CHAPITRE IX
Neuvième pratique : avoir certains moments déterminés pour réveiller son attention et ranimer sa piété.
Quelque soin qu'on prenne, en commençant, pour se recueillir et s'exciter à la ferveur, il est toujours à craindre que l'attention et la piété ne se relâchent peu à peu , et ne cèdent l'empire à la routine. C'est pour éloigner ce danger que l'Eglise a mis tant de variété dans la composition de son Office, qu'elle fait succéder les antiennes aux psaumes, les instructions aux prières, les répons aux hymnes, les exhortations aux exemples et aux récits. Dans la célébration solennelle, elle a des moments de silence, des prières secrètes; elle prend soin de varier les voix, le chant, l'attitude; et par le spectacle de ses cérémonies, elle frappe les regards et rappelle à chaque instant les pensées à Dieu. Malheureusement on perd une partie de ces secours dans la récitation privée; et, à cause de l'isolement où l'on se trouve, on ne peut se conformer que fort imparfaitement aux usages du chœur. Que faire pour suppléer à ce défaut? Ce que font un grand nombre de saints prêtres: se fixer d'avance certains moments pour se recueillir et rompre l'entraînement naturel; déterminer comme points d'arrêt certains passages, certains versets, certains mots plus frappants; s'y appliquer de telle sprte [ju'ils ne passent jamais inaperçus, et qu'ils soient comme
autant de signaux pour rappeler Tâme à elle-même et renouveler dans ses dispositions premières.
Un des versets qui peuvent servir à cette fin , c'est celu par lequel s'ouvrent toutes les Heures : Deus ^ in adjutorium meum. La place qu'il occupe, sa signification, la solennité avec laquelle il se chante à l'église, tout côntribu( à le signaler à l'esprit. Il convient donc de s'habituer à le prononcer avec attention et ferveur. C'est une excellente pratique, quand on est seul, de se lever pour le réciter el (Je faire alors sur soi, avec gravité et religion , le signe d( la croix , comme si on était au chœur. En même temps qu'on invoque les grâces du ciel , on ferme par là son âme aux pensées profanes et aux suggestions malignes. Sainte Catherine de Sienne avait une grande confiance dans le vertu de cette prière, et la répétait en toute occasion. Sainte Lutgarde assurait avoir vu souvent les démons fuii avec précipitation , dès qu'on commençait à réclamer ainsi l'assistance divine ^
Quant au sens de ces paroles, M. Olier^ conseille d'adresser d'abord au Père la première invocation: Deiis, in adjutorium meum intende , disant du fond du cœur: 0 Dieu , jetez les yeux sur Celui qui m'assiste ; ne me regardez pas moi-même, mais considérez votre Fils qui veut bien se faire devant vous mon aide et mon supplément , adjutorium meum. On dirait ensuite à Jésus -Christ : Sei-i gneur, hâtez- vous de me secourir. Assistez -moi de votre Esprit, afin que je glorifie votre Père : Domine, ad adjuvandum me festina. Mais rien n'oblige à diviser ainsi le sens de ce verset. On peut regarder les deux invocations comme une double expression d'un même vœu : celui d'obtenir de Notre- Seigneur l'esprit de prière, dont il possède la plénitude et dont il est l'unique source.
Un autre verset, non moins propre à ranimer la piété et qu'on répète plus de soixante fois à chaque Office, c'est
^ Thomas de Cantimpré, Aoto Sanct., 16 juin.
2 Catéchisme chrétien pour la vie intérieure^ II, xiv.
doxologîe par laquelle se terminent tous les psaumes , ites les hymnes, tous les cantiques : Gloria Patrie., m que ces paroies ne soient pas tirées de l'Ecriture , glise ne les prononce jamais sans un témoignage profonde religion, et il en est peu, dans l'Office, qui vent nous être plus chères pour leur antiquité et leur nification.
