DE L'ORIGINE DU ROMAN
lEN des recherches infructueuses ont été faites jusqu'ici, pour arriver à connaître Fauteur ou les auteurs de ces célèbres romans de la Table ronde qui ont exercé une si grande influence sur le goût littéraire en Europe pendant les xii«, xiii« et xiv« siècles. "^ On a ignoré jusqu'à ce jour, le nom de la province qui a vu naître Robert de Borron, que les gloses des auteurs ou des transcripteurs des romans de Tristan, de Lancelot, du Saint Graal et de Guiron le Courtois déclarent unanimement être Fauteur d'une partie notable de ces romans.
Notre cher maître, M. Paulin Paris, celui de tous qui a jeté le plus de lumières sur la question d'origine du roman du Saint Graal, a pensé que Robert de Borron était un chevalier lorrain originaire du village de Boron, situé près de Délie (ex Haut-Rhin).
Ce point de vxie avait quelque chose de séduisant, parce que Montbéliard est situé tout près de Boron, et que le manuscrit de Merlin, de Cangé, dont nous parlerons bientôt, dit positivement que Robert de Borron était au service de Gautier de Montbéliard lorsqu'il rédigea ce roman. Il était donc assez naturel de penser que Robert était issu de cette petite localité de Boron et qu'il s'était ainsi trouvé à portée d'entrer dans l'illustre maison de Montbéliard dont un des membres, du nom de Gautier, avait sans doute un goût naturel pour les récits d'aventures. Gautier, qui n'était que frère puîné de Richard, ne devint pas comte de Montbéliard, mais recueillit la terre de Montfaucon dans la succession de son père Amédée, décédé en 1183,
Richard détint le comté de Montbéliard jusqu'en Tannée 1237, époque où il mourut dans un âge avancé.
Gautier se croisa en 1199-1201, et passa en Chypre en 1205; il devint connétable du roi de Jérusalem, ainsi que le prouve une lettre d'Innocent in S et régent de l'île de Chypre pendant la minorité du jeune Hugues, enfin il mourut vers 1212, sans avoir revu la France.
Robert de Borron dut exercer près de Gautier de Montbéliard les fonctions littéraires de secrétaire ou de trouvère, utilisant ainsi les dernières années d'une existence qui n'avait pas été sans grandeur, comme nous le verrons plus loin.
^ Epist. 104 et 134, lib. xiv, dans lesquelles le saint Père appelle Gautier Dilectus filius nobilis vir GcUtherius Montisbe- Hardi regni Jerosolimilani connestablus.
Mais cette phase littéraire de sa vie fut limitée sans douteauxannées de jeunesse de Gautier, c'est-àdire à une partie de là période comprise entre 1170 et 1199. C'est précisément l'époque que Ton est conduit à assigner à la composition des romans du Saint Graal et de Merlin, les derniers en date. M. Paulin Paris a exposé avec beaucoup de tact que les romans en prose durent précéder les romans en vers de Perceval et de la Charette qu'ils ont inspirés et qui font mention des premiers \
* Chrestiea..de Troyes nia pas seulement suivi la version française du Saint Graal telle que nous la donnent nos manuscrits en prose et la version en vers, il a connu le Grand Saint Graal de Gautier Map et en a fait des extraits qu'il a mis en vers ; témoin * le passage suivant après la lecture duquel l'antériorité du roman de Gautier Map au Perceval de Chrestien, ne saurait être douteuse.
Amis, dit-il, jel vous dirai,
Puis k'en covenant le vous ai ;
Saciés Josep Taporta chi (le saint Graal)
Quant de la prison s'en parti
Dont Vaspasiens le giéta
Quant en Judée s'en ala
Por vengier Jhésu de l'anui
Que li eurent fait li Guï »
Lors li conte, ne li menti,
-Cornent fors de la vile issi ;
11 et Vaspasiens errèrent,
Dedans Jhérusalem alèrent,
Et cornent il fist assembler
Tous ses parons et amasser
Et cornent il lor sermouna
Et la créance lor monstre,
3â LE SAINT GRÀAL.
Ces romans du Saint Graal et de Merlin étaient fort rares à la fin du xii« siècle ou au commencement du XIII* siècle ; les plus anciens manuscrits que nous possédions sont du milieu de ce dernier siècle.
Hélinand avait dit, en 1205 : « Hanc historiam latine scriptam invenire non potui; sed tantum gallice scripta habetur a quibusdam proceribus. »
Chrestien de Troyes, lorsqu'il commença son Percevais reçut du comte de Flandre le manuscrit de la quête du Saint Graal :
Cou est 11 contes dou Graal Dont 11 quens 11 bailla le livre.
Cette vogue, parmi les barons français, de la litté-
Et cornent il se batisiôrent .XL. ciunc qui s'en alôreot En sa compagne, poure et nu, Par le plaisir au roi Jhésu ; Cornent fors de la vile ala Et le saint Graal aporta ; Et cil ki se crestienèrent Avoec lui, trestot s'en alèrent Et tant tinrent-il le chemin Que il trovèrent en la fin, Une chité moult bien fondée, Qui Sarrace estoit apiélée.
