Corpus Juins Canonici, Dist. LXIII, cliap. xxii
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vicus ^ », fut réclamé par les Carolingiens toutes les fois qu'ils se sentirent assez forts pour cela, et après être tombé en désuétude pendant la période si troublée des empereurs italiens, fut formellement restitué à Otton le Grand par sa créature, Léon YIII. Nous l'avons vu exercé, et exercé dans l'esprit le plus pur, par Otton lui-même, par son petit-fils Otton III, et enfin de la façon la plus despotique par Henri III. Parallèlement et en opposition avec lui s'était développée cette hardie prétention du siège pontifical à passer pour la source de la dignité impériale. En se soumettant à être couronné une seconde fois, Louis le Débonnaire admit l'invalidité do son premier couronnement, où il avait accompli l'acte de ses propres mains : Charles le Chauve ne repoussa pas dédaigneusement l'arrogante déclaration du pape Jean YIII -, affirmant que l'Empereur lui devait la couronne à lui seul, et le concile de Pavic % en le choisissant pour roi d'Italie, la répéta. Les papes qui suivirent ne se permirent plus d'user envers les chefs de la chevalerie saxonne et franconienne d'un langage dont les faibles Neustriens ne s'étaient pas offensés ; mais le précédent subsistait, l'arme se dissimulait seulement sous la
1. Dist. LXIII, ch. xxx. Toutefois, ce décret est, selon toute probabilité, apocryphe.
2. i< Nos elegiiuus merito et approbavimiis una cum annisu et voto patrum amplique senatus et gentis togalœ, » etc. Apud Baron., Ann. Eccl., ad ann. 876.
3. « ûivina vos pietas B. principiim apostolorum Pelri et Paiili interventione per vicariuin ipsoruui doniioum Joannem summum
pontificem , ad impériale culmen S. Spiritus judicio provcxit. »
— Concil. Ticinense, in Murât., S. R. L, II.
robe pontificale, toute prête à frapper à coup sur et au moment voulu. La papauté avait fait encore deux grands pas. Par l'invention et l'adoption des Fausses Décrétâtes, elle s'était pourvue d'un système légal également propre à toutes les conjonctures, et qui lui attribuait une autorité sans limites dans toute l'étendue du monde clirétien en matière spirituelle et sur les personnes ecclésiastiques. L'habileté des canonistes trouva sans peine le moyen d'y faire entrer toutes les causes et toutes les personnes : un crime, en elTet, est toujours un péché, une faute l'est souvent, et quel est l'acte, où qu'il soit commis, qui n'affecte de quelque manière le clergé? Elle pouvait, dans le don fait par Pépin et Charlemagne, renouvelé et conlirmé par Louis I", Charles II, Otton I" et Otton III, et dont on faisait dès lors remonter l'origine vénérable au premier des empereurs chrétiens, découvrir des titres à la souveraineté de Rome, de la Toscane, et de tout ce qui avait appartenu jadis à l'exarchat. Ces concessions, rédigées en termes vagues, ne furent jamais destinées, dans l'esprit des donateurs, à entraîner la domination complète de ces provinces, — elle revenait au chef de l'Empire, — mais uniquement, comme dans le cas d'autres bénéfices ecclésiastiques, une sorte d'usufruit perpétuel, de jouissance gratuite qui n'avait rien à démêler avec la souveraineté. Ce n'étaient, en réalité, que de simples dotations. Aussi bien, les papes n'en étaient-ils jamais entrés en possession d'une façon effective; jusque-là, loin d'être les suzerains des barons avoi-
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siiiaïUs, ils n'avaient été que leurs victimes. On ne songeait pas cependant à nier leurs droits, et ils pouvaient devenir un formidable engin de guerre : on les invoquant, le pape pouvait flétrir l'injustice et l'impiété de ses adversaires, et sommer la noblesse et les villes de le défendre comme leur seigneur-lige ; de même que, sans avoir de meilleures raisons historiques, il appela à son aide les Normands, qui venaient de conquérir Naples et la Sicile.
L'attitude de l'Eglise romaine vis-à-vis du pouvoir impérial, à la mort de Henri III, était, extérieurement du moins, respectueuse. On ne contestait pas aux rois allemands le droit de venir se faire couronner dans la cité, et le pape restait leur sujet légitime. Jusque-là, l'initiative des réformes avait émané du magistrat civil. Mais le secret de la force du pontife consistait en ceci : seul, il pouvait donner la couronne et il possédait, par conséquent, le droit d'imposer des conditions à celui qui la recevait. De fréquents interrègnes avaient alFaibli l'influence du monarque qui résidait de l'autre côté des Alpes et empêché son pouvoir de s'enraciner fortement; son titre ne fut jamais héréditaire au point de vue légal : l'Égiise s'était cherché déjà ailleurs un défenseur, et le pouvait de nouveau. Or, puisque c'était le besoin d'une telle défense qui avait donné lieu à la translation de l'empire des Byzantins aux Franks , puisqu'elle constituait la principale fonction de l'Empereur, c'était certainement le devoir aussi bien que le droit du pape déjuger si le candidat était capable de
remplir sa làclio, de le dégrader s'il l'abandonnait ou l'exécutait mal.
