Lettre in Rahevine, ap. Murât., S. R. I
4. Louis IV est appelé dans une de ses proclamations : a Gentis humanae, orbis Christian i custos,urbi et orbi a Dec electus prœesse. » — Pfefliuger, VHriarius Illustratus.
0. Dans un document publié par la diète de Spire (1529), l'empereur
ennemis du Saint-Siège se montrent, nous le verrons, également intéressés à soutenir, les uns pour que le transfert de l'Empire {translatio impen'i) des Grecs aux Germains soit regardé comme l'oeuvre exclusive du pape et établir par là son droit à surveiller ou à annuler l'élection de son rival; les autres pour mettre l'empereur à la tête de l'Église et réduire le pape à n'être plus que le premier des évêques de son royaume '. Sa suprématie résultait surtout pour eux des deux obligations que nous avons déjà mentionnées. Opposé au Commandeur des croyants de l'Islam, il était le défenseur de l'Église militante contre les infidèles, requis à ce titre de diriger les croisades, et, plus tard, cbargé de commander en chef les armées confédérées contre les conquérants ottomans. Représentant de la chrétienté, il lui appartenait de convoquer les conciles généraux, droit qui n'était point insignifiant, alors même qu'il ne l'exerçait que conjointement avec le pape, mais qui prenait une bien autre importance lorsque le concile avait pour mission de régler une élection papale contestée , ou, comme à Constance, de déposer le pontife en personne. On n'en peut souhaiter de meilleures preuves que
est appelé « Oberst, Vogl, und Haupt der Christenheit ». Hieronymus Balbus, qui écrivait à peu près à la même époque, se pose la question de savoir si tous les chrétiens sont sujets du l'empereur en matière temporelle, comme ils le sont du pape en matière spirituelle et y répond aiasi : » Gnmambo ex eodem fonte perfluxerint et easdem seniitas incedant,de utroque idem puto sentiendum. »
1. « Non magis ad Papam depositio seu remotio pertinet quam ad quoslibet regum prœlatos, qui reges suos prout assolent consecrant et inungunt. » Lettre de Frédéric H.
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celles qui se trouvent dans le rituel du cérémonial observé lors du couronnement impérial à Rome : il est trop long- pour qu'on le transcrive ici, mais il mérite tout à fait d'être étudié avec soin K Ces rites sont les mêmes que ceux qui sont usités dans les consécrations religieuses. Outre le glaive, le globe et le sceptre, signe du pouvoir temporel, l'empereur reçoit un anneau comme symbole de sa foi, il est ordonné sous-diacre ; il assiste le pape dans la célébration de la messe, communie sous les deux espèces comme un membre du clergé, et est élu cbanoine de Saint-Pierre et de Saint-Jean de Latran. Le serment que doivent prêter les électeurs commence par ces mots : « Ego (suit le nom) volo regem Romanorum in Cœsarem promovendum, temporale caput populo Cbristiano eligere. » L'empereur jure de chérir et de défendre la sainte Eglise romaine et son évèque; après avoir lu l'Evangile, le pape fait une prière ainsi conçue : « Deus qui ad préedicandum œterni regni evangelium Imperium Romanum praeparasli, praîtende famulo tuo Imperatori nostro arma cœlestia. » Parmi les titres officiels de l'Empereur, on rencontre ceux-ci : « Chef de la chrétienté », « Défenseur et avocat de l'Église chrétienne », « Chef temporel des Fidèles », « Protecteur de la Palestine et de la Foi catholique - )>.
1. Liber Ceremonialis romcmus, lib. I, sect. v. Comparez avec la Coronatio vomana de Henri VII, in Perlz, et la dissertation de Muratori, dans le t. I des Antiquitates Italiœ Medii jEvi.
2. Voy. Goldast, Recueil des Constitutions impériales ; et Moser, Rômische Kayser.
C'est d'une façon singulière que sont tirés de la Bible les raisonnements par lesquels on prétend prouver la nécessité et le droit divin de l'Empire. La théorie des relations des deux pouvoirs civils et religieux subit, au moyen âge, la profonde influence des traditions consignées dans l'Ancien Testament sur la théocratie juive, où le roi, quoique l'institution de son office nous soit présentée comme une dérogation à la pureté du système primitif, paraît choisi et délégué par la divinité et se trouvait dans un rapport tout particulièrement intime avec la religion nationale. A l'aide du Nouveau Testament, on établissait l'autorité et l'éternité mêmes de Rome. On s'emparait de tous les passages où la soumission aux puissances constituées est enjointe, on citait tous les cas où l'obéissance envers les fonctionnaires impériaux s'était manifestée effectivement, on insistait avec une certaine emphase sur la sanction donnée à la domination romaine par le Christ lui-même, pacifiant le monde avec Auguste, naissant à l'époque du recensement, payant le tribut à César et disant à Pilate : « Tu serais absolument sans pouvoir contre moi, si tu n'en avais reçu un d'en haut. »
Plus séduisants encore pour les esprits mystiques que ces arguments directs furent ceux que l'on emprunta aux prophéties, ou auxquels l'interprétation allégorique des Ecritures servit de fondement. Dès les débuts de l'histoire du christianisme, l'opinion s'était formée que l'Empire romain, comme la quatrième bête de la vision de Daniel, comme les jambes et les
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pieds d'airain de la statue de Nabuchodonosor, devait être le dernier des grands empires de ce monde. Depuis Origène et Jérôme, elle était reçue sans conteste S 6t ce n'était pas sans raison. Aucune puissance nouvelle n'était apparue, en effet, pour détruire celle de Rome, comme la monarchie des Perses avait été anéantie par Alexandre et comme les royaumes de ses successeurs s'étaient écroulés devant la belliqueuse république elle-même. Tous ces conquérants sortis du Nord, les Goths, les Lombards, les Burgondes, avaient cliéri sa mémoire et respecté ses lois; l'Allemagne avait même adopté le nom de cet empire « terrible, redoutable, et d'une force extraordinaire et qui ne ressem])lait à rien de ce qui l'avait précédé ». A ces prédictions, à bien d'autres encore tirées de l'Apocalypse, on ajouta celles qui, dans les Évangiles et les Épitres, annoncent l'arrivée de l'Antéchrist ^ Il devait succéder à la domination romaine,
1. L'abbé Engelbert De Ortii et Fine Imperii romani) cite Origène et Jérôme à cet elTet et part de là pour expliquer lui-même, d'après la deuxième Épitre ad Thess., chap. n, comment la décadence amènera la venue de l'Antéchrist. Il y aura une triple « disccssio »; les royaumes de la terre se sépareront de l'Empire romain, l'Église du siège apostolique, les fidèles de la foi. La seconde séparation sera causée par la première, le glaive temporel destiné à châtier le schisme et l'hérésie se refusant désormais à obéir aux ordres des chefs de l'Église.
