Quà entro è lo secondo Federico. » — Inferno, canlo X
fois pour être revenu. Tant bien que mal , il se réconcilia pourtant avec Grégoire; mais, à Tavènement d'Innocent IV, le différend se ralluma de plus belle. Sur les prétextes spécieux qui ranimèrent la querelle, il importe peu de s'étendre : les causes réelles restaient toujours les mêmes et ne pouvaient être écartées que par la soumission de l'un des deux adversaires. Une des principales était la possession de la Sicile par Frédéric. C'est alors qu'on vit ce que Barberousse avait préparé à sa maison en obtenant pour son fds Henri la main d'une héritière de la dynastie normande. Naples et la Sicile avaient été reconnues pendant environ deux cents ans pour fief du Saint-Siège, et le pape, qui se sentait en danger dans le cercle où l'enfermait son rival, se résolut à profiter de tous ses avantages et h les faire tourner à l'anéantissement de l'autorité impériale d'un bout à l'autre de l'Italie. Mais quoique la lutte eut un caractère bien plus nettement territorial et politique que celle du siècle précédent, elle rouvrit toutes les sources primitives de querelle et se transforma en un conflit entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux. Les vieux cris de guerre de Henri et d'Hildebrand, de Barberousse et d'Alexandre, réveillèrent de nouveau la haine inextinguible des factions italiennes : le pontife affirma que l'Empire se transmettait comme un fief, et soutint que la puissance de Pierre, symbolisée par les deux clefs , était non moins temporelle que spirituelle; l'Empereur en appela à la loi, aux droits indélébiles de César, et dénonça son ennemi
comme étant rAiitéclirisl prédit par le Nouveau Testament, puisque c'était au second vicaire de Dieu qu'il résistait. Le premier narguait les anatlièmes, reprochait à l'Église sa cupidité et traitait son armée, les moines, avec une sévérité souvent voisine de la férocité. Le second déposait solennellement un prince hérétique et rebelle, offrait la couronne impériale à Robert de France, à l'héritier du Danemark, à Ilakon le roi Norse, réussissait enfin à lui susciter pour rivaux Henri de Thuringe et Guillaume de Hollande. Malgré tout, cependant, c'est moins TEmpereur teuton qu'on attaque que le roi de Sicile, l'incrédule et l'ami des Mahométans, l'ennemi héréditaire de l'Église, celui qui menace l'indépendance lombarde et dont le triomphe réduirait la papauté aux abois. La possession de ce royaume de iSicile, cause principale de la querelle, était en même temps une faiblesse bien plus qu'une force : elle obligeait, en effet, Frédéric à diviser ses troupes, et le plaçait dans la fausse position d'un vassal qui résiste à son légitime suzerain. Le proverbe grec a raison : les présents d'un ennemi ne sont pas des présents, et l'on ne gagne rien ta les recevoir. Les rois normands furent plus redoutables après ■leur mort que durant leur vie; ils avaient quelquefois fait échec à l'Empereur teuton ; leur héritage fut sa ruine.
Avec Frédéric tomba l'Empire. A la catastrophe qui accabla la plus illustre de ses maisons royales, il échappa, vivant encore et destiné à une longue vie, jiiais si ébranlé, si paralysé, si dégradé, qu'il ne put
jamais redevenir pour l'Europe et pour l'Allemagne ce qu'il avait été jadis. Le dernier acte de la tragédie rassembla l'ennemi, qui avait Rni par en épuiser la force, et le rival destiné à insulter à sa faiblesse et finalement à effacer son nom. Le meurtre du petit-fils de Frédéric, Conradin — un héros dont la jeunesse et le caractère chevaleresque eussent ému de pitié tout autre ennemi, — fut approuvé, sinon sugg-éré, par le pape Clément; il fut exécuté par les mignons de ('harles de France.
La ligue des cités lombardes avait résisté avec su<'cès aux armées de Frédéric et aux nobles gibelins plus dangereux encore : leurs fortes murailles et leur population nombreuse leur permettaient de ne presque pas se ressentir des défaites essuyées sur le champ de bataille; et maintenant que le sud de l'Italie venait aussi de passer des mains d'une dynastie germanique dans celles d'une dynastie angevine d'abord, aragonaise ensuite, il devenait clair que la péninsule était irrévocablement perdue pour les empereurs. Pourquoi, cependant, n'eussentils pas été encore puissants au delà des Alpes? Leur position était-elle pire que celle de l'Angieterre, lorsque la Normandie et l'Aquitaine refusèrent d'obéir plus longtemps à un Plantagenet? La force qui les avait aidés à exercer une domination si vaste allait être d'autant plus grande (pic sa sphère d'action se rétrécissait davantag-e.
