‹ Le Saint-Graal; ou, Le Joseph d'Arimathie; première branche des romans de la Table rondeChapitre 19 sur 24 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

SUIT LE MERLIN

^ Il semblerait que Roberl de Borron indique ici que le sujet de son roman, les quatre parties dont il parle, sont quelque part rédigées en corps d'ouvrage et que c'est dé là qu'il a tiré ce qu'il en a donné.

* Aïst : aide.

' Cette expression « ligniée de Bretaigne » prouve, une fois de plus, la nationalité de notre poëme du Saint Graal, que sa rédaction première se soit produite en vers ou en prose ; un Anglais n'aurait pas eu besoin de dire que Merlin était une légende bretonne.

ET

PAR PBRGEVAL.

HaBoicrit daté de Tan 130i, appartenait à H. AMBROISB PIRHIN-DIDOT,

Membre de llnstitut.

Ce manuscrit, le plus complet de tous ceux que Ton possède, a appartenu au chancelier d*Aguesseau. Il porte en tête : Ci comence le romanz des prophécies Merlin, En réalité il commence par le Joseph d'Arimathie ou Saint-Graal, qui est, ainsi que nous Ta vous dit, comme le prologue de l'histoire de Merlin qui vient ensuite. Puis Ton trouve la Quête du Saint- Graal par Perceval, en opposition avec le Grand- Saint-Graal où c'est Galaad qui accomplit la Quête. Enfin le roman finit par la mort d'Artus et le récit de la part que prirent Morguen, Biaise et Merlin dans la rédaction et la diffusion des aventures d'Artus.

Merlin, dont tout cet ensemble romanesque a pour but de célébrer les exploits, est aussi le dernier des

â78 LE SAINT GRAAL.

acteurs du Saint-Graal dont parle le roman, ce n'est donc pas sans motifs si les Mss. C. et D. ont été intitulés Merlin.

Pour nous ,qui envisageons le Saint-Graal dans ses diverses expressions, sans nous préoccuper autant que les générations contemporaines, des exploits de Merlin, nous cherchons surtout à dégager le plan du romancier, à en extraire les épisodes qui se rapportent au roman du Saint-Graal que nous voulons élucider, et c'est pour ce motif, que désirant donner, dans ce volume, la Quête du Saint-Graal par Perceval, nous avons cru devoir reproduire le texte du Saint- Graal qui la précède, au risque de nous voir raprocher cette reproduction comme un double emploi, avec le texte du Ms. C. Mais peu de pepsonnes s*en plaindront et beaucoup nous approuveront.

Le Ms. D. marche parallèlement avec le roman rimé dont il parait être contemporain ; il est moins explicite que le Mê'. C, mais son état complet le rend infiniment précieux, puisqu'il nous donne l'œuvre de Robert de Borron dans son entier et qu'il accuse ainsi, d'une manière plus énergique qu'aucun autre manuscrit, la différence existant entre l'œuvre originale du chevalier français et le remaniement subséquent dû à la collaboration de Gautier Map.

Nous appelons toute l'attention des érudits sur la publication de l'épisode de Perceval qui complète le Saint-Graal dans la donnée française et paraît ici pour la première fois.

I comence le romanz des prophécies

. Merlin.

^7/^^^^^^^ Ce * devent savoir tuit péchéor, que

' devant ce quo nostre sires venist en terre, que il

fesoit palier les prophètes en son non, et anoncier

sa venue en terre. En ce tens, donc je vos paroi,

aloient tuit en enfer, neis et prophète i aloient ;

et qant déables les avoient menez, si cuidoi(Bnt

moult (bien) Dieu avoir esploitié et il estoient moult

engigniez; quar il se confortoient en la venue Jhésu- Grit. Nostre sires vit ce ; si li plout qu'il vint en terre et s'aombra en la virge Marie.

Moult fust nostre sires simples et douz qui pour raïmbre ses péchéors d'enfer, li plout que il féist de sa fille sa mère et einsint le covenoit estre, pour raïmbre le peuple d'Adan et d'Eve. Or entendez en quantes maniers il'o ^ roient, par le père et par le

* Le Ms. D. rétablit la vraie leçon : « Ce doivent savoir. »

• Pour a lo raient. »

fiz et par le saint esperit. Toutes ces .III. parties sont une meisme chose en Deu. A père plout que 11 fiz naquit de la virge Marie sanz pichié et sans ourdure et prist humaine char terrestre ; moult fust plains d'umilité cil sires qui il plout à venir en terre morir là pour sauver Tovre de son père, quar 11 pères * Adan et Eve; donc Eve et Adaïf pécha par Tangin de Tanemi et qant ele out péchié, si porchaça qu'Adan péchast et qant Adan ot pichié si se vist et en ot honte, si sentit luxure; tantost fiist getez de grant délit en grant chaitiveté, entre les tumultes de ceste chaitive vie.

Eysint engendrèrent et conçurent et qantqu'issi d'els; et de lor vout avoir anemis; si les ot tant que le fiz vint sauver Tovredupère; pour ceste bonsoingne vint Jhésu-Crist en terre et nasqui de la virge Marie en Bethléem ; ci a moult à dire, quar la fontaine ne sera jà espucié de touz biens; pour ce me covient à gainchir soit ^ la moie ovre dont il me preste, soe merci, sens et mémoire.

Voires est que nostre sires ala par terre et fust baptizié et le baptiza saint Jehan Baptistes et il comanda que tout cil que seroient baptizé en ève el non du père et du fiz et du saint esperit seroient getez de touz les paours ^ à l'enemi tant que els mêmes se reméissent par lour mauvesses ovres. Cel poeir dona nostre sires à saint yglise et les conmendemenz des ministres dona à mi seres saint Pères.

* Fist (sous-entendu).

> Il y avait bien a sour » dans le texte qui a été surchargé.

» Il est probable qu'il devait y avoir « pooirs. »

Einsi lava nostre sires luxure d'orne et de famme et de père et de mère et einsint perdi le déables sa virtu que il avoit sor les homes. Et nostre sires qui sa voit que la fragilité d'orne estoit si mauveise qu'à péchier le covendroit, pour ce, si comanda mi seres saint Pères J. autre manière de bautesme et ce fust confessions et si coumanda que par tantes foiées cum il se voudroient repentir et lor péchiez guerpir et tenir les coumendemenz de saint église, einsi pourroient venir à la créance de lour père.

En icel tens que nostre sires ala par terre, respondeit à Rome une grant partie de la terre de Judée. En icele terre où nostre sires estoit, tenoient cil de Rome lour baillie et le ballif qui estoit, avoit non Pilâtes. Icil Pilâtes avoit .1. sien chevaliers et cil sivoit Jhesu-Crist en plushors lieu ; si l'ama moult en son cuer et si n'en n'osoit faire semblant pour les autres yuis. Nostre Seygnor avoit moult anemis et aversaires contre lui et si avoit poi desciples ; et de cels qu'il avoit * ravoir .1. peors^ que mestier ne li fiist. Enmainte manière fust pourpallé la mort Jhésu-Crist et les tormenz que il soffri pour nos pichéors raïmbre des paines d'enfer et il sa voit tout comme Dex. Et Judas, ses desciples, qu'il amoit moult, avoit une rente que l'en apelle disme et seneschaus estoit des desciples Jhésu-Crist et pour ce que il n'estoit mie si gracieus comme il estoit li uns vers l'autre, si se coumença moult à estrangier par ovre et en coumenca moult à méservir et estre plus cnieux as desciples

1 Lisez : a en i avoit. n • Pejor.

la LB SAINT GRAAL.

que ne soloit ; si le dotoient moult. Et nostre sires sa voit tout comme sires et Dex. Et Judas acuilli haine moult grant vers nostre Seygnor par .1. oignement, par raison comme je vous dirai, que li chambellans avoient le disime de ce qui venoit as bourses lour seygnors et madame sainte * Marie Magdalaine avoit espandu .1. oignement sur le chief Jhésu-Crist; si s'en courroca Judas et conta en son corage que li oignemenz valoit bien .III. C. deniers et qu'il ne voloit mie perdre la soe rente, si li fust avis que sa disme voloit bien .XXX. deniers.

Au plustot que il pot, porchaça vers les anemis Dex, que ices .XXX. deniers restorroit. L'anuit *^ devant la pasque .1. jor que li anemi Jhésu furent ensemble une grant partie chiés .1. home qui avoit non Chaïphas, là estoient ensemble et pourpalloient coumant il porroit estre saesi de Jhésu-Crist ; à iceuz paroles, estoit Joseph d'Arimachie et esguardoit en son cuer que il fesoit péchié. A ces paroles vint Judas, et qant il le virent, si se turent, quar il le dotoient, quar il cuidoient qu'il fust bon desciple Jhésu-Crist et qant Judas le vit touz taire, si palla et lor dit : « Pourquoi estes-vous ci ensemble? >» et ils responent : « Où est Jhésu? >» il lornomale leu ou il estoient là venuz. Et quant li Juif oïrent qu'il enfreignoit la loi, si en orent moult grant joie et il li distrent : « Quar nos enseygniez et conseilliez comant nos le prendrons. » Et

* Il y a bien « saincte ; » mais le mot a été surchargé poslérieurement.

• Ce manuscrit est le seul qui mette a l'anuit. » Le poëme n'indique môme pas le jour.

Judas respons : « Je le vos vendroi, si vos volez; « et il responent : « Oil ! moult volentiers; >» et il lor demanda .XXX. deniers. Et il en i avoit .1. qui les avoit, si les paia.

Eynsi estora Judas la disme de .XXX. deniers de Toignement : lors devisent coumant il le prendront ; si en pristrent jor à matin et Judas lor fist à savoir là ou il le trouvèrent et il fussent armé ou désarmé comme por lui prandre; et gardassent bien que il ne préissent Yaque, celui qui li semblast, et à merveilles resembloit bien Jhésu-Crist, et il estoit droiz, quar il estoit ses cosins germains. Et ils demandèrent : « Coumant conoistron nos Jhésu? >» et Judas respont : « Celui que je beseroi prenez tôt. » Einsi ont Tafaire atorné.

A ces paroles et à tôt cest afaire fust Yoseph d'Arimachie; moult en pesa; mes il n'en n'osa plus faire. Einsi se despartirent de Tun partie et de l'autre et entendirent entr'els que à .T. geudi, au ser, fust nostre sires chiès Simon le prous et palla à ses desciples et lour dist que avec lui bevoit et mangeoit qui le traïroit. Celé parole dist Jhésu-Crist entre ses desciples, qui le si en orent paou teux iot et si en demandèrent novelles, Jaseiot ceux qui n* i avoient coupes. Et qant Judas le demanda : « Dites le vos por moi ? » Lors répondit Jhésu : « Tu le diz. » Autre esample lor fist Jhésu, qu'il lava à touz lour pez et en une ève ; et lors demanda privéement saint Johan l'évangélistes à Jhésu-Crist : « Sire ploieroit-il vous à dire une chose? l'oseroi-je demander? >» et nostre sires l'en donc congié et il li dit donc : « Sire, ditesmoi por quoi vous nos avez à tous lavez les piez en une ève. « Et Jhésu-Crist respont : « Ce est li es-

semples Perron, quar autresi comme Teve fat orde des premières que oi lavez les piez ; autresi ne porroit nus estre sianz péchié et tant comme il seront péchéors, si seront orde et en cez autres péchéors se porront li autre péchéor laver ausi comme j*ai lavé les autres piez en Tève, qant ele fust orde si semble que autresint fussent li darrain pié nait comme li primier.

