‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 3 sur 133 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

Ainsi des Francs, des Saxons, des Souabes se croient des empereurs romains. Ils disent des mots et se parent de titres dont ils n'entendent pas le sens. Gharlemugne, le plus rapproché du vrai empire, le plus vraisemblable des empereurs, eût été incapable d'expliquer sa qualité û'iinperator augustus. Après qu'il l'eut reçue, il sentit qu'il était devenu plus grand et qu'il était monté d'un échelon vers Dieu, mais il ne pouvait se représenter, même par un à peu près, ce qu'avaient été l'empire et l'empereur.

Cependant, des hommes comme Charlemagne, Otton et Frédéric se sont donné à eux-mêmes quelque raison de leurs actes et de leurs paroles. En admettant qu'ils déraisonnent, ils ne sont pas seuls à le faire. S'ils rêvent, c'est en compagnie nombreuse. La compagnie en laquelle ils rêvaient était très auguste. L'esprit de tous ceux qui pensaient, au moyen âge, travaillait sur l'idée de la monarchie universelle et construisait une théorie pour démontrer la légitimité et la nécessité de l'empire. Voici, d'abord sans commentaire, les principaux arguments qu'on y rencontre.

L'empire romain est légitimement universel, puisque le pieux Énée, ancêtre du divin Jules, a hérité de l'Asie par Assaracus et Creuse, de l'Afrique par Electre, fille d'Atlas, et par Didon; de l'Europe par Dardanus et Livie.

L'empire a été, dès l'origine, protégé par Dieu : la chute des boucliers au temps de Numa, le cri des oies qui ont sauvé le Capitole, les vertus de Cincinnatus et la tempête après la bataille de Cannes sont des miracles de Dieu en faveur de Home. Miraculeuse est la prédiction virgilienne : « Toi, Romain, souviens-toi de régir le monde par ton commandement. »

L'empire a été annoncé par la bouche sacrée des prophètes : il est figuré par la quatrième bête de la vision de Daniel et par les pieds d'airain de la statue de Nabuchodonosor. I^e Christ, enfin, le Christ lui-même, en a reconnu la légitimité, puisqu'il est né à l'époque du grand recensement pour y être compté. Il a ordonné de rendre à César ce qui appartenait à César; il a dit à Ponce-Pilale : « Tu ne pourrais rien contre moi, si tu n'avais reçu un pouvoir d'en haut. »

Page 1