‹ Le Saint-Maurice [microforme]Chapitre 6 sur 9 · RIVIÈRE-AU-RAT-VILLE · texte numérisé non relu

RIVIÈRE-AU-RAT-VILLE

Nous sommes ici au milieu d’un village.

La rivière Wessonneau et la Rivière-au-Rat se jettent dans le

St. Maurice presque côte à côte et donnent à cette dernière rivière

un élargissement remarquable qui se fait sentir jusqu’à la Grande- Anse. Bien que se réunissant ainsi à leur embouchure la Wessonneau et la Rivière-au-Rat prennent cependant leurs sources dans une direction tout à fait opposée. La Rivière-au-Rat remonte jusque dans le voisinage du Vermillon, tandis que la Wessonneau, serpentant à travers la forêt, se lient presque toujours parallèle à la Matawin. Depuis nombres d'années les commerçants de bois ont pris, le long de ces deux rivières des quantités innombrables de billots de pin et Dieu sait quand ces deux riches vallées seront épuisées.

Le St. Maurice nous offre ici, de chaque bord, des plaines unies et fertiles. C'est, sans contredit, la plus belle place du territoire, entre les Piles et la Tuque, pour l’agriculture à présent, et plus tard pour une ville. Il ya ici dix-sept familles qui vivent de la terre, à l'exception de deux ou trois familles sauvages qui s'occupent principalement de la chasse. A la droite du St. Maurice, près de l'embouchure de la Wessonneau et de la Rivière-au-Rat, il y a la ferme de M. Broster logée avec élégance, la ferme de M. Baptist, exploitée par M. Adams, où l’on remarque l’aisance et le comfort que l’on peut trouver chez nos meilleurs cultivateurs des vieilles paroisses. Sur la rive gauche, en face de la Rivière-au-Rat, il y a la belle ferme de M. Gouin, tenue avec un ordre parfait par M. Mercure. Il y a ensuite M. Dontigny, qui est un cultivateur à l’aise, M. Bellemare, etc.

Ce groupe d'habitations forme un véritable village au milieu duquel s'élève une fort jolie chapelle catholique. On comprend qu’à la Rivière-au-Rat, il n’est pas facile d’avoir un prêtre résident, ni d’avoir la messe bien souvent; néanmoins ces braves colons

sont bien heureux d’avoir la messe quatre fois par année, deux fois en été et deux fois en hiver; en été lorsque les missionnaires Oblats qui évangélisent les Tête-de-Boule descendent de leurs mis- Al sions lointaines et y remontent; en hiver lorsque le missionnaire 1 va faire le tour des chantiers.

Tout annonce ici la vie et l’activité de nos campagnes canadiennes, Le soir que nous avons passé à la Rivière-au-Rat, en nous pro- | menant le long du St. Maurice, vis-à-vis les habitations nous | entendions le son du violon et le joyeux sautillement de la danse. ll Partout où se trouvent une dizaine de Canadiens on peut être sûr | qu'il y a un violon et qu’on y parle de danser. Un bon Canadien qui a marché toute la journée est encore capable de danser toute la nuit. Dans les chantiers même il est rare qu'il n’y ait pas un joueur de violon pour divertir la compagnie durant les longues %# soirées d'hiver. Où que nous allions, nous restons toujours les mêmes; nous pouvons changer de climat, mais nous ne changeons pas de sentiment.

Les femmes aussi sont à la Rivière-au-Rat ce qu’elles sont un À peu partout ailleurs. Elles aiment à parler, à cancaner, à ramasser M toutes les histoires; de même que dans nos vieilles localités les femmes connaissent généralement toutes les anecdotes charitables | qui peuvent circuler sur le compte du prochain, de même ici les Ê femmes peuvent vous apprendre la vie intime de toutes les familles établies dans le St. Maurice. Et, faut-il le dire ? que d'hommes sont

femmes sur le chapitre de la médisance ! 4 5 (|! On attendait avec grande anxiété le curé de Ste. Flore à la M (a {l Rivière-au Rat. Il devait se rendre pour bénir l'union matrimo- M » H niale d'un couple de l'endroit, mais, pour une raison où uneautie, % | il n’y a pas encore été. Il y a des intrigues d'amour à la Rivière. d’ fl au-Rat, comme partout ailleurs. Eh! mon Dieu, nous l’avons dit, D le genre humain est toujours et partuut le mème. 3 di De la ferme de M. Gouin où nous couchons, grâce à une géné- M reuse hospitalité, nous avons devant nous un paysage ravissant, 4 | La beauté naturelle du paysage est encore rehaussée par l'éclat du ÆS 1 | soleil couchant qui disparait lentement dernière les montagnes au 1 | milieu de flots d’or et d'azur. Notre ami B......, épris d'admiration % F | à la vue de ce paysage, sort son papier et ses crayons et va se +» a percher sur une clôture pour prendre un croquis de la Rivière-au- | | Rat. Mais les maringoins et les brulots ne tardent pas à s’acharner |

à notre artiste avec une telle furie que l'enthousiasme n’y peut

plus tenir etqu'il faut remettre les crayons dans l'étui et les mains US fl dans les poches. Je dois ici une apologie à l'ami B.... que j'ai ! | | appelé “ prussien.” Il prétend que né à Sarlouis. dans ‘la Prusse À

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Rhénane, et sympathisant pour la France, il ne peut être équitablement rangé dans la Landwehr de M. Bismark. Je n’y retournerai plus.

Ces grandes fermes que possèdent nos marchands de bois à la Rivière-au-Rat et en d’autres endroits du St. Maurice, leur sont d’un immense avantage. Elles leur fournissent à peu près tout ie foin dont ils ont besoin. Ainsi M. Baptist n’achète plus de foin pour ses chantiers; il en a suffisamment sur ses fermes. M. Hall n’en achète presque pas non plus.

Quittons la {Rivière-au-Rat, donnons un dernier regard à son beau paysage, à son village, à sa chapelle, à ses fermes luxuriantes, et, en avant ! tous à bord pour la Tuque.

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