« Cist essamples est Perron et as austres ministres qui sunt en saint église et en son commendement. Cil seront ort et en lor ordure laveront les péchéors touz cens qui, par son commendement, voudront obéir au père et au fiz et au saint esperiz et à saint église ; que l'ordure ne lor en porra riens grever tant comme il voudront obéir. Tout aussi ne pourroit nus savoir lequel de vous je laveroi, se Ten ne li avoit dit, ne nus menistres ne poroit savoir le péchié de Tome si il ne li avoit dit. >» Einsint mostra nostre sires Jhésu-Crist cest essample à monseygnor saint Johan Tévangéliste et einsi furent ensemble chiés Simon le prous tant que cil vindrent à qui Judas le fist à savoir. Et qant li desciples le virent, si s'effréèrent et orent grant paour et quant la maison fust emplie et que Judas vit que il orent la force et le poer, si se trait avant, et besa Jhésu-Crist. Et qant li Juif le virent si se preignent de toutes parz et Judas lor escrie : « Tenez le bien. »

Eynsins enmenèrent Jhésu-Crist et lors remeistrent ses desciples moult égarez et plains de grant dolors. Einsint firent li Juif grant partie de lor volenté de Jhésu-Crist Là où Jhésu-Crist fust pris chiés Simon, si estoit ses valsseaus là où sacrifiot .A la prise, ot .T. juif qui trova.ce vessel; si le prist et

le garda jusqu'au rendeinain que Jésu fust amenez devant Pilate. Et qant il fust devant lui, si out moult de paroles dites en Tencoupereurent. Mes lor pooir fust moult petit, quar il ne porent en lui trover nul droit achaison, par quoi il déust recevoir mort. Mes la feblete de la justice et ce que n'avoit mie la force contre le Juif, si le covint souffrir et tant dit-il comme prévoz : « A qui m'en prandroi-ge, se mesires m'en demande nul rien, quar je ne voi en lui par quoi il doi perdre vie; » et s'escrient tuit ensembles : « Sor nos et sor nos enfanz soit espanduz li sans de lui. » Lors le pristrent li Juif, si le menèrent et Pilate remest; si demanda de Fève et lava ses mains et dit que einsi comme ses mains estoient netes de l'ève où il les avoit lavées, autres! nez estoitil de la mort à cet home. Li Juif qui ot le vessel pris chiés Simon, vint à Pilate, si li dona et qant Pilate le tint, si l'estoia tant que les novelles vindrent que il avoient mort Jhésu-Crist. Et qant Joseph roï,si en fust moult tristes et s'en vint à Pilate et li dist : « Sire, je t'ai servi longuement je et mi chivalier, que oncques riens ne me donas de mon servise. » Lors respondi Pilate à Joseph et li dist : « Joseph ! demandez et je vos dorrai à devise quantque je vos porrai doner, sauve la féenté mon seygnor, pour vos sodées. » Et Joseph respont : « Grand merci ! sire, et je demant les (cors) del prophète qui li Juif ont, là hors, murtri à tort. » Et Pilâtes se merveilla moult de ce que il iot si povre don demandé et li dit : « Je cuidoie que vos me déussez graignor don demandé et qant vous m'avez ce demandé por vos soudées, vos l'aurez. >» Lors respondi Joseph : « Sire .G. merciz ; or com-

mandez donques que je Taie. » Et Pilate respond : « Alez, si le prenez. » « Sire, fit-il, li Juif sunt une grant genz, si n'el me leroient mie prandre; » et Pilate respont : *< Si feront. » Lors s'en torna Joseph; si vint droit à la croiz et qant il vit Jhésu-Crist, si plora moult tendrement, quar il Tamoit moult de bon amor, et vint là où la guardoit et dit à ses Juis : « Pilate m*a donné le cors de cest prophète pour ouster de cest despit; » et Juis respondirent tuit ensemble : « Vos n'en n'aurez point, quar si desciple dient que il resuscitera et par tantes foiz que il résuscitera, Tociron-nos. » Et Joseph dit : « Lessez le moi, quar Pilâtes le m*a doné. » Et li Juis responent : « Nos vos occirons ancois. » Lors s'en parti Joseph et vint à Pilate et conta commant li Juis li avoient respondu. Et qant Pilate Toi, si s'en corrouça moult et vit .1. home devant lui qui avoit non Nichodemus, si li commanda qu'il alast ovenc Joseph et il mesmes oustât le prophète de la croix ; si le baillast à Joseph.

Qant Pilate Pot commandé Nicodemus, si li sovint du vessel que li Juif li otdoné, si apela Joseph : <* Vos amez moult cest prophète? >» Et Joseph respondi : « Yoire sire. » « Et je ai, fait Pilate, .1. sen vessel que .1. de Juis me dona qui fust là où il fust pris et je ne voil retenir chose qui soe fust. » Lors le dona à* Joseph; et Joseph Ten encline qui moult liez en fust. Einsi vindrent Nichodemus et Joseph chiés .1. fièvre et pris une tenaille et .1. martel ; si vint celé part où Jhésu-Crist estoit en la croix et Nichodemus vint as Juis si lor dit : « Vos avez tort ; si avez fait de cel home cel qui vos plot et vos demandâtes coneié et Pilate a

doné le cors à Joseph et comandé que je Tost et que je lui baille. » Et il respondirent tuit ensemble que il doit résusciter et qu'il n'en bailleroient point. Et quand Nichodemus l'oï, si lor dit que il ne lesseroient neient pour els. Lors s'en vont cil tuit ensemble clamer à Pilate. Et entre Joseph et Nichodemus montèrent en haut, si estèrent Jhesu-Crist de la croix ; lors le prist Joseph entre ses braz et le mist à terre et si acocha le cors moult docement et le lava et qant*il le la voit, si vit ses plaies qui seignoient, si ot moult grant paor, si le membra de la pierre qui ot esté fandue au pié de la croix pour l'autre sanc. Lors li sovint de son vessel, si se pensa que les goûtes qui chaïoient seroient mieuz en cet veissiel que ail lors. Lors prist Joseph le veissel, si le mist desouz les goûtes entor les plaies ; et plaies des mains et des piez dégoutoient dedanz le veissel. Et qant li sanc fust receu, si mist Joseph le vessel lez soi et prist le cors Jhésu-Crist, si l'envelopa en .1. drap et l'en covri et lors repairent cil qui avoient été à Pilate et orent congié de Pilate, qui en quelconques leu que Joseph le méist, que il féissent guarder que il ne résuscitât. Et il firent armer une partie d'aux et Joseph s'en ala et cil remeistrent. Et nostre sires s'en ala en enfer et bruisa les portes et en geta Eve et Adan et des autres cum il li plot, et si se résuscita sanz le seu et sanz la veue de ceuz que le gardaient. Si s'en ala et s'aparust à madame sainte Marie-Magdaleine et à ses déciples là où li plot. Et qant Ji Juis oïrent dirent qu'il fust résuscitez, sisamblèrent ensamble et tindrent pallement et distrent li uns à l'autre : « Cil home nos fera encor moult de mal si c'est voirs qu'il soit résuscitez; »

et cil parolent qui le guardoient et dient qu'il sevent bien qu'il n'est mie là où Joseph le mist, et dient entre els : « Par lui Tavon-nos perdu et se mal nos en avient, ce nos a- il fait lui et Nichodemus. » Lors pristrent conseil et distrent se il lors estoit demandez, de mestre en quel subjeccion il estoient, que il porroient respondre; lors s'acordèrent qu'il diroient qu'il r§,voient baillé à Joseph par le commendement Nichodemus. Et si dit : « Vos le féistes guarder et gaitier là où vos le méismes, demandez-le à vos gaites ; » et 11 uns d'els respont : « De ce nos poon nos bien guarder; prenons, fait celui, Joseph et Nichodemus, si que nus ne sache et si les faisons morir de maie mort et se l'en nos demande Jhésu, nos dirons que nos le baillerons, se il nos rendent Joseph à qui nos le baillâmes. >» A cest conseil s'acordent tuit et dient que moult est cil sages qui si bon conseil lor a doné ; einsi dient qu'il les prandront par nuit.

A cest conseil ot Nichodemus amis qui le firent à savoir et il s'enfoi. Qant li Juis vindrent à sa maison, si ne le trovèrent mie, si en furent moult iriez ; puis vindrent à la maison de Joseph, si le pristrent tôt nu en son lit, lors le firent vestir, si l'enmenèrent chiés .1. de plus riches bons de la vile et de la terre; et cil riches bons avoit une tor où il avoit moult félonesse prison et qant il le tindrent illeuc tôt sol, si le bastirent et li demandèrent : « Qu'as-tu fait de Jhésu? » et il répondit : « Ce sevent cil qui le gardoient, quar Je ne fis oncques chose que je ne vosisse bien que l'en séust; » et cil dient tuit : « Tu le nos as amblé ; quar il n'est mie là où nos le te véismes mètre, et

savon bien que tu Tas osté de là où tu Tavoies mis; or te métrons en ceste chartre, si ti convendra morir, si tu ne nos enseignes le cors Jhésu; » et Joseph respont comme cil qui rien n*en savoit. « Je voil, se il plait au Seygnor, pourquoi je serai enprisonez, que je i mu ire. » Lors le pristrent li Juis si le bastirent moult durement et ravalèrent en la chartre et par desor le scélèrent en tel manière que se nus i venist pour lui, que il ne le péust trover.

Eynsi fust Joseph amblez et mis à la chartre et qant Pilâtes le sot que Joseph fust perduz, si en fust moult iriez et Ten pesa moult, quar n*avoit nul si bon ami. Einsi fust perdu Joseph une grant pièce et cil por qui amor il avoit soffert son ennui, ne Toblia mi ; einz le regarda comme sires et comme Diex et vint à lui là où il estoit en la prison et h aporta son veisel et qant Joseph vit la chartre *, si s'esjoï moult et fust replain de la grâce de saint esperit et se mer veilla moult et dist : « Diex puissant en toutes choses, d'out peut venir ceste clarté, s el ne vient de vos? » Jhésu- Crist li respont et li dit : « Ne t'esmaier mie, quar la virtu de Deu mon père te sauvera; » et Joseph demande : « Qui estes-vos qui à moi pallez, quar vos estes si beaux que je ne vos puis voir ne conoistre ? » Et Jhésu-Crist li dit : « Or entendent que je te dirais.

« Je 2 te ving en terre pour soffrir mort par le coumendement de mon père qui fit Adan et d*Adan fist

1 « La chartre, » pour a la clarté. » > tt Te » supprimé par les deux points.

â90 LE SAINT GRAAL.

Eve, mes li anemis Tengingaa qui la fist pechier et ele fist péchier Adan. Et qant il orent péchié, si les geta en chativoisons, si conçurent et orent enfanz et lingniées et qant il moroient, si les voloit avoir li anemis tant que il plot à mon père que je ving en terre et nasqui de famé, por ce que par famé, avoit porchacié li anemis qu*il éust les homes ; et tôt ausi comme par femme estoit Tama ^ del home en prison, convenoit-il que le fust délivrée par famé. Or, as oï coumant le fiz Deu vint en terre et la cause pour quoi il nasqui de la virge pucelle Marie et orras le tormant que il sofîri et la paine que li fruit charga ; en la poine covenist que li fuiz morust et fust venuz por sauver Tevre de son père et cest sauvement vinge faire en terre et nasqui de la virge Marie et soffri les tormenz terrienz et par .1. lens ^ en issi fors li sanc de mon cors. » « Goumant donc sire ! fait Joseph, estes vos donc Jhésu de Nazareth et fustes fiz de la virge que Joseph avoit à famé, que Judas vandi .XXX. deniers et que li Juis pristrent et menèrent devant Pilate et qui fust mis en croix et cil qui je mis en une pierre et ostai de la croix et de qui li Juis distrent que je Tavoi emblé. > Et Jhésu- Crist répondi à Joseph et li dist : « Joseph : ce sui-je meismes, et einsi cum tu l'as dist si le croi ; et cum tu Tas veu, si seras sauvez et auras joie pardurable. » « Ha I sire dit Joseph, por votre pitié meisme, aiez pitié de moi, quar por vos sui-ge en ceste chartre mis et je vos ai touzjorz moult amé,

1 Kama (la mise).

* tt Leus ; » il faudrait « par ,V. leus. » Voir Ms. G.

ne oncques mes n'osai à vos palier, car je cuidoie, sire, que vos ne me créussez pour ceus à qui je palloîe sovent et tenoie compaingnie à ceux qui porchaçoient votre torment. » Lors répondi nostre sires à Joseph et li dit : « Joseph ! mes amis anemis *, et peuz voir à toi mesmes. Qant chose est aperte n'i a mestier sénéfiance : tu estoies mes bons amis et je te cognoisoie bien et por ce te lessoie-je devers aus ; et pour la grant amor que je savoi que tu avoies à moi et que tu eus poor et dolor de mon torment, et je savoi que tu m'aiderois por Tamor de mon père qui favoit doné le cuer et la volenté et poir du servise fere; porquoi je te fui donez. » « A ! biaux douz sire! dit Joseph, ne dites mie que vos soiez miens 2. » Et nostre sires respont : « Si sui ; je sui à touz les bons et tuit li bon sunt mien et sez-tu quel guerredon tu auras de ce que te sui donez, joie pardurable auras, après la fin de ceste mortel vie. Je n'ai ci amené uns desciples, por ce qu'il n'i a nul qui sache l'amor de moy et de toi, tu m'as araé céléement et je toi ; et saches bien que notre amor revendra devant touz et sera moult nuisable as mescréanz, que tu auras sénéfiance de ma mor '^ guarder et voiz la *, » Et nostre sires trait avant le vesel precios à tôt le saintisme sanc que Joseph avoit recueilli de son precios cors qant il le lava.

