‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 2 sur 133 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

L'Eglise a consacré cette idée. Elle s'est appelée romaine et elle a eu raison : elle est devenue catholique, c'est-à-dire universelle, parce que la nation unique était propre à recevoir une religion unique, comme les cadres impériaux à loger la hiérarchie d'un sacerdoce. Aussi les chrétiens ont-ils cru que l'empire avait été la préparation de l'Eglise. Leurs docteurs ont enseigné que cette forme du temporel, pensée par Dieu au premier jour, était définitive, et que l'empire vivrait comme l'Église jusqu'à la consommation des siècles, pour se confondre avec elle en Dieu dans l'éternité. L'Église a donné à l'empire une existence idéale, par laquelle il a survécu à sa réalité.

C'est pourquoi Gharlemagne, un Germain, héritier universel de l'invasion qui a détruit l'empire, devient imperatoi' augnstus en l'an 800, alors qu'il ne reste plus rien en Occident de l'administration impériale : ni forces, ni finances publiques, ni loi commune. Un siècle et demi après, Otton, né en Saxe, dans celui des pays allemands qui était demeuré le plus étranger à la civilisation antique, Otton, prince d'un peuple de paysans, reçoit, dans la Ville par excellence, le môme titre d'imperator augustus. Dès lors, durant des siècles, malgré que le monde se transforme et s'agrandisse et que l'esprit se renouvelle par des révolutions successives, il y aura sous le casque et la cuirasse, puis sous le chapeau et la perruque, des empereurs tantôt puissants et tantôt misérables, mais toujours empereurs et toujours augustes.

Ces personnages impériaux semblent souvent penser, parler et agir en rêve.

Otton 111, qui régnait en l'an mille, habite le palais sacré de l'Aventin. Il appelle Rome « la tête du monde, la ville en or ». Il adresse ses édits au Setialus populusque romanus. Ce Germain, ce Saxon, qui n'a de force que par l'Allemagne et par la Saxe, s'imagine qu'il a réduit la Germanie en province romaine. Il se vante d'avoir donné aux Romains l'Allemagne « où leurs pères n'avaient jamais rais les pieds, afin que le nom et la gloire de Rome fussent portés jusqu'aux frontières du monde ». Il appelle Justinien son très saint prédécesseur. Il met le Code de ce légis-

PREFACE Vil

lateur dans la main du magistrat qu'il investit d'un office de judicature, en disant : « Selon ce livre, juge Rome et l'univers. » 11 distribue le droit de cité : « Si quelqu'un désire devenir Romain, qu'il s'adresse humblement à l'empereur, pour demander qu'il lui soit permis d'entrer sous la loi romaine et de prendre le titre de citoyen romain. »

Cent cinquante ans après, en pleine féodalité, l'empereur Frédéric Barberousse, féodal par excellence, chef et fleur de la chevalerie, chevauchait vers Rome. 11 rencontre à Sutri Rome elle-même, représentée par une dépulation du Senatus populusque romanus. « Je me réjouis, lui dit-elle, que tu viennes en paix. » Elle promet au glorieux Souabe la domination du monde, le nom et la gloire d'Auguste. Elle lui rappelle la sagesse des anciens sénateurs, la vaillance de ces chevaliers qui ont conquis les terres et les îles, car ni les flots orageux de la mer, ni les rochers inaccessibles des Alpes ne peuvent arrêter la puissance de Rome. « Voici de nouveau le Sénat, les chevaliers, les tribuns, le Capitole. Est-ce que tout cela ne te parait pas très beau? Est-ce que tu ne te réjouis pas de l'éclat qui rejaillit sur toute ta personne? » Mais Frédéric souriait et se moquait. Successeur de César, il n'admettait point ces prétentions du Sénat, des chevaliers et des tribuns. Il interrompait le discours : Fuit^ fuit, disait-il, ce qui signifiait : « Vieille histoire, vieille histoire! » Ces orateurs lui semblaient des réactionnaires, des pompéiens. Ils lui proposaient de l'élire empereur, mais lui savait qu'il était l'empereur : « Voulez-vous apprendre, répond-il, où est le Sénat de Rome? et sa hardie chevalerie? Tout cela est chez moi. » Des évêques et des juristes lui avaient enseigné qu'il était la loi vivante, la lex animata in terris : il le croyait. 11 congédia l'ambassade et continua sa route. Le Senatus -populusque romanus décida qu'il lui serait livré bataille. L'empereur entra dans la ville; mille Romains furent jetés au Tibre. Le tribun de Rome, Arnaud, fut saisi. Le lendemain, à la dernière heure de la nuit, il monta sur un bûcher, que les bourreaux allumèrent au premier rayon du soleil. L'ombre dnprinceps l'avait emporté sur l'ombre du Sénat.

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