‹ Le Saint-Maurice [microforme]Chapitre 5 sur 9 · LE SAUVAGE ET LE COLON · texte numérisé non relu

LE SAUVAGE ET LE COLON

Il faut se mettre en route. En effet, le soleil est à peine de quel- : au ques pouces au-dessus de l'horizon qu’il faut lever l'ancre, c'est-à- © er dire détacher la ficelle qui nous attache au rivage. Il est encore © grand matin lorsque nous passons devant la demeure du père k. av

| Tommy Laframboise ; néanmoins il est d5jà sur pied et même il a 0 m déjà commencé à disputer sa meilleure moitié. Tommy Lafram- E boise est un type. Irlandais de naissance avec un nom canadien, il © re

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a voyagé longtemps au service de la compagnie de la Baie d'Hudson et s’est marié d'abord à une Squaw. Cette première femme lui a donné plusieurs enfants qui vivent de la vie sauvage. Quoique très-avancé en âge ila convolé dans de nouveaux liens, et cette fois il est marié avec une canadienne. Allez dans sa hutte, vous serez accueilli avec tous les honneurs de la plus cordiale hospitalité. Mais ses mœurs ont conservé tous les plis de la vie aventureuse des bois. Il ne travaille que juste ce qu’il faut pour vivre.

Saluons en passant le Mont-Caribou, sommet élégant qui s'élance vers le ciel, et préparons-nous à passer la vallée de la Bète-Puante. Mais non, la vallée ne jette qu’une agréable odeur de sainfoin, et les défrichements ont réussi parfaitement ; c’est M. Hyacinthe St Pierre qui a commencé ces essais de co! nisation et aujourd’hui il a pour successeur M. Damase Charette.

Décidément les premiers voyageurs avaient de l'imagination. La montagne qui s'élève devant nous et qui semble fermer le St. Maurice, ils l'ont appelée Mont-L’oiseau et prétendent qu'elle a la forme d’un oiseau. Alors c’est un oiseau qui n’existe plus, ou bien lesravages du feu sur la crête de la montagne l’ont bien défigurée. N'importe c'est un des pics les plus élevés du St. Maurice. Il a du reste de la réputation dans les annales de la fantasmagorie.

La plupart des voyageurs vous assurent qu’il est impossible de camper au pied de cette montagne. La nuit, disent-ils, on entend des bruits de chaînes et des craquements d'os froissés l’un contre l’autre comme si des squelettes se battaient entre eux. Des hommes qui ont essayé de camper là m'ont assuré qu'ils avaient entendu tous ces bruits là et n'avaient pu fermer l'œil de la nuit Mais d’où vient cela, dis-je à l’un d’eux ? Quelle exptication donnet-on ? Pourquoi les esprits frappeurs ou les revenants hantent-ils cette place plutôt qu'une autre, le Mont-L'Oiseau plutôt que le Mont-Caribou ? Une tradition assez vague rapporte que plusieurs hommes auraient été assassinés en cet endroit, et alors, ajoutentils, vous savez qu’on ne peut jamais dormir tranquille sur le lieu de sépulture d’un homme assassiné.

Je donne ces faits pour ce qu’ils valent. Les uns y croiront, les autres en riront, mais il n’en restera pas moins vrai que c’est la croyance générale dans le St. Maurice que le pied du Mont- L'Oiseau est hanté par des êtres mystérieux, Si vous êtes sujet à avoir la chaire de poule, n’allez pas vous coucher au bas de cette montagne.

Tout en parlant de ces apparitions fantastiques, nous voilà déjà rendus à la Grand’Anse, à douze lieues plus haut que les Piles.

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Nous ne sommes plus dans un pays sauvage. De chaque côté de la rivière des défrichements s'étendent à plusieurs milles à la ronde. Du côté droit de la rivière sont les fermes de M, Hall où l'on aperçoit d'immenses prairies et des paturages qui s'étendent à pere de vue. Sur le côté gauche du St Maurice sont les fermes de M. Gouin et l'établissement de M. Théodore Olscamp.

Voilà le vrai pionnier canadien. Parti de Trois-Rivières, avec sa femme, depuis quelques années seulement, il s’est défriché une terre superbe, où il récolte en abondance du foin et de l’avoine qui se vendent si bien dans le voisinage des chantiers. Lorsque le foin vaut $10 à Trois-Rivières il se vend $20, à la Grande Anse. Aussi, l’an dernier, seulement avec sa récolte de foin et d'avoine, M. Olscamp a-t-il recueilli un bénéfice net de $800. Sa récolte est infiniment meilleure cette année. Le foin, du mil pur, a plus de cinq pieds de haut et il a été engrangé en bon ordre. En dehors du travail de la ferme, M. Olsciip trouve encore moyen de s’adonner à la chasse et au commerce de bois.

Il est très-bien logé de maison, grange et dépendances. On trouve chez lui tout le comfort désirable. ILa même une glacière et il reçoit le Constitutionnel depuis trois ans.

Aujourd’hui, M. Olscamp est un cultivateur riche. Il faut dire aussi qu’il a été bien secondé par sa femme qui est aussi intelligente que laborieuse.

Il y a donc de l'avenir dans le St. Maurice pour le colon qui veut réellement travailler.

Le noyau d’une paroisse est tout formé ici. Deux ans après l’ouverture du chemin de fer des Piles, il y aurait une chapelle.

STE. AMASQUINE,.

Nous nous dépêchons de doubler l'île aux Noix et l'ile de Pierre et nous allons faire un peu la pêche à l'embouchure de la Petite Batiscan. La Petite Batiscan! c'est le sentier de la guerre que suivaient les sauvages lorsqu'ils avaient déterré le tomahawk. Tout est rempli ici des souvenirs des premiers maitres du sol... Un peu plus haut sur la rive droite du St. Maurice se trouve Ste. Amasquine, lieu renommé par les combats dont il a élé témoin. On y trouve encore des restes des fortifications. Les lroquois venaient par la Gatineau attaquer les Algonquins pendant que

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ceux-ci étaient occupés à la chasse et à la pêche. C'est ici qu’on revoit le théâtre ordinaire de leurs rencontres. Pauvres Iroquois !

à Pauvres Algonquins! c’est à peine aujourd'hui s’il reste de vos

tribus jadis si puissantes quelques débris épars ! Voilà la Wessonneau et la Rivière au Rat!

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