‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 36 sur 133 · Jordanes, Dr rehi(s Geticis, cliap. xxviii · texte numérisé non relu

Jordanes, Dr rehi(s Geticis, cliap. xxviii

l'exception du Mongol Attila, on ne voit pas qu'aucun de ces terribles hôtes ait été un destructeur. Le désir de tous ces chefs, c'est de maintenir l'ordre établi, d'épargner les existences, de respecter toute œuvre d'art, tout fruit du travail, par-dessus tout de continuer à appliquer les méthodes de l'administration romaine et de g-ouverner leurs peuples comme les délégués ou les successeurs de l'Empereur. Les titres qu'il leur accordait étaient leurs plus grands honneurs; c'était aussi pour eux l'unique moyen d'acquérir quelque chose qui ressemblât à un droit légal à l'obéissance de leurs sujets et d'échanger le pouvoir d'un chef patriarcal ou militaire contre l'autorité régulière d'un monarque héréditaire. Civilis s'était, longtemps auparavant, efforcé de gouverner ses Bataves comme général romain \ Alaric fut placé à la tête des armées d'Illyrie. Le consulat fut un triomphe pour Clovis; son lils Théodeberl, après avoir conquis la Provence, sa francisque au poing-, la reçut en don des mains de Justinien. Sigismond, le roi burg'onde, élevé à la dignité de comte et de patrice par l'empereur Anastase, professa la plus profonde reconnaissance et la fidélité la plus inébranlable pour cette cour orientale absolument impuissante aussi bien à l'aider qu'à lui nuire. « Mon peuple est à vous, écrit-il, et le gouverner me plaît moins que vous servir; le dévouement héréditaire de ma famille à Rome nous a fait regarder vos titres militaires comme les

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honneurs les plus enviables; nous avons toujours préféré les dons de l'Empereur à tous les legs de nos ancêtres. En gouvernant notre nation, nous ne nous considérons que comme vos lieutenants : vous, dont la domination de source divine ne connaît point de barrières, dont l'éclat brille du Bosphore jusqu'au fond de la Gaule, vous nous employez à administrer les régions les plus lointaines de votre Empire : votre monde, voilà pour nous la patrie '. » Un historien contemporain a enregistré le remarquable aveu que fit de ses propres pensées et de ses propres desseins l'un des plus habiles de ces chefs barbares, Ataulf le Visigoth, le beau-frère et le successeur d'Alaric. « J'avais tout d'abord envie de détruire le nom romain, et d'érig-er à sa place un empire gothique, en m'emparant du trône et du pouvoir de César Auguste. Pourtant, lorsque l'expérience m'eut appris que l'indomptable barbarie des Goths ne leur permettrait pas

1. i< Vcsler quiJem est popuhis meus, sed me plus servire vobis quam illi praeesse délectai. Traxit istud a proavis generis mei apud vos decessoresque vestros semper animo Romana devotio, ut ilia nobis magis claiitas putarelur, quam vestra per mililite titulos porriperet celsitudo : cunclisque auctoribus meis semper magis ambitum est quod a principibus sumerent quam quod a patribus attulissent. Cumque gentein nostram videamur regere, non aliud nos quam milites vestros credimus ordinari.... Per nos adminislratis remotarum spatia regionum; patria nostra vester orbis est. Taugit Galliam suam lumeu orientis, et radius qui illis partibus oriri creditur, hic refulget. Dominationem vobis divinitus prœstitam obex nulla concludit, nec uUis provinciarum terminis diirusio felicium sceplrorum limilatur. Salvo divinilalis honore sit dictum. » — Lettre puljliée avec les œuvres d'Avitus, évêque de Vienne. (Migne, Palrolof/ia, vol. LLX, p. 285. j — Celte lettre n'est pas, comme le style le prouve, l'œuvre de Sigismond lui-même^ mais bien celle d'Avitus écrivant au nom de Sigismond. Le témoignage qu'elle apporte des sentiments du temps n'en a pas moins de valeur, à très peu près.

de vivre sous le gouvernement seul do la loi, et que l'abolition des institutions qui soutenaient l'État entraînerait la ruine de TEtat lui-même, je ju-éférai avoir la gloire de renouveler et de maintenir la grandeur de Rome par la force des Gotlis, souhaitant que la postérité me regardât comme le restaurateur de cette puissance romaine que j'étais entièrement impuissaiil à supplanter. C'est pourquoi j'évite la guerre et je travaille à obtenir la paix \ »

Des historiens ont remarqué quel prix ces princes, devenus subitement, de chefs de tribus, souverains de vastes territoires, durent attacher aux habiles services des fonctionnaires romains, et, en particulier, combien leur fut indispensable l'aide des évêques chrétiens qui composaient l'élite intellectuelle de leurs nouveaux sujets et dont les conseils pouvaient seuls guider leur politique et leur ramener les vaincus. Cela est très vrai; ce n'est guère, toutefois, qu'une petite partie de la vérité : une des formes de cette influence complexe et irrésistible exercée par le vieil ordre de choses sur ses ennemis noji moins que sur ses propres enfants. On ne court pas, en eff"et, grand risque à aflir-

I. « Referre soliliis est (se. Ataulphiist se iu priiuis ardenter inhiasse : ut obliterato Romanorum nomine Romaiium onine solum Gothorum imperium et faceret et vocaret : essetque, ut vulgariter loquar, Gothia quod Romania fiiisset; fieretque nunc Ataulphus quod quondam Caesar Augustus. At ubi multa experientia probavisset, neque Gothos ullo modo parère legibus posse propter effrenataru barbariem, neque rcipLiblicœ interdici leges oportere sine quibus respublica non est respublica, elegisse se saltem, ut gloriam sibi de restituendo in integrum augendoque Romano nomine Gothorum viribus quœreret, habereturque apud post(?ros Roman» restitutionis auctor postquam esse non potiierat immutator. Ob hoc inhiare paci nitebatur. » — Orosius, VII, l."].

LES INVASIONS nAHBARES 25

mer que la pensée d'un antagonisme entre eux et l'Empire, que l'ambition de le détruire ne traversèrent jamais le cervean des Barbares '. L'idée qu'on se faisait de cet Empire était quelque chose de trop universel, de tro]) auguste, de trop inébranlable. Ils le retrouvaient partout autour d'eux et sans pouvoir se rappeler qu'il en eût jamais été autrement. Aucun des peuples, aucun des lieux auxquels sa destinée était associée ne semblaient susceptibles de l'entraîner lout entier dans leur chute , et son intime alliance avec l'Égiise, qui lui permettait de tout embrasser, lui donnait un aspect vénérable.

Deux idées plus spécialement en formaient la ])ase, lui communiquaient une force et une direction particulières. La première consistait dans la conviction (pic l'universalité de la domination romaine devait jtar cela même en assurer lélernité. On n'avait rien vu de semblable auparavant.

L'empire d'Alexandre n'avait duré que le court espace de sa vie et englobait dans son immense étendue d'arides déserts, de nombreuses contrées où le pied seul du sauvage nomade s'était imprimé. Celui de la grande cité italienne avait contenu, pendant quatorze siècles, les régions les plus opulentes et les plus populeuses du monde civilisé et avait élevé sa puissance sur de si profondes assises qu'elles semblaient destinées à une durée illimitée. Si Rome cheminait lentement, c'était toujours du moins de pied ferme : la

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