Voir, à rAppendice, La note A
2. Quelques-uns en ajoutent une cinquième, la couronne d'Allemagne (celle d'Aix-la-Chapelle étant, selon eux, franke), qui appartenait, disent-ils, à Ratisbonne. — Marquardus Freherus.
3. « Dy erste isle tho Akea : dar Kronet men mit der Yseren Krone, se is he Konig over aile Dudesclie Ryke. Dy andere tho JSleylan, de is Sulvern, so is he hère dor Walen. Dy drûdde is tho Rome: dy is guldin, so is he Keyser over aile dy Werlt. » — Glose du Sachsenspierjel citée par Pfeftinger et aussi par Pierre d'Andlo.
d'argent doré toutes les trois, quoique dans celle d'Italie fût enchâssé un morceau de fer qu'on croyait être un clou de la vraie croix ^
Pourquoi , car c'est une question que l'on peut bien soulever, puisque la couronne romaine faisait de l'Empereur le souverain du monde connu tout entier, pourquoi jugeait-on nécessaire qu'il ajoutât à cette dignité suprême des dignités moindres et qu'elleparaissait renfermer déjà? La raison semble en être que Ton considérait l'oflice impérial comme quelque chose d'essentiellement différent de l'office royal et impliquant , non le gouvernement direct d'aucun royaume en particulier, mais bien une suzeraineté générale et un droit de contrôle sur eux tous. Une anecdote qu'on raconte de Frédéric Barberousse nous en fournira à propos la preuve. Un jour qu'il lui était arrivé de demander aux célèbres juristes qui l'entouraient s'il était réellement vrai qu'il fût « le maître du monde [domimis mu/idf')yi, l'un d'eux en convint simplement; un autre, Bulgarus, répondit : (( sauf en ce qui touche la propriété ». Dans ce propos, évidemment conforme à la théorie philosophique de l'Empire, nous trouvons une distinction .précise tracée entre la souveraineté féodale, qui suppose le prince propriétaire originaire du sol entier
1. Cf. Gewoldus, de Septeinviratu Imperii îlomani. On se serait attendu à ce que quelque amateur d'allégories ingénieuses découvrit que la couronne de Bourgogne devait être, et était par conséquent de cuivre ou de bronze; la série eût alors été complète comme les quatre âges de l'humanité dans Hésiode. Mais je n'ai rien pu trouver de semblable.
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de son royaume, et la souveraineté impériale, indépendante de toute condition de lieu, s'exercant non sur les choses, mais sur les hommes en tant qu'êtres raisonnables créés par Dieu. Mais l'Empereur, comme on l'a déjà dit, était aussi le roi des Franks de l'Est, réunissant en soi, pour employer la formule légale, deux « personnes » entièrement distinctes. Il s'ensuit qu'il pouvait acquérir des droits plus directs et plus réels sur une partie des domaines en s'en faisant couronner roi, exactement comme un monarque féodal était souvent duc ou comte de seigneuries dont il était déjà le suzerain; ou, pour prendre un meilleur exemple, exactement comme un évêque peut administrer des cures dans son propre diocèse. Que les empereurs, tout en continuant à se faire couronner à Milan et à Aix-la-Chapelle, ne se fissent plus appeler rois des Lombards et des Franks, cela tient probablement à cela seul que ces titres durent leur paraître insignifiants en comparaison de celui d'Empereur romain.
Dans ce titre suprême, comme on l'a dit, tous ceux d'une moindre valeur venaient se confondre et s'absorber; mais la coutume ou le préjugé interdisaient au roi allemand de le prendre avant d'avoir été efTec-* tivement couronné à Rome par le pape '. Les formules
1. De là vient que les chiffres qui suivent le nom des empereurs diffèrent souvent chez les auteurs allemands et italiens, ceux-ci ue comptant pas Henri l'Oiseleur et Conrad !«'■; c'est ainsi que Henri III (d'Allemagne) s'intitule « Imperator Henricus Secundus «: et que itous distinguent les années de leur regnum de celles de Vi»iperiuiii. Le cardinal Baronius ne veut pas appeler Henri V autrement
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et les titres ne sonl jamais sans importance, moins que jamais surtout dans un âge ignorant et imbu d'un respect superstitieux pour l'antiquité : et cette restriction eut les conséquences les plus importantes. Les premiers rois barbares avaient été des cliefs de tribus; et lorsqu'ils prétendaient à une domination qui, universelle, était pourtant territoriale en un sens (c'est-à-dire liée à une cité), ils ne pouvaient séparer leur titre de la portion du sol qu'ils se faisaient gloire de posséder, et en vertu du nom de laquelle ils régnaient. « Puisque, dit le biographe de saint Adalbert, Rome est et s'appelle, à la fois, la capitale du monde et la maîtresse des cités, elle seule est en mesure de conférer aux rois la puissance impériale ; et, puisqu'elle renferme dans son sein le corps du Prince des Apôtres, elle a nécessairement le droit d'élire le Prince de toute la terre '. La couronne était donc trop sacrée pour que ce fut un autre que le suprême pontife qui la donnât ou que le fait eût lieu dans une ville moins auguste que l'ancienne capitale. Fùt-ellc devenue héréditaire dans une famille, celle de Lothaire I", par exemple, ou celle d'Otton, ce sentiment aurait pu s'éteindre; dans l'état des choses, chaque transfert successif à une nouvelle dynastie, à Guido, à Otton, à Henri II, à Conrad le Salique, le fortifia. La puissance des usages, des traditions, des précé-
que Henri III, ne reconnaissant pas le couronnement de Henri IV pour avoir été l'œuvre d'un auti-pape.
