XXXVIII PRÉFACE
l'Italie ont fait ensemble leur révolution nationale, mais par les moyens les plus différents, où se révèle le contraste des deux génies. Enfin, si la triple alliance est l'image continuée du saint empire, l'empereur est à Berlin; mais, entre le saint empire, vague puissance d'opinion, sans forée matérielle, qui ne troublait (excepté en Italie) aucune existence, et faisait accepter sa primauté à des peuples ou fragments de peuples allemands, slaves, Scandinaves, français; entre cette chimère généreuse et l'empire d'aujourd'hui, je cherche la ressemblance.
L'histoire de la survivance de l'empire romain éclaire jusqu'aux événements les plus proches et les plus considérables, mais surtout elle montre la puissance du passé, la lenteur des évolutions, et qu'il faut aux hommes des siècles pour tuer les morts. Elle appelle l'attention des historiens sur l'action des idées et sur le rôle que jouent dans le monde les fantômes.
Les documents historiques ne disent pas toute l'histoire, l'érudition ne résout pas tous les problèmes. Il reste, pour le meilleur des paléographes, de l'illisible : ce qui n'a jamais été écrit. Aucun texte ne raconte les faits et gestes de Samuel, de David, de l'apôtre Pierre et d'Auguste, pendant le moyen âge : ils ont agi cependant et plus qu'aucun empereur ou aucun roi. Peu importe que David ait été dans la vie réelle un cheik oriental, semblable à beaucoup d'autres cheiks; moins le personnage est vrai, plus il est fort. Sa puissance sur l'imagination des hommes est d'autant plus grande qu'il est le produit de cette imagination. C'est une raison, la meilleure de toutes, d'adorer une idole que de l'avoir fabriquée.
Je recommande le saint empire avec son cortège d'idées et de sentiments aux critiques qui prétendent plier l'histoire aux règles d'une science exacte. Ils y verront qu'il existe une action de l'invisible, et qu'elle ne peut être ni constatée avec certitude ni jugée avec équité. La question, si la survivance de l'empire a été bienfaisante ou malfaisante, a été très soigneusement débattue : des hommes également sincères v ont fait