‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 4 sur 133 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

L'empire a eu d'abord son siège à Rome; il a été transféré par Constantin à Constantinople, mais ramené à Rome par la vertu des Francs et la volonté du pape, vicaire de Jésus-Christ. Depuis ce temps-là, il appartient de droit à la nation germanique; il est juris nationh germanicœ. Gharlemagne, Otlon, Frédéric, sont donc les successeurs directs des empereurs; le droit de faire la loi, jus popul! in condendis lefjihus, abdiqué jadis par le peuple aux mains de César, leur appartient dans sa plénitude. En eux et par eux s'exécute le dessein de Dieu sur le gouvernement du monde. Ils sont nécessaires, providentiels et sacrés. Quiconque est traître à l'empire est traître à Dieu. Au fond du neuvième cercle de l'enfer, Lucifer broie dans sa triple gueule Judas Iscariote qui a trahi Jésus, Brutus et Cassius qui ont trahi le divin Jules.

Cependant l'empire, après la venue du Christ, a cessé d'être l'unique autorité. Le Christ a dédoublé l'homme et le monde; dans l'homme, il a distingué les deux natures, spirituelle et temporelle; dans le monde, la terre, lieu de passage, et le ciel, patrie définitive. Le chrétien a une double fin : agir vertueusement sur la terre et jouir ensuite de l'éternelle paix de Dieu : il a besoin de deux guides. Aussi y a-t-il dans le monde deux épées; ce sont celles que les disciples présentèrent au divin maître, dans le jardin des Oliviers : « Et ils lui dirent : Seigneur, voici deux glaives. » Le Seigneur répondit : « C'est assez » ; puis il donna l'un à Pierre ; l'autre à Jean. Le glaive donné à Pierre par le Sauveur appartient au Pape; le glaive donné à Jean est porté par l'empereur. Il ne peut y avoir d'autres glaives, puisque le Christ a dit : « C'est assez » ; mais il ne peut y en avoir moins de deux, puisqu'il a pris dans sa main les deux glaives et qu'il les a consacrés. Il n'y a donc que deux puissances, mais il y en a deux : « Pour tous les gens sensés, il est évident qu'il n'y a qu'un seul monarque, l'empereur des Romains, comme il n'y a qu'un seul père de l'universalité des hommes, qui est le pontife romain. »

Telle est la théorie du saint empire romain germanique. Cette façon de raisonner nous étonne; mais, avant de nous moquer, demandons-nous qui raisonne ainsi. Qui fait pro-

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