‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 21 sur 227 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

.econde pratique : s'exciter par de pieuses considérations à bien réciter l'Office ^

mporte que les premières paroles de l'Office soient ées avec dévotion ; car l'œuvre se ressent toujours des Dsitions qu'on y apporte ; et s'il est difficile de ne pas elâcher, même après le début le plus fervent, que t-ce si l'on commençait par la négligence et la dissim?

en donc de plus fâcheux que d'ouvrir le Bréviaire avec rin, comme à regret : Ex tristitiâ aut ex necessitate ^ lit le prendre avec une sainte joie : Bono animo, comme îut l'Esprit-Saint ^\ il faut s'y mettre tout entier, selon ot de saint Augustin : Beum toti laudate %' il faut appe- L soi toutes les puissances de son âme, à l'exemple de d : Benedic , anima mea. Domino, et omnia quœ intra me S* et dire avec la même sincérité et la même ardeur

•ignior enim sequetur effectua quem ferventior praecedit affectus. G. Ep. ad Prob. cxxx , 18.

[ Cor. IX , 7.

Bono animo gloriam redde Deo et non mlnuas primitias manuum tua- EccLi. XXXV, 10. — Graudeamus in Domino, diem festum célébrantes. Introït.

n Psalm. cxlviii.

'SALM. cii, 1,

iW

que ce saint roi : Je vais chanter les louanges de D les chanterai de tout mon cœur : In toto corde meo *

Sainte Colette , la réformatrice des Clarisses au zième siècle, fut toute sa vie un modèle admirable dN pieuse ferveur. « Sa joie éclatait, dit son historien qu'elle entendait le signal de l'Office. Quelque peine eût auparavant, son esprit reprenait son calme et seI' nité. Jamais elle n'était plus heureuse que lorsqu'o^^ longtemps au choeur. L'allégresse qui réjouissait se rejaillissait dans ses traits, et donnait à son visage u radieux. »

Mais comment s'exciter à la dévotion au début d Office? Par quelque considération sur l'excellence d( qu'on accomplit, sur la présence de Dieu à qui l'c dresse, sur la multitude et l'ardeur des saints qui avec nous au ciel et sur la terre ^ !

1° Rien de plus efficace que de considérer l'exct du ministère que l'on remplit. 11 faut songer qu'on présenter à Dieu comme l'organe de Jésus-Christ représentant de l'Eglise; qu'à ce double titre on est de traiter des objets les plus sublimes et des intéri plus chers; qu'on a mission et autorité pour réparer les offenses dont la Majesté souveraine est l'objet, e obtenir de sa bonté toutes les grâces de conversic sanctification, de persévérance dont les hommes ont h Cette vue est si frappante, qu'il suffit d'un regard p ressentir une impression profonde.

^ David exprime souvent ce saint désir, et il en donne à chaque nouveau motif : 1° les merveilles de la puissance divine : Confite in toto, corde meo : narrabo omnia mirahilia tua. Psalm. xcxii bonté du Seigneur à son égard : Covfltedor tibi, Domine, in toto cor quoniam audisti verba oris mei. Psalm. cxxxvn; S» la vue des qui l'excitent par leur exemple : Confitebor tibi , Domine, in tôt meo , in consilio justorum et congregatione. Psalm. ex ; 4o les péri infinies de Dieu : Voluntariè sacrificabo tibi, et confitebor nomir quoniam bonum est. Psalm. lui.

2 Steph. Juliacus, Acta Sanctorum., 6 mart., c. xxiii.

^ Nous avions indiqué ici le Traité de la prière publique de Dugi avertissant de l'esprit janséniste de l'auteur : nous devons ajouter été condamné et mis au rang des livres prohibés. Voir plutôt Molli struction des prêtres. Addition au IIP Traité.

