Iiiferno, canto XXXIV
aux appels adressés par Dante au futur sauveur de l'Italie que César Octave ne ressemblait à Henri, comte de Luxembourg-.
L'enthousiasme visionnaire de riiommc de lettres était appuyé par le dévouement plus calme de l'homme de loi. Conquérant, théologien et législateur, Justinien est un héros supérieur à César et à Constantin, car il a laissé pour lui servir de témoin une œuvre durable. L'absolutisme était la croyance des docteurs en droit civil '. Les phrases « legibus solutus », « lex regia » , toutes celles qui pouvaient offrir un sens analogue étaient employées pour exprimer la prérogative de celui que son titre officiel d'Auguste, autant que son nom germanique de <( Kaiser », désignait comme le successeur légitime du compilateur du Corpus Jttris. Or, comme c'était en vertu de cette légitimité qu'il se donnait comme étant la source même de la loi, aucune peine ne fut épargnée pour découvrir et mettre en pratique toute coutume, tout précédent qui semblait établir un lien entre l'ancienne Rome et son nouveau représentant.
On pourrait en rassembler de nombreuses preuves; nous nous bornerons à en citer quelques-unes. Les charges de la maison impériale instituées par Constantin le Grand furent attribuées aux familles les plus nobles de l'Allemagne. L'Empereur et l'impé-
1. Non que les docteurs en droit civil fussent nécessairement des partisans politiques de l'Empereur. Savigay dit qu'il y avait, au contraire, plus de Guelfes que de Gibelins parmi les juristes de Bologne. — Gesckichte des romischen Redits in Mittelalter, t. III, p. 80.
CONSIDÉRÉ COMME PUISSANCE INTERNATIONALE 337 ratrice, avant leur couronnement à Rome, étaient logés dans les appartements qu'on donnait comme ceux d'Auguste et de Livie ' ; une épée nue était portée devant eux par le préfet du prétoire ; leurs processions étaient ornées des étendards, des aigles, des loups et des dragons qui avaient figuré dans le cortège d'Hadrien ou de Tliéodose -. Le titre ordinaire de l'Empereur lui-même, conformément à l'usage introduit par Probus, était « semper Augustus » ou « perpetuus Augustus », qu'une étymologie trompeuse traduisit par « qui accroît l'Empire continuellement ^ ». Les édits rendus par un prince franconien ou souabe étaient insérés comme Novelles * dans le Corpus Juris , dans les dernières éditions duquel l'usage leur conserve encore une place. Au pontificatus maximus de ses prédécesseurs païens , on substitua la réception de chaque empereur comme chanoine de Saint-Pierre à Rome et de Sainte-iMarie à Aix-la-Chapelle \
Parfois même nous l'entendons parler de son consulat ^ Les annalistes assignent invariablement à cha-
1. Cf. Palgrave, Normandy and England, t. II (d'Olton et Adélaïde). UOrdo Romanus parle d'une » Caméra Juliœ », dans le palais de Latran, réservée à l'impératrice.
2. Voir notes à la Chron. Casin., dans Muratori, S. R. T., IV, S15.