Qant Joseph vit le veisel et il conust que ce estoit

* Phrase elliptique à restituer avec le Ms. G.

* Il y a ici une petite lacune. Voir Ms. C,

• Ma mort.

♦ Bt voiz la ci.

i9i LE SAINT GRAAL.

cil que il a voit en sa maison repost, que nus bons terriens ne sa voit fors que il, si fust replains de la grâce Jhésu-Crist et de sa ferme créance ; et il s'agenoille et li cri merci et dist : « Sire ! sui-je donc teus qui doie guarder si saintisme chose et tel veissel ?» Et Jhésu-Crist dit : « Tu le doiz avoir et guarder et cil à qui tu le coumanderas en ceste guarde, ne doit avoir que .III. * et cil .III. Tauront en non del père et du fiz et du saint esperit et tu einsins le doiz croire ; et tuit cil qui Tauront en guarde sachent que ce .III. virtuz sunt une meisme chose. » Joseph fust à genoiz et nostre sires li tient le veissel et il le prant et nostre sires li dit : « Tu tenz le sanc où ces .III. virtuz sunt une meisme chose en Deu et sez-tu, dit nostre sires à Joseph, que tu as gaaigné ? James sacremenz ne sera fait que la sénéfiance de t'evre ^ ni soit ; qui conoistre la porra ne saura à quoi se porra atandre. » Et lors li demanda Joseph : « Sire ! se il vous plaît que je le sache, si me dites que je l'a fait ; quar je ne le sai raie. » Et Jhésu-Crist respont et dit : «< Joseph ! tu m'otas de la croiz et ses bien que fui à la ceine chés Symon le prous et que je dis que je estoi traïz ; einsi comme je dis à la table : seront plusors tables establies à moi sacrifier que sénéfiera la croiz ; et veisseaux où Ten sacrifiera et sanctifiera, sénéfiera la pierre en quoi tu méis mon cors ; et la platène qui sera desus mise sénéfiera le covercle de quoi tu me covris, et ce qui ert desore,

» Les trois sont, comme l'on sait, Joseph, Brons etPerceval, dans la version française.

• De son œuvre.

clamez sera corporaux et sénéfiera le suaire où tu m*envolopas ; et einsi sera, jusqu'à la fin del monde, la sénéfiance de t'evre connue. Tuit cil qui ce veissel verront en lor compaingnie auront joie pardurable et acompleissement de lor âmes et tuit cil qui ces paroles porront aprandre en seront plus gracieux et plus plaisant au siècle et vers notre Seygnour ; si ne porront estre forjugié à tort*, ne vaincu de lor droit. » Lors aprant Jhésu-Crist à Joseph ces paroles que je ne vos conterai ne retrairai, ne ne porrai si je le voloie faire, si je n'avoie le haut livre ou eles sont escrites, ce est li créanz que l'en tient au grant sacre del Graal et je prieroi à touz cens qui orront cest conte ne n'i requièrent plus pour Deu, de ci en droit, que je en porroi bien mentir, ne en la mencongé ne gaaigneroient rien 2.

YNSi bailla Jhésu-Crist le veissel à Joseph et qant Joseph le tint, nostre sires li ot appareilliées les paroles sacrées et li dit : « Toutes les foiz que tu orras ne auras besoing, si requier les .III. virtuz qui une meisme chose sunt et la benéurée glorieuse virge Marie qui le fiz Deu porta f et li demande conseil, si cum tes cuers meismes le j7^-\3dira, si sauras et orras la voiz de saint esperit pal- "^ îer à toi ; tu remaindras en cel chartre et einsi obscure comme ele estoit qant tu i fus' mis; et ne t'esmaier mie, quar moult sera ta venue et ta délivrance à grant merveille as mescréanz ; et à celui

1 En cort. (Ms. G.)

s Passage identique mais plus correct dans le Ms. G.

LE SàlNT GIUAL.

qui délivrer te vendra, parole de .111. virtuz, tout ausi comme au cuer te vendra et le saint esperit ert en ta compaingnie et t'aprandra à palier, de ce dont tu ne siez rien. »

ouT einsi remest Joseph en la prison, ne de ceste prison ne palloîent pas li apostre, ni cil qui establirent les escriptures, quar il ne sorent rien fors tant comme nostre sires vos que ses cors li fust donez. Einsi fust Joseph longue-

5^ ment en prison, tant qu'il avint que .1. pèlerins qui Ui-^9 avoit esté en pèlerinage en la terre de Judée, au tens que nostre sires aloit par terre et que il fessoit les miracles et les vertuz des aveugles et des contraiz et des autres mésaîsiez ; iceles miracles vit les pèlerins ; et puis fu-il en la terre, tant que il vit et oï meintes fciz Jhésu-Crist et cil prodome vint puis à Rome.

El tens que Vaspasiens le fiz à Temperor de Rome fust malades du lèpre si puant que nus tant l'amast, ne poit soflFrir ; moult en estoit Temperéeur dolenz et tuit cil qui Tamoient, et par force et par poer, qu® n'en ne poit son estre, fust il mis en une chambre de pierres et si avoist une petite fenestre par quoi l'en li doint à mangier. Cil prodome vint à Rome et se herbergia chiés .1. riches home en la vile ; le soir conmencèrent à palier de plusors choses, entre els ; et tant que li prodome de la maison dit à son oste, que moult estoit grant damages du fiz à remi)eréeur qui einsi estoit malades et perduz, et se il savoit chose qui mestier li éust que li il déist, et li pèlerins res-

pont : « Sire, nenil ! ores mes tant vous puis-ge bien dire que il ot en la terre de Judée .1. hom3 qui estoit prophètes qui maintes gi enz * grans virtuz fist li granz Dex por lui, quar les contraiz qui ne poient aler et les aveugles qui goûte ne voient, garisoit-il et autres Virtuz fist-il que je ne sai pas toutes retraire ; mes tant vos puis-ge bien dire que il ne voloit qui ne garisist, si que le riche home de Judée le haoient por ce que il ne pooient rien dire ni fere de chose que il féist. » Et le prodome demande qu'il avoit herbergié, que devint icil prodome et coumant avait-il non ; et li pèlerins dit : « Je le vous dirai bien, n'en Tapele Jhésu de Nazareth, le fiz Marie et icel gent douèrent tant et promistrent à celé qui le pooient faire, por ce qu'il le pristrent et bastirent et laidirent en toutes les manières qu'il porent : si le crucifièrent etoccirent et je vos créant, dit li pèlerins, sor ma vie et sor mon cors, que se il fust vif et l'en amenast au fiz Temperéeour, se il le vosit garir, que il le garisist moult bien. » Et cil qui l'avoit herbergié dist : « Oïtes-vous oncques dire por quoi il le crucifièrent ? » Et li pèlerins dit : « Je non, mes por ce qu'il li haoioent » « Et en quel leu fust ce fait ? et en quel seyngnorie ? » Et le respont : «* En la seignorie Pilate le baillf à l'emperéor de ceste vile. » « Voir, fait-il, diroiz-le vos einsi devant moi à l'emperéor ? » Et cil li respondi et dist : « n n'est nul home devant qui je ne déisse ce. «

Qant li prodome qu'il avoit herbergié ot oï et entendu tout ce que li pèlerins li ot conté, si s'en ala el paleis l'emperéeor et l'en apela à une part et 11

1 Mot supprimé par les points souscrits.

conta tôt, mot à mot, ce que le pèlerins Tôt dit. Qant Temperères Toi, se s'en merveilla moult et dit au prodome : « Porroit-ce estre voir que tu m'as dit? * Et cil respont : « Je ne sai rien, ne mes comme mon oste le m'a conté, et je le fierai palier à vos, si vos volez. » Et Temperères respont : « Va l'orne querre. »' Et li prodome ala querre son oste et li dit : « Beaux ostes, venez oveuc moi devant Tempereour et li conterez ce que vos m'avez dist » Et li pèlerins respont : « Volentiers, sire ! >» Lors s'en alèrent devant l'emperéor, et, qant il furent devant lui, si dit li pèlerins : « Sire, vos m'avez mandé? » Et li emperéor respont : « C'est voirs, je t'ei mandé por dire ce que tu as dit à ton oste; » et li pèlerins li conte mot-à-mot ausi comme il avoit dit et conté à son oste.

ANT l'emperéor a ce oï et entendu, si apela son conseil et lor dit ce que li pèlerins li avoit conté et qant il l'oïrent, si s'en merveillèrent moult et distrent qu'il quidoient Pilate à moult prodome et à moult sage et que il ne soffrit mie si grant outrage, et l'emperères dist qu'il a souffert sanz doute, mes mal le souffri, qui sanz jugement, prist le prophe ce mort, en leu où il eust poeir. Lors fust le pèlerins apelez qui les novelles avoit dites, et lors dit li conseil k l'emperéor : « Or nos contez les bêles miracles et les bêles virtuz que Jhésu-Crist fesoit qant il estoit en terre. » Et si dit que por voir l'avoient occis li Juis en la terre que Pilâtes guardoit et « s'il fust vis, il garisist bien le fiz à l'emperéor et encore di-je plus; qui vodroit dire que

LE SAINT CRAAL. 297

ce ne fust voirs, je en metroi ma teste en aventure; que Pilâtes ne cèlera yà et si qui * bien, que qui cuideroit trover rien de la soe chose et porroit savoir et Ten aportast devant le fiz à Temperéor et il i atouchât, qu*il en garroit. »

Qant cil oïrent, si en furent touz esbaïz et n'osèrent recourre Pilate, ne mes tant que li uns dit : « Si mi seres envoie savoir si c'est voirs, que veuz-tu que n'en face de toi ? » « L'en me dorra, dist il, mon despans jusqu'à tant que li message soit venuz et se ce n'est voirs, je otroi que l'en me cope la teste. » Lors respondirent tuit qu'assez en dit. Einz le firent prandre et mètre en une chambre et bien guarder et puis dit li emperéor que il voloit là envoier por savoir se c'estoit voiers, et s'en l'en porroit rien trover où le prophète éust atouchié, par quoi son fiz péusl garir, quar oncques si grant joie ne li péust avenir, comme se il en guérisoit. Lors dit .1. des amis Pilate : « Sire ! vos mi envolerez » et l'emperéor respont : •< Je i envoieré vos et autres. » Lors palla Temperéor à Vaspasien son fiz et si li conta tôt ce que il avoit fest, mètre en prison jusqu'à tant que li message soient revenuz por savoir se c'est voirs ou non, ce qu'il dit. Et qant Vaspasien l'oï si s'en esjoï et aléga moult sa dolor. A donc proia Vaspasien à son père que il envoiât au plus tout que il porroit. Et l'emperéor prant ses messages, si les envoie et lor fait lettres bailler que il soient créuz de ce qu'il diroient de la mort au prophète.

