‹ Le Saint empire romain germanique et l'Empire actuel d'AllemagneChapitre 94 sur 133 · NovelLv Constitutioncs · texte numérisé non relu

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5. Marquard Freher, Scr. rer. Germ., III. La question du vote des sept électeurs, comme singuli ou comme collegium, y est résolue par cette raison qu'ils ont pris la place du sénat et du peuple romains, qui possédaient le droit d'élire l'Empereur, quoique (ajoute-t-on avec naïveté) les soldats l'aient quelquefois usurpé. — Petus de Andlo, De Imperio Romano.

6. C'est ainsi que Charlemagne, dans un capitulaire ajouté à une

que souverain un rang- clironologique à partir d'Auguste \ L'idée d'une succession ininterrompue excite la surprise et le sourire de l'étrang-er, lorsqu'il contemple, rangés tout autour de la magnifique Salle d'Or d'Augsbourg- , les portraits des Césars, avec leurs couronnes de laurier, leurs casques, leurs perruques, depuis Jules César, le conquérant de la Gaule, jusqu'à Joseph, le complice du partag^e de la Pologne; mais cette idée paraissait toute naturelle à ces lointaines générations : si elles n'en faisaient pas un article de foi, c'était uniquement parce qu'il leur était impossible de concevoir qu'on put la nier.

Et toute cette défroque antique, si l'on peut s'exprimer ainsi, accumulée autour de l'Empire, n'est qu'un exemple, mais le plus frappant de tous, de cet ardent besoin de se rattacher aux vieilles formes, de se servir de la vieille phraséologie et de conserver les vieilles institutions dont les annales de l'Europe au moyen âge nous apportent le témoignage. On le retrouve même dans des expressions banales, comme lorsqu'un chroniqueur monastique dit de mauvais évêques déposés « Tribu moti surit », ou parle du « sénat et du peuple des Franks » , à propos d'une assemblée de chefs entourés d'une horde de guerriers à demi nus. C'est ainsi que, d'un

édition revue du Code Lombard, promulgué en 801, dit : « Anno eonsulatus nostri primo. » De même Otton III se qualifie : « Consul senatiis populiquc Romani. »

1. François II, le dernier empereur, était le cent vingtième depuis Auguste. Quelques chroniqueurs font d'Otton le Grand un Otton II, parce qu'ils comptent Salvius Othon, le successeur de Galba.

bout à l'autre de FEurope, les chartes et les édits étaient rédigés sur le modèle des documents romains; que les corporations commerciales, quoique remontant souvent à une tout autre origine, représentaient les anciens colle gia ; que le villénag-^e provenait du système des coloni tel qu'il existait à la fin de l'Empire. Même dans la lointaine Bretag'ne , les envahisseurs teutons se servaient des enseig'nes romaines, gravaient sur leurs monnaies des légendes romaines, se décoraient des titres de « Basileis » et d' « Augusti ». Les cités surtout perpétuèrent le souvenir de Rome, grâce au bienfait le plus durable qu'elle ait accordé aux peuples conquis, l'autonomie municipale ; et celles d'une origine plus récente luttaient d'émulation, dans leur attachement aux choses du passé, avec celles qui, ainsi que Arles, Nimes et Cologne, Zurich et Augsbourg, pouvaient faire remonter leurs institutions aux colonise et aux municipia des premiers siècles. Sur les murailles et sur les portes de la vieille Nuremberg \ le voyageur peut encore voir le blason où figure l'aigle impériale, avec les mots « Senatus populusque Norimbergensis », et il est entraîné par sa pensée du paisible spectacle d'une ville de province contemporaine au milieu des agitations d'une république du moyen âge : de là au Forum et au Capitole, la distance est vite franchie. Car, en

1. Nuremberg, elle-même, n'était pas de fondation romaine. Mais cela ne rend l'imitation que plus curieuse. La mode en gagna uième jusqu'aux communautés rurales, telles que quelques-uns des cantons suisses. Aussi trouvons-nous un « Senatus populusque Uronensis ».