Lors 11 conte, sans rien desdire, Cornent entrèrent en la vile Goment au temple del solel
Trovèrent le roi qui consel
Et del roi que il li conta Et coment il Ten fist aler Et en la batalle porter
rature du cycle du Graal^ tout empreinte cependant des traditions anglaises, explique suffisamment la passion du jeune Gautier de Montbéliard pour le Saint Graal et le Merlin, surtout si Ton considère que pour lui cette littérature exotique devenait en quelque sorte nationale par suite du culte rendu dans les Vosges aux reliques de Joseph d'Arimathie.
Ce double courant justifie et motive suffisamment les instances qu'il dut faire pour attirer à Montbéliard Robert de Borron, dépositaire, dès ce moment, des pensées et collaborateur des écrits de Gautier Map, dont la réputation était, dès la fin du xii« siècle, européenne.
L'escu à la vermelle crois ; Et puis 11 a conté li rois Tout çou qu'en la batalle avint, Et coument Evelac revint Quant il ot tout le monde vaincu Par la crois qu'il vit en l'escu ; Et coument il se baptisa Et de son nom c'en li^canga Li contoit li rois bonnement :
tt II ot à nom premièrement Evelac et puis ot à nom Li rois Kodrans en son droit nom. »
Li rois .L sien serourge avoit Qui de moult grant proaice estoit ; Salafrès estoit apiélés.
Quant fu baptisiés et levés Si le clamèrent Naiiien.
Etc., etc., etc., vers 35031 du Perceval le Gallois, pub. par M. Potvin.
Car nous . pouvons le dire en ce moment, Robert de Borron n'était pas issu du conaté de Montbéliard; sa patrie était bien loin de là, au cœur de la France, et dans cette partie du royaume où les barons français-anglais avaijBnt accès, dans le Gàtinais.
L'hypothèse de M. Paulin Paris, toute séduisante qu'elle fût, présentait cette difficulté que d'abord la localité du Haut-Rhin se nomme Boron et jamais Borron, ni Bourron, ni Burron et encore moins Berron, quatre formes sous lesquelles Robert est désigné dans les diverses copies des romans de Tristan, LanceloU du Saint Graal, de Merlin et des autres romans de la Table ronde.
Quant à cette autre localité du nom de Buron, située sur le territoire de Villars-le-Terroir, au district d'Eschallens (canton de Vaud), il n'y faut pas penser; son nom est Buron ou Buiron et ce n'était qu'un domaine rural.
De plus il est constant, d'après des recherches faites par notre savant et obligeant confrère, M. Gastan,à qui nous adressons nos sincères remercîments, que jamais il n'a existé de chevaliers du nom de Boron, de Buron ou de Buiron en Alsace ou en Lorraine, et que ces localités n'ont jamais été possédées en fief par des familles de ce nom.
Il y aurait donc là, dès l'abord, une difficulté grave.
En second lieu, il existe, soit dans les manuscrits de Tristan, de Lancelot, et du Saint Graal, soit dans ceux de Guiron le Courtois, des indices de provenance ou d'origine qui ne recevaient aucune satisfaction de l'hypothèse du Boron d'Alsace : par exemple, comment expliquer cette assertion d'Hélie
de Borroa qui acheva le Tristan^ après Luces de Gast. « Et je, qui sui appelez Helyes de Berron qui fui engendrez dou sanc des gentix paladins des Barres qui, de tous tens ont été coitimendeour et soiagnor d'Outrés en Roménie.qui ores est appelée France. » y
Voici donc les Borron alliés dès 1150 ou 1160 aux célèbres sires des Barres, dont ils formaient peut-être une branche collatérale éloignée ou même bâtarde.
Mais pour cela, il fallait que les deux fiefs ne fussent pas éloignés Pun de Tautre. Gomment admettre que les des Barres, dont le fief principal était à Oissèry et le berceau à Chaumont, près de Sens, aient été les ancêtres des Boron près du Sundgaw allemand, en supposant, ce qui n'est pas, qu'il ait existé des chevaliers alsaciens ou lorrains du nom de Boron ?
Ajoutons que ce que dit Hélie de Borron est applicable à Robert, car quelques lignes plus haut on trouve « et ciz (les livres) de Monsoingnour Robert de Berron qui est mes amis et mes paranz charnex '. *
* Nous donnons ci-après cç remarquable épilogue du manuscrit de Tristan^ no 104 nouveau et 6776 * ancien de la Bibliothèque nationale, qui n'a jamais été reproduit complètement et sans faute : on le 'trouve au folio 344 de ce manuscrit.
« Assez -me sui travailliez de cestui livre mettre à lin et assez j'ai entendu et longue euvre ai achivée la Deu merci qui lou sens et lou povoir m'en prestai. Biaus dis et plaisans et délitaubles i mis partout à mon povoir, por les gentix hommes soulacier et desduire ; et por les biaux dis qui i sont, li rois qui est .ores sires de cestuî pais, en fu moult liés quant li
Ainsi il faut nécessairement chercher ailleurs que dans l'extrême est de la France le berceau des Borron et le chercher dans les environs d'Oissery et de Chaumont. Or le Borron dont nous allons parler est situé entre ces deux points.