int Jean Climaque parle d'un religieux qui ne pouvait libr, sans être ravi, à l'honneur qu'il avait de célébrer î)uanges de Dieu*. Quand l'heure était venue, dit le , il réveillait toutes ses facultés, et, faisant appel à tous ifens, il s'écriait : « Venez, et adorons le Seigneur; is heureux de chanter ses louanges ; prosternonsdevant celui qui nous a faits : Venite, exultemus Bo- '. » N'est-ce point ce que nous devons dire nousiijes : « 0 mon esprit, ô mon cœur, nous avons une 3|de œuvre à faire; il n'en est pas de plus importante i! plus sublime. Laissons donc les souvenirs et les disions du monde. Vous n'avez pas trop d'intelligence ni Jd'amour pour louer et bénir le Seigneur au nom de créature. Elevez-vous seuls comme Abraham sur la tagne de la vision, où vous devez offrir votre sacrifice, îmeurez seuls avec Dieu seul. Vous ne redescendrez trop tôt aux vains soucis et aux vaines affections de rre ^ . »

Une autre pensée dont il importe de se pénétrer, c'est

de la présence de Dieu et de sa grandeur. Heureux

nme qui a un grand sentiment de la Majesté infinie et

•l'en perd jamais le souvenir! Heureux aussi celui qui

dèle à en réveiller la pensée chaque fois qu'il a quelque

(mage à lui offrir! Beatus vir qui in sapientiâ morabitur

sensu cogitabit circumspectionem Dei ^ ! Si l'on n'y man-

t jamais, dit saint Jean Chrysostome, si l'on avait soin

fver d'abord ses regards, comme Isaïe, vers le trône

ouverain Maître, de considérer qu'on est devant ses

: et sous sa main, pourrait -on se laisser aller à tant

jes étranges, à tant de folles imaginations? Ne serait-

las dans une sorte de nécessité de s'occuper de lui et

norer sa grandeur ^? Mais souvent c'est à peine si l'on

cala paradisi ; gradus xvin, 9.

'SALM. xcxiv, 1

'était aussi une pratique de saint Adhélard ou Allard, parent de

emagne et abbé de Corbie. Vie, par Paschase Ratbert, xix; Act.

'. 2 janv.

icCLI. XIV, 22.

:uôd si omnis oraturus banc sibi proponeret majestatem , orationes

en a une légère idée. Son nom est comme un de ces ne abstraits qui ne présentent à l'esprit qu'un objet vagi éloigné, presque indifférent. On est devant Dieu, on i dresse à Dieu, et rien ne semble moins présent que Du Mecum eras, et tecum non eram, peut -on dire comme sî Augustin *. Videor et non video 2.

3° En ranimant en soi l'idée de Dieu et de sa grande il convient aussi de penser qu'on n'est pas seul à le lot qu'il est une multitude de créatures occupées à cet emp au ciel et sur la terre.

Concentum cœli quis dormire faciet? dit Job ^, Rien de p imposant que le spectacle de tant d'esprits bienheur qui entourent le trône de Dieu , et qui célèbrent la nui le jour ses perfections infinies. Il en est, au témoignage Daniel, des légions innombrables, des milliers de millioi MilUa millium ministrahant e^, et decies centena millia a stebant ei^. « Je les ai vus, je les ai entendus moi-mêr dit saint Jean : ils n'avaient qu'une voix pour céléh l'Agneau, ses mérites et ses vertus : Et vidi et audh C'est un concert immense, sans relâche comme sans fi Clamabant voce magnd, dicentes : Salus Deo nostro ^ A chants du ciel répondent sur la terre des hymnes louanges et des bénédictions incessantes. L'Eglise co mençant dans le temps ce qui fera son occupation d l'éternité, partout où se trouvent des créatures raisc nables et saintes, la majesté suprême reçoit à tout inst un tribut d'hommages et de supplications : Et omnem cr turam quœ in cœlo est et super terrain^ omnes audivi dicent

suas attentiùs, ferventiûs, et rectiùs funderet. Quis enim tam auda; temerarius Deum prœsentem cogitationis oculis prospiciens, alias cog tiones admitteret quàm bonas et opportunas? S. Chrys. super v( Isaice : Vidi Dominum sedentem super solium excelsum , et plena omnis terra majestate ejus. vi, 1. — Item S. Bbkn., De quatuor m» orandi.

1 Conf. X, 27.

2 S. Been.. Cant Serm. xxxi.

^ Job xxxvni, 7.

