Eneas Sylvius, De Ortu et Authoritate Imperii Romani
2. C'est pourquoi quelques docteurs en droit civil tenaient pour nulle la donation de Constantin; mais les cauonisles, comme on nous l'apprend, étaient certains de sa légalité.
3. « Et idem dico de istis aliis regibus et principibus, qui negaut se esse subditos régi Romanorum, ut rex Francia-, Angliae et similes. Si enim l'atentur ipsum esse Dominum uuiversalem, licet ab illo uuiversali domino se subtrahant ex privilegio vel ex prœscriptione vel consimile, non ergo desunt esse cives Romani, per ea quœ dicta sunt. Et per hoc omnes gentes quœ obediunt S. matri ecclesiœ sunt de populo Romano. Et forte si quis diceret dominum Impcratorem non esse dominum et monarcham totius orbis, csset liœreticus, quia diceret contra determinationem ecclesiae et textum S. evangelii, dum dicit : « Exivit edictum a Cœsare Augusto ut describeretiir universus orbis. •• Ita et recognovit Christus Imperatorem ut dominum. » Rartole, Commentaire sur les Pandectes, XLVUI, i, 24; De Captivis et postliminio reversis.
4. Pierre de knà\o,passim (voir spécialement chap. VIII), et d'autres écrits du temps. Cf. la lettre de Dante à Henri VII : « Romanorum potestas nec métis Italiae nec tricornis Sicilia; margine coarclatur. Nam etsi vim passa in angustum gubernacula sua contraxit
somption d'accuser la conduite ou de scruter les motifs de celui qui n'est responsable qu'à Dieu seul K Voilà en quels termes s'exprime .Eneas Sylvius, tandis que Frédéric III, chassé de sa capitale par les Hongrois, erre de couvent en couvent comme un mendiant; tandis que les princes, que sa servilité vis-à-vis du pape a poussés à la révolte, offrent la couronne impériale au roi de Bohème, Podiebrad.
Mais la destinée réservée à Henri VII en Italie est encore ce qui jette la plus vive lumière sur la position de l'Empereur; et c'est dans le traité écrit par le plus grand esprit de cette époque pour annoncer ou pour rappeler ravènement de ce héros, dans le De Monarcliia de Dante, que sont exposées avec le plus de force les doctrines impériales -. j\i Rodolphe, ni Adolphe de Nassau, ni Albert de Hapsbourg ne franchirent les Alpes ou ne tentèrent de venir en aide aux (ïibelins italiens qui se battaient pour la défense de leur trône. Préoccupé uniquement de rétablir l'ordre et d'agrandir sa maison, et pensant apparemment que
undique, tainen de inviolabili jure tluctus Amphitritis attingens vix ab inutili unda Oceani se circuoicingi dignatur. Scriptum est enim
Nascetur pulchra Trojanus origine Cœsar, Imperium Oceano, famam qui terminet astris.
De même Fr. Zoanuetus, au xvic siècle, déclare que l'on commet un péché mortel en résistant à l'Empire, qui est un pouvoir d'institution divine.
1. .Eneas Sylvius Piccolomini (plus tard le pape Pie II), De Ortuet Authoiitate Imperii Romani. Cf. Gerlach Buxtorff, Di.sserfatio ad Auream Bullam.
2. L'opinion générale a été jusqu'ici que le De Monarchia fut écrit en vue de l'expédition de Henri. Mais on a, depuis peu, de bonnes raisons de croire que la date doit en être fixée quelques années après.