2. Un complet exposé des idées qui régnaient dans le haut moyea âge au sujet de IWntéchrist, et aussi de la singulière prophétie sur l'empereur frank qui doit apparaître aux derniers jours, conquérir le monde, puis aller à Jérusalem déposer sa couronne sur le mont des Oliviers et faire hommage de son royaume au Christ, se trouve dans le petit traité, Vita Anlichristi, qu'Adso, moine et, dans la suite, abbé de Moutier-en-Der, compila (vers 930) pour la reine Gerberge, femme de Louis d'Outremer. L'Antéchrist sera
et les papes sont à plusieurs reprises avertis qu'en affaiblissant l'Empire ils précipitent la venue de l'ennemi et la fin du monde K Ce n'est pas seulement dans leurs recherches à travers le labyrinthe ténébreux des prophéties que les auteurs du moyen âge montrent leur habileté à découvrir des symboles et leur ing éniosité à les expliquer. L'interprétation de l'Écriture était habituellement alors conçue d'étrange façon. Non seulement il ne venait à l'esprit de personne de se demander quel sens pouvaient bien avoir les mots pour ceux auxquels ils furent tout d'abord adressés, mais on ne s'inquiétait pas davantage de savoir si le sens qu'on y découvrait serait naturellement et raisonnablement intelligible pour quelque lecteur et dans quelque temps que ce fût. Il n'y eut analogie assez détournée, allégorie assez fantaisiste qu'on ne tirât du texte le plus simple; et, une fois avancée, l'interprétation acquérait dans la controverse autant d'autorité que le texte même. C'est ainsi que les deux
im Juif Je la tribu de Dan {Gen.. XLIX, 17) : « Non de episcopo et monacha, sicut alii delirando doi^matizant, sed de immundissima meretricc et crudelissimo nebulone. Totus in peccato coucipietur, in peccato generabitur, in peccato nascetur. » Il naitra à Babylone et sera élevé dans le pays de Bethsaïda et de Cliorazin. L'ouvrage d'Adso est imprime dans Migne, t. CI, p. 1290.
1. Saint Thomas explique la prophétie d'une façon remarquable, et montre que le déclin de l'Empire ne peut servir d'argument contre son accomplissement : « Discendum quod nondum cessavit, sed est commutatum de temporali in spirituale, ut dicit Léo Papa in sermone de Apostolis : et ideo discessio a Romano imperio débet intelligi non solum a temporali sed etiam a spiritual!, scilicet a fide catholica romanœ Ecclesiœ. Est autem hoc conveniens siguum, nam Ghristus venitquando Romanum imperium omnibus dominabatur; ita e contra signum adveutus Antichristi est discessio ab eo. » — Comment, ad Thess., Il, 2.
épées à propos desquelles Jésus dit : « Cela suffit », devinrent les deux pouvoirs spirituel et temporel, et que l'épée spirituelle remise à Pierre implique la suprématie de la Papauté K C'est ainsi encore qu'un auteur démontre l'éternité de Rome à l'aide du psaume Lxxn : (( Ils te craindront aussi longtemps que dureront le soleil et la lune, jusqu'à la fin des siècles »; la lune représentant, bien entendu, l'Empire romain, depuis Grégoire YII, et le soleil, l'astre le plus éclatant, la Papauté. Un autre, citant le passage « qui tenet teneat donec auferatur ^ », avec le commentaire de saint Augustin ^, ajoute que, lorsque « celui-là disparaîtra qui y fait obstacle », les tribus et les provinces se révolteront, et l'Empire à qui Dieu a confié le gouvernement de la race humaine se dissoudra. A en juger par les misères de son propre temps (il écrivait sous Frédéric III), il prédit que la fin est proche. Le même esprit de symbolisme s'attacha au nombre des électeurs : « les sept flambeaux confondant leurs sept lueurs pour éclairer le Saint- Empire * ». De bizarres légendes faisaient descendre les Romains et les Germains d'une seule lignée; on
i. Le parti du pape soutint souvent que les épées avaient été remises à Pierre, tandis que les impérialistes plaçaient l'épée temporelle entre les mains de Jean. Une glose du Sachsenspkf/el s'expi'ime ainsi : « Dat eine svert hadde Sinte Peter, dat het nu de paves : dat andere hadde Johannes, dat het nu de Keyser. >>