Eynsi envoia l'emperéor des plus sages homes de

* Si quide bien.

sa court, pOP œste chose savoir, por la guarison son fiz. Einsi se partirent li message à Temperéor de Rome por venir en Judée et passèrent la mer. Et qant il furent outre, li ami Pilate li envoièrent .1. message qui li apportèrent unes lettres. Et avoit contenues lettres, qu'il se merveilloient moult de sa folie et du grant désavenant qui avoit esté fait en son pooir au prophète qui fust occis sanz jugement et sache hien que li message à Temperéor sunt arivé et viengne encontre aux, quar il ne puet mieuz faire. Qant Pilâtes ot oïes les lettres, si ot moult grant paour, et coumanda ses genz à monter, qu'il voloit aler encontre les genz à Temperéor. Et li message chevauchoient là où il le cuidoient trover et il chevauchoit einsint contre aux ; einsi s'entre contrèrent li message à Temperéor et Pilâtes à Barimathie. Qant li message virent Pilâtes, ne li osèrent faire joie qu'il ne savoient encore si renmerroient à Rome, por destruire. Si li baillèrent les lettres à l'emperéor qui tôt liot raconté ce que li pèlerins avoit conté à l'emperéor. Qant Pilate Toï, si sot bien que il disoit voir et que l'emperéor avoit eu bon message de ce conter. Lors s'en vet ovec les messages, si lor fait moult bêle chière et dit que ces lettres disent voir de qant qu'eles dient. Qant ce oïrent li message si se merveillèrent moult de ce qu'il ot reconeu et dient tuit : « Grant folie, avez reooneue ; se ne vos en savez décoper, morir vos en convendra. » Lors apele Pilâtes les messages en une chambre, si fist moult bien les huis fermer por les Juis qui ne les escoutassent. Si lor commence Pilâtes à conter toutes les enfances Jhésu-Crist teles comme

LE SAIIfT GRAAL. 299

il sunt et que il out oies dire, et por quoi les riches hOQS le haïoient; coumant il ramenèrent devant lui et coumant le requistrent que il lor jugast à mort ; < et je ne vis pas en lui chose par quoi je le déusse juger ; et il furent grant gent et félon et riche et puissant; si distrent que il Tociroient et puis à moi ^ Et lor dis que si messire m'en demandoit rien que il fust sor aux*. Et il respondirent que sor aux et sor lor enfanz fust espandu li sanc de lui. Ëinsi le pristrent les Juis et en firent ce que vos avez oï : je ne poi rescorre et por ce que je voloie que n'en séust que je n*i avoi coupes, que plus m'en pesoit que biaux ne m'estoit, et que je voloie estre nez du péchié, pris je de Fève, si lavai mes mains, et dis : aussi nest sui-ge de la mort cel home, comme mes mains sunt netes de cest ève.

« Qant il fust mort, je avoi .1. soudoier de ceste vile qui avoit non Joseph. Cil me servi à tôt .V. chevaliers, dès que ving en ceste terre ; ne onques autre loier ne vaut avoir por ses soudées, fors le cors de ceste prophète et je li donnai, quar je le cuidoie graignor don doner. Si Tôt et Posta du despit et le mist en une pierre qu'il avoit fait faire à son oës ; puisque il rot la mis, je ne sai ne ne vi que il devint, mes je quit bien qu'il ont ocis; or regardez se je ai eu tor. »

Qant li message oïrent que Pilâtes n'avoit mie si grant tort comme il cuidoient, si distrent : «Nos ne

1 tt Et ce pesa moi. » Ms. 748,

> Cette phrase est trop elliptique. Le Ms. C. porte a et cornent m'en garantiroient-ils ? et ils distrent que sor ils, » etc.

savon se c'est voir ou non que tu nos diz ; se il est ainsi, bien t'en poras descouper vers Temperéor. » Et Pilate respont : « Einsi comme je le vos ai dit, le vos ferai-je dire à aux, si qu'il le cognoistront tôt ausi comme je le vos ai conté fort la prise de Joseph. » Et messages respondirent: « Fai les mander, si orron que il diront et lor fai dire que il soient en ceste vile d'ui en .1. mois tuit ensemble, cil qui furent au prophète crucifier. » Et Pilate prant ses messages et les envoie par la terre semondre touz cens qui furent à la mort Jhésu-Crist et lor fait dire que les messages à Temperéor volent palier à aux. En demander * que le jor du mois vint, fit Pilate querre partot le pays se il porroit avoir chose à qui Jhésu-Crist éust atouchié : oncques ne péurent riens trover li message. Einsi asamblèrent et li Juis au chief du mois; et Pilate dit au messages à Tempereroz : « Lessez-moi avant palier, serrez que je lor dirai et qu'il me diront ; et selonc ce que il diront qant il seront tuit ensambie, si faites. » Pilate palla à aux einsi comme vos orrez : « 8eygnors, dit-il, vez cil les messages à Temperéor qui volent savoir qui est cil que vos avez ocis, quar li emperéers à oï dire qu'il estoit moult bons mires, si le mandoit qu'il alast à lui, se il pooit estre trovez. Et je ai dit aa messages que il mort, que vos et li puissant home de ceste terre l'océistes, por ce que il disoit qu'il estoit rois de vous et si l'océistes, sanz le congié à Tempéeor. » Et li Juis responent et distrent : «« Quar tu fus si mauveis que tu ne vosis prandre venjance, ainz te pesa par semblant de ce que

1 a En demantres. » Ms. G.

nos rocéisrnes, ne nos ne sofferrions mie que nus se face plus seygnor de notre seygnor. » Lors dit Pilâtes au message : « Vous oïez bien que il dient et gent ce sunt; je n'ai pas la ballie ne le pooeir vers enz touz.»Et li plus sages des messages dient: « Encor ne savon nos pas la force de la parole. » Lors parolent les messages as Juis et lor distrent : « Donc ne vos juga Pilâtes cel home à mort qui se fessoit plus que rois ne empereurs? » Et il distrent : « Einz covint que nos en respondissons et nos et noz enfanz ; ne autrement ne vot Pilate sa mort soffrir. »

Qant li message ont oï et atandu que Pilâtes n'a mie si grant tort comme n'en disolt, lors demandèrent as Juis qui fust cil prophète dont si grant parole a esté et il dient qu'il fessoit les graignors merveillies du monde et disoient que c'estoit uns enchanters. Et li messages demandent à touz ceux qui là estoient se il savoient nulle chose qu'il fust à cest prophète qui lor enseynassent, et il dient que il ne sevent rien. (Quant) quanque il avoit, fust tout geté en voie. Einsi desparti li pallemenz et Pilate fust délivré de la haine as messages. Une pièce après, avint que .L home vint as messages et lor dit qu'il savoit une famé qui avoit .1. visage qu'elle avoit trové, mes il ne savoit où elle l'avoit pris, lors fust apelez Pilate, si li content ce que il avoit dit et Pilate li demande coumant elle avoit non et en quele rue elle estoit ; il dit quelle avoit non Véroine, et estoit en la rue de l'Escole et est povre famé. Qant Pilate l'ot entendu et il ot apris coumant elle avoit non, si Tenvoia querre et elle vint. Qant Pilate la vit venir, si s'en drece encontre lie, el Tacola, et la bone famé se merveilla moult de Pilate qui si

302 LE SAINT 6RAAL.

grant joie li fesoit et Pilate la trait à conseil et si li dit : « Je 01 dire que vos avez une samblance d'ome en votre huche, si vous pri que vous la me mostrez. » Et la bone famé fust moult espoenté et dit : « Sire, je ne sai rien de ce que vos me demandez, » si s'encondist moult durement. A ces paroles vindrent li messages et Pilâtes lordit : « Vez-ci la famé que Fen vos dit qui a la visière; » lor racolent tuit ensamble et li font moult grant joie et li content la besoigne, porquoi il sunt venuz en la terre et mal au fiz Temperéor; si sot bien que descovrîr la covenoit, si lor dit : « Seygnors, je ne vodroie ^ ce que vous me requérez, si vous me donrriez quantque vous porriez a voir, mes se vous me jurez, et trestuit vos compaingnons, que vous me menrez à Rome et que vous ne me tondrez nulle chose que je vous puisse motrier ^, ne riens de ce que vos me demandez, je m'en irai avesque vos (nos avez demandé). » Lors li jurèrent tuit ensemble et qant il li orent juré, si li distrent : « Vous serez encore riche famé, or nos motrez, si vos plest, ce que nos vos demandons; >» et elle répont : « Attandez moi ci, et je vos irai querre ce que vous me demandez.» Einsi s'en ala Véroine en sa maison et pris la visière souz son mantel, si vint as messages et lor dit : « Or vos séez » et il s*aséent, » et elle trait fors la samblance. Qant il la virent, si furent moult liez et se levèrent encontre et ele lor dit : « For quoi vos estes vous levez, » et il distrent : » Nos ne nos en péumes tenir, dès que nos véimes la semblance. Ha! dame! dites nos où vos la

1 Céder.

* « Rien que je vous montrasse. » Ms. G.

LE SkiyX GRAAL. 303

pristes et coumant vous Péustes. » Ele lour dit : « Je vos conterai cornent. »

Ci parole H contes cornent la Véronique fust trouvé à Rome, (En rouge.) Il avint chose que je avoie .1. sydoine que je avoi fait ferre ; si le portoi à mon braz au marchié, quar je le voloie vendre. Se encontrai ceux qui amenoient li prophète, les mains liées. Et li Juis le sivent et il me requist que je li essuiasse son vis por la suor qui li coroit contreval. Maintenant pris le chief du sydoine, si Ten ters son vis et puis m'entornai; et li Juif ramenèrent outrebatant. Et qant je fui en ma maison, si reguarde mon drap et trovai ceste semblance. Einsi m'avint comme vos avez oï. Si vos cuidez qu'ele ait mestier au fiz Temperéor, je m'en irai avec vos, si Tenporterai ; et il dient : « Grant merciz. Nos cuidons bien qu*ele li ait mestier. >» Oncques ne trovèrent li messages chose qui eust atouchié au prophète fors celé samblance. Ensi s'en restornèrent arrière, si passèrent mer et Pilate remest en sa baillie. Et qant il vindrent à Rome, si fust li empereurs moult liez et lor demanda noveles comant il avoient erré, et si pèlerins avoit voir dit. Et il dient que tôt ausi comme il avoit oï de lui estoitil voirs, et plus encore ; et Pilâtes n'a voit mie si grant tort come il cuidoient. Si li contèrent Terremenent, si comme il avoient oï d'une part et d'autre. Lors demande li emperéor : si li prophète estoit si prodome comme n'en disoit, et il distrent : « Oil assez plus » et l'emperéor dit : « Aportez moi vous chose qui à lui ait atouchié. » « Oil sire ; si come nos vos dirons,» Lors li contèrent coumant trovèrent la famé et comant ele avoit lonc tens guardée la visière. Et

qant li empeor Toï, si en lust moult liez et dist : « C'est moult bone chose que vous avez amenée ovec vos, ne oncques mes n'oï palier de tel merveil. » Lors ala l'erapeor à la famé, si fist moult grant joie et li dit que il la feroit riche famé et Véroine monstra la visière et qant il la vit, si li a moult tôt encline .111. foiz et s'enmerveilla moult et dit : « Gest la plus bêle semblance que je oncques mais véisse. » Lors la prist Tempères entre ses .II. mains, si Tenporta en la chambre là ou ses fiz se dormoit et mist la samblance à la fenestre, si apele son fiz et li mostra. Si tout comme ses fiz Tôt vue, si fut tôt sains et plus qui n'avoit oncques esté. Lors dit Vaspasiens : « Biaux sire Dex ! qui est C2ste samblance qui m'a alégié toutes mes dolours? *» et puis dit à son père : « Sire, faites moi dépicier cest mur; » et il si fist à plus tout que il pot.