réalité, pendant cette période que nous appelons l'âge sombre ou le moyen âge, les esprits étaient universellement persuadés que les choses n'avaient pas cessé d'être ce qu'elles étaient à leur début ils; ne voyaient pas qu'un abîme infranchissable s'était ouvert entre eux et cet ancien monde dont ils ne pouvaient détourner leurs regards. Nous, grâce à l'éloignement des siècles, nous pouvons juger quel grand et merveilleux changement s'est opéré dans la pensée, dans l'art, dans la littérature, dans la politique et dans la société elle-même : un changement qu'on ne saurait mieux comparer qu'à l'évolution qui a conduit de la basilique primitive à la cathédrale romaine et, de celle-ci, successivement aux innombrables variétés de l'art gothique. Mais ce changement s'est opéré par degrés si insensibles, que chaque g-énération ne s'en est pas plus aperçue qu'un homme ne se doute de la transformation perpétuelle qui renouvelle son corps d'année en année; tandis que le manque absolu de critique et de ce que nous appelons le sentiment historique empêchait le petit nombre de ceux qui étaient assez savants pour étudier l'antiquité dans les sources mêmes de comprendre le prodigieux contraste qui les séparait de ceux qu'ils admiraient. Rien n'est plus moderne que l'esprit critique, qui tient compte des ditïérences entre les idées des hommes de siècle en siècle, qui s'efforce de prendre chaque siècle pour son propre interprète et de juger ses actes et ses œuvres d'après un type relatif. Un pareil esprit était, il y a deux ou trois siècles, entièrement étranger à l'art

ainsi qu'à la métaphysique. On retrouve une manie analogue à celle qu'on avait au moyen âge de donner des noms romains à tous les offices, et, par suile, de les supposer identiques, dans ces vieilles peintures qui représentent le siège de Cartilage ou la bataille de Porus et d'Alexandre, et où l'on voit au premier plan deux armées de chevaliers, vêtus de leurs cottes de mailles, montés sur leurs destriers, la lance en arrêt, qui se chargent comme des croisés, tandis que dans le lointain, à travers la fumée du canon, se dessinent sur le ciel les clochers et les tours gothiques de la cité assiégée. C'est en nous rappelant que la notion de progrès et de développement, et celle de la transformation qui en est la condition inévitable, n'était pas acceptée du moyen âge ou lui était inconnue, que nous pouvons mieux comprendre, sans cesser pour cela de nous en étonner, comment les hommes de ce temps, n'ayant jamais mis en doute que le système politique de l'antiquité leur eût été transmis avec quelques modifications peut-être, mais intact quant au fond, aient pu croire que le Frank, le Saxon et le Souabe gouvernaient toute l'Europe en vertu d'un droit qui ne nous semble, à nous, pas moins fantastique que la charte fabuleuse par laquelle Alexandre le Grand légua son empire à la race slave pour l'amour de Roxelane,

Un des effets de cette perpétuelle contradiction, qui remplit l'histoire du moyen âge, fut que cette croyance n'eut presque aucune influence sur la politique usuelle. Au contraire, plus l'impuissance de l'Empereur devient

pitoyable, plus les termes dans lesquels on parle de sa dignité et de sa couronne deviennent pompeux. Son pouvoir, nous dit-on, est éternel, les provinces étant rentrées dans l'obéissance après les invasions barbares ^; il ne peut subir ni diminution ni dommage : les immunités et les concessions qu'il accorde ne sauraient jamais avoir pour effet do limiter sa propre prérogative -; la cbrétionté tout entière lui est toujours soumise de droit, bien qu'elle puisse se refuser obstinément à lui obéir ^ Les souverains de l'Europe sont prévenus solennellement qu'ils résistent à la puissance que Dieu lui-même a instituée '\ Il n'y a point de lois qui lient l'Empereur, quoiqu'il puisse consentir à se soumettre à elles ; aucun tribunal no peut le juger, quoiqu'il puisse condescendre à comparaître devant le sien même ; nul no saurait avoir la pré-

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