La première mesure à prendre était de combler une lacune dans la constitution de l'Église en confiant à un corps régulier le clioix du souverain pontife. C'est ce que fit Nicolas II, en 1039, réservant faiblement les droits de Henri lY et de ses successeurs. Puis l'esprit de réforme, excité par les abus et la dépravation du dernier siècle, fit un pas de plus. Il visait surtout un double but : imposer strictement le célibat, en particulier au clergé séculier, qui jouissait à cet égard d'une liberté prodigieuse ; éteindre la simonie. Les empereurs et une grande partie des laïques ne refusèrent pas de contribuer à la première de ces i-éformes; en théorie, personne ne se fût aventurc à soutenir la dernière. Mais lorsque Grégoire VII eut déclaré que c'était un péché pour un ecclésiastique de recevoir son bénéfice sous certaines conditions d'un laïque, condamnant ainsi le système tout entier des investitures féodales eu égard au clergé, il portait un coup mortel h toute espèce d'autorité séculière. La moitié du sol et des richesses de l'Allemagne était entre les mains d'évèijues et d'abbés, qui allaient être, dès lors, alFranchis du contrùh? du monarque jiour passer sous ccdui du pape. Dans un pareil état de choses, le gouvernement lui-même devenait impossible.
Henri IV et Grégoire se défiaient déjà l'un de l'autre; après ce décret, la guerre élait inévitable. Le pape cita son adversaire à comparaître à Rome et à y être
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jugé pour ses vices et sa mauvaise administration. L'Empereur ' répliqua par la convocation d'un synode, qui déposa et insulta Grégoire. Soudain le moine indomptable fulmina l'excommunication contre Henri et iixa le jour où, s'il ne s'était pas encore repenti, il devait cesser de régner. Avec l'appui de ses propres barons, le monarque eût pu braver une menace qu'aucune force matérielle ne soutenait; mais les Saxons, toujours mécontents depuis que le premier rang- appartenait non plus à leurs ducs, mais à ceux des Franconiens, n'attendaient qu'un signal pour se jeter dans une nouvelle révolte, et d'ailleurs, dans le reste de l'Allemagne, la tyrannie de l'Empereur et les désordres de sa vie avaient semé des g-ermes de désaffection. Abandonné, trabi, menacé, il prit désespérément le seul parti qui semblât lui rester, et Canossa vit le plus puissant prince de l'Europe, celui qu'on appelait le maître du monde, se présenter en suppliant devant le successeur de l'Apôtre. Henri s'aperçut bientôt que son humiliation ne lui avait servi à rien; rejeté dans l'opposition, il défia Grégoire de nouveau, mit en avant un antipape, renversa le rival que ses sujets rebelles lui avaient suscité et maintint jusqu'au bout d'une vie triste et mêlée un pouvoir qui parut souvent abattu, mais qu'on ne parvint pas à détruire. Néanmoins, quand bien même toutes les autres humiliations lui eussent été épargnées, ce seul spectacle, dans la
1. Pour parler exactement, Henri n'était alors que roi des Romains : il ne fut couronné empereur à Rome qu'en 1084.
cour du château de la comtesse JMathilde, du pénitent impérial attendant dans la neige, nu-pieds et vêtu d'un froc de laine, trois jours et trois nuits, que le prêtre qui y demeurait consentit à l'admettre et à l'absoudre, suffisait pour marquer un changement décisif et infliger un irréparable déshonneur à la couronne abaissée à ce point. Celui qui la portait ne pouvait plus désormais, avec la même assurance et la même hauteur, se proclamer la première puissance de la terre, créée par Dieu et justiciable de lui seul. Grégoire avait arraché la reconnaissance de cette supériorité absolue de la domination spirituelle, qu'il avait l'habitude d'affirmer si énergiquement, en proclamant que pour le pape, en sa qualité de vicaire de Dieu, tous les hommes étaient sujets, tous les princes responsables. C'était donc à lui, le dispensateur de la couronne, qu'appartenait le pouvoir d'excommunier et de déposer. Ecrivant à Guillaume le Conquérant, il s'exprime ainsi ' : <( De même que pour la ])eauté de ce monde et afin (qu'elle fût sensible en dilïérents temps aux yeux de la chair. Dieu a disposé le soleil et la lune, lumières qui surpassent toutes les autres en éclat; de même, et de peur que la créature que sa bonté a façonnée d'après sa propre image s'égarât en ce monde sur la voie fatale des dangers, il a pourvu par les dig-nités apostolique et royale aux moyens de la guider à l'aide de divers intermédiaires. Si j'ai, par conséquent, à répondre pour toi au terrible
. 1. Lettre de Gréij;oire VII à Guilkiume l'^'', lÛSO. Je cite d'après Migne, CXLVIIL p.' 568.
