‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 45 sur 133 · Pertz, M. G. H., 111 (legg · texte numérisé non relu

Pertz, M. G. H., 111 (legg

aucune trahison envers la sainte Église, ou les veuves, les orphelins et les étrangers, attendu que le seigneur Empereur a été établi, après le Seigneur et ses saints, pour être le protecteur et le défenseur de toutes semblables personnes. » Puis, de la même manière , la pureté des mœurs est prescrite aux moines; Thomicide, le mépris de l'hospitalité, d'autres délits sont dénoncés, les notions de péché et de crime se confondant et s'identihant presque au point qu'on ne trouverait rien de comparable, si ce n'est, peut-être, dans la loi de Moïse. Là, Dieu, l'objet invisible du culte, est aussi, quoique ce ne soit guère qu'incidemment, le juge et le chef politique d'Israël; ici, le cercle tout entier des devoirs moraux et sociaux roule sur l'obligation d'obéir au chef autocratique visible de l'état chrétien.

On peut, dans la plupart des paroles et des actes de Charles, et non moins nettement dans les écrits de son conseiller Alcuin , distinguer l'influence de ces mêmes idées théocratiques. Il voulut que ses amis intimes l'appelassent du nom de David, le roi juif dont il exerçait en réalité tous les pouvoirs : rég'nant sur ce royaume terrestre de Dieu plutôt comme un second Constantin ou un second Théodose qu'en suivant l'esprit et les traditions des Césars païens. Deux de ces mesures, entre autres, rappellent plus particulièrement le premier empereur chrétien. Constantin a fondé les relations de l'Eglise et de l'Etat, Charles les établit sur une base plus ferme. Les évêques et les abbés constituent une partie aussi

l'empire et la politique de ghârlemagne 87 essentielle de la féodalité naissante que les comtes et les ducs. Leurs bénéfices sont tenus aux mêmes conditions de foi et d'hommage, et leurs vassaux, non eux-mêmes, doivent le service militaire; leurs droits de juridiction sont semblables et ils sont ég-alement soumis aux missî dominici. Le monarque s'efforce souvent de faire rentrer les membres du clergé dans l'enceinte des devoirs spirituels, réprime l'insubordination des monastères, tente d'imposer aux relig"ieux séculiers l'observation de la vie monastique, en instituant les chapitres et en leur donnant des règles. Mais, après leur avoir prodigué les richesses et le pouvoir, la tentative était vaine. Dès que sa puissante main n'était plus là, ils narguaient tout contrôle. Ce fut lui encore qui, le premier, rendit le payement des dîmes, que le clergé réclamait depuis si longtemps, obligatoire dans l'Europe occidentale et qui assura aux ministres de la religion l'appui des lois de l'Etat. Dans les atTaires civiles, Charles acquit aussi, avec le titre impérial, une position nouvelle. Des juristes modernes s'ingénient à distinguer son pouvoir comme empereur romain de celui qu'il exerçait déjà comme roi des Franks et de leurs sujets alliés; ils prétendent que son couronnement ne lui donnait que la capitale, et qu'il est absurde de parler de l'Empire romain à propos de régions où les aigles n'ont jamais porté leur vol'. Sous de pareilles expressions se cachent vraisemblablement ou quelque confusion ou des notions

1. Pntter, Historical Development of the Gennan Constilullon. Voir aussi Conring, et surtout David Blondel, Adv. Chiffletium.

fausses. Ce ne fut pas le gouvernement elFectif de la cité que Charles obtint en Tan 800 ; son père ne le possédait-il pas déjà comme patrice et, pour sa part, ne Tavail-il pas toujours exercé au même titre ? C'était bien autre chose que cette souveraineté titulaire sur Rome dont les princes byzantins avaient été supposés investis jusque-là, c'était la primauté universelle du monde qui devait, croyait-on, appartenir de droit au légitime Empereur des Romains, qu'il régnât sur les bords du Bosphore, sur ceux du Tibre ou sur ceux du Rhin. Et comme cette primauté, quoiqu'elle n'eût jamais été contestée, était restée en suspens pendant plusieurs siècles en Occident, en disposer en faveur du roi d'un si vaste royaume fut un événement de la plus haute portée. Dès lors, en elTot, le couronnement ne signifiait plus un simple transfert du siège de l'Elmpire, mais c'était un véritable rétablissement de l'Empire et comme une évocation qui le faisait passer du monde invisible des croyances et des théories dans le monde palpable des faits et des réalités. Conférant un pouvoir autocratique et illimité, il devait absorber les privilèges et les dignités de moindre importance : les droits du roi frank, Charles, se perdirent dans les droits du successeur d'Auguste et du maître du monde. Que son autorité impériale ne dépendit théoriquement d'aucune condition de lieu, ses propres paroles, ses actes, tous les monuments de cette époque le montrent clairement. Il n'eût guère pu, d'ailleurs, songer à traiter les libres Franks comme Justinien avait traité

