‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 76 sur 133 · Edouard refusa, prétextant ([u'il était rex inunctus · texte numérisé non relu

Edouard refusa, prétextant ([u'il était rex inunctus

4. Sigismond avait, peu auparavant, grandement olTensé les Français en donnant chez eux l'accolade à des chevaliers.

5. Sigismond répondit : « Nihi! se contra superioritatem régis proitexere. »

blic ne serait admis à exercer sa charge et qu'aucun caractère légal ne s'attacherait aux documents qu'il pourrait rédiger jusqu'à ce qu'il eût obtenu un diplôme de l'Empereur ou du pape. Un énergique désaveu d'une doctrine aussi offensante fut formulé par le parlement d'Ecosse sous Jacques III '.

Le royaume de Naples et de Sicile, bien que regardé ordinairement comme faisant partie de l'Empire, non seulement en fut indépendant sous la dynastie normande (1060-1189), mais fut encore, en Italie, le plus dangereux ennemi de la puissance allemande. Henri VI, le lils et le successeur de Barberousse, en prit possession par son mariage avec Constance, la dernière héritière des rois normands. Mais, de même que Frédéric II, il le traita comme un patrimoine séparé, au lieu de l'incorporer à ses autres domaines septentrionaux, A la mort de Conradin, le dernier des Hohenstaufen, il passa entre les mains de la maison (l'Aniou, puis de la maison d'Aragon, réussit sous toutes deux à garder son indépendance vis-à-vis de l'Empire, et ne fut plus réuni dès lors, si ce n'est sous Charles-Quint, à la couronne germanique.

Il y eut en Italie un seul coin de terre auquel une situation exceptionnellement favorable permit, pendant de longs siècles d'obscurité et de faiblesse, où sa puissance se développa lentement, de se maintenir absolument libre de toute sujétion envers les empe-

1. Selden, Titles of Honour, part. I,, cliap. ii. Néanmoins les notaires, en Ecosse et ailleurs, continuèrent longtemps à se dire : « Ego M, auctoritate imperiaii [ou papali) notarius. »

reurs franks ou allemands. Venise se g-lorifie de faire remonter sa fondation aux fugitifs qui s'échappèrent d'Aquilée au temps d'Attila : il est probable, du moins, que sa population ne reçut jamais aucun mélange de sang teutonique et continua, durant les diverses périodes de la domination des Lombards et des Franks sur litalie. à considérer les souverains byzantins comme les représentants de ses anciens maîtres. Au X'' siècle, sommés de se soumettre à Otton II, les Vénitiens avaient répondu : « Nous voulons rester les serviteurs des empereurs des Romains » (les Gonstantinopolitains). Et, bien qu'ils dussent renverser ce même trône d'Orient en 1204, le prétexte n'en avait pas moins eu son utilité et leur avait servi à braver ou à éluder les invitations à l'obéissance des princes teutons. Seule de toutes les républiques italiennes, Venise, jusqu'au jour de sa ruine par la France et l'Autricbe, en 179G, ne reconnut jamais dans ses murs d'autre autorité séculière en Occident que la sienne.

Les rois de Chypre et d'Arménie écrivirent à Henri YI pour s'avouer ses vassaux et lui demander son appui. Sur les lointaines contrées de l'Orient, où le pied d'un Frank ne s'était jamais posé, Frédéric Barbcrousse revendiqua les droits imprescriptibles de Rome, la maîtresse du monde. Iloveden nous a conservé une lettre adressée à Saladin, oii, d'une façon fort amusante, il identifie absolument son propre empire à celui qui avait envoyé Crassus tomber sous les flèches des Parllies et avait eu la honte de voir

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Marc-Antoine, « consulem nostrum ' », à genoux devant Cléopàtre : il y enjoint au Soudan de sortir à l'instant des domaines de Rome, s'il ne veut pas qu'à l'aide de ses nouveaux défenseurs teutoniques, dont une liste pompeuse est donnée immédiatement, il l'en chasse aussi impitoyablement que ses ennemis d'autrefois.

Quelle que fût la mauvaise volonté des grands royaumes de l'Europe occidentale à admettre la suprématie territoriale de l'Empereur, les plus orgueilleux d'entre eux ne se refusèrent jamais pourtant, jusqu'à la tin du moyen âge, à lui accorder la priorité et à s'adresser à lui sur le ton du respect et de la soumission. Bien différente fut l'attitude des princes byzantins, qui lui déniaient tout droit au nom même d'Empereur. L'existence distincte de l'Église et de l'Empire d'Orient n'était pas seulement, comme on l'a dit plus haut, une tache sur le blason des souverains teutoniques, c'était, en outre, une protestation perpétuelle et victorieuse contre le système entier d'une Église-Empire de la chrétienté, ayant son centre à Rome, gouvernée par le successeur de saint Pierre et celui d'Auguste. Au lieu du pape unique et de

