‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 26 sur 227 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cinquième pratique : s'appliquer d'esprit et de cœur aux paroles qu'on prononce.

Pour s'acquitter du saint Office, il n'est pas nécesst d'avoir dans l'esprit le sens précis des prières qu'on p nonce. Les textes sont quelquefois difficiles à entendre l'attention n'est pas toujours au pouvoir de la volor' L'esprit peut d'ailleurs s'exercer sur d'autres objets 1 convenables et très salutaires. Néanmoins , à parler général, on ne saurait trop s'appliquer au sens des paro Qui legit intelligat K Cette occupation est la plus naturel elle est aussi la plus conforme à l'esprit de l'Eglise et exemples des saints.

Quand on s'adresse à Dieu pour le bénir, quand on f fère devant lui des formules de prières, quoi de plus nt rel que d'être attentif aux paroles qu'on prononce , et joindre à la lettre les pensées et les affections qu'elle prime? Négliger cette source d'inspirations pour aller cl cher ailleurs des sentiments et des idées, ne serait-ce faire violence à l'esprit , et lui imposer inutilementdouble travail , en le mettant dans l'impossibilité de

^ Matth. XXIV, 15. — Docet et admonet nos Spiritus sanctus ut ps! mus intelligenter, ne quaeramus sonum auris sed lumen cordis. S. AuG verba : Psallite sapienter, Psalm. xlvï, 8,

L acquitter de Tun et de l'autre? Ce serait d'ailleurs

onnaître la destination et la dignité du saint Office. Car lemment l'Eglise n'a pu rédiger cette prière, et elle ne

ace sur nos lèvres qu'avec le désir de mettre ses pen- . dans notre esprit et ses sentiments dans notre cœur, n peut citer ici l'exemple de tous les saints ecclésiases. Quelque éclairés qu'ils fussent, quelque attrait Is eussent pour l'oraison et la contemplation, ils se aient une loi de ne parler à Dieu qu'avec intelligence , n'admettaient guère de milieu entre l'application aux 3les de l'Office et les évagations de l'esprit. On pourrait r également la pratique des religieux les plus fervents, uand vous récitez l'Office divin , disait saint Bernard

moines de Clairvaux, songez à ce que vous dites à

u. Ne vous occupez d'aucune autre choses » — « iVu-

t que vous pourrez, dit saint Bonaventure, ne pronon-

pas une parole sans y faire attention et sans la com-

ndre ^ y> Aux conseils, ces saints religieux joignaient

:emple. Saint François d'Assise se punissait avec rigueur

distractions les moins volontaires. Saint Joseph de Co-

tino, à qui ses ravissements et ses dons extraordinaires

; donné tant de ressemblance avec le fondateur de son

Ire, savait captiver sa pensée et l'appliquer à la lettre

saint Office. Il ne se pardonnait pas d'en dire un mot

is attention : et s'il s'apercevait qu'il commençât à se

liger, il reprenait sans hésiter le verset qu'il avait rc-

trop légèrement^ Aussi avouait- il que le Bréviaire

Nihil aliud dùm psallitis qiiàm quod psallitis cogitetis. Nec illa quidem fecto recipere tune consuluerim qua3 forte paulo ante in claustro setes in codicibus legeratis, qualia et nunc me vivâ voce disserente ex hoc literie Spiritûs sancti recentia reportatis. Salubria sunt, sed minime

salubriter inter psallendum revolvitis. In Gant, xlvii.

Reg. nov. de Off. c. i. — Sainte Thérèse faisait à ses religieuses les mes recommandations : « Quand je récite le Gredo, je dois, ce me sem-

savoir ce que je crois; de même, quand je dis Notre Père, l'amour

|?e de moi que je sache quel est ce Père', etc. » Chem, de la perf.^ xxv. ^ Nous ne rapportons pas cet exemple pour autoriser les scrupules de •talDs ecclésiastiques qui se croient sans cesse obligés de reprendre leur jice, et qui ne peuvent parvenir à s 'en acquitter à leur gré. Peur les scru- ; leux, nous tenons à la règle : Ne itères verhum in oratione tua, Eccli. m, 15. Mais ce n'est pas ici le cas; et nous sommes forcés d'admirer

était pour lui une source de lumières et de consolatî inexprimables.

Cependant ce n'est pas l'intelligence seule qui doit a: On comprend que, pour être bien récité, l'Office dema autre chose qu'une lecture attentive et sérieuse *. Dan partie affective surtout, dans les psaumes, par exem\ et dans tout ce qui constitue une prière proprement d il faut joindre aux considérations de l'esprit les sentime du cœur. Tibi dixit cor meum, disait David *. Les mêi signes qui mettent notre voix d'accord avec celle du Pj niiste, doivent nous faire entrer dans ses affections et d( ses pensées, de sorte que nos paroles expriment réellem ce que nous ressentons, et soient aussi vraies sur nos vres que sur les siennes.

