‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 25 sur 133 · XXXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PRÉFACE

pape, grand jusque dans la défaite et la réconciliation; protecteur de la chrétienté, espérance de « l'Église transmarine », jurant, tout chargé de gloire et d'années, de venger « l'ignominie de la croix et organisant l'armée des chevaliers en milice du Christ, pour se mettre en marche contre Saladin, roi des Sarrasins, et tous les ennemis de la croix du Christ », comparez ce Frédéric à son contemporain notre Louis VII, tout occupé, la croisade exeptée, de petites afï'aires. Quelle poésie, en regard de quelle prose! Frédéric vit et se meut dans le solennel. Les procès-verbaux des diètes qu'il préside semblent des fragments de poème épique.

A l'empire, l'Allemagne doit encore le bienfait des relations intellectuelles avec l'Italie, qui a commencé de dégrossir le génie germanique; de belles inspirations littéraires, des légendes et des poèmes; une façon grande de penser, — ses historiens et chroniqueurs du moyen âge sont très supérieurs aux nôtres, — peut-être le goût des hautes abstractions et de l'a jwiori colossal des systèmes où ses philosophes ont proposé des explications du monde ; à coup sûr, elle lui doit l'orgueil des souvenirs, qui fortifiaient, au temps de sa misère, son espérance.

Oui, mais cette misère, c'est à l'empire aussi qu'elle la doit. En France, la royauté, d'élective qu'elle était, devint vile héréditaire; elle demeura élective en Allemagne, parce qu'elle s'était compliquée de l'empire. Le chef du monde temporel, élu par les Allemands, doit être accepté par le pape. Rome, qui prélendit de bonne heure au droit d' « examiner la personne », ne pouvait admettre qu'elle lui fût imposée par l'hérédité. Elle s'entendit avec les princes d'Allemagne pour maintenir la coutume de l'élection, qui mit la royauté à la merci des grands dont elle subit, à chaque avènement, les exigences rédigées en forme de « capitulations ». La royauté capétienne a une politique transmise de père en fils. Si grande que soit son ainbition, si haute l'idée qu'elle a de sa dignité, elle applique ses efforts à des objets peu nombreux et déterminés. Son horizon est étroit : elle se place bien au centre et l'embrasse tout entier. Le roi allemand ne voit pas l'horizon : toujours par voies et par chemins, il chevauche dans le vague, à la recherche de

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