‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 11 sur 227 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des dispositions de foi, d'espérance et de charité, nécessaires pour bien prier.

S'il est des défauts à craindre au saint Office, il y a aussi

îs dispositions nécessaires pour s'en acquitter dignement.

Plusieurs regardent cette fonction comme très facile à

mplir. Veiller sur soi pour écarter les distractions, obser-

ir certaines pratiques pour combattre la routine, s'ani-

ler de bonnes intentions : voilà tout ce qu'il faut, selon

ax, pour l'accomplir parfaitement. Mais il s'en faut qu'on

it à ce prix la perfection de la prière publique.

Sans doute la volonté est puissante, et c'est beaucoup

ue de commencer un exercice avec la résolution de le

ien faire; mais si elle est en opposition avec les habitudes

Il les inclinations naturelles de l'âme, cette volonté ne

mrait subsister longtemps ni' produire de grands effets.

n'est pas libre d'arrêter subitement le cours de ses

ées, de changer tout d'un coup la tendance de ses affec-

ons, de s'animer de tels ou tels sentiments; et ce prodige

it-il possible, on ne saurait se promettre de le renouveler

son gré ni de le prolonger longtemps. Ce qui exige tant

'efforts ne dure pas, dit l'adage. Quant aux pratiques et

ux méthodes, il faut bien avouer qu'elles sont peu effi-

aces par elles-mêmes, qu'elles n'empêchent ni les diva-

ations de la pensée ni l'aridité du cœur, et que, loin de

suppléer à l'esprit intérieur, elles l'exigent et le supposen La prière ne saurait être communiquée ni venir du dehors c'est un produit spontané de l'âme : comme la fille du Roi elle tire du dedans toute sa dignité et tout son prix K

Pour s'acquitter dignement de la prière publique, u ecclésiastique doit donc avoir certaines qualités intérieu res, certaines dispositions habituelles, un esprit particu lier, surnaturel. Sicut sine spiritu fidei non est quisquam re cte credituruSy dit saint Augustin, ita sine spiritu oratiom non est quisquam salubriter oraturus. Or cet esprit, que l'É criture elle-même nomme esprit de prière, suppose à ui haut degré les vertus chrétiennes et demande pour se sol^^ tenir les exercices d'une vie pieuse et sacerdotale. Fides speSy caritas ad Deum perducunt orantem, dit encore le mêmi Docteur. Ora in spe, ora fideliter et amanter, Tanto quipp sumemus capacius, quanta et fldelius credimuSy et speramus flr miuSf et desideramus ardentius -.

En premier lieu, il suppose une grande foi, une foi viv( et profonde sur les principaux objets de la religion, sui Dieu et ses grandeurs, sur Jésus-Christ et ses mystères sur le salut et sa nécessité : Credere enim oportet accedenten ad Deum^, C'est la foi qui fait toute la vie du juste, selor saint PauH : elle fait surtout sa prière; elle l'inspire, ell( l'anime, elle la vivifie ^

Qu'est-ce, en effet, que la prière considérée en ellemême, dans son essence intime? C'est le cri du cœur, c'est l'élan de l'âme vers Dieu; c'est le témoignage religieux de notre admiration, de notre confiance, de notre amour;

^ PsALM. XLiv, 14. — De Matstre , Soirées.

2 Epist. ad Prob. De orando Deo cxxxi, 17, 24. — Cf. Serm. cxvi; Enchir. Deflde, spe et caritate, m.

3 Hebr. XI, 6.

^ Ihid., X, 38 et seq.

^ Si fides déficit, oratio périt. S. Aug., Serm. cxvi.

st Texpression humble et sincère de nos désirs et de nos rets, de nos espérances et de nos craintes, de nos vœux de nos supplications. Là où Tâme sommeille, où le ur est insensible, il ne saurait y avoir de prière vérita-

Vera postulatio non in oris est vocihus, sed in cogitationicoi'disK Mais qu'est-ce qui peut faire naître en nous ces itiments, ces pensées du cœur? Qu'est-ce qui peut ainsi is toucher et nous porter vers Dieu, si ce n'est la foi ses enseignements sublimes , avec ses pénétrantes rtés, avec ses ardentes convictions? Pour aimer véritament le Seigneur, pour Fadmirer, pour l'invoquer, il t le bien connaître ; il faut avoir devant les yeux ses dies perfections et en être pénétré.