Tel est encore l'enseignement des docteurs. « C'est cœur que Dieu regarde, nous disent-ils; c'est le cœur q écoute. Entrez donc intérieurement dans toutes les dis sitions du Psalmiste. S'il prie, priez avec lui; s'il gén gémissez; réjouissez-vous lorsqu'il est dans la joie; es rez quand il espère; tremblez quand il s'effraye ^ Réci des psaumes sans sentiment intérieur, c'est être com l'airain qui sonne ou comme la cymbale qui retentit

Qu'on n'objecte pas que les paroles de l'Office ne s pas les nôtres, que les psaumes n'ont pas été compo pour nous, qu'ils supposent des pensées, des circonstanc des dispositions qui nous sont étrangères. Car l'Offic

cette énergie de volonté qui finit par plier à l'obéissance la faculté la ] indocile : In captivitatem redigens intellectum in odsequium Chr II Cor. X, 5. — Voir à la fin la Note II sur les Distractions,

^ Non tam quœras scientiam quam saporem. S. Bern. in Spec. mon Une lecture peut se faire en trois manières : légèrement, sérieusemf saintement. Or celle de l'Office ne doit jamais se faire légèrement; et seulement elle doit toujours être sérieuse, comme d'une chose grave, n encore elle doit se faire saintement, en esprit d'oraison, comme un act( piété. Voir P. Surin. Cat. spirit. p. IV.

2psALM. XXVI, 8. — In me sunt, Deus, vota tua, quae reddam, lau tiones tibi. Psalm. lv, 12.

^ Si orat psalmus, orate ; et si gémit, gemite ; et si gratuletur, gaudc et si sperat , sperate ; et si timet, timete. Omnia enim quas hic scri sunt spéculum nostrum sunt. S. AuG. Enarr. III in Psalm, xxx, 1.

^ Pet. Blés. Serm. syn. lvi. Supra, p. 39.

rédigé pour nous; et quant aux psaumes en particulier,

s établirons bientôt ce principe, qu'ils ont pour premier

rincipal objet Notre-Seigneur et non le Psalmiste. Par

léquent, ce qu'ils expriment, ce n'est pas l'esprit d'un

|me en particulier, mais l'esprit de tous les chrétiens,

idérés dans le chef qui les unit et qui les résume; ce

toutes les dispositions que la grâce de Dieu opère,

prd en Jésus-Christ, la source et la plénitude de toute

surnaturelle, puis, après lui et par lui, en tous ceux

s'est incorporés comme ses membres par le saint

îme; ce sont donc les nôtres aussi bien que celles de

i et de tous les justes. Ainsi c'est pour nous que les

mes eux-mêmes ont été écrits; c'est nous que l'Esprit

en vue à l'origine, lorsqu'il les a inspirés. C'est de

jérils qu'il y parle; ce sont nos combats qu'il y dé-

; c'est de nos fautes qu'il y gémit; c'est notre repen-

otre espérance, notre zèle, nos actions de grâces,

amour qu'il y fait parler en termes si touchants et

iis. Ils nous appartiennent donc réellement, et Ton

herait en vain dans la religion à quoi s'applique plus

.lement la parole de saint Paul : Omnia vestra siint;

\tem Christi; Christus autem Bei^l

pt le lieu de rappeler encore une fois le grand mys-

e l'unité chrétienne, proclamé par saint Paul. Tous

lèles ne forment ensemble qu'un même corps, et

Christ, qui en est le chef, communiquant à tous ses

res un même esprit et une même vie, il y a nécessai-

'^!!' t entre tous communauté de sentiments et id(întité

\ i/iî 1

ères: In commune orant, in commune laborant^; de

', nioii

eiiseï ni, 22. — Sicut olim manna habuit omne delectamentum et [it;et saporem suavitatis, ita nunc psalmi habent effectum omnium oratioriaYe,! sensum cujuslibefc intentionis. In ore jnsti sunt verba gratias iiiiact|in ore peccatoris verba veniam deprecantis, pro defunctis verba supplicio ad Deum clamantis; et quocumqne se Intentio canen-

rterit, illuc se sensus psalmorum affectui canentis conformabit...

itas psalmos, Christus in mente tuâ est ; dum ore psalmos decan-

stus in ore tuo est. Psalmorum radiées non in terra sed in cœlo hicdBtj quia ibi est Christus, qui omnium psalmorum materia est, et j 1, 1 ibi est conversatio Ecclesite quas est corpus Christi. Radulph.

)})serv. c. IX.

B. de OjSUc. I, XXIX, 142. — Pas de doctrine plus fortement incul-

sorte que, ce que l'un demande, non seulement Jési Christ le demande avec lui, mais encore tous les chi tiens doivent être disposés à le demander comme lui.

Ce que nous venons de dire se rapporte spécialemen la partie affective du Bréviaire. Il n'en faut pas concl que le reste de TOftice, les leçons, les capitules, etc., < mandent moins d'attention de notre part. Si nous dev appliquer notre esprit aux paroles que nous adressons Seigneur pour ne rien dire que nous ne pensions rée ment , il faut bien l'écouter aussi et tâcher de profitei ses avis : Susdpite insitum verbum quod potest salvare ani vestras ^ .