1. Vie de saint Adalbert (rédigée à Rome dans les premières années du xi« siècle, probablement par un relii,neux du monastère des SS. Boniface et Alexis), dans Perlz, M. G. H., IV.
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dents est incalculable, lorsqu'elle ne rencontre d'obstacles ni dans des règles écrites ni dans la libre discussion. Ce que vaut alors une pure assertion, le succès obtenu par une falsification aussi grossière que celle des Décrétales Isidoriennes nous le montre. II n'est besoin d'aucun argument pour discréditer le prétendu décret du pape Benoît YIII ', qui interdisait aux princes allemands de prendre le nom ou d'exercer l'office d'Empereur avant l'approbation et la consécration du pontife; mais une doctrine si favorable aux prétentions papales devait trouver des défenseurs; Hadrien IV la proclame dans les termes les plus explicites, et grâce aux eiforts du clergé et à la vénération superstitieuse qu'inspirait le nom de Rome aux princes teutons , elle prit le caractère d'un article de foi ".
Personne n'osant se servir du lilre avant qu'il eût été conféré par le pape, il parut en quelque sorte dépendre de sa volonté, et c'est ce qui permit à ce dernier d'imposer des conditions à cliaque candidat, ce qui donna une certaine vraisemblance à sa prétendue suzeraineté. De ce qu'en vertu des tbéories féodales tout honneur et toute terre relevaient de
1. Donné par Glaber Rudolphus. C'est manifestement le faux le plus impudeat. « Ne quisquam audacter Romani Imperii sceptrum praeposlere gestare princeps appelât neve Imperator dici aut esse valeat, nisi quem Papa Romaaiis morum probitate aptum elegerit, eique commiserit insigne impériale. »
2. Le Sac/isenspiegel dit : « Die dùdesclien soleu durch recht den Koning kiesen. Svenne die geviet werl von deu bischopen die dar lo gi'sat sin, uude nppe den stul to Aken kunt, so hevet be Koninglike walt unde Kouiiigliken namen. Svenne yn die paves wiet, so heute lie des rikes gewall unde Keiserliken namen. »
quelque supérieur hiérarchique, et de ce que le pape avait directemeut reçu sa mission des mains de Dieu, ne s'ensuivait-il pas que la terre entière devait être regardée comme son fief, et qu'il était lui-même le seigneur suzerain dont TEmpereur n'était qu'un des vassaux? Cet argument, rendu infiniment plausible par la rivalité qui divisait l'Empereur et les autres souverains, lorsqu'on l'opposait à l'autorité universelle et incontestée * du pape, était en faveur auprès du parti ultra-clérical : il avait été pour la première fois mis en avant d'une façon distincte par Hadrien IV, lorsqu'il fit faire le tableau ', représentant la prestation de l'hommage par Lothaire, qui avait tant irrité les compagnons de Bar])erousse, quoiqu'il y eût déjà été fait allusion dans le vers suivant, lorsque Grégoire VII octroya la couronne à Rodolphe de Souabe :
Petra dédit Petro, Petrus diadema Uadolpho.
Et ce n'était pas seulement parce qu'elle le mettait à la merci du pontife que cette oj^ligation de soumettre
1. Universelle et incontestée en Occident, ce qui, dans la pratique courante, signifiait le monde. Le refus de reconnaître la suprême juridiction de la ciiaire de Saint-Pierre opposé par les Églises orientales affecta à peine la foi de la chrétienté latine, tout comme l'existence à Constantinoplc d'un empereur rival, revêtu d'un titre aussi bon et aussi légal que le césar teuton, était aisément oubliée ou ignorée des sujets allemands ou italiens de ce dernier.