D'où vient qu'un si grand nombre d'hommes ne prient 1 ou prient mal? De ces trois causes : ou ils rejettent les îtés chrétiennes , ou ils les oublient, ou ils négligent de [î pénétrer par une méditation sérieuse et profonde. Rets aux seules lumières naturelles, ceux que le flambeau la révélation n'éclaire pas n'ont sur les perfections dies que des notions incomplètes et fort vagues; ils ne naissent guère de Dieu que son existence et son incomihensibilité. Cela ne suffît pas pour toucher le cœur et iter les affections 2. De même en est-il à peu près des •étiens qui se bornent à croire aux vérités de la foi sans faire jamais l'objet de leurs réflexions. La plupart du ips ils agissent, ils jugent, ils vivent comme s'ils ne yaient pas. Le flambeau céleste est dans leur âme; mais f est comme étouffé sous le boisseau; il produit peu oapression sur leur esprit et sur leur cœur. Vigilants et ins d'ardeur pour les choses sensibles, ils sont, par rap- 't aux vérités surnaturelles, comme des hommes assou-

ou distraits. Ils voient sans discerner ; ils entendent s comprendre ; ils savent sans avoir conscience de ce

s. Greg. Magn. Moral XXI, xviii.

Fides est oculus cor dis. Videt qui crédit. S. Aug. Serm. cxx, 3, et (n. De eo quod dicfcum est per Isaïam : Nisi credideritis, non intelligetis. :m VII, 9, juxta Sept. — Credo ut intelligam. S. Anselm. Cur Beu9 10? 2. j'iog iojjp ^:.>h

qu'ils savent et sans en tirer aucun profit. Dieu, le ci i^ Tenfer, la rédemption, l'Eglise, tous ces grands obj leur sont connus ; mais cette connaissance n'est qu'un si pie souvenir qui orne leur mémoire sans éclairer leur i telligence ni toucher leur cœur. Ce qu'elle leur met vaut les yeux, c'est moins l'objet lui-même que son ima: une image froide et presque incolore, un pâle reflet, i u sorte d'ombre, comme celles qu'on aperçoit aux approcl de la nuit ou dans les jours brumeux de l'hiver. L'obsc rite, effaçant les formes des objets, ne leur laisse p qu'une apparence douteuse et vague que l'imagination tra forme à son gré. Video homines velut arbores, disait l'av^' gle de Bethsaïde, au moment où ses yeux commençaien s'ouvrira Comment de telles notions suffiraient-elles pc exciter et pour entretenir l'esprit de la prière? Elles por ront bien, dans une circonstance favorable, produire bon mouvement, élever la pensée à Dieu ; mais ce ne s( qu'un élan momentané; la prière passera bientôt comi le rayon échappé de la nuée, et, avec l'obscurité ordina de l'esprit, reviendront l'insensibilité du cœur et l'engoi dissement de l'âme 2.

Quelle est donc la foi nécessaire pour bien prier, pc prier avec constance et avec ferveur? C'est une foi vi\ active, énergique, qui ne sommeille pas, qui ne s'engon dit pas, qui ne se borne pas à végéter dans l'âme, m qui agit en liberté et qui domine en souveraine. On n'in gine pas l'influence qu'exerce une telle foi et le chang ment qu'elle opère dans l'esprit et dans le cœur. Quand divin flambeau a triomphé de toutes les ténèbres et qu'a cun nuage n'altère la pureté de sa lumière, un jour no veau inonde et réjouit toutes les puissances de l'âme, semble qu'on passe des ombres du crépuscule aux plein clartés du midi. Une foule d'objets qu'on ne soupçonn

^ Marc, viii, 24,

2 « J'ai vu un des plus grands docteurs du monde, même un n gieux , ne pas savoir faire d'actes de foi à l'iieure de la mort, pour s'ê trop exercé à la science et peu à la foi. Il en avait fait si peu d'estin que Dieu alors prenait plaisir à lui montrer, à lui et à tous ses confrèr de quoi sert la science à l'heure de la mort. » Olibr, Opinions nouvel^

it se dévoilent et semblent surgir à nos regards ; une ie d'autres dont on n'apercevait ni la grandeur ni les

