîte de sa grandeur. Elle avait fini par croire que la Germanie, d'où lui étaient venus deux sauveurs et deux maîtres, Charlemagne et Otton, lui appartenait et que l'empire était sa chose. Elle disait que les princes allemands tenaient d'elle leur origine, qu'elle les avait « plantés comme des arbres d'élection », leur octroyant « par une grâce singulière le droit de choisir celui qui tient les rênes de l'empire romain ». Elle prétendait juger d'une élection d'empereur comme d'une élection d'évêque. « Après nous être fait présenter le décret d'élection, et l'avoir examiné nous-mème avec nos frères, attendu que la personne de l'élu, autant que nous avons pu en juger, lui n'étant pas présent, a été trouvée par nous suffisante et vertueuse, nous le tenons pour élu et le jugeons apte à être promu empereur. »

Le pape qui approuvait en ces termes l'élection d'un empereur était prisonnier dans Avignon; le pouvoir qui parlait si haut n'était plus qu'un instrument de la politique française. Les princes allemands résolurent de se soustraire à l'autorité du captif. Hardiment ils procédèrent à la sécularisation de l'empire, en déclarant, dans une assemblée solennelle, « que de Dieu seul procèdent l'autorité et dignité impériales; qu'il est de droit et de coutume légitime que l'empereur, aussitôt élu, doive être par le seul fait de l'élection réputé et nommé vrai roi et empereur des Romains sans avoir besoin de l'approbation ni de la confirmation du Pape, ni de qui que ce soit au monde. »

Ainsi fut déchirée l'union des deux pouvoirs que la sagesse des ancêtres avait jugée nécessaire et déclarée indissoluble. Le spirituel va d'un côté, le temporel de l'autre; pape et empereur, les deux plus grands fils de Dieu, font maison à part. Mais toute maison divisée contre elle-même

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