Qant li murs fust dépiciez, Vaspasiens issi hors tout sain et tout haïtiez ; moult fust la joie que Tempereurs fit et tuit li autre de ce que sis fiz fust tôt seinz. Et Vaspasiens demanda où ceste visière fust prise, ne à quel home ele avoit esté. Et Ten li conte ce que la famé avoit conté et toutes les autres virtuz que li pèlerins vit ; et il demande as messages : « Est-ce voir que il aient mort si prodome com cist estoit? » et il respondirent : « Oil ! » Et qant il oï ce, si en fust moult irriez et dit que mal Ta voient fait ; que yamès n'aroit joie tant qu'il Tauroient comparé. Lors si dit Vaspasiens à son père : « Sire, vos n'êtes mie rois ne emperéors, ne sire de moi ne d'autrui, mes cil est sires que de là où il est, a doné tel force et tel virtuz à sa samblance, qu'ele m'a gari et que vos ne autre

ne puissez fere. Cil est sires des homes et des famés et des autres choses. Je vos prie come à mon père, que je aille vengier de ceux qui l'ont occis. »» Et li pères respont à son fiz et dit : < Biaus fiz, je voil que tu faces toute ta volenté. »

Qant Vaspasiens oï la parole, si en fust moult liez. Einsi fust portée la Véronique à Rome que n'en apele la samblance Jhésu-Crist, por la garison du fiz à Temperéor. Titus et Vaspasiens atornèrent lor erre d'aler en la terre de Judée et qant il furent passez outre mer, si mandèrent Pilâtes et qant Pilâtes vit que il amenoient si grant gent, si ot moult paor et palla à Vaspasiens et dit : « Sire, je sui en votre commendement, faites-moi à savoir que vous volez faire. » Et Vaspasiens dit : « Je suis venuz vengier la mort au prophète qui m'a gari. » Qant ' Pilâtes Toi, si ot moult grant poour, quar il cuida qu'il fut vers lui accusez; si li dit : t Sire volez- vos touz ceus prendre qui furent à sa mort et savoir qui a tort ou droit? >» « Oil, dit Vaspasiens, je le vodroi bien savoir. » Et Pilâtes dit : « Faites-les tôt prendre et mètre en prison, et dites que c'est por ce que je ne le voloie jugier et faites grant samblant de moi haïr. » Lors le fist Vaspasiens si comme Pilate l'ot coumandé et si les mande par toute la terre. Et qant il furent tuit ensamble, si lor demanda Vaspasiens novelles du prophète et lor dit : t Vos avez fait que traîtres, qant vos soffrîtes qu'il se fesoit sire de vos. » Et il respondirent tuit ansamble: t Ce fesoit Pilate notre baillif qui se tenoit devers lui et voloit qu'il fust rois de nos; et il dit, por ce, se il le disoit, n'avoit-il mie mort déservie ; et nos déimes qui si avoit ; que nos ne sofferrion jà

que il fust sire desus vos. Et Pilâtes disoit que il estoit rois desor touz les rois. » Vaspasiens lor respont : « Por ce, ai-ge rais Pilate où il est, que je avoi bien oï dire cornant il avoit erré et que il amoit plus le prophète que il ne fessoit noz. Or voil savoir, dit Vaspasiens, par vos méismes, li quel li firent plus de lédure et plus de maux et cornant vous ovrâtes vers lui, de le premer jor que vos le véistes, et por quoi vous Vaccuillistes einsi grant haïne et toute l'evre si corne ele est. » Et qant li Juis oïrent que Vaspasiens en voloit enquerre la vérité, si en furent moult liez et cuidèrent que il le déft por lor preu et por le damage de Pilate. Si contèrent toute Tovre et comraant il se fesoit rois desor touz les rois et por quoi il li traïoient et cornant Judas le lor vandi ; et li mostrent celui que li paia les deniers et ceus qui le pristrent et se vanta chascun de ce que li fist. Après li contèrent commant il ramenèrent devant Pilate ; mes il ne le vot oncques juger et, sanz congié, Tocistrent et cornant ancois qu'il le nos vosist livrer, que nos le prîmes sor nos et sor noz enfanz, ne autrement ne nos vot Pilâtes baillier. Si nos en clamons à toi, que tu nos quites de la convenance que nos i avons. Qant» Vaspasiens ot oî et entendu lor desléautez et lor mauvestiez, si les fist touz prandre et mètre en une forte maison. Lors si fist mander Pilate et li dit : » Tu n*as mie si grant tort cumme je cuidoie, mes je voil touz ceuz destruire qui furent à la mort au prophète qui m'a gari d'en m'enfermeté, quar il moult bien dit por quoi il ou t mort déservie. » Lors fist Vaspasiens prendre grant* plainte de chevaux et les fist prendre .IIII. et .IIII. si les fit main-

tenant touz dé rompre et qant li autre Juis oïrent ce, si s'en merveillèrent moult et demandèrent por quoi Vaspasiens fessoit ce, et il dit por ce que il avoient occis Jhésu, et que touz les couvendroit morir de tel mort, ou il rendroient le cors de Jhésu. Et 11 responent: « Nos le baillâmes à Joseph d'Arimathie, ne nos ne savons que il en fist ; mes se Joseph nos est renduz, nos en rendrons Jhésu. » Et Pilate respont : « Vos ne vos attandistes mie à nos, ainz le féistes guarder à voz guardes, là où il fust mis et li desciple dient que il ont puis veu et qu'il resurrexi. » Lors dit Vaspasien: «Touz les devent mourir, se il ne le me rendent. « Et en fist tant ocire que ne sai le conte dire, et lor commande que il rendent ou Jhésu ou Joseph. Et cil le responent qu'il ne sevent ne Jhésu ne Joseph ; lors en refit une grant partie ardoir.

Qant li Juis * que touz les couvenoit morir, si ot .1. qui dit : « Sire seroi-ge quites, sejeenseignoie Joseph et je et mes enfanz. » Et Vaspasiens respont: « Oil ! » Lors mena Vaspasiens à la tor où Joseph estoit enmurez et dit : * Je le vi mestre en ceste chartre et fui à ceste pierre murer, que nos doitions que Pilate ne le féist querre ; » et Vaspasiens respont : « Combien a que ce fust ?» Et cil respont : « Au tierz jorz que le prophète fust mis en croiz. >» Et il dit : « Por qoi le méistes vous et que vous avoiMl forfet? » et cil respont: i Por ce qu'il nos avoit tollu le prophète, et le mist en tel leu où nos ne le poismes avoir et nos savions bien que il nos seroit demandez et nos nos conseillâmes entre nos, s'il nos estait demandez, que nos

1 Virent.

prendons Josepli et le mestrion en prison et le ferion morir dedenz et se le Ten nos demandoit, nos dirons touzjors que il Tauroient eu et qui nos xendroit Joseph, nos rendrions Jhésu, quar nos cuidions bien que Joseph ne péust pas tant vivre et ce féismes por ce que nos oïrnes dire que li desciple disoient que il estoit resurrexi. Ice est la raison por quoi nos le méismes en ceste chartre. » Et Vaspasiens respont : « Occisistes le voz ainz que le méissez en la chartre ? » Et il respont : « Nenil ! mes nos le bastimes moult durement pour la folie qu'il disoit. » Lors dist Vaspasiens à celui : « Cuides-tu que il soit mort ? >> Et il dit : « Comment porroit-il estre vis que si lonctens a que il i fut mis ? »» Et Vaspasiens dit : t Cil le peust bien avoir sauvé et guéri qui me guéri de ma maladie et ce fust li meismes por quoi il fust enmurez et moi qui oncques ne le vi, ne ne fis por lui nulle chose, a-il guéri et sauvé de la plus vile maladie que oncques home éust : et c'est cil sires por quoi il fust mis en prison et bastuz et à qui il fust donez. » « Je ne cuidoiroi mie, dit Vaspasiens, qu'il éust einsi leissié veleinement morir. » Lors s'abessa Vaspasiens et li fust la pierre osté : si apela Joseph et il ne li respondi moût et li autres distrent : « Merveilles est, quidez vos que cest home puisse a ver tant duré? » Et Vaspasiens dit: « Je ne croi pas que il soit mort, se je ne voi. » Lors demande Vaspasiens une corde et n'en li aporte, et il Tapele de rechief « Joseph ! • Qant il vit qu'il ne responent pas, si s'en avala aval et qant il fust avalez, si vit une grant clarté en .Ldes angles de la chartre, et qant il vit ce, si commanda la corde à traire amont. Lors ala celé part où il vit la clarté et qant Joseph le vit, si se leva

LE SAINT GHAAL. 309

encontre lui et dit : « Bien veignes-tu, Vaspasien ! » Et qant Vaspasiens s'oït nomer, si se merveilla moult et dit : « Qui es-tu qui si bien me nomes et tant comme je t'apelai, ne me vosis respondre ? » Et il dit : « Je suis Joseph de Barimathie. » Qant Vaspasiens Toï, il en f ust moult liez et dit : « Benoit soit li sires qui t'a sauvé, quar cest sauvement ne poit nus faire, si lui non. Lors s'entr'acolent ambedui et baissent et font moult grant joie. Lors dit Vaspasiens à Joseph : « Qui t'apris mon non? > Et Joseph respont : « Cil qui set toutes les choses qui sunt. » Et Vaspasiens demande à Joseph se il set, ne conoit celui qui Tavoit guéri. Et Joseph demande : « De quel maladie t'a-il guéri?» Et Vaspasiens li conte ^ toute la maladie, ausi comme il ot eue. Et qant Joseph attandi la maladie, si s'en rit : t Celui, fait Joseph, qui t'a guéri, cognois-je bien et voudras-tu savoir qu'il est et comant il a non ! se tu le veus savoir et croire, je le te prandroi à conoistre et te diroi ce qu'il m'a comandé que je te die. >» « Certes, fait Vaspasiens, je le croiroi moult volentiers. >» « Or croi donc,dit Joseph, que soiLli sainz esperit qui a criées toutes les choses qui sunt et qui fist le ciel et la terre et les nuiz et les jors et .IIJI. élémenz et fist les anges : si en iot une partie de mauveis et cil qui mauveis furent, si furent plains de mauvestié et d'orgoil et d'anemi ^ et de covetise. Et notre sires le sot tantout et les fist plover du ciel .IIII. jorz .1111. nuiz que oncques puis si durement ne plut. Et et si en plut .111. généracions en enfer et .IIL sor

1 Les mots c< li conte » sont placés sur un baril iiguré. en bas de la page.

« D'envie.

terre et III on Télémant *. Li .III. qui chaïrent en enfer, tormentent les âmes, li .III. qui chaïrent en terre, si tormentent les homes et les famés et lor monstrent la voie de péchier et metent en escrit les péchier que il font : li autre qui ^ en Tair, ont autre manière de paine et prenent, par maintes feiz, figures ; et tout ce font cil por engi^nier home et por mestre en servage de Tanemi. Ce .111. généracions sunt par .III. foiz, ensi chait du ciel, et font .IX. généracions et apportèrent le mal engin en terre. Li autres, qui remés sunt ou ciel, conferment les homes et guardent de péchier pour la honte et por despit de ceuz qui porchacèrent la haine ' Deu qui Tavoit fait de si esperitau chose comme de sa volenté et il, par le confondement de lui, de la joie esperitel. Por le despit d*aux vot nostre sires fere home de la plus vile boue qu'il soit, et comme il ot fet si bel et tel comme li plot, si li presta sen et mémoire et joie et clarté et dit nostre sires que par cestui rampliroit li siège des autres *.

« Qant déables vit et sot que si vile chose estoit montez en gloire dont il estoit descenduz, si en fust moult iriez et moult pensa en son cuer comant il le porroit eingignier. Qant nostre sires out fat Tome, si le mist en paradis et de Tome fist la famé. Qant déables le sot, si mist moult grant poine comant il le peust engingnier. Si engingna premier la famé et la famé engingna Fou me et qant il furent engingnéez,

i En rair.

« Sont.

s Oe Dieu. Ce passage est bien obscur. Voir le Ms. U«

si les geta nostre sires de paradis qui nul péchié ne conséust et de ceus fust pueples engendréez et puepies vot déables avoir por ce que pueple consaut à sa volenté. Li pères qui est sires de toutes choses fist cest ovre por Tourne sauver et pères envoia son fuiz en terre et s'aombra en la virge Marie, et por ce que li siècles et li home fust doné par la famé au déable, si dit nostre sires, comme cil qui tort ne voloit faire, que il les raïmbroit par famé. Lors envoia li pères son fiz en terre ; ce fust cil qui ala par terre .XXX. et .III. anz et fessoit les bêles miracles ; ce ^fust cil que le Juis occistrent en croiz ; por ce que Eve pécha par la pome que li fust ^ avoiz chargié, si couvenoit que li tiz morust en fust.

« Eynsi vint li fiz morir en terre por son père et ce fust le fiz de virge Marie que le Juis ont ocis. Ne oncques ne le voudrent cognoistre à seignor; c'est cil qui t'a guéri et por qui je fu ci mis en prison et c'est cil qui se soffri à tormenter, por rachater home de peines d'enfer; einsi a faite le fiz Tevre du père et du saint esperit, et tu doiz croire que ce .III. persones sunt une meisme chose en Deu et si le péust voir, à ce qu'il t'a guéri et qui t'a ci amené pour voir là où il m'a sauvé; einsi croi li commendement as desciples qu'il a lessiez en terre, pour son non esaucier et por guarder les péchéors de l'anemi. » Et Vaspasians respont et dit : « Joseph ! tu m'as bien mostré qu'il est sires de toutes choses et que c'est Dex li pères et li fiz et saint esperit, et einsi comme tu me l'as mostré, le croi-ge et le croiroi touz les jorz de ma vie. » Lors

* L'arbre.

