‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 6 sur 133 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

morl. Les révolutions politiques et intellectuelles nous ont laissé l'esprit critique; nous mettons à leur place les laits et les idées. Nous subissons pourtant, nous aussi, la puissance du passé : il serait trop aisé d'en montrer la survivance dans notre vie privée et publique. Certes nous voyons notre présent mieux que les hommes du moyen âge ne voyaient le leur, mais sommes-nous assurés de le bien connaître et d'en classer les faits par ordre d'importance? Nos regards ne sont-ils pas occupés et retenus par les spectacles qui se jouent à la surface? Et nous aussi, n'avons-nous pas nos théories? Nous prétendons conduire et régler la vie par des syllogismes. Les applications faites sous nos yeux du principe d'égalité et de celui de la souveraineté nationale, paraîtront aussi extraordinaires dans cinq siècles que nous semblent aujourd'hui les déductions tirées du texte de saint Luc sur les épées.

Considérons à présent le concours des forces par lesquelles a été combattue l'illusion du saint empire romain germanique. Elles sont de toute provenance.

Un empereur régnait à Constantinople, qui ne reconnaissait pas la qualité d'imperator augnstus prise par Charlemagne et ses successeurs. « Avec Constantin, disait Nicéphore à un ambassadeur d'Olton, Rome a émigré à Constantinople. » Il estimait qu'elle s'y trouvait encore. L'idée qu'un Allemand se crût et se dît un Romain lui semblait grotesque : « Vous n'êtes pas des Romains, disaitil à l'ambassadeur, vous êtes des espèces de Lombards. » Il se moquait des soldats allemands, de leurs boucliers trop grands, de leurs cuirasses trop lourdes, de leur ventre trop gros (gastrimargia). Il éblouissait le pauvre envoyé de l'éclat des processions impériales, où il marchait, personnage sacré, dlvus de son vivant, acclamé d'épithètes mystiques : « Salut, étoile du matin! Salut, aurore! » Mais l'ambassadeur, venu du pays des géants roux à la barbe et aux cheveux flottants, méprisait « ce pygmée àla barbe large ». Pendant que les acclamations retentissaient, il grommelait entre ses dents (lui-même nous a conté cette histoire) : « Charbon éteint, porc, Cappadocien ! »

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