Poèmes relatifs à Frédéric l'^^'',, publiés j)ar Grimm
par la destruction de ces repaires de bourgeois ingouvernables.
Ce ciel serein se couvrit bientôt de nuages. Milan renaquit de ses cendres impérissables; Crémone, oubliant d'anciennes jalousies, aida à reconstruire ce qu'elle avait aidé à renverser,et les confédérés, réduits à ne plus compter que sur une lutte désespérée, s'unirent fermement les uns aux autres jusqu'au jour où, sur le cbamp de bataille de Legnano, la bannière de l'Empire succomba devant le carroccio des libres cités '. Le temps n'était plus où le pas lointain des armées frankes faisait trembler un Astolphe ou un Didier. Une nouvelle nation venait de surgir, qui s'était lentement formée à l'école de la souffrance et à laquelle des actions héroïques donnaient enfin la conscience de sa force. La puissance de Charlemagne avait franchi les barrières de la nature et de la langue, barrières infranchissables pour son successeur, et qui se consolidèrent de plus en plus, jusqu'à réduire l'Empire lui-même à n'être plus qu'un vain nom. Frédéric, quoique fort âpre à la guerre et frustré alors dans ses espérances les plus chères, put accepter sans déshonneur un état do choses qu'il était tout à fait impuissant à modifier : il signa sans regrets et observa fidèlement la paix de Constance, qui ne lui laissa guère autre chose qu'une suprématie nominale sur les villes lombardes.
1. Le cflrroccio était un chariot au milieu duquel étaitplanté l'étendard qui servaitde pointde ralliement aux Lonibardsdans la bataille.
Dans son pays, anciin prince, depuis l'empereur Henri III, n'avait joui d'un éeal respect et d'une prospérité aussi constante. Unissant en sa personne les familles de Saxe et de Souabe, il mit un terme à la longue querelle des Welfs et des AVaiblingen : ses prélats lui furent dévoués, même contre Rome ; aucune révolte ne troulila la paix publique. L'Allemagne était fiëre d'un héros qui faisait si bien respecter sa dignité au dehors. Enfin, il couronna une vie glorieuse par une belle mort, en conduisant lavant-garde de la chevalerie chrétienne contre les Musulmans. Frédéric, le plus grand des Croisés, représente un des types les plus nobles d'un caractère du moyen âge avec beaucoup de ses ombres, mais aussi avec toutes ses clartés. Sous des formes légales, à peu près absolu parfois dans la pratique, le gouvernement de l'Allemagne, comme celui de bien d'autres royaumes féodaux, était retenu surtout par la difficulté de réprimer des vassaux insoumis. Tout dépendait du caractère du monarque, et, lorsqu'il était aussi vigoureux et aussi populaire (|ue Frédéric, il n'avait pas trop de peine à entraîner la majorité à sa suite et à se faire redouter du reste. On se formerait même une fausse impression de la force réelle de ses pérogatives à ne voir que la promptitude avec laquelle il fut obéi. Il rétablit les finances, contint les ducs, introduisit un cérémonial plus })om[teux, s'efforça de relever le pouvoir central en multipliant les nobles de second ordre, plus tard le « collège des princes », et en essayant de substituer le droit civil et le code féodal lombard
aux vieilles coiitiinies teiitoniques,qui dilTéraieiil avec chaque province. S'il ne })ut réussir dans ce jtrojel, il fut plus heureux dans un autre. Depuis l'époque de Henri l'Oiseleur, des villes s'étaient élevées au sud et à l'ouest de l'Allemagne , là en particulier où les fleuves offraient des facilités au commerce. Cologne, Trêves, Mayence, Worms, Spire, Nuremberg, Ulm, Regensbourg-, Augshourg", étaient déjà des cités considérables, qui ne reculaient pas devant la pensée de résister à leur seig'ueur ou à leur évèque et qui devaient être bientôt prêtes à servir de contrepoids à la puissance de l'oligarchie territoriale Par politique ou par instinct, Frédéric fut conduit à les attacher à son trône : il en alfranchiL un grand nombre, leur accordant, avec des inslilulions municipales, une juridiction indépendante, leur concédant divers privilèges et diverses immunités, en échange de leur bonne volonté et de leur aide loyale, en argent toujours, en hommes (juand le besoin s'en ferait sentir. Ses successeurs immédiats le suivirent dans cette voie, et un troisième ordre se constitua ainsi dans l'État, qui eût été, si l'on avait su l'employer à propos, le plus ferme boulevard de l'autorité impériale; un ordre dont les membres, h's villes libres*, furent pendant bien des siècles, en Allemagne, des foyers d'intelligence et de liberté, le seul refuge où l'on fût
1. Ltibeck, Hamboiirs, Brème et Francfort. Depuis que ceci a été écrit, Francfort a été annexée à la Prusse, et ses trois sœurs survivantes, par leur entrée d'abord dans la Confédération de l'AlleniaiJtne du Nord, puis dans l'Empire allemand, ont perdu quelque peu de li'ur indépendance.
à couvert des orages de la guerre civile, la garantie la plus sûre du retour futur de l'union et de la paix. Dans leurs murs se sont assemblés plusieurs fois jusqu'à nos jours des congrès nationaux : c'est de leur sein que sont sortis d'ardents esprits, pleins de zèle pour répandre ces idées d'unité germanique et d'autonomie qui ne s'étaient conservées que là. De tant de républiques si llorissantes, quatre à peine furent épargnées par les conquérants étrangers ou des princes sans foi, jusqu'au moment où elles redevinrent encore membres d'un nouvel Etat véritablement germanique. Les sympatliies de l'ancienne classe des liommes libres, qui n'existait guère en deliors de l'enceinte des villes, sauf en Souabe et en Suisse, Frédéric les gagna encore plus sûrement en les autorisant à acquérir la dignité de chevaliers, en réprimant la licence des nobles, en imposant une paix publique, en rendant la justice d'un accès plus facile à tous les points de vue et d'un impartialité plus stricte. Au sud-ouest de la plaine verdoyante qui environne le rocher de Salzbourg-, la masse gigantesque de l'Untersberg- surplombe d'un air menaçant la route qui monte en serpentant par un long- détilé jusqu'à la vallée et au lac de Berchtesgaden. Là, bien haut parmi ses roches calcaires, dans une région presque inaccessible au pied du voyageur, les paysans de la vallée lui montrent la sombre ouverture d'une caverne et lui racontent que Barljerousse v est avec ses chevaliers plongé dans un sommeil enchanté , attendant l'heure où les corbeaux cesseront de planer autour du pic et où le
poirier fleurira dans la vallée, pour descendre avec ses croisés et ramener en Allemagne l'âge d'or de la paix, de la puissance et de l'unité '. Maintes fois dans les mauvais jours qui suivirent la chute de la maison de Frédéric, maintes fois lorsque la tyrannie paraissait intolérable et Tanarcliie ne devoir jamais finir, la pensée des hommes d'alors se tourna vers cette caverne, et ils soupirèrent après le jour où le grand justicier sortirait enfin de son long sommeil et suspendrait de nouveau, comme autrefois, son bouclier au milieu du camp , en signe de l'assistance qu'il apportait aux pauvres et aux opprimés.
1. Celte légende est une de celles qu'on retrouve sous diverses l'ormcs cliez la plupart des peuples.