31 â LE SAiriT GHAAL.

dit Joseph à Vaspasians : « Si tôt comme tu seras issuz de céanz, si quier les desciples qui tenant le nor ^ Jhésu-Crist et ont le comendement qu'il lor dona en terre et saches bien que il est resurrexi et que il s'en est alez au comendement son père en celé char meismes en quoi il fust en terre. »

Eynsi a Joseph converti Vaspasiens à la loie de vraie créance; lors apela Vaspasiens ceuqui estoient en haut et qui Tentendoient et lor dit que il voloit la tour par dehors dépicier et que il là trové Joseph. Qant cil Toirent, si se merveillèrent moult et dient isnèlement : « Alez la tor dépecier ; » et il si font et qant il orent la tor dépeciée; si s'en issi Vaspasiens avant et Joseph après et qant cil qui estoient illeuc le virent, si s'en merveillèrent moult et distrent tuit que moult est forte la vertu qui sauvé Ta.

Eynsi délivra Vaspasiens Joseph de la prison et le mena devant le Juis, là ou il estoient ansamble. Et qant li Jliis le virent, si se merveillèrent moult; lors dit Vaspasiens as Juis : « Rendez moi Jhésu et je vos rendroi Joseph. » Et li Juis responent : « Nos le baillâmes à Joseph, die nos que il en a fait et que il est devenuz. >> Et Joseph respont : « Vos savez bien que je en fis et là où je le mis, le féistes-vos guarder ; et si sachiez bien que il est résuscitez comme Dex et comme sires que il est de nos touz. » Lors furent moult esbaïz li Juis, quant il oïrent ce. Et Vaspasiens fist d'aux tel justice comme il li plot à faire et celui et sa ligniée qui Joseph " li avoit enseignié mist en la manaie ^

1 Nom.

« Puissanc3.

Jhésu-Crist si le fist mestreen la mer. Et vint Vaspasieas à Joseph et H demanda : « Joseph ! voudras-tu point sauver de ceste gent ? » Et Joseph respont : « S'il ne croient el père et el fiz et à la trinité et que li fiz Deu nasqui de la virge Marie, il périront en âme en cors. » Et Vaspasiens dit à ceux qui sunt de la meingniée: « A-il nul de vos qui voille achater de ces Juis ? » Si distrént de teux lot : « Oil ! » Si achatèrent teux iot et Vaspasiens lor en donoit .XXX. por.IIII. deniers.

Et Joseph avoit une soe seror qui avoit non Anigeus et ses sires avoit non Bron qui moult amoit perfètement Joseph. Qant Bron et sa famé sorent que Joseph fust trovez, si en furent moult liez et vindrent à lui, là où il estoit, si li distrént : « Sire vos venon à ta merci. » Qant Joseph Toï, si en fust moult liez ; si lor dist : « Non à la moie, mes à la celui qui nasqui de virge Marie et à celui qui m'a sauvé en la prison ; >» et il distrént : « Celui crerron nos touzjorz mais. » Et Joseph lor dit se il en trovoient plus qui vousissent croire en la trinité, que il les sauverois de cest torment et cil pallèrent as autres ; si en trovèrent moult qui distrént qu'il crerroient ce ce Joseph disoit. Einsi vindrent li Juis devant lui et distrént que il crerroient ce que il crerroit. Et Joseph lor dist : « Ne me faites pas mençonge à croire par la paor du torment Vaspasien, quar vos le comparriez moult durement. » Et il li distrént : « Nos ne te porrions mentir. >> Et Joseph dit : « Se vous volez croire ce que je croi, vos ne me demorrez pas en voz héritages ne en vos maisons; ancois vos en vendroiz oveuc moi, en essil et guerpirez tôt por Deu. » Et il dient que ce feront-il, moult

volentiers. Lors proia Joseph à Vaspasieas que il, à ceste geat, pardoint soq mautalent por Deu et por moi et il lor pardone. Einsi vengia Vaspasiens la mort Jhésu-Crist.

Qant Joseph ot celé gent avec lui, si s'en ala en moult enstranges terres et prist congié à Vaspasien et Vaspasiens s'en repéra à Rome. Et qant Joseph et sa compaingnie furent là, si lor dit Joseph maintes foiz bones paroles de notre seygnor et lor commanda à laborer. Une grant piesce ala lor afaire moult bien, et puis si ala si mal com je vos conterai que quantque ilfessoient, aloit tôt à mal; einsi furent une grant pièce, tant qu'il ne porent plus soffrir et celé meschance lor avenoit por une mauvéisse manière péchié qu'il avoient entrels comraencié, par quoi tuit li bien li faillioent et cil péchiez estoit luxure sanz réson. Qant il furent si ataint que il ne porent plus soffrir, si vindrent à Bron qui moult estoit bien de Joseph, si li distrent : « Sire touz li biens et toute la planté que nos solions à avoir, nos sunt failliz que nulle gent n'orent oncques si grant messeisses comme nos avon ; si te volon proier por Deu que tu paroles à Joseph et que tu 11 dies la grant meisseisse que nos soffron de fain que par .1. poi que nous morons nos et noz enfanz. Qant Bron les oï einsi démenter, si en ot moult grant pitié et lor demanda : « A-il grant pièce que vos saintez ceste dolor ? » Et il responent : « Oil ! sires : mes nos l'avons tant celée comme nos poons plus ; si te prion por Dsu que tu dies à Joseph se c'est por nostre péchié ou por le sien. » Et Bron dit : « Je lui demanderai moult volentiers. » Lors vint Bron à Joseph et li dit la dolor que lo pueples, qui illeuc

estoit, sousteaoit, et volent que tu lor dies se c!est por lor péchié ou por le tien. Et il dit : « Je pri celui qui de la virge nasqui, que je sache comant ceste famine lor puest estre avenue. » Lors ot paop Joseph qu'il n'éust mespris à faire chose donc nostre sires fi^st corrodez ; lors dist Joseph à Bron : « Je le sauroi, si le te dirai, se je le puis savoir. »

A tant se vint Joseph devant son vessel plorant et puis si s'agenoilla devant et dist : « Sire ! qui de la virge nasquites, par votre sainte pitié et par votre doçor et por sauver toute créature qui voudra à vous obéir, sire! ausi vraieraent comme je vos vi mort et vif et vos veni, après le travail de la mort, en la tor où je estoie enmurez, sire! qant me coraandastes que toutes les féiz que je auroie mestier de vos, que je revenisse devant cest precious vessel où votre precieus sanc est; sire, ausi vraiement, vos requier-je et pri que vos me conseillez de ce que cest pueples me demandent, si que je en puisse ovrer à votre volenté. >»

A tant descendi la voiz du saint esperit et * : « Joseph I ne t'esmaier tu mie, quar tu n'as coupes en cest péchié. » « Ha! sire, dist Joseph, soffrez que je oste ce ^ ceuz de ma compaingnie qui en cest péchié, par quoi si grant famine lor venni ; >» et la voiz si dit : ^ Tu feras .1. grant sénéfiance et i métras mon sanc et moy meisraes en espreve vers le péchéors; Joseph ! sovenigne-toi que e fuiz venduz et trahiz en terre et que le savoi bien, ne oncques n*en pallai tant que je

i Dit.

* « Ce » supprimé par les deux points.

fui chiés Simon; lors dit que aveuc moi, mengoit et bevoit qui mon cors traïssoit; cil qui sot que il otce fait, out honte, si se trait .1. poi arrières de sor moi, ne oncques puis ne fust mes desciples; puis mis .1. autre ea leu de lui en son non, mes en son leu ne sera mis, devant que tu i soies en cel leu, ce dit la voiz» que je fui chiés Symon à la table à la ceine; en leu d'icele table, en fai une autre quarrée et qant tu l'auras faite, si apele Bron ton sororge qui bons est et de qui bons istera : si li di que il aut * en celé ève et qu'el t'i pêche i poison ^ ; el primier que il prendra t'aporte et qant il ira péchier, tu porverras ta table. Et pran ton vessel et le met de celé part où tu voudras seoir, si le cuevre de pan de la touaille et qant tu auras ce fait, si mande ton pueple et lor di que il verront yâ ce dont il démantent. Et lors pran Bron et si t'asie en leu de moi, ausi conie je m'assis à la ceine, et Bron assie à destre lèz-toi ; et lors verras qui se traira arrière, tant corne li leu à un home tient : et saches que cist leus sénéfiera li lieus d'oue Judas s'ota qant il sot que il m'ot traï.

« Gist leus ne porra mie estreampliz devant ce que li fist Bron Tampleisse ; et qant tu auras fet Bron asseoir, si apele ton pueple et lor di que bien ont creu le père et le fis et le saint esperit et Tavènement de la trinité et commendemenz de l'obédience que lor avoie commandée et enseyngniée el non de .111. virtuz qui toutes une mesme chose sunt et veingnent avant si sacent à la grâce de Deu. » A tant s'en parti

1 Qu'il aille.

* Poisson.

LE SAINT GRAALi 317

la voiz, et Joseph fist ce que nostre sires li ot commandé, si s'asistrent une grant partie d^aux et plus i ot de ceus.qui ne sistrent; la table fust plains fors 11 leus qui ampli ne pooit estre et qant cil qui sistrent à mangier sorent la douçoz qu'il avoient et compleissement de lor cuers, si orent mont touz les autres oubliez. .1. en iotde ceus qui saient en la table qui avoit non Petrus, si esguarda ceus qui estoient en estant, si lor dit : « Sentez vos point de ceste grâce ce que nos senton ?» Et il reponent : « Nos n'en sentons rien ; » lors dit Petrus : « Donc avez fait le péchié que vos demandâtes Joseph par quoi la famine vos venue. » Quant cil oï ce que Petrus leur dit, si en orent moult grant honte et s'en issirent de la maison. Si en iot qui plora et fit moult mate chière et reraest laianz : et qant cist servise fust finez, si se levèrent tuit cil qui seivent à la table et râlèrent entre les autres et Joseph lor ot comandé que ils venissent à celé grâx^e arrière.

Ëynsi conut Joseph, par le comendement de Deu, les péchieurs, et par sa grâce, et ce fust la primiers leus où li vesseaus fust mis et esprové. Einsi furent lonctens et grant pièce après, tant que cil defors demandèrent de celé grâce à ceux qui avoient et lor distrent : « Que est-ce que vos avez et où en alez chascun jor et que vos en est avis qant estes à celé grâce assis ? » et il responent : « Notre cuers ne puest penser le grant délit ni la grant joe que vos avons, tant comme nos ysséons et quant nos en soimes levez, si nos dure la grâce jusqu'à l'andemain à ore de tierce. » Et cil lor demandent d'out puet si grant grâce venir? Petrus respont : « Elle vient de celui qui sauva Joseph et cil

318 LE SAIIST GRAAL.

vesseaux que nos avon véu. » Et ils responent : « Par cel vessel soi mes -nos desparti et la force de lui ne laisse-il nul péchéor en sa compaingnie, » « Vos meismes le poez voir ; mes dites-moi quel talent vos éustes et quel pensez, qant Joseph vos dit que vos venissiez seoir. » Or li dist cil qui avoit la grâce : « Or poez bien voir liquel avoient fait péchié par quoi nos avons perdue la grâce. » Et cil dient : « Nos orons * comme chaitis; mes enseigniez nos comant nos dirons où nos vos avons leissiez. » Et cil responent : « Vos diroiz que nos somes remés en la grâce du père et du fîz et du saint esperît et en Tenseingnement de la créance Joseph. » Et il distrent : « Que porrons dire du vesseil que nos véimes et comant le claimeron nos qui tant nos agrée? >• « Cil qui li voudront claimer ne mètre non à noz escienz, le clameront le graal qui tant agrée. » Et qant cil Toïent, si dient bien doit avoir non cist vesseaux graaux, et einsi le noment cil qui s'en alèrent et cil qui remestrent ; et cest non sot Joseph, sili enbeli moult. Et einsi venoint, chascun jor, à tierce, si disoient qu'il aloient, chascun jor, en service du graal. En la compaingnie de celé gent qui faus estoient en avoient .1. qui avoit non Moys et estoit ^ sages au parent du monde, et moult finoit bien sa parole et fesoit semblant de estre sages et piteux et dit : •» Je ne mouvrai de cette gent que Dex paist de sa grâce. >» Lors plora et dist moult triste chère et piteuse; einsi remet qant li autre s'en alèrent et toutes les foiz que il véoit .1. de ceus qui avoint

1 Nous nous ea irons.

* Sage en apparence.