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jour du jugemcut devant le juste juge qui ne peut mentir, le créateur de toute créature, considère si je ne dois pas prendre un soin tout spécial de ton salut et si, pour ta propre sûreté, tu ne dois pas m'obéir sans délai, afin que tu puisses posséder la vie éternelle. » Grégoire n'était pas l'inventeur de ces doctrines, ni celui qui les avançait pour la première fois ; elles étaient depuis longtemps un des éléments du christianisme tel que l'avait fait le moyen âge et mêlées à ce qu'il y avait de plus vital en lui. Mais il fut le premier qui osât les appliquer au monde tel qu'il le trouvait. Il avait le plus rare et le plus grand de tous les dons, le courage intellectuel et cette puissante foi de l'imagination qui accepte sans réserves toutes les conséquences des convictions auxquelles elle s'est arrêtée et n'hésite pas à agir immédiatement sous leur inspiration : don périlleux, comme le prouva la triste fin de sa carrière; car les hommes se trouvèrent moins préparés qu'il ne le pensait à suivre avec une fermeté aussi inflexible que la sienne les principes qu'ils reconnaissaient tous. Mais ce fut justement la soudaineté et la hardiesse de sa politique qui assurèrent le triomphe définitif de sa cause, en frappant les esprits de stupeur et en donnant l'apparence de la réalité à ce qui n'avait été jusqu'alors qu'une vague théorie. Une fois ses prémisses admises, — et une personne ne songeait à les repousser, — les arguments grâce auxquels il établissait la supériorité de la juridiction spirituelle sur la juridiction temporelle étaient inattaquables. Avec l'autorité de celui qui tient les clefs
du ciel ot (le l'enfer, qui peut d'un mot accorder le honliour éternel ou plonger dans une misère sans fin, aucune autorité sur la terre ne peut se mesurer, ne peut entrer en opposition : si son pouvoir s'étend dans l'intini, comment ne serait-il pas absolument souverain dans le domaine du fini? Tels étaient les raisonnements ordinaires de Grégoire et de ses successeurs. S'il faut s'étonner de quelque chose, ce n'est pas de ce qu'on leur obéit, mais do ce qu'on ne leur obéît jias [dus complètement. Dans la seconde sentence d'excommunication que Grégoire lança contre Henri lY se trouvent ces mots :
« Accourez maintenant, je vous en prie, ô très saints et très vénérables pères et princes, Pierre et Paul, alin que tout l'univers comprenne et sache que si vous pouvez lier et délier dans le ciel, vous pouvez semblablement sur la terre, selon les mérites de chacun, donner et reprendre les empires, les royaumes, les principautés, les marquisats, les duchés, les comtés, et tout ce que possèdent les hommes. Car si vous jug'ez des choses spirituelles , combien grand doit être pour nous votre pouvoir sur les choses mondaines? Et si vous jugez les anges (|ui sont au-dessus des plus grands princes , que ne forez-vous pas de leurs esclaves? »
De semblables doctrines atteignent, à vrai dire, également tous les gouvernements temporels, et ce n'étaient pas les Innocent et les Boniface de l'avenir qui devaient hésiter à les mettre en pratique. C'est sur l'Empire, toutefois, que tomba le premier coup et le
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plus rude. Ainsi qu'à la prise de Rome par Alaric, le prestige du passé s'évanouit. La chrétienté assistait au déshonneur et à l'impuissance de la plus fameuse et de la plus respectable de ses institutions. L'obéissance n'était plus dorénavant sans partag-e : car qui pouvait avoir la présomption de fixer dans chaque occasion les limites des deux juridictions civile et ecclésiastique? Les potentats de l'Europe découvrirent dans la papauté une force, dangereuse peut-être pour eux-mêmes, mais dont on pouvait se servir pour repousser les prétentions et déjouer les desseins du plus puissant et du plus altier d'entre eux. L'Italie apprit à faire face au conquérant teuton en obtenant pour ses ligues de cités la sanction pontilicale. Les princes allemands, empressés à réduire les prérogatives de leur chef, devinrent les alliés naturels de son ennemi, dont les foudres spirituelles, plus terribles que leur propres lances, pouvaient les mettre en état de déposer un monarque trop entrejirenant ou de lui arracher toutes les concessions qu'ils souhaiteraient. Un des signes auxquels on remarque ce changement dans leur attitude, c'est la promesse qu'ils exigèrent de Rodol[)he de Souabe, le rival opposé par eux à Henri IV, de ne point chercher à rendre le trône héréditaire.