l'empire et l\ politique de CIIARLEMAGNE 89' SCS sujets à demi orientaux, et les guerriers qui suivaient son étendard n'auraient pas enduré une pareille entreprise. Et pourtant, aux yeux mêmes des (iermains, sa situation devait paraître modifiée par la vague auréole de splendeur qui l'enveloppait alors; car tous, jusqu'aux Saxons et aux Slaves, ils avaient oui parler des gloires de Rome et révéraient le nom de (iésar. De même, Charles, dans ses efforts pour fondre en un seul tous ces éléments disparates, pour introduire des degrés réguliers dans la hiérarchie, pour contrebalancer les tendances des Teutons à l'isolement, par ses missi — officiers chargés de traverser, chacun de son côté, quelque partie de ses |)ossessions, signalant et redressant les vices qu'ils y découvraient — et par ses voyages personnels, si souvent répétés, se laissait guider par les anciennes traditions de l'Empire, Sa domination est le signal de la renaissance de l'ordre et de la culture; grâce à elle, l'Occident s'organise en un ensemble compact, dont les divers éléments ne perdront plus désormais la marque de leur union et de leur caractère à moitié l'omain ; il recueille tout ce qui reste encore en Europe de vitalité, de richesse et de savoir et se précipite, avec la nouvelle impulsion apportée par le christianisme, contre les infidèles du Sud et la masse des barbares indomptés du Nord et de l'Est. Gouvernant l'univers par la volonté de Dieu et en vertu des droits héréditaires des Romains et du César que Dieu avait choisi pour le conquérir, il reprend le mouvem'enl agressif de l'Empire : le monde civilisé a subjugué

son vainqueur * et dirige à présent ses armes contre la sauvagerie et le paganisme. De là ces guerres contre les Saxons, les iVvares, les Slaves, les Danois, les Arabes d'Espagne, où la croix ne joue pas un moindre rôle que l'épée, où les monastères servent de forteresses, où le baptême est le signe de la défaite. Le renversement de l'Irminsul ", dans la première campagne contre les Saxons '\ résume les transformations de sept siècles. Le Teuton romanisé détruit le monument élevé à l'indépendance de sa patrie, parce que c'est aussi le symbole du paganisme

1. « Grœcia capta feruui victorem cepit. » Cela est vrai aussi des Teutons, conquis à leur tour par les Romains.

2. L'explication, jadis admise. i|ue cet Irminsul était la « colonne d'Hermann », élevée sur le lieu de la défaite de Varus, est toutefois, à l'heure qu'il est. généralement discréditée. Quelques archéologues allemands pensent que cette colonne pouvait être une grossière représentation du dieu indigène ou du héros Irmin , qui, selon Grimm {Deutsche Mythologie, I, 325), semble être un éponyme des Herminones, et qui était probablement adoré par les Saxons comme la personnification guerrière de Wodan. L'oubli dans lequel leurs ancêtres avaient laissé tomber la victoire (jui les délivra des Romains a été enfin réparé par les Allemands de nos jours, qui, en 187o, ont élevé une colossale statue d'Arminius ou d'Hermann dans la forêt de Teutobourg, non loin de l'emplacement où l'on supposait que la bataille fut livrée. (Très récemment, Rlommsen a soutenu l'opinion qu'il faut chercher le champ de bataille dans les marais de Yonne, au nord d'Osnabruck.) Arminius est le plus ancien des héros nationaux de l'Allemagne. Une chanson informe, qui paraît faire allusion à la destruction de la colonne ordonnée par Charles, survit encore dans la mémoire des Westphaliens des environs de Paderborn et s'exprime ainsi :

Hernien sla ilermeii Sla pipen, sla trimimen, De Kaiser soil kummen Met hammer un stangen \\[\ Hermeu iijjjiangen.

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