‹ Le Saint-Graal; ou, Le Joseph d'Arimathie; première branche des romans de la Table ronde (volume 2)Chapitre 46 sur 57 · LU ANALYSE DU SAINT GRAAL · texte numérisé non relu

LU ANALYSE DU SAINT GRAAL

femme de Salomon prescrivit aux charpentiers de prendre trois fuseaux ou tringles de bois empruntées d'abord à l'arbre dévie sous lequel Abel était mort, et qui était rouge, puis deux autres de couleur blanche et verte qui en étaient provenus, et de placer ces fuseaux au-dessus et à côté du lit. Ces trois fuseaux seraient des emblèmes parlants de la mort d'Abel (479).

Salomon composa ensuite une inscription à l'adresse du chevalier qui devait être le dernier de sa race, d'abord pour le mettre en garde contre les artifices féminins, et ensuite pour lui raconter l'histoire de la nef, celle de sa construction, puis il mit le parchemin sous la couronne (481).

Quand tout fut disposé, on tendit des pavillons sur le rivage et on se coucha. Vers minuit, il vint une vision à Salomon ; il voyait des anges arroser la nef au son des instruments, et Tun d'eux disait : « Cette nef est le symbole de ma nouvelle maison » (482.)

En se réveillant, il voulut parler, car la vision persistait, mais une voix se fit entendre qui lui promit que le chevalier, dernier de sa race, entrerait dans la nef, prendrait Tépée qui y est déposée, et saurait que c'est lui, Salomon, qui a tout disposé pour cette fin.

Salomon ayant appris par l'inscription du bord de la nef qu'il n'y devait pas entrer, la laissa aller au large et bientôt la perdit de vue.

Le conte retourne maintenant à Nascien qui, étant entré dans la nef, regarde curieusement les fuseaux, et se prend à dire qu'il soupçonne dans cet arrangement quelques traces de fausseté. A peine avait-il dit ces paroles, que la nef s'entr*ouvre et qu'il est préci-

ANALYSE DU SAINT GRAAL. Lllt

pité dans la mer. Aussitôt il se met à la nage et arrive facilement à la rive (485) ; il se dresse et regarde la nef dont une des inscriptions disait qu'elle était tout entière un emblème de foi chrétienne. Il reconnut alors sa faute et se reprocha ses doutes ; la nuit venue, il fit ses dévotions et se coucha (486).

Au matin, Nascien se recommanda à Dieu et, pendant qu'il disait ses prières (487), il vit venir d'Orient une petite nacelle qui portait un homme âgé ; elle s'approcha du rivage sans le toucher ; la nacelle était la plus riche qu'on pût voir, toute bordée de pierres précieuses, mais, de plus, de chaque côté, on voyait douze flèches d'argent dont les pointes étaient d'or fin.

Nascien salua le vieillard, lui souhaita la bienvenue, et lui dit qu'il était arrivé dans cette lie sans savoir comment ; mais qu'il aime toujours mieux y être que dans la prison de Galafre. A ces mots, le vieillard lui apprend le trépas funeste de ce dernier qu'il a vu, aujourd'hui même, mort, et lui rappelle le mot de doute qu'il a laissé échapper dans la nef.

Nascien reste confondu et demande à ce vieillard qui paraît tout savoir, s'il reverra jamais la belle nef qui s'est si subitement dérobée à ses yeux. « Tu la verras encore, lui dit-il (490), car c'est un symbole plutôt qu'une nef ; elle représente la sainte Église, et ses inscriptions, la sainte Écriture. »

« Le lit placé dans la nef (492) signifie la sainte Table où chaque jour le pain et le vin sont changés en la chair et en le sang de N.-S. Le lit représente encore la sainte Croix où le Fils de Dieu se laissa attacher pour sauver le genre humain (493); des trois

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