Il est impossible de s'appesantir ici sur les détails de la grande lutte des Investitures, quelque intérêt . que nous olFre la multi[dicité de ses événements et de ses personnages, quelque importants qu'en aient été les résultats pour l'avenir. Un mot ou deux suffiront à
indiquer le dénouement, non certes du drame entier, qui devait durer plusieurs siècles, mais de ce qu'on pourrait appeler son premier acte. Cet acte même ne s'acheva qu'après la mort des acteurs qui le commencèrent. Grégoire VII expira à Salerne on 1 083, et s'écria en rendant le dernier soupir : « J'ai aimé la justice et liai riniquité, c'est pourquoi je meurs en exil. » Vingt et un ans plus tard, en 1100, mourut Henri IV, détrôné par un lils dénaturé que la haine inexoral)!t' du pontife avait poussé à la révolte contre lui. Mais ce hls, l'empereur Henri V, bien loin de céder sur les points en litige, se montra un antagoniste plus impitoyable encore et non moins habile que son père. Il réclama pour sa couronne a])solument tous les droits dont ses prédécesseurs avaient joui vis-à-vis du clergé, et lorsqu'à son couronnement à Rome, en 1112, le pape Pascal II refusa de continuer la cérémonie s'il ne cédait pas, Henri lit saisir à la fois le pape et les cardinaux cl les (-(nitraignit, par uii emprisonn(unent rigoureux, à consentir à un traité qu'il leur dicta. Une fois délivré, le [)ape désavoua naturellement les concessions qu'on lui avait extorquées, et la lutte se prolongea encore pendant dix années; un demi-siècle environ s'était ahisi écoulé depuis la première querelle entre Grégoire VII el Henri IV. Le concordat de Worms, conclu en 1122, . fut, en réalité, un compromis destiné à épargner aux deux partis l'humiliation de la défaite. La papauté restait cependant maîli'esse du champ de bataille. L'Empereur conservait à peine la moitié de ces droits d'in-
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veslituro. qui lui avaient autrefois appartenu. Il ne put jamais recouvrer la position de Henri III; ses désirs ou ses intrigues purent ])ien exercer encore quelque influence sur les délibérations d'un chapitre ; son serment lui interdisait toute ingérence directe. Il avait commencé la lutte dans tout l'éclat de sa grandeur; il en sortit avec une gloire ternie et un pouvoir ébranlé; ses guerres avaient été dirigées jusque-là contre l'étranger, ou au pis, contre un seul noble rebelle ; maintenant, son ancien allié était devenu son plus furieux adversaire, et avait enrôlé contre lui la moitié de sa cour, la moitié des seigneurs do son royaume. A chaque instant, les foudres de l'anathème pouvaient briser son sceptre entre ses mains, et des légions d'ennemis étaient prêtes à surgir de chaque monastère et de chaque cathédrale.
Deux autres résultats de ce grand conflit ne doivent pas non plus passer inaperçus. L'Empereur s'était aliéné l'Eglise à l'époque la plus inopportune, au moment des croisades. Conduire une grande guerre religieuse contre les ennemis de la foi, guider l'Église militante dans la lutte des corps, comme les papes dans la lutte des âmes, n'était-ce pas le but pour lequcU'Empereur avait été tout spécialement institué? Or, c'est dans ces guerres, et plus particulièrement dans les trois premières d'entre elles, que se réalisa pour la première et la dernière fois, sous l'action combinée des grandes nations de l'Europe, cei idéal de la société politique chrétienne telle que la voulait la théorie de l'Empire au moyen âge. Si une pareille
212 LE SAI.NT EMPIRE ROMAIN GERMAiNIQUE
occasion se fût offerte à Henri III, il en eût probablement profité ponr regagner une sujn-ématie qui n'aurait pas été fort inférieure à celle des premiers Carolingiens. Mais la proscription do Henri IV rempècha déjouer le moindre rôle dans une entreprise à la tète de laquelle il aurait, sans cela, dû être placé, — bien plus, (die en lit donner la direction <à ses ennemis. Le ■ sentiment religieux éveillé par les croisades — senti- • ment qui fut la source des grands ordres de clievalerie et, un peu plus tard, des deux principaux ordres de frères mendiants — se tourna entièrement contre les adversaires des prétentions ecclésiastiques et fut l'auxiliaire actif des desseins du Saint-Siège, cjui en avait béni et org-anisé le projet. Qu'un siècle et demi encore se passe, et le pape n'éprouvera aucun scrupule à prèclier une croisade contre l'Empereur luimême.