^ Dan., vn, 10. Voir S. Bekn. Epist. lxxviii, 6. ^ Apoc. V, 11.

^ Apoc. vu, 10. '

H in throno et Agno^ benedictio, et honor, et gloria, et as in sœcula sœculorum *. »

)rant dum socii , precibus dum cuncta résultant , ^^ac tua vox, fac ne taceat, vel dissonet una.

n'est pas seulement une jouissance pour Tâme fidèle ir son Dieu béni et glorifié par tout Tunivers , c'est e un encouragement et un soutien. Si elle se trouvait en face de ce Dieu infini, chargée d'offrir à sa granles hommages qu'il mérite, elle serait comme acca- )ar ce fardeau et absorbée par son néant. Son isolela découragerait. Mais la vue de tant d'âmes saintes , it d'esprits célestes, appliquant toutes leurs puissances auguste emploi, anime sa confiance et soutient ses 3 2. (( Il est vrai , dit- elle, que je ne suis rien devant ô mon Dieu; je suis indigne de fixer vos regards, ne nt pas prononcer comme il faut votre saint nom. Mais rière n'est pas seule ; elle s'unit aux hommages de j vos créatures, aux louanges que vous offrent tous embres de votre Eglise : Apud te laus mea in Ecclesiâ ï^. Ce n'est qu'une voix, mais c'est une voix de plus un concert immense; ce n'est qu'un flot, mais qui se à des flots sans nombre dans ce large et puissant fleuve 'jouit votre cité*. Uni de toute mon âme à la multide vos enfants el de vos serviteurs fidèles , j'ai la ^nce d'obtenir une part à leurs mérites, et de vous tendre jusqu'à moi la faveur dont vous les honorez : mntur tibi omnia opéra tua^ Domine^,,, Farticeps ego mnium timentium te^,

oc. V, 13.

atio quse non est comprecatores nacta multô est seipsâ languîdior iebilior. S. Basil. Ep. Lxvifi.

kiM, XXI, 26. Pour s'animer à chanter les louanges de Dieu, le 3te aime à se représenter au milieu de l'Église, au sein d'un peuple îux, dans une immense assemblée dont 11 est l'âme : Confitébor tibi lesiâ magnâ, Psalm. xxxix, 10. In Ecclesiâ sanctorum. Psalm. II et cxLix. Tel est aussi le spectacle que l'Église met sous les u prêtre au moment où il commence à l'autel les prières du ÇflrUpn; cum angelis et archangelis, etc. / rV / X

iLM. XLV, 5. / Q /' "^JÏ^aX

ALM. CXLIV, 10. l C'* I ^ 'C^i\

ALM, ex VIII, 63. Ik^I ^f^/ ~ <'\

Il est naturel d'entrer dans ces sentiments, lorsç récite TOffice en chœur. Nous avons connu un pieux fi voisia de religieux fervents, qui, les entendant la chanter les louanges de Dieu, ne pouvait s'empêcher ( lever pour unir sa prière à la leur ; et saint Franco Sales témoigne que c'était une de ses plus douces co lations d'aller réciter l'Office dans les communauté Dieu lui semblait dignement honorée Mais, fût-on la solitude, il suffit de rapprocher par la pensée ceu5 la distance sépare, pour que l'imagination supplée une certaine mesure à la réalité 2. La forme dialoguén prières ecclésiastiques suggère naturellement cette tique; et c'est sans doute pour cette raison que l'E n'en modifie pas les paroles pour la récitation privée, de s'en étonner, comme on l'a fait quelquefois, il y a plutôt d'admirer sa sagesse ; et il convient d'entrer ses intentions, en bénissant le Seigneur dans un e d'union, de charité et de sainte ferveur 3.

* Hamon, Vie de 8. François de Sales, I, m.

2 Attende Carthusienses, Cistercienses et diversœ religionis monac moniales, qualiter omni nocte ad psallendum Domino assurgunt. turpe esset in tam sancto opère pigritare ubi tanta multitudo r sorum incipit Deo jubilare. Imit. I, xxv.

3 Voir plus au long les motifs de bien dire l'Office , dans Navari Oratione, xcvm, xcix, c.

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