c'était à cela seulement que pouvait servir la couronne impériale, Rodolphe ne se soucia jamais delà ceindre; il acheta les bonnes grâces du pape on lui faisant abandon de sa juridiction dans la capitale et de ses droits sur l'héritage de la comtesse Mathilde. Henri de Luxembourg' fit une tentative plus hardie, poussé peut-être seulement par son esprit élevé et chevaleresque, ou peut-être désespérant de jamais rien faire de grand avec d'aussi chétives ressources contre les princes allemands. Traversant ses Etats de Bourgogne à la tête d'une petite troupe de chevaliers, et descendant du mont Cenis sur Turin, il trouva le respect pour sa prérogative bien plus puissamment établi dans les esprits, après soixante années d'oubli, qu'il ne l'avait été sous le dernier des Hohenstaufen. Les cités lombardes ouvrirent leurs portes; Milan vota des subsides considérables; les exilés guelfes et gibelins furent rappelés, et des vicaires impériaux installés partout. Soutenu par le pontife avignonnais, qui redoutait l'amljition remuante de son voisin de France, Philippe le Bel, Henri disposait en maître de l'interdit de l'Église aussi bien que du ban de l'Empire. Mais l'illusion du succès s'évanouit aussitôt que les hommes, revenus de leur première impression et retombant sous le joug de leurs passions et de leurs intérêts habituels, n'entretinrent plus cette vénération idéale pour les gloires du passé. Des tumultes et des révoltes éclatèrent en Lombardie; à Rome, le roi de Naples occupait Saint-Pierre, et le couronnement ne put avoir lieu qu'à Saint-Jean de Latran, sur
la rive méridionale du Tibre. L'hostilité de la ligue guelfe, dirigée par les Florentins, guelfes même contre le pape, obligea Henri de se départir de sa politique impartiale et républicaine et d'acheter l'appui des chefs gibelins en leur garantissant le gouvernement de leurs propres cités. Avec peu de troupes et environné d'ennemis, l'héroïque Empereur soutint pendant un an une lutte inégale et succomba enfin, en 1313, aux fièvres meurtrières de l'été toscan. Ses compagnons allemands se persuadèrent — et l'histoire n'a pas complètement démenti cette rumeur — qu'un moine dominicain lui donna du poison dans le vin de la communion.
D'autres, après lui, descendirent les Alpes; mais ce fut, comme Louis IV, Rupert, Sigismond, pour obéir à la requête d'une faction qui se servait d'eux comme d'instruments utiles à une certaine heure, puis s'en débarrassait avec mépris; ou comme Charles IV el Frédéric III, pour n'être que les humbles favoris d'un prêtre italien ou français. Avec Henri VII, l'histoire de l'Empire en Italie est close, et le livre de Dante est une épitaphe et non une prophétie. Un aperçu rapide de son argumentation donnera une idée des sentiments qui poussaient à la lutte les plus nobles des Gibelins, ainsi que de l'esprit dans lequel de telles questions étaient habituellement traitées au moyen âge.
Fatigué des luttes qui recommençaient sans cesse entre les princes et les cités, et de celles qui déchiraient les factions dans le sein de ces dernières, voyant la liberté municipale, le seul remède à cet état de
désordre, supplantée par rétablissement de tyrans domestiques, Dante adresse un appel passionné à la seule puissance capable d'apaiser Ja tourmente, non pour détruire la liberté ou supprimer les autonomies locales, mais pour les redresser et les tempérer, pour rendre l'unité et la paix à la malheureuse Italie. Il raisonne d'un bout à l'autre à l'aide d'un étroit enchaînement de syllogismes; tour à tour juriste, théologien, métaphysicien scolastique, le poète de la Divine Comédie ne se trahit que par l'énergique concision du style, par ce clair regard qui plonge dans l'invisible, rarement par quelque métaphore éclatante.
Il démontre d'abord que la monarchie est la véritable et légitime forme de gouvernement \ Le but de l'humanité est plus facilement atteint grâce à la paix universelle : cela n'est possible que sous un monarque. Et comme il est l'image de l'unité divine, l'homme, grâce à lui, parvient à l'unité et se rapproche le plus possible de Dieu. Il faut qu'il y ait, dans tout système de forces, un <c priinum mobile »; pour être parfaite, toute organisation doit avoir un centre autour duquel tout se rassemble, par lequel tout soit contrôlé ^ Le meilleur moyen d'assurer la justice, c'est un arbitre
•1. Plus d'un demi-siècle auparavant, les ambassadeurs du roi de Norvège, en pressant les chefs de la république d'Islande, réunis dans leur Allhing, de reconnaître Hakon pour leur suzerain, avaient affirmé que la monarchie était la seule forme de gouvernement qui fût légitime, et s'étaient prévalus de ce fait que dans toute Tctendue liu continent européen on ne trouvait rien qui ressemblât ù une république absolument indépendante.