C'est alors aussi que furent semés les premiers germes de cette crainte et de cette haine avec lesquelles le peuple allemand ne cessa plus désormais de surveiller les empiétements de la cour de Rome. Flétri par l'Église et abandonné par sa noblesse, Henri IV conserva l'affection de ses fidèles bourgeois de Worms et de Liège. Résister à l'astuce du clergé italien fut bientôt la pierre de touche du patriotisme teutonique.
Les changements produits dans la constitution intérieure de TAllemagne par la longue anarchie du règne de Henri IV apparaissent, lorsque l'on compare l'état où se trouvait la prérogative impériale à l'avè-
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ncmcnt de Conrad II et celui où elle était à la mort de Henri Y. Tous les liefs sont alors devenus héréditaires, et, en cas de vacance, ne peuvent être cédés derechef qu'avec le consentement des Etats; la juridiction de la couronne est moins étendue; l'idée que la partie véritahlement essentielle de l'Empire n'est pas son chef suprême, mais hien l'association de ses princes et de ses barons, commence à gagner du terrain. Le triomphe le plus complet de ces seigneurs féodaux fut l'établissement du principe électif, qui, après avoir été consacré par les trois libres élections de Lothaire II, de Conrad III et de Frédéric I", passa au rang- de loi incontestée. Il est fait mention des princes-électeurs, en Ho6, comme d'un corj)S distinct et inijtortant '. Le haut clergé, à son tour, fav(jrisé par Olton le Grand et Henri II, n'est pas alors moins à redouter que les ducs dont on avait espéré qu'il pourrait contre-balancer la puissance ; peut-être l'est-il davantage, protégé qu'il est par son caractère sacré, sa fidélité au pape, et parce qu'il peut, en même temps, appeler aux armes ses innombrables vassaux. Les deux empereurs suivants ne furent pas non plus des hommes capables de réparer ces désastres. Le Saxon Lothaire II est le favori volontaire du pape ; il s'acquitte, lors de son couronnement , d'un service domestique, chose inouïe jusque-là, et fait le serment le plus rigoureux de défendre le Saint-Siège, pour aciicter son appui contre la faction souabe qui lui
1. <i Gradum statim post Principes Electores ». Privilège accordé à rAulriclie, par Frédéric I*^"-^ dans Pertz, M. G. H., leg^'. H.
214 LE SAINT ExMPIRE ROMAIN GERMANIQUE
dispulc ses propres domaines. Conrad III, le premier empereur de la grande maison des Hohenstaufen ', représente le parti antipapal ; mais des troubles intestins et une croisade malheureuse rcmpèclièrent de rien entreprendre en Italie. Il n'entra même jamais à Rome pour s'y faire couronner.
1. HohensLaufen est un château situé dans ce qui est anjounrhui le royaume de Wurlemiierg, à sept kilomètres environ de la station de Goppiuiren, sur le chemin de fer de Sluttsart à Ulm. Il s'élève, ou plutôt s'élevait, au sommet d'une colline de forme coniciue, haute et escarpée (visible de divers points, de la ligne du chemin de fer), d'où l'on jouit d'une vue sans bornes sur l'immense plateau calcaire du Raulie Alp. les pentes orientales du Schwarlzwald et les plaines stériles (t monotones de l'ouest de la liaviére. Du château luimême, détruit pendant la (iuerre des Paysans, il reste seulement quelques débris de fondations: dans une grossière chapelle, qui se trouve au-dessons sur le versant de la colline, il y a quelques fresques étranges à demi oti'acées; sur l'arcade de la porte se lit cette inscription : « Hic transibat Ca'sar. » Frédéric Barberousse avait un autre palais célèbre à Kaiserslantern, petite ville du Palatinat, sur le chemin de fer de .Manheim à Trêves, située dans une large vallée à l'ouest et au pied des montagnes de la Hardt. Il a été détruit par les Français, et une maison de correction a été bâtie sur son emplacement; mais on peut voir dans une brasserie voisine <[nelques-uncs des énormes arches aux cintres surbaissés de son étage inférieur.