‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 71 sur 133 · Ottoa de Frisingue · texte numérisé non relu

Ottoa de Frisingue

2. A une époque plus avancée de son règne, Frédéric condescendit à négocier avec ces magistrats romains contre un pape hostile, et consentit à une sorte de traité par lequel ils furent soustraits à toute juridiction, hormis la sienne.

la lutte qui a surtout rendu Frédéric célèbre dans l'histoire, on le dépoint ordinairement comme le tyran étranger, le précurseur des oppresseurs autrichiens ', écrasant sous les sabots de sa cavalerie le pays des arts et de la liberté. Voir ainsi les choses, c'est être injuste pour un grand homme et sa cause. Aux veux d'un despote, la liberté est toujours la licence ; pourtant Frédéric prenait la défense des droits établis : l'agression de Milan était une menace pour les cités voisines; le refus d'admettre ses officiers et de reconnaître SOS droits régaliens, alors qu'on n'allég-uait aucun motif direct d'oppression, lui semblait être une violation injustifiable des serments prêtés, des engag-emenls pris, une trahison envers Dieu non moins qu'envers lui-même ^ Notre sympathie, néanmoins, doit être pour ces cités dont la victoire, il faut le reconnaître, fut le triomphe de la liberté et de la civilisation. Leur résistance eut probablement pour cause première une simple aversion pour un contrrMo inaccoutumé et la rigueur dans la perception des impôts, qui étaient moins lourds jadis, et qui, par un longabandon, semblaient tombés en désuétude '\ Les

1. Celte façon de concevoir la position de Barberousse est en grande partie imputable à Sismondi.

2. Ces révoltés disent, écrit Frédéric : « Nolumus hune regnare super nos.... at nos maluimus lionestam mortem quam ut, etc. » — Lettre dans Pertz, M. G. H., legg. IL

3. De tributo Cœsaris nemo cogitabat; Omnes erant C;esares, neuio censura dabat; Civitas Ambrosii, valut Troja, stabat; Deos parum, houiines minus formidabat.

Poèmes relatifs à l'empereur Frédéric de Hohenstaufen publiés par Grimni.

principes républicains n'étaient pas avoués, ni la nationalité italienne mise en avant. Mais les progrès du conllit développèrent de nouveaux motifs, de nouveaux sentiments, et donnèrent aux partisans de la résistance des notions plus claires sur l'objet de la lutte. Comme antagoniste de l'empereur, le pape fut leur allié naturel : il bénit leurs armes et invoqua pour eux l'appui des barons de la Romagne et de la -

Toscane ; grâce à lui, « l'Eglise » devint bientôt leur a

mot d'ordre; et il les aida à conclure cotte ligue de ■

protection mutuelle qui donna naissance au parti des Guelfes italiens. Un autre cri se lit bientôt entendre, tout aussi entraînant que l'autre, le cri de liberté et d'autonomie municipale, liberté mal comprise et terriblement abusive, autonomie que les cités, qui la réclamaient pour elles-mêmes , refusaient à leurs alliées sujettes : toutes deux pourtant, grâce à leur merveilleux pouvoir de stimuler les énergies et d'éveiller les sympatliies, étaient aussi supérieures au rude et stérile système de la monarcbie féodale, qu'un citoyen de la républicaine Atliènes })Ouvait l'être à l'Asiatique servile ou au Macédonien bi'utal. Le fait seul de la résistance des Italiens aux invasions transal})ines devait porter ses fruits; il n'y avait pas encore de sentiment national distinct, puisipie la moitié des villes aussi bien que des bobereaux de la Lombardie combattaient sous les ordres de Frédéric ; mais les événements associaient d'une façon de plus en plus évidente la cause de la liberté à la cause do la patrie et fortifiaient en Italie cette crainte

et celte haine du Tudesque qui ne devaient être, hélas! que trop amèrement justifiées.

La fortune parut sourire quelque temps à l'empereur : Torlone fut prise, 3Iilan rasée et son nom en apparence effacé ; de plus g-rands obstacles venaient d'être surmontés, et l'autorité s'exerça d'une manière plus complète qu'aux jours des Otton et des Henri, On évoqua le glorieux souvenir du premier conquérant frank : Frédéric fut comparé par ses admirateurs au liéros dont il avait obtenu la canonisation et qu'il s'efforçait d'imiter en toutes choses '. « On ne l'estimait inférieur qu'à Charles en piété et en justice, » a dit un écrivain. « Nous ordonnons ceci, lit-on dans un décret : (( ut ad Caroli imitationem jus ecclesiarum statum reipublicte incolumem et leg^um integritatem per totum imperium nostrum servaremus " >». Mais du prestige du nom de Charlemagne sur l'opinion populaire et de la façon dont il était devenu, pour ainsi dire, l'éponyme de l'Empire, il existe de meilleurs témoins que de graves documents. Un poète dit dans un chant rimé ^ :

Quanla sit potentia vel laus Friderici Cuni sit patens omnibus, non est opus dici; Qui rebelles lancea fodiens ultrici Reprtesentat Karokim dexteia victrici.

A la diète de Roncaglia, il n'y eut qu'un chœur de féficitations au sujet du rétablissement de l'ordre

1. fUiarlemagne fut canonisé par l'anti-pape de Frédéric, dont la décision fut coutirmce plus tard.

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