Il est un autre indice qui vient singulièrement fortifier le dire d'Hélie de Borron, c'est ce passage si remarquable du Grand Saint Graal dans
livres fu fais ; il ai bien vehu et lehu l'ordeneinent dou livre de chief an chief et porce que il 11 est bien avis que il ai plus trové de Jalin ou livre, que tuil li translateour de cestui livre n'ont retrait an langue françoise, pour ce, m'a-t-il requis par soi et par autres et par sa bouche, et meisment porce qu'il ai trouvé que asses choses faillent en cestui livre qui bien i seroient convenaubles à mètre, ne mètre ne s'i porroient mie désormais, que je autrefois me travaillasse de faire un autre livre, où toute la moitié fut contenue qui en cestui livre faut. Et je, qui sa prière et son commendement n'oseroie mie trespasser, li promet bien, an la lin de cestui mien livre, comme à mon soingnour droiturier, que tout meinlenant que la grant froidure de cestui yver serai trespassée et nous serons en la douce saison que Ton apele le tens Je ver, je qui adonc me sarai repensez après le grand travail que j'ai ehu de cestui livre, autour cui ai demoré, au mien esciant, cinc ans tous entiers et plus, si comme je croi, si que j'en ai laissié toutes les hautes chevaleries dou monde et tous les autres grans desduis, me retournerai adonc sor le grant livre dou latin et selonc les autres qui estrait sont en la gentil Lingue françoise, et si porverrai adonc de chief en chief et de ce que je verrai que il faudrai,jeloa voudrai amender. Et selonc ce que je trouverai ou grant livre dou latin, ferai-je un autre grant livre tout entier ou quel je crois bien accomplir, par lagrâce dou tSaint-Esperit, sanz liqucle grâce nule chose n'est estauble.
lequel Josèphe rappelle à Evalac qu'il est fils d'un savetier de Meaux.
Certes il faut voir là une fantaisie d'auteur en quête d'une signature originale ou un souvenir indirect donné à la mère patrie dans une œuvre d'origine étrangère.
Robert de Borron, chevalier du Gâtinais français, allié aux des Barres d'Oissery, près de Meaux, a cru peut-être imprimer, par ce moyen, à son œuvre un cachet indélébile de provenance, en faisant naître son héros Evalac à Meaux, près du fief principal de sa famille. On peut aussi supposer que Gauthier Map,
toutes les choses que messires Luces de Gant qui premièrement fut commencierres et ordenneres de translater de latin en françois les grans livres de la tauble roonde ; et meismement je croi bien touchier sor les livres que maistres Gantiers Maup fisl, qui fit lou propre livre de monsoingnour Lancelot dou Lac ; et des autres granz livres que messires Robert de Berron fit, voudrai-je prendre aucune flor de la matière, et dou grand livre dou latin, voudrai-je prendre lou soutill entendement et de toutes ces flors fer ai -je une corone à mon grant livre. En tel menière que li livres de mon soingnor Luces de Gant et de maistre Gautier Maapp et ciz de mon soingnour Robert de Berron qui est mes amis et mes paranz charnex s'acourderont au miens livres et li miens s'acorderont an meintes choses as lour. Et je qui sui appelez Helyes de Berron, qui fui engendrez dou sanc des gentix paladins des Barres qui de tous tens ont été commendeour et soingnor d'Outrés en Roménie qui ores est appelée France, tout ce que je n'ai mené à fin je voudrai mener à celé, autre fois, se Dex de cui tout li bien viennent me donne tant de vie que je le puisse faire à ma volonté,
voulant rendre hommage à Robert de Borron, dont il eut sans doute la collaboration personnelle ou seulement le manuscrit, donna en passant un souvenir fantastique à ces pays de Meaux ou de Sens, berceaux des des Barres et des Borron.
Il est à remarquer, du reste, que la personnalité, apocryphe assurément, de Se vin, comte de Meaux, dont l'histoire ne dit pas un mot, reçoit, dans sa forme extérieure, une sorte de sanction locale, de la diffusion de ce même nom de Sévin dans le diocèse de Sens.
En la fin de cestui livre merci-je tant comme je puis mon soinfi^our le roi cui bons je sui liges, de ce que loe et donne pris meintenant à cestui mien livre et de ce que il a pieu à la soe sovereine majesté d'ouïr et de réciter le grand ordenement des translatemens de mes livres ; quar se Dex ne m'en eust doner grâce, je ne fuisse mie dignes ne ne sui, que je de si grant emprise m'osasse entremettre comme de translater de latin en françois si haut et si mervellieuse hestoire comme fut celle de la grant tauble roonde. Et pour ce que j'empris si grant hardement sour moi, veuil-je prier à touz les gentix homes qui cest mien livre feront devant aus lire ne conter, que ne, se aucune chose y ait à amender par la grant mesprésure de moi, que il le me pardonent par lor grant gentillesce.
Au définement cestui mien livre... rent-je grâces et merci à nostre soingnor Jhésu-Grist lou créateur dou ciel et de la terre, de ce que il m'a donné sens et entendement et force et povoir de fenir si honoraublement et si ordenéenient que à chascun gentil home qui si ententivement l'escoutent lire, cestui livre, que j'ai fine, plaist et plairai tant comme li mondes durrai ; liquex est apelez li livres dou Bret.
