Voir Dante, Paradiso, canto VI
d'accueillir de nouveau Rienzi : « Y eut-il jamais une pareille paix, une pareille tranquillité, une pareille justice, un tel honneur rendu à la vertu, de telles récompenses accordées aux bons et de tels châtiments infligés aux méchants, y eut-il jamais Etat plus sagement dirigé, qu'au temps où le monde était arrivé à n'avoir qu'une tète et que cette tète était llorae, le temps précis où Dieu daigna naître ' d'une vierge et vivre sur la terre? Une seule tète a été donnée à chaque corps; le monde entier, par conséquent, que le poète appelle un grand corps, devrait aussi se contenter d'une seule tète temporelle. Tout animal à deux tèies n'est-il pas monstrueux? quel phénomène encore plus horrible et plus hideux est une créature à mille tètes différentes, qui se combattent et s'entre-déchirent! S'il est nécessaire, pourtant, qu'il y ait plus d'une tète, il n'en est pas moins évident qu'il en faut une pour les maîtriser et les dominer toutes, afin que la paix du corps entier ne soit jamais ébranlée. Certainement, dans le ciel de même que sur la terre, la souveraineté d'un seul a toujours été ce qui a le mieux valu. »
L'admiration pour les conquêtes héroïques des Romains, pour l'ordre et la paix qu'ils firent régner dans le monde, tel est le fond des espérances politiques de Dante : ce n'est plus un Gibelin exilé, mais un patriote dont l'ardente imagination voit une nation se lever, régénérée, à l'appel de son souverain légitime. L'Italie, cette proie que tant de conquérants teutons se sont partagée, est le jardin de l'Empire
que Henri doit racheter : Rome est la veuve désolée qu'il reproche à Albert d'oublier \ Traversant le purgatoire, le poète aperçoit Rodolphe de Hapsbourgassis tristement à l'écart , expiant le crime d'avoir laissé sans les panser les blessures de l'Italie ^ Dans le goufTre le plus profond du neuvième cercle de l'Enfer est enchaîné Lucifer, énorme, à trois tètes, tenant dans chacune de ses bouches un pécheur qu'il broie entre ses dents : dans l'une, Judas Iscariote, traître à Jésus-Christ; dans les deux autres Brutiis et Cassius, traîtres au premier empereur de Rome. Multiplier les exemples empruntés aux autres parties du poème serait une tâche interminable, car celte idée est toujours présente à l'esprit de Dante et s'y traduit sous mille formes inattendues. Virgile luimême a été choisi pour servir de guide au pèlerin à travers l'Enfer et le Purgatoire, moins pour avoir été le grand poète de l'antiquité que parce qu'il « était né sous Jules César et qu'il vécut sous le bon Auguste », et parce qu'il avait reçu la mission divine de chanter les premières et les plus brillantes gloires de l'Empire ". Chose étrange qu'un siècle se glorifie de ce qui faisait la honte d'un autre. Les panégyriques mélancoliques que Virgile consacre au destructeur de la république ne ressemblent pas plus, en eifet,
1 . Vieni a veder la tua Rouia, che piagne Vedova, sola, e di e nolte cbiama :
Cesare mio, perche non m'accompagne.
{Pitrfjatorio, canto VI, 112.)