PRÉFACE XIII
Ainsi, à l'Occident comme à l'Orient, la réalité s'opposait à la théorie. Sur quel terrain s'exerçait donc l'autorité impériale? Sur l'Allemagne, sur le royaume d'Arles, sur l'Italie (lu Nord, — le sud de la Péninsule fut normand, angevin, aragonais, après avoir été byzantin; — puis sur des royaumes tout nouveaux du Nord et de l'Est : Danemark, Pologne, Bohême, Hongrie. Encore la suzeraineté de l'empereur y était-elle intermittente. Au vrai, le propre terrain de l'empire fut l'Italie du Nord et l'Allemagne.
Ce fut aussi un terrain de bataille entre l'empire et la papauté.
Toute la théorie des penseurs et des rêveurs du moyen âge reposait sur l'accord des deux pouvoirs. Le droit canon en disait la nécessité : « Le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, a distingué les offices des deux puissances en donnant à chacune sa fonction et sa dignité propre... de telle sorte que les empereurs chrétiens eussent besoin des pontifes pour les choses de la vie éternelle, et que les pontifes usassent des lois impériales pour le cours des choses temporelles; que le serviteur de Dieu ne se mêlât point des choses séculières et que celui qui est impliqué dans les aiîaires de ce monde ne parût point présider aux choses divines! » Et saint Bernard condamnait cette opinion « que la grandeur et la prospérité de l'empire sont nuisibles à l'Eglise, ou la paix et la liberté de l'Église, à l'empire. »
Sans doute, mais si la terre est assez vaste pour contenir un grand nombre de dominations, elle est trop étroite pour deux maîtres. Une polyarchie peut subsister, non point une dyarchie. L'empereur et le pape, placés si haut au-dessus de l'humanité, se toisèrent du regard.
Jamais ils ne furent d'accord. Jamais les deux pouvoirs ne se considérèrent comme égaux. Jamais ils ne se distinguèrent nettement l'un de l'autre. Tout prince du moyen âge était de l'Église, et, plus qu'aucun autre, l'empereur. D'autre part, l'Église, en ces temps de force brutale, n'aurait pu subsister si elle ne s'était approprié une part de la terre. Le pape était prince; princes étaient les évêques, et très avant engagés dans les intérêts temporels.