Explicit li livres dou Bret. Amen. »
LE SAINT GftAAL. 39
Ainsi, en compulsant, aux Archives nationales, le carton K. N* 190, nous avons été frappé de la fréquence de ce nom de Sévin dans une liste des hommes et des femmes du bourg de Saint-Pierre-le- Vif, de Malai et de Sallgny, sur lesquels le roi Philippe-Auguste reconnaît n*avoir aucun droit. On y lit : « In nomine sancte et individue Trinitatis. Amen.Philippus Dei gratia Francorum Rex noverint. . .
quod nullus hominum ac mulierum de Burgo
Sancti-Petri et de Malleio et de Saligni eorum quidem quorum nomina subsequuntur, homo noster sit aut femina de corpore : J.... Constantius Vicecomes cum uxore, Johannes Teloes cum uxore, neptis ejus Martinus Teloes cum uxore... Sevinus Mucerben cum uxore, Constantius Mucerben cum uxore, Sevinits Chancronellus cum uxore, Henricus Chancronellus cum uxore, . . . Sevinus Cauda cum uxore. . . Smniw Scala cum heredibus. . .
« Actum Senone, anno incarnati Verbi M" C* nonagesimo tertio, regni nostri anno quarto decimo. »
(Cette pièce est aussi mentionnée dans les Actes de Philippe- Auguste, de M. Delisle, p. 93, n^ 388.)
Plus tard le même dénombrement ayant eu lieu sous saint Louis, le prénom de Sévin ne se rencontre plus; les noms suivent, comme le reste, le courant de la mode du temps.
C'est encore là un indice d'origine qui a sa valeur et que nous ne devions pas laisser ignoré.
Yoici le passage du Saint Graal qui contient la mention de la ville de Meaux et du comte Sévin. C'est Josèphe qui parle à Evalac :
« Tu fus nés, si comme li sains esperis m'a démons-
tré en une moult anchienne cité de France qui est
appelée Max et si fux fîx à un povre houme afaiteour
de vies saullers, issi comme tu mdsmes le ses de voir.
Qant Augustus César eut tenue Tempire de Roume
vingt- sept ans, si sourdi une parole que il naistroit
uns hom qui tout le monde ràetroit desous lui et il
dist voir; car Jhesu Cris le diex des dix et li roys des
roys fu nés en cet an, et qant Augustus César oï la
parole, si comme le sage chevaliers l'avaient espondue
et si ne savoient à dire qui chou seroit, si douta que les
tières qui estoient de sous la segnourie de Roume se
vausissent descorder et gieter de Tempire de Roume,
(si manda) que cascune tieste d'oume et de feme
rendist un denier de counissanche que il étoient songit
à Tempire de Roume et pour che que Franche estoit
plus de fière gent que les autres tiéres^ si manda que
on li envoiast de toute la tière cent cevaliers en treu
et cent pucèles toutes filles de chevaliers et cent petis
enfans tous malles, qui fuissent en Tâge de V ans ut
de mains. Qant li commandemens vint en Franche,
si eslurent de cascune chitet selonc chou que il estoit ;
et chele élection fut faite par sort. Si avint cose que
de la Ghités de Miax y alèrent deux pucelles qui
estoient aus deux filles au comte Sevain. Ichil
Sevains estoit quens de Miaus et des contrées environs.
Et dès que le sors cai sor eles, si convint que il fust
tenut ] et sour toi si cai li sors, qui estoies de priés
de cinq ans d'aage et ces deux pucelles te menèrent
avoec eles et si te tenoient moult cher. »
( Manuscrit du Mans. )
On remarquera avec la mention de Sevin, comte de Meaux, cette expression bien étonnante si elle émane
d'an Anglais, mais bien naturelle si elle éclate dans la bouche d'un trouvère français : Et pour che que Franche estait plus de fière gent que les autres terres. Comment refuser de faire honneur de ce passage à notre Robert de Borro n ?
M. Paulin Paris en avait déjà été frappé, mais il avait conclu d'une manière générale seulement à Torigine française du roman du Samt Graal. « D'ailleurs, — dit-il en note à la page 191 du tomel®"^ des romans de la Table ronde^ — le choix de la ville de Meaux et les éloges donnésàla France n'offrent-ils pas une présomption en faveur de l'origine française de Fauteur ? » Il nous est permis aujourd'hui depénétrerplusavantet nousallons essayer de prouver ce que nous venons d'avancer, que Robert de Borron était un tro.uvèi'e du Gâtinais français, de la famille, déjà nombreuse dans la seconde moitié du xip siècle, des sires de Borron, dont le nom est devenu populaire au xiip et au xiv«.
Borron qui se nomme aujourd'hui Bouron, est une commune située à l'extrémité méridionale de la forêt de Fontainebleau ; c'était, du xii® au xiv« siècle, un fief habité par une famille de chevaliers, d'écuyers et de sergents royaux en rapport de service et d'intérêts avec les rois de France. Il ne faudrait pas assimiler les Borron aux des Barres dont ils se disaient issus : le rang n'était pas du tout le même. Ces derniers occupaient les plus grandes charges à la cour des rois de France. Guillaume II des Barres ^ sénéchal de Philippe- Auguste, est une figure hors ligne; on l'a
* On connaît le beau travail de M. Grésy sur les sires des Barres, inséré au tome XX, année 1850, du Bulletin de la
42 LE SÂI^T GRAAL.
appelé l'Achille de son temps, et il se couvrit de gloire à Bouvines.