!)orts se révèlent dans toutes leurs proportions. Ce qui lissait perdu dans Téloignement du temps ou de Tesî devient actuel et présent; ce qui était imperceptible ;jne par ses dimensions. C'est comme un monde nou- 11 qui se dégage de l'obscurité : l'horizon s'agrandit; nuages s'éclaircissent et se colorent; le côté divin des :(es devient visible et éclatant : Quoniam Deus qui de te-lis dixit lucem splendescere , ipse illuxit in cordibus no- I *. Alors tous les objets religieux frappent, saisissent, importent : les mots qui ne disaient rien au cœur, transilfés, pour ainsi dire, avec les images qu'ils évoquent, ]tdes traits de feu qui embrasent. Dieu n'est plus cet iilointain, presque inconnu, qu'on atteignait à peine

les nuages de sa grandeur : on l'a devant les yeux ;

voit, on le sent en soi-même, mille fois plus grand

lins parfait qu'on ne se le figurait au ciel : Deus e vicînOy

\\m de longe-. Alors l'action divine ne semble plus

itne autrefois se borner aux grands ressorts de Tuni-

On la voit s'exercer partout, tout diriger, tout régler;

fois plus sensible et plus admirable dans les faits les

vulgaires qu'elle ne paraissait dans les grands événe-

s du monde ^. La création cesse d'être une simple colis|fn d'objets remarquables par leur variété et par leur

lonie : c'est une manifestation vivante et convaincante jjptre infini qui en est l'auteur ^ Le ciel et l'enfer ne

plus deux mots vagues qui donnent l'idée d'une alteraie éloignée et peu connue : c'est l'infini en félicité ou lODurments qui se découvre à l'âme, près de devenir

jamais son partage. Enfin Jésus-Christ ne paraît plus

^ Cor. IV, 6.

itasne Deus è vicino ego sum, et non de longe? Jerem. xxni, 23.

nnes gentes quasi stilla situlsB et quasi momentum staterae reputatae reJsAi^ XL, 15.

j'êtiinquld erit malum in civitate , quod Dominus non fecerit?AM0S

tin.

èr|[srael, quàm magna est do^ius Domini et ingens locus possessionis

ARUCH III, 24.

simplement ce qu'il semble aux sens et à la raison dule, un personnage merveilleux, sans égal parn hommes, d'une influence incomparable dans Thistoii peuples : c'est la grande réalité du monde , le princij centre et la fin de toutes choses , le fondement sur 1 tout repose, le pivot autour duquel tout se meut et ordonne* : c'est Dieu lui-même devenu homme sans ser d'être Dieu, abaissant tout devant sa grandeur, c nant tout par sa puissance , absorbant tout dans sor mensité, réduisant tout au silence par ses oracles, j tout régler pour l'éternité par un jugement sans appe Ainsi, pour une âme docile, la foi change l'aspec choses, et en les montrant du côté du ciel, elle fait plendir à ses regards comme un monde nouveau : E gumentum non apparentiiim ^ . Par une conséquence r saire , elle ouvre en même temps dans le cœur une s nouvelle de sentiments et d'affections ^ : affections sur relies, sentiments tout divins, qui, rejaillissant ven principe , forment comme un hymne continuel à la i du Très-Haut et une supplication incessante en fave notre indigence : Tune repletum est gaudio osnostrum, < gua nostra exuUatione * . Alors la prière n'a pas h d'être commandée, dictée, formulée; elle s'élève sp nément des profondeurs de l'âme : Credidi; propter locutus sum^. Elle ne demande qu'à s'épancher au de et quand elle trouve une expression digne d'elle, ce 1 un bonheur de s'en revêtir et de l'animer. Alors, éc des lumières du Psalmiste et remphe du même ei l'âme s'écrie : « Je vous louerai , Seigneur, tous les de ma vie; il faut que je bénisse votre nom dans l'as blée des saints ; mon cœur et mon âme s'élancent d mômes vers le Dieu vivant ^ » Alors elle s'adresse à les êtres de la création; et les voyant comme elle cor

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