Les instructions qu'offre le saint Office sont de d sortes : les unes qui se lisent tous les jours invaria ment 2; les autres qui ne reviennent que de loin en loii certains moments déterminés. Il faudrait considéreif"' premières comme les fondements de notre vie , commtr règles essentielles de notre conduite ; et regarder lee J^' condes comme autant de révélations ou d'avis par liers dont nous avons besoin dans les circonstances tr

quée par l'Apôtre, ni plus souvent développée par les Pères et les ai spirituels. Cf. Pour S. Paul : Eom. xii, 5; I Cor. xii, 11, etc.; Bph. II, 20; IV, 13; v, 23. CoL.i, 18; ii, 19. Pour la tradition, S. Au dans ses commentaires sur les Psaumes v. g. In Psalm. xlii, 1 : « Ecclesia, esurit homo ille ubique dilïusus cujus caput sursùm est , nu |jçj deorsùm. Ejus vocem in omnibus psalmis, vel psallentem, vel gem» vel laetantem in spe, vel suspirantem in re, notissimam jam et fam simam, habere debemus tanquam jiostram. Non ergo diù immorand ut insinuemus vobis quis loquatur. Sit unusquisque in Christi cor] loquetur hic. » Entre les auteurs spirituels, M. Olier, Catéchisme ch\ BossuBT, Lettres de piété , iv^ Lettre à une demoiselle de Metz S2ir tère de l'unité de V Église, nos 4^ 5 et 15 à 21 ; et Sermon sur la Trini du premier point.

^ Jac. I, 21. — Ce n'est pas que les psaumes eux-mêmes n'offr(Bjjç'g vent matière à d'utiles réflexions. On en voit un exemple dans la P. Brydaine. « Un jour, dans l'intervalle de ses prédications, il réel Office avec quelques-uns de ses confrères. Tout à coup il s' arrête, -Bjjjçj^'^ en larmes et suffoqué par les sanglots. On en était à ce ve] psaume xlix : Quare tu enarras justitiam meam ? etc. On lui d la cause de sa douleur : « Eh! ne voyez-vous pas, répond-il, que nonce ma propre condamnation ? Que f ais-je autre chose que de la loi de Dieu et de la violer sans cesse ?» — S. Eplphane rap] fait semblable d'Origène pénitent. Hceres. 64.

2 Par exemple : Venitej exuUemus,,, Begi sœculorum... Sodrii es

oires que nous traversons. Que de profit on tirerait de ces nstructions, de quelles lumières et de quelles consolations lies seraient la source, si on les lisait toujours dans cet sprit et avec ces dispositions ^ !

En résumé, le meilleur avis pour la récitation des Heues, c'est de s'appliquer, autant qu'on peut, aux paroles u'on prononce, et d'y joindre intérieurement les pensées tles sentiments qu'on exprime. Nous ne nierons pas qu'il 'y ait lieu à quelques exceptions. Dans certains états

union avec Dieu, l'âme est quelquefois saisie de pensées t de mouvements dont il ne lui est ni avantageux ni fale de se distraire. Habituellement même, les personnes 3s plus profondément recueillies sont moins attentives aux aroles qu'elles prononcent qu'à Celui à qui elles s'adresent ou aux grâces qu'elles désirent obtenir ^ Nous ne les ngageons pas à faire violence à leur attrait. Mais les âmes ontemplatives sont assez rares. Pour l'ordinaire, ce n'est as l'Esprit de Dieu qui empêche d'être attentif à la lettre e rOfiice, et l'on ne peut que gagner à en suivre le sens vec une douce ferveur et une application soutenue ^

1 II serait facile de citer beaucoup d'exemples. Je me borne à un seul , ré des Mémoires du cardinal Pacca. Après avoir décrit l'enlèvement du ape Pie VII et les incidents de la première journée de marche au sortir Rome, il fait cette réflexion : « Par une disposition de la Providence, les rières de l'Église pour ce jour-là, au saint Office comme à la Messe, semaient annoncer ce que nous avions sous les yeux. Tout y respirait la mflance, le courage, la consolation. On lisait à Matines le passage de

Matthieu où il est parlé de la barque de Pierre, image de l'Église. Elle 3rtalt les Apôtres sur le lac de Génésareth et était battue par la tem- 3te : Navicula in medio mari jactahatur fliictibus, dit l'Évangéliste ; erat lim contrarius ventus. Mais bientôt le Seigneur apparaît sur les flots ?ités. Il entre dans la barque, et le calme se rétablit : M cessavit ventus. e soir, au second Nocturne , nous lûmes les éloquentes paroles par lesiielles S. Chrysostome loue et félicite S. Pierre et S. Paul de leur conance , et *se réjouit avec eux des tourments qu'ils ont soufferts... Je fis marquer cette coïncidence au Saint-Père. » Tome I, part. II, c. i.

^ Semper in psalmis meditemur atque Voce concordi , Domino canamu ulciter hymnos. Eymn. matut. post. Trinit.

^ Oratio frequens quamdam operatur disciplinam orandi, qua ipse usus

cibiles Dei facit, indociles autem negligentia. S. Ambr. De Gain et Ahel.

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