Les Borron étaient de plus modestes seigneurs, mais qui occupaient néanmoins des charges secondaires à la cour de Philippe-Auguste ou de saint Louis. Leur fief, situé à l'extrémité de la forêt de Fontainebleau, les plaçait naturellement sous la main des rois de France et, à en juger par les goûts littéraires de Robert et d'Hélie de Borron, il est probable qu'ils savaient se contenter du rôle modeste que la fortune leur avait départi et qui, du reste, a porté leur nom à la postérité aussi sûrement que les hauts faits d'armes de leurs célèbres parents.
La localité de Borron prend à Torigine le nona de villa ; c'était comme une extension du domaine royal de Fontainebleau où nos rois ont signé de si nombreuses chartes.
L'existence de la famille de Borron, naguère presque inconnue, m'a été révélée par divers titres contenus dans les (îartulaires de l'abbaye de Barbeaux, sise à La Fontaine-le-Port, arrondissement de Melun (Seine-et-Marne), et de l'abbaye du Jard, située commune de Villebéon, canton de Lorrez-le-Bocage, même département.
Ces cartulaires ont été mis à ma disposition avec une obligeance extrême, par M. Léopold Delisle à qui nous devons réellement la découverte des documetits qui vont suivre.
Un certain concours de circonstances avait
Sociélè des antiquaires de France ; M. Grésy n'a pas connu la parenté des Borron et des dos Barres.
contribué à faire passer cette famille sous silence : d'abord Dom Morin, l'historien du Gâtinais, qui a consacré un chapitre à Bouron dans son Histoire des pays de Gastinois Senonois, et Hurpois^ in4o, 1630, ne mentionne aucun seigneur de ce nom dans son travail dont voici le début :
« Bouron est une terre seigneuriale proche et attenant la forest de Fontainebleau qui a de longtemps été possédée par seigneurs de qualité et qui ont eu de belles et nobles charges en la maison des rois.
« Je trouve un messire Adam de Villiers, chevalier, maistre d'hôtel du roy, qui, en cette qualité, a servi les rois Charles V et Charles VI, qui estoit seigneur de Bouron. »
M. Dorvet qui, de son côté, nous a donné récemment une notice intéressante sur Bouron, surtout pour les temps modernes, n'a connu aucun autre seigneur de la famille des Borron, qu'Adam de Bourron, enterré dans l'église de Saint-Mammès, en 1290. .
Nos voisins d'outre-Manche ont essayé, de leur côté, de rattacher la personnalité de Robert de Borron à une famille de Burun qui paraît compter lord Byron parmi ses descendants. M. le professeur Charles H. Pearson a traité ces deux questions d'une manière érudite, dans la préface de l'édition du Saint Graal de Loneligh, donnée par le Roxburghe-club, il y a quelques années. Pour lui, les Borron seraient issus du village de Bures, arrondissement de Caen. Mais Bures se disait, au xii« siècle, Bur super Divam^ Burum, castellum de Buris * ; cette
' Statistique du Calvados par M. de Gaumont, 1" vol.
synonymie ne répond nullement aux noms de Borron, Bourron, Bouron, Borons, et Berron fournis par les textes de Tristan, du Saint Graal et des autres romans de la Table ronde.
Si nous ouvrons, au contraire, les cartulaires de Barbeaux et du Jard et si nous compulsons les titres de nos Archives, nous nous trouvons en présence de noms parfaitement similaires à ceux donnés par les rom^ciers.
Le plus ancien nom donné à la localité connue aujourd'hui sous l'appellation de Bouron, est Burrum; il est probable même que c'est le nom gaulois de la localité qui devait se prononcer Bourroum K
Ce nom est contenu dans un assez grand nombre de chartes du xii® siècle, notamment dans une bulle du pape Alexandre III, de Tannée 1164, insérée au cartulaire de Barbeaux sous le titre : De confirmatione habitorum et de libertate ordinis^ et contenant le dénombrement de tous les dons faits à l'abbaye depuis sa fondation, en 1147, par Louis VII.
1 M. Dorvet dans sa notice sur Bourron, insérée dans V Abeille de Fontainebleau, No du !«' avril 1870, s'exprime ainsi sur l'antiquité de cette station : « L'origine de ce village, qui borde d'un côté la forêt de Fontainebleau (Bière), est fort ancienne -, son territoire était déjà habité au temps de l'invasion romaine. Des fouilles pratiquées dans le parc du château, en 1850, ont fait découvrir, au milieu de restes de murailles cachées sous le sol, plusieurs pièces de monnaies à l'efïigie des premiers empereurs romains. La proximité de la forêt indiquerait assez que Bourron serait antérieur à la domination romaine et qu'il serait de fondation gauloise. »
Parmi ces dons, Tun des plus considérables est celui qui fut fait par un personnage du nom de Robert, possesseur de vastes domaines à Borron et dans les environs ; nous n*hésitons pas à identifier cet insigne bienfaiteur dont les libéralités ont été vraiment royales, avec notre célèbre Robert de Borron, qui admis, dès ce moment selon toute vraisemblance, dans Tintimité des Rois de France, put obtenir de Louis VII, fondateur de Tabbaye de Barbeaux dont nous allons parler, des dons considérables en terres et domaines limitrophes de la forêt de Fontainebleau, qu'il s'empressa de joindre à ceux dont Louis VII gratifia cette abbaye lors de sa fondation.