1. Il n'est pas nécessaire de prouver si cette lettre est de la composition de Frédéric ou de ses ministres. Si elle est d'un contemporain (comme il n'y a pas à en douter), elle répond aussi bien à notre objet, qui est de montrer les sentiments et les idées de cette époque. Comme, lors d'une édition précédente de cet ouvrage, l'authenticité en a été contestée par un crili(iue, j'ajouterai qu'on la trouvera non seulement dans Hoveden, mais aussi dans 1' « Itinerarium régis Ricardi », dans Ralph de Dicelo, et dans le ^ Chronicon Terraî Sanctae ». [Voir l'édition de Hoveden donnée par le D'' Stubbs, t. II, p. 356.]

l'unique empereur que les théories du moyen âge soutenaient être les seuls représentants sur la terre du chef invisible de l'Église, le monde se vit en proie aux interminables contestations de rivaux auxquels les bonnes raisons ne manquaient pas de part et d'autre. Les Latins pouvaient (jualifier à leur aise les Orientaux de schismaliques et leur empereur d'usurpateur; mais, en réalité, il était impossible de détrôner celui-ci ou de réduire ceux-là à l'obéissance : et même dans la controverse , personne ne pouvait traiter les prétentions d'une société qui avait été la première à embrasser le christianisme et conservait un si grand nombre de ses formes les plus anciennes, avec le mépris qu'on eut ressenti pour une petite secte quelconque d'Occident. Quelque gravement, toutefois, que l'hostilité des Byzaritins nous semble avoir atteint l'Empire teutonique, en mettant en question sa légitimité et en déjouant ses prétentions à l'universalité, il ne paraît pas que les contemporains s'en soient beaucoup préoccupés, ni qu'ils aient eu souvent, dans la pratique, à se débattre contre les difficultés qu'elle suscita. La grande majorité d'entre eux ignorait jusqu'au nom même des Orientaux; parmi ceux qui les connaissaient, la plupart ne les regardaient que comme de misérables rebelles, des Samaritains qui refusaient de venir adorer à Jérusalem et qui ne valaient guère mieux que des intidèles. Les ecclésiastiques, en petit nombre, que distinguaient leur savoir et leurs lumières, avaient l'esprit déjà prévenu par la théorie générale et y adhéraient

avec une foi trop profonde pour supporter la moindre contradiction sur ce point : il no parait pas qu'ils aient même soupçonné les conséquences dont cette erreur était grosse. Et, chose encore plus étrange, dans toutes les attaques dirig'ées contre la validité de l'Empire teutonique, soit par les papes, soit par ses antagonistes de France, nous ne voyons pas que le titre rival des souverains bvzantins figure parmi les arguments allégués. ^Séanmoins l'Église orientale était alors comme aujourd'hui une épine dans le pied de la papauté ; et quant aux empereurs orientaux, loin de s'unir pour le bien de la chrétienté avec leurs frères d'Occident, ils firent preuve d'une jalousie amère, quoique assez naturelle, à leur égard, ne perdirent aucune occasion d"intriguer contre eux et ne cessèrent jamais de nier la légalité de leur titre. A leurs yeux, le couronnement de Charlemagne n'était qu'un acte de révolte im])ie; ses successeurs n'étaient que des intrus barbares, ignorant les lois et les usages antiques de l'Etat et n'ayant d'autre autorité à invoquer, pour se justifier de prendre le nom de Romains, que la faveur de quelque pontife insolent. Les Byzantins avaient eux-mêmes cessé depuis longtemps de faire usage du latin et avaient presque à moitié contracté le caractère et les mœurs de l'Orient ; mais ils continuaient à se dire Romains et conservaient la plupart des cérémonies et des litres usités du temps de Constantin ou de Justinien. Leur faiblesse était grande, quoiqu'elle ne le fût pas autant, à beaucoup près, que les historiens modernes se sont, jusqu'à une époque

récente, complu à la dépeindre ; or, plus elle augmentait, plus grandissait aussi leur vanité, plus ils faisaient parade de la légitimité continue de leur couronne et de l'appareil fastueux qui environnait traditionnellement celui qui la portait. Ils satisfaisaient à leur dépit en déligurant d'une façon insultante les titres des princes franks. Basile de Macédoine reprochait à Louis II d'avoir osé se servir du mut de (c Basileus » ; à quoi Louis répliqua qu'il était empereur tout aussi bien que Basile lui-même, mais que, dans tous les cas, Basileus ne signifiait que rex en grec, et nullement (( Empereur ». Nicéphore persista à ne pas vouloir appeler Otton I" autrement que « roi des Lombards * » ; Kalo-Johannes traitait Conrad III d' (( amice imperii mei rex ^ »; Isaac l'Ange eut l'impudence de qualilier Frédéric I" de « premier prince d'Allemannie ^ «.Le grand Empereur, à demi offensé,

1. Liiitprand, Lrgafio Coyistantinopolitniift. Nicéphore dit : u Vis majus scaudalum quam quod se imperalorem vocat. »

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