XXX PREFACE
L'histoire générale, l'histoire du saint empire a quelque chose à nous apprendre sur l'empereur.
Dans les circonstances les plus diverses, avec une persistance extraordinaire, Napoléon parle de Charlemagne. Il ne se contente pas de se déclarer son successeur; il aime à dire qu'il est Charlemagne. « Je suis Charlemagne, parce que, comme Charlemagne, je réunis la couronne de France à celle des Lombards, et que mon empire confine à l'Orient. » limande au cardinal Fesch : « Dites-leur (/ewr, c'est la cour pontificale) que je suis Charlemagne, leur empereur, » Un jour, en conseil d"État, dans un accès de colère, il crie : « Vous n'êtes pas sous le règne de Louis le Débonnaire, vous êtes sous le règne de Charlemagne. »
Il ne s'agit pas d'une réminiscence pédantesque, d'un souvenir déclamatoire, à la mode du temps. Les actes sont conformes aux paroles. Napoléon se fait couronner par le pape, comme Pépin et comme Charlemagne. Comme Charlemagne, il ceint la couronne lombarde.
Par moment, il semble reprendre les affaires de son « prédécesseur », au point où celui-ci les a laissées. Sa correspondance avec Rome est, après dix siècles, un supplément au Codex qui contient les lettres échangées entre les papes et Charlemagne. Quand il supprime le pouvoir temporel, il appelle cet acte « annuler les donations des empereurs français, mes prédécesseurs », tout comme s'il rapportait une décision récente et réglait le conflit qui avait éclaté entre les rois francs et les papes, au lendemain même de la donation.
C'était, au vni" siècle, une question de savoir à qui appartenait Rome. Charlemagne comptait la ville dans son empire parmi ses métropoles; mais le pape y exerçait, au nom de saint Pierre, une autorité qui, pour être mal délînie, n'en était pas moins réelle. Au xV^ siècle, il avait acquis la souveraineté, qui était demeurée indécise pendant tout le moyen âge, disputée comme elle était entre lui, l'empereur et les Romains. Napoléon ramène l'équivoque du viu" siècle : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j'en suis l'empereur. »
Napoléon ne se regarde point comme l'héritier de la