Robert, en ce moment, n'est pas noble ; on ne le désigne que sous ce simple nom; mais dans une charte donnée quelques années plus tard par son fils Simon, on voit que ce dernier porte le nom de Borron (Simon de Borrum). Robert avait-il reçu, à l'époque de son don, Tordre de la chevalerie ? Rien ne l'indique, cependant il n'est pas invraisemblable de penser que Louis VII, en présence d'un acte de générosité auquel il devait être très-sensible comme fondateur de Barbeaux, anoblit en ce moment, sinon Robert, du moins sa descendance et même ses collatéraux ; toutefois l'omission de la qualification de Borrum après le nom de Robert si célèbre dès ce moment, ne serait peut-être pas un mol if suffisant pour douter de son droit à porter le nom de Borron, que ses contemporains n'ont jamais manqué de lui décerner. Cette omission, toute remarquable qu'elle est dans deux documents successifs, s'expliquerait par la grande notoriété qui, dès ce
moment, devait accompagner le nom de Robert, surtout dans tous les actes concernant l'abbaye de Barbeaux.
Voici en quels termes le don de Robert est rapporté dans la Bulle du pape Alexandre III :
« Ex dono Roberti, colet (abbas vel abbatia) gran- « giam et terram de Burrum cum pratis, grangiam « quae dicitur Karretum, grangiam de villa Frames, « grangiam de Sancto-Acerio^ grangiam de Darveis, « grangiam de Burrum *> (est-ce une répétition ou existait-il une autre grange que celle déjà mentionnée?) « cum omnibus pertinenciis earum. *>
Robert était alors évidemment le personnage le plus riche de Borron, et Timportance de son don annonce chez lui un zèle religieux parfaitement en harmonie avec les sentiments de haute piété développés dans le Saint Graal.
Un autre pape du xiii® siècle a ratifié le don de la terre de Borron avec ses prés, ses vignes, ses terres et ses forêts, à l'abbaye de Barbeaux, dans les termes suivants : « Terras et vineas de Borrum cum pratis, vineis, terris, nemoribus, etc. (Bulle d'Honorius III de 1216).
Robert de Borron, si nous ne nous trompons, dut se réserver pour lui et ses successeurs la dîme sur les biens par lui donnés à Tabbaye de Barbeaux ; au moins voit-on plus tard des membres de la famille de Borron décharger les religieux de cette abbaye des dîmes et cens qu'ils percevaient encore au commencement du XIII® siècle sur la terre de Borron.
Ces biens, d'après une charte dont nous allons donner les termes, s'étendaient sur une longueur de
vingt kilomètres environ, depuis la commune de Grès, située au sud et à une lieue de Bouron, jusqu'à Samois et à Recloses, dessinant à peu près un triangle dont Grès était le sommet et ces deux localités la base.
' Voici cette charte, fort intéressante à divers titres puisqu'elle nous donne le nom du fils de Robert, Simon de Borron, et probablement ceux du frère et du neveu de Robert. Cette charte est bien voisine par sa date de celle du pape Alexandre III ; nous la rapportons in extenso à raison de son grand intérêt.
•c De Simone de Borrum »
« Ego, Willelmus Dei gratiâ Senonensis archiepis- « copus et Apostolicœ Sedis legatus. Notum omnibus « esse volo prœsentibus et futuris, quod Simon de « Borrum veniens antè prsesentiam nostram apud « Grès laudavit ecclesiae de Sacro-Portu, quicquid « pater suus Robertus ejusdem ecclesiae elemosinam « donaverat et praefata ecclesia, eàdem die, tenebat « inter viam quae ducit de Grès ad Sameïs et ad « Reclosas. Hujus rei testes fuerunt cantor Trecensis « Gauterus, et Adam Menjot, Droco de Borrum et « Odo filius, ejus. Gaufredus rex. Quod ut ratum per- « maneat prœsentis scripti cautione sigilli nostn « auctoritate roboravimus.
« Actum anno incarnati Verêi M*» G° LXIX^. >»
Les témoins sont, comme on voit, Gautier, chantre de la cathédrale de Troyes, puis viennent deux noms sans indice de noblesse, Adam et Menjot. Mais tout de suite après Drocon de Borron et son fils Odon, peut-
être faut-il lire Adam de Borron, Menjot de Borron et Drocon de Borron, le nom de terre Borrum régissant les trois noms qui précèdent. Ceci reste, pour moi, douteux, bien que le nom Adam se trouve plus tard accolé à Borron. Cependant on peut lire Adam Menjot.
Quoi qu'il en soit,Drocon commeSimon sont devenus nobles dès ce moment, tandis que Robert conserve son prénom sans Tannexe nobiliaire que la postérité lui a cependant décernée avec usure ; on n'y trouve pas non plus Tépithète « defunctus, » qu'on lui eût donnée s'il eût été mort dans ce moment.
Nous croyons fermement qu'en 1169, non-seulement Robert n'était pas mort, mais que c'est là la période pendant laquelle, soit à Oxford ou à Londres, près de Gautier Map, soit à Montbéliard, près de Gautier de Montfaucon, il s'occupait avec ardeur de la rédaction du Saint GraaL Robert que nous appellerons, ainsi que tous ses contemporains, Robert de Borron, avait fait comme les premiers chrétiens; dans son zèle religieux, il s'était dépouillé de tous ses biens pour donner le couvert et le vivre aux pauvres ermites qui occupèrent les premiers les solitudes de Barbeaux ; puis , insouciant et content de peu, comme les vrais trouvères, il avait continué une vie de pérégrinations qui ne doit pas surprendre, étant donnée la personnalité de Robert fortement accusée dans son Petit Saint GraaL Robert est lyrique dans sa piété et Gautier Map, tout archidiacre d'Oxford qu'il a été, n'a pas développé dans son Grand Saint Graal des sentiments plus élevés et plus profondément chrétiens.
