INTRODUCTION
plus simple, plus facile, quoique non moins attrayante en somme; parler moins des événements et davantag-e des principes; essayer de décrire l'Empire non comme un Etat, mais comme une Institution, création et personnification d'un prodigieux système d'idées. En exécutant ce plan, il faudra esquisser brièvement les formes (|ue revêtit l'Empire aux différentes phases de son développement et de son déclin, effleurer de temps en temps le caractère et les actes des grands hommes qui l'ont fondé, dirigé et renversé. Mais le but principal du traité sera d'étudier surtout la nature intime de l'Empire , comme l'exemple le plus remarquable de la fusion des éléments romains et teutons dans la civilisation moderne; de montrer comment une semblable combinaison fut possible; comment Gharlemagne et Otton en vinrent à ressusciter le titre impérial en Occident; jusqu'à quel point, pendant le règne de leurs successeurs, il conserva le souvenir de son origine et étendit son influence sur l'organisation des nations européennes.
Rigoureusement, c'est en l'an 800, époque à laquelle un roi des Franks fut couronné empereur des Romains par le pape Léon III, qu'il faut fixer la date de la naissance du Saint Empire romain. En histoire, toutefois, rien ne s'isole. Aussi, de même que pour expliquer de nos jours un acte du Parlement ou un transfert de propriétés foncières, il nous faut remonter jusqu'aux coutumes féodales du xui'' siècle, de même, parmi les institutions du moyen âge, il n'y en a peut-être
pas une seule qui n'exige, pour sa parfaite intelligence, qu'on n'en suive la trace jusqu'au sein de Tantiquité classique ou chez les premiers Teutons. Cette méthode de recherches est surtout indispensable lorsqu'il s'agit du Saint Empire, lui qui n'est guère autre chose qu'une tradition, que la résurrection imaginaire de gloires ensevelies. Aussi, pour nous rendre un compte exact des éléments dont le système impérial se composait, devrions-nous nécessairement examiner les antiquités de l'Église chrétienne; considérer la constitution de Rome, alors qu'elle n'était que la première des cités latines; bien plus, remonter au delà encore, jusqu'à ce système de la théocratie juive dont l'influence fut forcément si profonde au moyen âge sur l'esprit du clergé. En réalité, il suffira toutefois de débuter par un coup d'œil rapide sur l'état du monde romain au ni° et au vi" siècle de l'ère chrétienne. Nous verrons alors le vieil Empire en possession d'un plan d'absolutisme complet; nous observerons comment la religion nouvelle, en s'élevant au sein d'une puissance hostile, finit par l'embrasser ' et la transformer, et nous serons en mesure de comprendre quelle impression l'énorme édifice du gouvernement séculier et ecclésiastique élevé par les Romains et les chrétiens produisit sur les hordes barbares qui franchirent le cercle enchanté de la civilisation antique.