Jadis, sans doute, les choses auraient pu se passer de la sorte; alors, il était trop tard. Le royaume ger-
CHUTE DES HOUENSTAUFEX :ÎTo
maniqiie s'affaissa sous le poids de l'Empire romain. Pour être la souveraine universelle, l'Allemagne avait sacrifié son existence politique. La nécessité où , par suite de leurs desseins sur l'Italie et de leurs contestations avec le pape, se trouvèrent les empereurs d'acheter par des concessions l'appui dr leurs propres vassaux, la facilité avec laquelle les seigneurs pouvaient se livrer à des usurpations en leur absence, la difficulté que le monarque éprouvait, à son retour, à revendiquer les privilèges de la couronne, les incitations à la révolte et les prétendants que le Saint-Sièg^c tenait tout prêts à prendre le trône , telles étaient les causes dont l'action constante jeta les fondements de cette indépendance territoriale qui devint un solide édifice à l'époque du Grand Interrèg-ne \ Frédéric II, par deux pragmatiques sanctions, en 1220 et en 1232, avait accordé ou plutôt confirmé des privilèges déjà consacrés par l'usage, tels que l'exercice de la souveraineté légale dans leurs propres villes et sur leurs propres terres octroyée aux évêques et aux nobles, sauf le cas de présence de l'Empereur; et, dès lors, sa juridiction directe fut restreinte à son étroit domaine et aux cités placées dans la dépendance immédiate de la couronne. Ses fonctions ainsi amoindries, la nécessité d'un personnage tel que l'Empereur s'allaiblit d'autant; d'où il
1. L'iuteiTègne est, pour quelques-uns, l'intervalle des deux années qui précédèrent l'élection de Richard; pour d'autres, la période entière qui s'étend de la mort de Frédéric II ou de celle de son fils Conrad IV jusqu'à l'avènement de Rodolphe, en 1273.
résulta que les sept princes du royaume, qui en étaient alors devenus, gTâcc à la loi ou à la coutume, les seuls électeurs, ne se hâtèrent pas de remplir la place de Conrad IV, que les partisans de Frédéric, son père, avaient recoiniu. Guillaume de Hollande briguait cet honneur, mais il était repoussé par le parti souabe : à sa mort, on réclama une nouvelle élection, à laquelle on lînit par procéder. L'archevêque de Cologne donna à ses confrères le conseil de choisir quelqu'un qui fût assez riche pour tenir son rang- avec dignité et qui ne fût pas assez fort pour se faire craindre des électeurs; ces deux qualités se rencontrèrent chez le Plantagenet Richard, comte de Cornouailles, frère de l'Anglais Henri III. Il obtint trois, et définitivement quatre votes, vint en Allemagne, et fut couronné à Aix-la-Chapelle. ^lais trois des électeurs, s'étant aperçus que la somme d'argent qu'il leur avait offerte pour les gagner n'était pas égale à celle (ju'il avait oll'erte aux autres, s'en séparèrent avec mépris et élurent Alphonse X de Castille '. Celui-ci, plus avisé que son compétiteur, continua à étudier les étoiles à Tolède, jouissant de Tillus- Iralion de son titre sans en accepter d'autres charges que la publication d'une proclamation de temps à autre. Sur ces entrefaites, l'état de l'Allemagne devenait affreux. Le nouveau Didius Julianus, la créature de princes aussi bas que les pr.étoriens qu'ils •copiaient, n'avait ni le caractère, ni le pouvoir exté-
1. Surnomme « le Sage », à cause de son goût pour les recherches scientifiques.
rieur, ni les ressources qui l'eussent fait respecter. L'anarchie trouvait toutes les portes ouvertes : les prélats et les barons accroissaient leurs domaines à la pointe de l'épée; des chevaliers vivant de pillage infestaient les grands chemins et les rivières; la misère des faibles, la tyrannie et la violence des forts atteignirent un degré inconnu depuis des siècles. Les choses devinrent même pires que sous les empereurs saxons et franconiens; car la petite noblesse, qui était alors contenue dans une certaine mesure par ses ducs, se trouvait à présent, par suite de l'extinction des grandes maisons, débarrassée de tout supérieur féodal. Les villes seules offraient un asile sur et tranquille. Celles du Rhin s'étaient déjà liguées pour leur défense mutuelle et luttaient opiniâtrement pour la cause du commerce et de l'ordre contre le brigandage universel. Quelque temps, enfin, après la mort de Richard, tout le monde sentit qu'un pareil état de choses ne pouvait se prolonger indéfiniment : sans droit public, sans cours de justice, l'Empereur, personnification du gouvernement légal, était l'unique ressource. Le pape lui-même, jugeant qu'il avait suffisamment réussi à affaiblir son ennemi, s'aperçut que la désorganisation de l'Allemagne commençait à affecter ses revenus et menaça les électeurs de nommer un empereur, s'ils ne le faisaient eux-mêmes. Ainsi pressés, ils choisirent, en 1273, Rodolphe, comte de Ilapsbourg-, le fondateur de la maison d'Autriche '.