Le séjour de Robert de Borron et sa condition d'attaché, sans doute littéraire, à la maison de Gautier de Montfaucon sont prouvés par les mentions expresses contenues dans les manuscrits du Petit Saint Graal de Cangé et de l'Arsenal, dont nous parlerons plus loin. Quant à sa collaboration avec Gautier Map, elle est établie par divers passages de Tristan^ Lancelot, du Saint Graal, de Guiron le Courtois, et elle peut être conclue du passage relatif au comte Sévin et à la ville de Meaux ; mais cette collaboration était loin de pouvoir être expliquée dans Thypothèse d'un Boron d'Alsace ou de Lorraine.
Maintenant que nous savons que Robert de Borron
était issu du Gâtinais français, qu'il était l'un des
donateurs principaux d'une des grandes abbayes
du diocèse de Sens, fondée par un roi de France,
que les Borron se targuaient d'être alliés par le
sang à l'illustre famille des Barres, dont le berceau
était à Chaumont, près de Sens, et dont le fief
principal était à Oissery, près de Meaux et de Dam-
martin, rien n'empêche de supposer, surtout si
l'on tient compte du mariage de Guillaume II des
Barres, sénéchal de Phi lippe- Auguste, avec Amicie,
comtesse de Leycester, veuve en 1181 de Simon de
Montfort, comte d'Evreux, que des rapports intimes
s'établirent entre les Borron et quelques-uns des
grands seigneurs anglais de la cour de Henri II,
parmi lesquels Gautier Map dut être en première
ligne, à raison de ses goûts littéraires si bien d'accord
avec ceux de Robert de Borron. Ce fut lui, sans nul
doute, qui initia ce dernier à la tradition Arthurienne
et aux aventures de Merlin.
Le mariage de Guillaume des Barres avec Amicîe n'eut lieu^ il est vrai, qu*ea 1202 ; mais dès 1165 cette dernière s'était unie à un baron français que nous venons de nommer, et des rapports intimes n'avaient cessé d'exister entre les Leycester et la cour de nos rois, au point que Amicie céda à Philippe- Auguste la terre de Breteuil en échange de la seigneurie de Saint- Léger en Yveline, et que Robert IV de Ijcycester abandonna au même roi, en 1195, le château et la châtellenie de Pacy.
Il est inutile, nous le pensons, d'insister davantage sur ce point ; dès que les Borron sont originaires de cette région de la France où les barons anglais avaient des rapports constants de famille ou d'intérêts, on explique l'union littéraire de Robert de Borron et de Gautier Map, union incompréhensible lorsque Robert est originaire des frontières du Sundgaw allemand ou haute Alsace.
Poursuivons nos études si fructueuses des cartulaires de Barbeaux et du Jard.
Drocon de Borron et Odon, son fils, quenousavons vus commetémoins dans la charte de Simonde Borron, fils de Robert, avaient donné à l'abbaye de Barbeaux tout ce qu'ils percevaient sur la dfme de Borron et tout le cens que cette même abbaye leur devait ^ Cette donation est approuvée, en présence d'Hugues, archevêque de Sens, par Maissanda, femme de Drocon, par Berthe, sa fille, Richalda, femme d'Odon, et Guillaume, son fils. En même temps Odon, fils de Drocon, inter-
1 On voit que les fiorron en se dépouillant du fonds de leurs propriétés, s'étaient réservé les moyens de vivre.
LE SAlPiT GRAAL. 51
vient et promet de donner avec son père une garantie suffisante aux religieux pour les protéger contre qui que ce soit.
Cette charte n est pas datée, mais comme Hugues a été archevêque de Sens de 1142 à 1168, c'est entre ces deux dates qu'elle doit se placer, surtout, croyonsnous, entre 1164, date de la bulle de confirmation des dons des Borron, et 1168, date de la mort de Hugues. Ainsi, dès cette époque, la famille de Borron se compose d'au moins deux branches : celle qui a pour chef Robert et pour descendant îSimon, et celle qui, commençant à Drocon, comprend déjà Odon et Guillaume, fils et petits-fils de Drocon.
C'est à la période de 1168 à 1200 que doit appartenir la vie aventureuse de Robert de Borron et le séjour» à la cour d'Angleterre, d'Hélie, son cousin, qui, pour cela, n'a laissé aucune trace dans les cartulaires.
Au commencement du xiii» siècle, les Borron, illustrés par les travaux littéraires de deux de leurs membres et par les grandes libéralités de Robert, sont entrés à la cour de Philippe- Auguste et sont devenus sergents d'armes de ce roi qui leur fait des dons considérables.
Par une charte du 29 mars 1209, Philippe-Auguste donne à Renaud de Borron, son sergent, les biens que Gui de Dive, chevalier, avait possédés à Saint- Michel en Graigne et à Montmartin. (Actes de Philippe-Auguste par M. Delisle, N° 1124. A. 73, B. 77.
