PRÉFACE XXV
Du moyen âge, tout est cadavre et ruine. Parmi ces morts et ces débris gît le saint empire.
La découverte du nouveau monde lui a été fatale, autant que celle de Tantiquité. La vieille théorie pontificale et impériale expliquait et organisait, pour ainsi dire, les destinées de l'humanité, mais d'une humanité très étroite, resserrée dans le temps et dans l'espace, entre Jérusalem et Rome, et qui n'était que le peuple de Dieu, grossi par des Romains et par des Germains, un Israël agrandi.
La croyance que l'Ancien Testament était le symbole du Nouveau et l'empire romain la préparation de l'empire chrétien donnait une logique auguste et simple à la succession des temps et des choses, depuis le jour du commencement où Dieu créa le ciel et la terre. Mais les grands voyageurs du xV^ siècle découvrent toute une partie de l'humanité demeurée inconnue. D'étranges questions s'imposent : ces Peaux-Rouges étaient-ils dans l'arche de Noé? A coup sûr, ils n'avaient jamais connu les aigles ni la paix romaine. Ils n'avaient point entendu le Christ, ni vu venir vers eux les pieds des hommes qui apportaient la paix chrétienne. De quel droit les théoriciens de l'empire et de la pnpauté avaient-ils donc parlé d'un gouvernement du genre humain, eux qui avaient ignoré cette immense partie de V humanum geniis"^
Ce n'est pas tout. La terre, bien que doublée, apprend qu'elle est petite, toute petite dans l'univers. Elle croyait qu'elle était le centre immobile autour duquel tournait le soleil, et que les étoiles étaient faites seulement pour embellir ses nuits. Mais les savants enseignent qu'elle n'est qu'un fragment du monde solaire, lui-même fragment de l'univers. Elle n'a donc point le monopole de la vie, ni le monopole de Dieu. Jérusalem et Rome, les deux points lumineux, pâlissent et s'amincissent. Dieu s'éloigne de toute l'étendue qu'il gagne dans les espaces infinis.
Au moment où se manifestent l'élroitesse et la fausseté de la conception du sacerdoce et de l'empire, la Réforme la ruine dans ses principes La Réforme, c'est la reprise de possession par l'individu chrétien de sa conscience, perdue jadis dans une conscience universelle; c'est l'examen