ANALYSE DU SAINT GRAAL. XLIX
recouvrer un jour ; c'est-à-dire par la bienheureuse vierge Marie.
L'arbrisseau devint grand arbre; seulement il était blanc comme la neige en dedans et en dehors, en signe de l'état de virginité d'Adam et d'Eve.
Un jour qu'ils reposaient tous deux sous cet arbre (458), Adam regardait tendrement Eve et tous deux plaignant leur sort se mirent à pleurer. Une voix se fit entendre qui leur dit : « Ne désespérez pas, mais confortez-vous l'un Tautre, car vous êtes plus près delà vie que de la mort » (459).
Cette parole rassura les infortunés qui appelèrent dès lors cet arbre Varbre de vie^ et qui en plantèrent de nombreux rameaux. Ils allaient souvent s'asseoir à son ombre ; or, un vendredi, ils entendirent une voix qui leur prescrivit de s'assembler charnellement. Tout confus d'un tel ordre, ils se regardèrent honteusement ; Dieu qui vit leur trouble vint à leur aide ; il voulait fermement créer le genre humain pour restaurer la dixième légion d'anges chassés du ciel par leur orgueil ; il les enveloppa d'une obscurité profonde, et c'est à sa faveur qu'Adam engendra et qu'Eve conçut Abel le Juste (469). Dès ce moment, l'arbre devint aussi verdoyant qu'il avait été blanc; toutefois, ceux qui en étaient pro venus* restèrent blancs comme il l'était à l'origine ; sa couleur verte et les fruits qu'il produisit signifièrent la perte de la virginité de celle qui l'avait planté (461).
L'arbre resta ainsi tant qu'Abel vécut ; mais Gain avait résolu la mort de son jeune frère. Un jour, qu'Abel lassé par la chaleur s'était endormi sous cet arbre (463), Gain s'approcha de lui et l'ayant salué.