Mais dès lors la descendance des Borron est trèsnombreuse.
Par une charte donnée par Pierre, archevêque de Sens, en 1210, Symon Gornut de Borron reconnaît
avoir donné à l'abbaye de Barbeaux douze deniers de cens qu'il possédait sur la dîme de Salceto^ près Borron, que Givard de Saint-Germain tenait de lui.
Philippe de Borron, son frère, approuve cette donation et y donne son consentement. En 1213, presqu'à la même époque, Payen de Borron et un autre se portent pièges vis-à-vis des religieux de Barbeaux , en faveur d'Etienne, clerc de Grès, pour les garantir contre les entreprises que certains membres de la famille d'Etienne pourraient tenter à Tégard de la dîme de Borron.
Au mois de décembre 1219, Adam, curé de Borron, Adam presbyter de Borritm, libère les religieux de Barbeaux de la grande dîme de Borron.
En 1223, la forme Burrum ou Borrum avait disparu du langage et le nom qui prévaut dans les cartulaires est Burron devenu déclinable. On trouve, à cette époque, un accord entre le prêtre ou curé de Borron inter presbytcrum de Burrone et les religieux de Barbeaux, passé devant Gautier, archevêque de Sens, au sujet du partage de la dîme du vin et du blé de de Borron.
Au mois de juin 1221, Phi lippe- Auguste confirme une charte de Berruyer de Borron, chevalier, au profit des religieux du Jard. Nous n'avons malheureusement pas la charte et M. Delisle n'a pu en donner l'analyse dans son beau travail sur les Actes de Philippe-Auguste; mais, en 1258, Adam de Borron, fils de Berruyer, ayant confirmé le don de son père, nous voyons qu'il s'agissait de quarante sols de revenu annuel, que Deirabert, clerc de Moret, avait donnés à ces religieux sur le péage des bateaux à Saint- Mammès compris dans le fief de Berruyer.
Par la charte confirmative, Adam ajoute à la libéralité de son père la perception, par les religieux du Jard, de deux deniers de péage sur tous les bateaux montant ou descendant à Saint-Mammès ; cette charte scellée par saint Louis est en date, à Corbeil, du mois de mai 1260.
Dans ces diverses chartes on trouve les noms ainsi orthographiés : Adam de Burrone^ Berruerius quondam de Burrone miles.
Au mois de septembre 1221, Guillaume, abbé, et le couvent de Saint- Jean-lez-Sens reconnaissent que le roi Philippe-Auguste à concédé à leur église et à Guy de Borron, son sergent^ Guidoni de Borrum, moyennant trente sols de cens, les arches du pont de Grès. (Charte N« 268 des Arch. nat. J. 261, N<> 1". N*» 2092 des Actes de Philippe-Auguste, par M. Léopold Delisle).
Nous avons vu, en 1213, Payen de Borron se porter plége d'Etienne, clerc de Grès ; au mois de décembre 1243, Guillaume, fils de Payen, est qualifié DomicelluSy filius Pagani de Borrum quondam militis.
Payen était donc mort à cette époque. Cet accord est passé seulement devant le doyen de Milly.
En 1248, devant le prieur de Nemours et le doyen de Milly, le même Guillaume, qualifié Guillelmus de Burrone, armiger, confirme à Tabbaye de Barbeaux tout ce que Payen son père, Paganus de Burrone quondam miles^ lui avait donné dans la dîme du territoire Ghacon-sur-Merroletes,plus la dîme que ladite abbaye percevait dans la paroisse de Voves, enfin un septier de blé à prendre dans sa grange de Borron, de Borrone, indépendamment d'un autre résultant de la
libéralité de l'aieul et de l'aïeule dudit Guillaume, le tout avec le consentement d*Alix, femme dudit Guillaume.
Dans la même année 1248, Adani de Borron, que nous avons déjà vu etqui paraît être le chef de famille à cette époque, car il s'intitule Adam de Burrone miles ^ donne et scelle une charte par laquelle Guillaume de Borron, écuyer, Guillelmus de Burrone^ armiger, confirme aux religieux de Barbeaux tout ce que son père leur a donné dans la dîme qu'il possédait. Nous avons vu que son père était Payen.
Enfin, le jeudi après la fête de la Purification de Tannée 1266, le même Guillaume de Borron, non plus écuyer, mais chevalier, Guillelmus de Borrone mileSy vend à saint Louis quarante sols parisis qu'il percevait annuellement à la prévôté de Moret, à titre de droit de bourdonnage, racione bourdonnagii. (Ducange croit qu'il s*agit de droit de foire sur les mulets.)
Cette pièce était la seule connue d'ancienne date qui donnât quelque indice sur l'existence d'une famille de Borron dans le Gâtinais. Ducange avait cité cette charte au mot Bourdonagium, Comme elle est déposée en original aux Archives nationales et qu'elle a gardé son sceau, M. Douët d'Arcql'a mise en lumière dans son remarquable travail sur les sceaux des Arch. nat (Trésor des Ch. carton 1.158. Melun II, p. 2.)
La vraie orthographe du nom est bien GuillelmiLS de BourroUy miles, comme Ducange Ta écrit; les deux lettres o sont accentuées un peu comme des a; néanmoins ou doit lire Bourron.
Le sceau pendant est le seul monument connu qui nous donne les armes de cette famille ; nous l'avons