LE SAIMT GRAAL. 319

la grâce, si li crioit merci, moult simplement, par samblant de bon cuer, et dlsoit : « Por Deu, priez Joseph que il merci ait de moi, et que puisse avoir de celé grâce que vos avez. »

Eynsi le proia par maintes foiz tant qu'il avint .1. jor que tuit cil de celé compaingnie distrent quMl auroieiit pitié de Mois et distrent que il en proieroint tuit ensemble Joseph. Et vindrent à lui et lessièrent trestuit chaoir à ses piez et li en crièrent tuit merci et il se merveilla moult et lor dit : « Que volet- vos ? » Et ils responent : « Le plus de genz qui vendrent, si s'en sunt allez, por ce que nos eûmes la grâce de ton veisseb mes il en est .1. remés qui a nom Mois; si nos samble qu'il se repant moult durement et dit que jà ne partira de nos ; ainz plore moult tendrement et vos prie que nos te proions qui ait de ceste grâce que Dex nos souffre à avoir, que nos avon en ta compaingnie. »>

Qant Joseph ot ce entendu, si dit : « La grâce n'est mie moi à doner; nostre sires la done à ceus qui li siet et se sunt cil qui la deivênt avoir; et cil n'est mie espoir teux comme il se fait et comme il semble ; il nos vuet engingnier, il engingne soi-meismes. >» Et ils responent : « Donc ne croirez vos jamès nuUui si nos decevoit par tel samblant comme il fait, mes por Deu, lessez-le venir à ceste grâce se vos poëz. » Et Joseph respont : « Se il veut estre, il li couvient estre teux come il se fait et neporqant je en prieroi notre ^eygnor por vos. » Et il responent tuit ensamble : « Grant merci. » Lors vint Joseph tôt sols devant le gral et se choucha à toutes ^ et à genoiz et proia le

* A coudes.

320 LE SAiriT GRAAL.

Sauveur du monde que il, par sa vertu et par sa bonté, il face voire démostrance de Moïs, s'il est teux corne il fait samblant. Lors s'aparut la voiz du saint esperit à Joseph et dit : « Joseph, or est venuz li tens qui tu verras ce que je t ai dit du siège qui est entre toi et Bron ; tu proies por Moïs et tu cuidois et ceux qui t'en ont proie, que il soit teux comme il fait semblant, il atant la grâce que il cuide avoir. Saille avant, si sièce à la grâce et lors verra que il devandra. » Einsi corne la voiz ot comandé à Joseph et Joseph le fist à ceus qui de Mois Ta voient proie. « Et dites à Moys que s'il est teux que il doi avoir la grâce, si comme il fait semblant, nus ne li puest tollir, et se il est autrement que il ne soit teux, qu'il ne vienge yà; quar il n'en puet nulli traïr si bien comme lui-meisme. » Cil alèrent à lui, si li distrent : « Qant Moys Toï, si en fust moult liez et dit : Je ne doi ^ riens solement fors le congié de Joseph, que je n'o soie teux que je ne doie bien entier ^. >» Et il li responent : « Son congié as-tu, fais, lor lais ^. » Lors le prenent entre els, si en font moult grant joie et Tameinent au service. Qant Joseph l'oï, si li dit : « Moys, Moys, ne t'aporchier mie de chose dont tu ne soies dignes : guardes que tu soies teux come tu fais samblant. » Et Moys respont : « Si voire' ment comme je sui bons, me doint Deux durer en ta compaingnie. » • Or va avant, dit Joseph, si tu es teux come tu dis, nos le verron y à bien. » Lors s'asist Joseph, et Bron et chascun en son leu come il durent.

1 Je ne doute rien.

* Que je ne sois tex que je ne doie bien eslre.

' Phrase bien elliptique. Voir le Ms. C.

Qant il furent tuit assis et Mois fust en étant et ot poor et ala entor, ne il ne trove où il s'asièce fors lez Joseph; si s'asiest et qant il fust assis, si fut fonduz maintenant, ne ne sambla que oncques ieust estet. Qant cil qui séoient à la table virent ce, si en furent esmaié, de celui qui si tout fust perdu entr'els. Einsi furent à celé servise toute jor et qant il furent levez, Petrus palla à Joseph et dit : « Sire: or ne fumes nos oncques mais si esguarrez comme or soumes ; nos te proions por toutes ces virtuz que tu croies se il te plest et tu ouses, que tu nos dies que Moys est deveauz. » Joseph respont : « Je sai mie, mes se à celui plet qui tout nos a moustré, nos sauron le sorplus. » Lors vint Joseph tôt sol plorant devant son vessel et si s*agenoille et dit : « Beaux sire Dex! moult sunt bones vos virtuz et sages voz ovres ! Sire ausi vraiement come vos préistes char en la virge Marie, et naquistes et venistes en terre por soffrir touz tormenz teriens, sire, comme vos soffristes mort et einsi vraiement comme vos me sauvastes en la prison où Vaspasiens me vint querre par votre comandement, et me déites que, par tantes foies comme je seroi encombrez, que vos vendriez, à moi : Sire je vos prie et requier que vos, de ceste poine, m'otez de la cuidance et me metez en vraie novele, que il est devenuz en vroi savoir; que je le puisse dire à cez genz à qui vos donnez votre grâce en ma compaingnie. »

Lors s'aparust la voiz du saint esperit à Joseph et dit : « Joseph, or est avenu la sénéfiance que je te dis qant tu fondas ceste table, qant li leus qui lez toi seroit vuit en remembrance de Judas qui son siège pierdi, qant je dis qant il me traïsoit et dis que ses

322 LE SAINT 6RAAL.

leus ne seroit mais rempliz devant le jor du jugement, que tu le ramplirais qant tu reporterois la conoissance de ma mort. Et einsi dis-je que cest lieus ne seroit rampliz jusque li tierz home de ton lignage le rampliroit et ce iert le fiz Bron et d'Aunigeus donc issir doit cil qui de son fiz istra, ramplira ce leu et .1. autre qui en leu de cestui sera fondez. Cil de qui tu demandes qui si asist, que tu ne ses qu*il est devenuz, je le te dirai. Qant il remest des autres qui s'en alèrent, ne fist-il si por toi non engignier qu'il ne creoet pas que cil qui estoient en ta compaingnie eussent la grâce comme il avoient, ne ne remest que por eugignier ta compaingnie et bien saches que il est fondus en abisme, ne jà de lui n iert plus parole tenue devant ce que cil qui Tamplira, le truist ; et là où il le trovera, si s'en rapantira des déliz terriens et de cestui ne doit estre plus loncement pallé, que il vivra encor sanz puissance ; et cil qui recreront ma compaignie et la toi, si le clameront : conteor; mais einsi le conte, et leretrai as desciples ; et pense que tu as conquis et gaaigniez vers moy . » (Ci palle li conte cornent la voiz du saint esperit palla à Joseph et li dit la mauvesté du Moys.) ( En rouge.)

Eynsi palla la voiz du saint esperit à Joseph et enseigna la mauvestié de Moys. Et Joseph la reconté à Bron et àPetrus et as autres desciples et quant il ot oï et antandu, si dient : « Moult est forte la justice de seygnor Jhésu-Crist et moult est foux qui, por ceste chaitive vie, la porchace. » Einsi furent, grant tens, en celé grâce.

Et Bron et Anygeus orent .XII. fiz qui furent beaux bacheliers et moult grant et il en furent

LE SAINT âRAAL. 323

encombré et tant que Anygens palla à Bron son seygnor, si li dit : « Sire vos déussez demander à Joseph mon frère que nos ferons de noz enfanz, quar nos ne devons nulle rien faire si par lui non est, et par sa volente. » Et Bron respont einsi : « Comme vos le m'avez dit aussi le loye ^ et le ferai volentiers. » Lors vint Bron à Joseph, si li dit : « Sire, je vienc à vous et si voil bien que vos sachiez que moi et votre seror avons .XII. fiz moult bien beaux et moult grant, si n'i volons mestre nulle autre conseil se par le conseil Deu non et par le vostre. » Et Joseph respont : « Dex les atort ^ à sa compaingnie et je Ten proierai moult volentiers. » Lors lessèrent ester jusqu'à lendemain que Joseph vint devant son vessel moult privéement, si li souvmt de ses nevoz et proia tant notre seygnor en plorant, se il le plesoit, que il le féist aucune démonstrance quel conseil il porrost mestre et ses nevouz. Qant Joseph so'oroison ^ finie, si se parust uns anges et li dit : « Joseph, Jhésu-Crist m'envoie à toi por ceste prioère que tu li as requise et veut que tes neveuz soient atorn;^ à ta compaingnie et que il soient desciple et que il aient mestre sor aux, et qu'il gaaignent le terrien mestier et qu'il aient famés qui avoir les voudra et cil ne voudront nulle avoir*, si seront mariez', si commande au père et à la mère que celui t'ameinent que ne voudra famé

* Le loue.

• a Atort » de « atorner. »

' Ot s'oraisoa finie.

^ Lacune : « si seront deciple à son service faire. » Ms. C, ^ L'autre partie en seront mariez*

324 LE SAINT FRAAL.

avoir et qant il sera venuz à toi, si veen après devant ton vessel et lors orras la parole Jhésu-Grist qui pallera à toi et à lui ensemble. »

Qant li anges ot pallé à Joseph, remest moult liez et moult joianz del bien qu^il ot oï que si neveu auroient, si s'en revint à Bron et li dit : « Bron ! Tu m'as demandé conseil de mes neveuz et de tes fiz, je voil que les atomes au leu terrien et à la loi de maintenir et voil qu'il aient famés et enfanz, si come autre gentdevent avoir; et s'il en jà null qui famé ne voil avoir, si le m'araeine. » Et Bron respont : « Sire au plésir Deu et au commendement de Deu et à votre soit-il. » Lors vint Bron à sa fame^ si li conta ce que Joseph li avoit dit. Qant la mer Tôt oï, si en fust moult liée et dit à son seignor : « Sire, hastez-vos de ce faire, que mes frères vous comande au plus tôt que vos porrez. » Lors palla Bron à ses fiz et lor dit : «* Beaux fiz, quel gent volez estre ? » Et il responentli plus d'aus : « Teux come vous voudrez. » Je voil dit Bron que tuit cil qui famés voudront avoir, qui les aient et qui les tiegnent bien et loiement ausi come j'ai tenue votre mère ; >» et qant cil Toïrent si en furent, moult liéez et dlstrent : « Sire I nos ferons votre comendement sanz trépasser. » Lors porchaça Bron et loing et près que il eussent famés au comendement de saint église. Li dozesme de ses fiz ot non Alain le Gros; cist ne vot famé prandre et dit qui le devroit vi^ escorchier, ne prandroit-il nulle de ces famés. Qant H pères l'oï, si s'en merveilla moult et li dit : « Beaux fiz ! por quoi ne prenez vos famé, si comme noz frères? » Et il dit : « Sire ! je ne puis avoir nul talant ne jà nulle de ces famés n'aurai. » Einsi maria Bron ses

enfanz les .XI. ; et le dozesme remena arrières à Joseph et dit : « Sire, vez-ci vostre neveuz qui, por moi ne por sa mère, ne veut famé prandre ; » et lors dit Joseph et rist à Bron : « Cestui m'adorrez-vos ^ entre vos et ma seror ?» et il respont : « Voire, sire, moult volentiers si Totroie, » et qant Joseph oï que li fust donez, si en fust moult liez. Lors prist Joseph 2 son neveu entre sesbraz, si le baisse et acole et dit au père et à la mère : « Alez-vos-en, quar il me remaindra. » Lors s'en ala Bron et sa famé et li enfanz remest aveuc Joseph, et il li dit : « Beaux chière niés, grant joie devez avoir, quar nostre sires vos a esleu à son servise faire, et à son non essaucier; beaux douz niés, fet Joseph, vos serez chevetaignes et^ voz frères; or ne vos movez de delez moi et si oïez la virtu que Jhésu- Crist notre sauveor, se li plest qu'il parot à moi ; » lors proia Joseph notre seignor que si, li plesoit, que il li féist une démostrance de la vie de son neveu.

Qant ot s*oroison finie, si attandi la voiz qui li dit : « Joseph ! te niés est simples et chastes et bons et il te croira de toutes les choses que tu li enseigneras. Et li di et conte Tamor que je oi en toi et que je ai encor et por quoi je veing en terre, coumant je te fui donez et comant tu me méis en ta pierre, et comant tu me lavas et comant tu eus mon vessel, et comant tu eus le sanc de mon cors, et comant tu en fus mis à mort, et comant je te confortei, et comant je te secoru, et quel don je te donai et à ceus

1 Gestui me donrez-vos.

• Alain.

