ANALYSE DU SAINT GRAAL.^ XLVII
le conte ne garantit qu'une chose, c'est que Vile n'avait pas moins d'étendue qu'on le dit, elle en pouvait avoir plus, car dans cette véridique histoire, apportée sur la terre par Jésus-Christ lui-même, il n'y a que vérité, aussi doit-on la tenir en grand honneur, car N.-S. n'a écrit en dehors du Saint Graal que deux choses : la première, c'est l'Oraison dominicale ou le Pater noster ; la seconde est cetts phrase qu'il traça sur le sable à l'occasion de la femme adultère : € Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ; » personne ne pourrait prouver que depuis sa résurrection, N.-S. eût écrit autre chose que le Saint Graal {H\).
Mais revenons à Nascien. A son réveil, le lendemain matin, il se jeta à genoux et se recommanda à Dieu ; puis, s'étant levé, il se dirigea vers la mer où il découvrit une nef belle et riche qui s'approchait ; il n'y voyait ni homme ni femme (444), mais il aperçut en haut du bord une inscription chaldéenne qui contenait un avertissement. S'adressant à Dieu, et enhardi par sa croyance, il entre dans la nef (445), soulève un drap placé sur un lit et voit en tête une couronne d'or, et aux pieds %be épée merveilleuse par la pierre qui décorait la poignée ; une inscription énigmatique était tracée sur le drap rouge qui la couvrait (448). La lame elle-même en portait une autre plus curieuse encore; le fourreau n'était pas moins étonnant; seules les renges ou bandes d'étoffes qui tenaient le fourreau, étaient de vile matière. Une inscription expliquait encore cette bizarrerie; ces renges devaient rester telles jusqu'à ce qu'une fille de roi les changeât en une riche étoffe provenant de sa propre toilette (449).
XLYIIi ^ÂLYSE DU SAINT GRAAL.
Nascien retournant l'épée vit encore une inscription également prophétique ; mais il n'est ni temps ni lieu d'en dire plus long au sujet de cette épée merveilleuse (451) dont on verra plus loin l'histoire.
Puis Nascien vit autour du lit trois fuseaux dont l'un était blanc, l'autre rouge et le troisième vert; ce dernier était placé horizontalement sur les deux autres qui étaient verticaux. Ces couleurs étaient naturelles et n'avaient pas été peintes (453). Pour qu'on n'en doute pas, le conte interrompt son récit pour parler des trois fuseaux (fuseau est un diminutif de fusty bois; ainsi par fuseau il faut entendre tringle légère de bois).
Quand, au commencement du monde, Eve eut, à la sujétion du perfide ennemi de l'homme, cueilli le fruit défendu, la tradition veut qu'elle ait arraché en même temps un rameau de l'arbre ; Eve porta le fruit à Adam qui le sépara du rameau, celui-ci resta dans la main d'Eve. Dès qu'Adam eut mangé le fruit, un changement notable se fit en eux, ils perdirent leur essence spiritualiste et devinrent charnels et par suite furent honteux de se voir nus. Dieu qui le sut tout de suite appela Adam et lui dit^'« Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (453) ; puis il les jeta hors du paradis. Eve tenait toujours le rameau et elle résolut de le garder en souvenir de sa triste mésaventure. Ne sachant qu'en faire, elle le ficha en terre. Ce rameau était un symbole vivant de ce qui allait leur advenir, et c'était la femme qui devait le porter hors du paradis et non l'homme, car il signifiait que si, par la femme, l'homme avait perdu la vie éternelle (457), par la femme devait-il la