> De toz.

qui de ton lignage isteront, et à ceux qui sauroient raconter et qui aprandre le porroient et dire l'amor et la vie que je ai en toi : et saches bien et sois remembranz et di à ton neveu que je t'ai doné acompleissement de cuer donc me * en ta compaignie et à touz ceus qui l'auront ^ raconter bien perfectement noz paroles et doner grâce et plésance au siècle de ceus qui bons seront ^ et guarderez lor droiz héritages que il n'en porront estre fors jugeez à tort et lor guarderez * lor cors de vergoigne et lor droites choses dont sacremenz soit fait en mon non. Et qant li auras tôt ce mostré et enseignié, si li mostre du vessel et li di que li sanc qui dedanz est, est de moy et ce sera afermement de sa créance ; et mostré et enseigné comant li anemis engine ceus qui^* moy se tienent et que il meismes se guart de Tanemi, qui ne soit jà en si grant ire, ne enorbetés que il ne voie cler; et li di qu'il teingue entor soi la chose qui plus Testera de maveisse pensé et d'ire, et qu'il n'ait riens chière encontre ses choses et que se il guait que la joie de la char ne l'enguist et que la joie n'est preuz qui tome à duel. Et qant tu li auras toutes ces choses dites et montrées, si li comande et prie que il le retraie à touz ceus que il amera et que il cuidera à prodes homes et par tout là où il

* D'omme en ta compagnie.

* Qui pourront.

3 Et cil qui de boen cuer l'orront, mieux en garderont lor droiz.

* Et mieux en garderont leur cors...

8 On a ajouté o entre les deux mots « qui moy » (qui o moy se tiennent).

LE SAINT CRAAL. 327

ira, parout de moi et de mes ovres et qant il plus en pallera et plus li enbelira, etli di que de lui doit issir .1. heir maies à qui mes vesseaux doit repérier et commade les guardes de ses frères et de ses serors en loi, Ql; qui s'en aut en occident et es plus loigtaines parties que il trovera et en touz les leus où il vendra, essauce mon non et die à son père que li doint sa grâce ; derreinement fait la voiz qant vos serez tuit ensemble, si verrez une clarté venir entre vos et aportera .1. brief. Cel brief que il aportera, si baille à Petrus et li comanderas que il s'en aut en iceles parties que il cuidera que mieudres li seront et je ne le oblierai mie et qant tu li auras comandé que il te dira que il s'en ira es vaux d*Avaron, et iceles terres cruerent toutes vers occident ; et lors li commadera la voiz là où il s'arrestera et que il attande le fiz Alein. Ne il ne porra aler de vie à mort devant qu'il ait celui qui le brief lirra et enseignera et dira la force et vertuz de ton vessel et cil qui vaudra li dira novelles de Moi * et qant il aura iceles choses oies et veues, si trespassera et vaudra en gloire.

« Qant tu li auras ce dit et il à toi, si envoie tes neveuz et lor die toutes ces paroles. » Et tôt cest enseignement oï Alain, et si en fust moult convertiz et plain de la grâce du saint esperit. Et qant Joseph ot oï et entendu ce que la voiz li ot dit, si parole à son neveu ; si li reconte toutes iceles paroles que il sunt dès qu'il fust véez de Jhésu-Crist : qant il ot raoustré et enseignié, si li dit : « Biaux douz niés, moult devez bien estre bons qant nostre sires vous a tant doné de sa grâce. »

> Nouvelles de Moyse.

Lors l'amena Joseph arrières à son père et li dit : « Bron ! cist sera guarde en terre de ses frères et convient qu'il le creioient et qu'il se conseillent à lui de toutes les choses dont il seront en doutance et * il le croient, quar bien lor vendra ; et si li donez, volant aux, vostre grâce ; si Ten croiront et amerront plus, et il gouvernera moult bien tant corne il le voudront croire. >»

L'andemain, vindrent tuit au servise et la clarté lor aparut et lor aporta le brief et qant ils le virent tuit ensamble et sor la table, si le levèrent et Joseph li prist et apela Petrus et li dit : « Beaux amis chières, Jhésu-Crist nostre pères qui nos raainst de peines d'anfer vous a eslit à son message faire et aporter cest brief là ou vous voudrez. » Qant Petrus Toï si dit : « Je ne cuidoi mie estre teux que il méist son message sor moi sanz comandement. » Et Joseph dit : « Meuz vous cognoist-il que vos meismes ne vos cognoisiez; mes tant vos prion-nos, par amor et par compaignie, que vos dites que par votre courage est à aler. « Et il respont: « Je le sai moult bien, oncques message ne véistes plustout eschargié que cestui; je m'en irai, fait-il, es-vaux d'Avaron, en .1. fontain^ leu, vers occident; illeuc attandrai la merci de monsauveour: je vos pri à touz que vos priez votre seygnor que il ne me doint ne force ne poer ne volente d'aler ne de faire ne de dire chose qui soit contre sa volenté, ne que anemis ne me puisse engigner, par quoi je perde la soe amor. >> A donc responent tuit si compai-

1 Que.

• Lontain. Soutain.

LE SAIMT GRAAL. 329

gnon : « Si voirement comme il faire le péust, t'en guart-il, Petrus. » Lors alèrent tuit ensemble chiés Bron et pallèrent à ses enfanz. SI les apele Bron et dit : « Vos estes tuit mes fiz et mes filles en loi, en vous sanz obédience ne poeiz avoir la joie de paradis et por ce, voil que vos obéissez tuit à Tun de vos et tant come je puis doner de bien et de grâce doins-je à mon fiz Alain et li pri etcomant qu'il vos ait touz en guarde après Deu et vos comant que vos li oboissez si come vos devez faire à votre seygnor et que vos de toutes les choses dont vos serez encombrez, vos conseilliez à lui et li vous endrecera, et si guardez que jà nulle chose ne prenez sor son comandement. »

YNSi se despartent li enfanz de chiés lor père

et orent grée que il le croioirent de toutes

choses ; et einsi les amaine Aleins en estranges

terres et par toutes les terres où Helains venoit,

et à tout les prodes homes et les prodes famés que il

trovoit, palloit et retraiot la mort Jhésu-Crist en son

nom. Einsi ot Alains bone grâce de Deu come nus

(pTfXjhome puest avoir graignor. Cil s'en sunt aie et parti,

) mes d'els ne voil, plus palier, tant que li droiz contes

me ramaint à eles.

Qant cil s'en furent aléez, Petrus apela Joseph et tôt ses autres compaignons et lor dit : « Seignors, il convient que je m'en aille au comandement Jhésu-Crist. » Lors vindrent tuit en .1. courage et proient Petrus que il remaingne ; et il respont : « Je n'ai talent de demorer et por l'amor de vos remaindrai huimès et demain jusqu'à près le servise. » Einsi remest Petrus et nostre sires qui avoit

tout esguardé cornant il devoit estre, si envoia son message à Joseph et dit à Joseph : « Ne te esmaier mie, il covient que tu faces la volonté Jhésu-Grist et retraie Taraor de toi et de lui ; et Petrus s'en redoit aler. Et sez-tu porquoi le talent vos vint à touz ensemble que vos le reteinssiez hui, notre sire le voloit einsi que il puisse dire vérité à celui por quoi il s'en vait, qant il verra de ton vessel et des autres choses qui ont comencent * que les fins aient. Nostre sires set bien que Bron est moult prodome en lui, quar il veut que il soit guarde de cest veessel après toi et que li dies et apran comant il se devra contenir et toutes les amors de toi et de Jhésu-Crist et comant tu Pâmas et il ama toi et touz esremenz que sez de lui, dès que tu nasqui, si que tu Fafermes bien en droit créance et li conte comant il t'aporta cel vessel et les paroles que il palla à toi en la chartre; ce sunt iceles saintes paroles que Ten tient au sacre du Graal. Li conte a dit comment Joseph a raconté à Petrus de la mort de Jhésu-Crist. Après il dira comment il baillera à Bron son vessel et la comandera à guarder. (En rouge.)

« Qant tu auras ce apris et mostré à Bron, si comande le vessel et le guarde etilleuc en avant sera la 2 prison sor lui j et tuit cil qui orront de lui palier le clameront le riche péchéor por le poisson que il pécha. Einsi le covient estre, que ausint comme li monde vait et va en avalant covient-il que toute ceste gent se retraie en occident. Sitôt come li riches

1 Commencement.

• La mesprison. (Ms. C.)

péchéors sera saési du vessel et de la grâce, si covandra que il attande le fiz de son fiz et que il iceste grâce, icest vessel que tu li comanderas, que icelui le rende et le recomant. Et qant il sera tens, que il le (te) devra avoir, et lors sera acomplie entre vous la sénéfiance de la trinité qui est par .111. persones. Lors sera du tierz au plésir Jhésu-Crist qu'il est sires de toutes choses. Qant tu li auras cel vessel bailliez et rendu et comandé la grâce en tu en seras désaésiz, lors s'en ira Petrus et porra dire voirement que il en aura veu saési le riche péchéor et ce est la chose por qoi il remaint jusqu'au Tandemain. Et qant Petrus aura ce veu, si s'en ira et li riches péchéors sera saésiz du vessel. Si s'en ira par mer et par terre o tôt son vessel, et cil qui toutes bones choses (a) en guarde le guardera. Et tu Joseph, quant tu auras tôt ce fait, si prandras fin du siècle terrien et vaudras en joie pardurable et tu, ta ligniée de tes heirs et la ligniée qui de ta seror istra et est issue sera touzjorzmais essauciée et tuit cil qui auront pallé à aux en seront plus amez et chier tenuz. » Einsi le fist Joseph, comme la voiz du saint-esperit li ot comandé. L'andemain rasamblèrent tuit au servise et Joseph retrait à Petrus et à Bron ce que la voiz du saintesperit li ot coumandé, touz, fors les paroles que Jhésu- Crist li avoit aprises en la chartre ; et iceles paroles aprist-il au riche péchéor en tele manière qu'il les avoit escrites, si li mostra l'escrit privéement.

Qant tuit li autre orent oï et attendu que Joseph departiroit de lor compaignie, si en furent riioult esmaié et Petrus qant il oï que Joseph s'en fust désaisiz et il en ot véu saési le riche péchéor, si prist

coagié. Qant il furent levez si s'en ala sanz aux, congié prandre : si ot ploré et souspiré maintes termes par grant humilité et fait croisons et proières por Petrus, que Dex les menast en tel leu qu*il fust à son plésir et à sa volenté. Joseph remest ansamble ou le riche péchéor et fust en sa compaignie .III. jors. Lors dit Bron à Joseph : « Sire .1. grant talent me vient que je m'en aille, plest-vousil que je m'en aille? »» et Joseph respont : « Il me plait bien qant que plait à notre seygnor ; tu ses bien que tu enportes et en quel compaignie tu vas, ne nul des autres ne set si apertement comme je et tu le savois, tu t'en iras qant tu voudras, et m'en irai el comendement de mon sauveor. »

Eynsi se despartirent Joseph et Bron ; et Joseph s'en ala en la terre et el païs où il fust nez et ampris la terre. Dit ore que qui bien voudra savoir ceste conte, il li couvendra à conter où Alain le fiz Bron devint et où il est alez et où il sera trovez et quele vie il mena et quex heirs istra de lui et si covendra à celui qui cest conte voudra savoir la vie Perron et où il est alez et où il sera trovez ; et si covandra que il sache que Moys et devenuz et qu'il le puisse trover par raison des paroles et qu'il sache où li riche péchéor s'en va et qu'il sache mener celui qui aler doit par raison. Toutes ces .IIII. parties, je resamblerai aprises d'une sole partie et traites, ce est Des^ le puissanz de toutes choses. Et covendra à conter de la ceine meismes ^ et ces .IIII. lessier tant que je

1 Ce aïst Dex.

* De la ciaquiôme.

reveingne à ces paroles et à cestes hoière ^ chascune par soi; et si ge lessoie à tant, nus ne sauroit que toutes ces choses seroient devenues, ne por quel sénéfiance je les auroie départies. Ci paroles H contes œment déables furent corrodez por ce que Jhésu-Crist remist ses amis poines d'enfer, (En rouge.) Mult fust corrociez anemis

* Hystoire.

SUIT LE MERLIN

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