Quelques auteurs en font honneur à saint Jérôme. Ils
entque cVst le pape saint Damase qui, sur le conseil de
docteur et pour opposer à l'hérésie arienne une profes-
1 de foi plus solennelle, a établi Tusage de terminer
si le chant des psaumes ; mais il est certain que cette
ologie remonte bien plus haut. Comme la coutume des
miers fidèles était de commencer chacune de leurs
ons par l'invocation expresse des trois personnes di-
3S, au nom desquelles ils avaient été régénérés, c'était
lement la pratique des plus anciens évêques , surtout en
nt, de terminer leurs instructions par un témoignage
vénération ou de reconnaissance envers l'adorable
lité , principe et lin de toutes choses. D'après saint
île, la formule même de notre doxologie remonterait
temps apostoliques-.
e n'est pas saint Damase qui l'a composée ni introe dans l'Office; mais il en a généralisé et sanctionné îge, en sorte qu'elle a été, dès cette époque surtout, mne de prédilection de l'Eglise entière. Du reste, nul ique plus sublime, ou qui réponde mieux à sa destion 3. Les premières paroles rappellent le chant des
ur l'origine de cette doxologie, voir Azevedo , Exercit. liturg. xxi ; on excellence et sa sigDiflcation , un opuscule intitulé : Seraphim Us ad alterum damans et dicens gloria sanctissimce Trinitati, ab ïer Donck., frat. Min. ; et un autre sous ce titre : Breviarium glorice ssimce Trinitatis; 1644, et Bourdadoue, Serm. pour la Trinité, ut.
. Basil, de Spiritu sancto, xxvii, 68.
n lit dans la VI« leçon de la fête de saint Damase : « Statuit ut , quod us jam locis erat in usu, psalmi per omnes ecclesias die noctuquo ab ft' is canerentur, et in fine eu jusque psalmi diceretur : Gloria Patri, et et Spiritui sancto. » Et dans une Épître qu'on a crue longtemps de Jérôme à ce pape : « Istud carmen laudis conjungi prœcipias cum
anges à la naissance du Sauveur : Gloria in altissimis Deo ^ et celui que saint Jean entendit au ciel : Sedenti in thron et Agno, benedictio, et honor, et gloria^. Quoi de plu propre à élever l'âme au-dessus de ce monde?... Le noms des trois personnes divines : 'Batri, et Filio, et Spi ritui sancto, traduction authentique, exposition précis du triple Sanctus dont Isaïe avait recueilli l'écho % non mettent en présence de la Majesté infinie elle-même, tell que la foi nous la révèle et que les bienheureux la con templent. Quoi déplus puissant pour fortifier la foi, ani mer l'espérance, enflammer la charité? La conclusion Sicut erat, exprime parfaitement, d'une part l'éternité d Dieu et sa souveraine indépendance, de l'autre Timmutabi lité de notre foi et la perpétuité de notre religion. Enfin, dar son ensemble, la doxologie énonce avec une majestueux simplicité le sentiment le plus sublime que nous puissior concevoir, l'aff'ection la plus parfaite dont Notre-Seigneur lu même soit capable envers son Père. Si la noblesse du lar gage résulte de l'élévation des pensées, quoi déplus magn fique que ce peu de mots, où la majesté suprême trou\ la seule oflrande qui convienne à sa grandeur et que ï souveraineté exige essentiellement de toute créature*!
pari ore declaretur. t> Suivant le Card.' Bona, le verset Sicut erat pourn avoir été ajouté, à la suite du concile de Nicée, comme une protestati contre Thérésie arienne. Quoi qu'il en soit, l'usage de cette doxologie d tinguait nettement le culte chrétien du culte juif. «On chantait les psauir dans la synagogue comme dans l'éghse, dit M. Olier ; mais aux psaun les chrétiens ajoutèrent le Gloria Patri, pour montrer que leur loi ajou à celle de Moïse la religion et le culte exprès des trois personnes divim que l'on distinguait assez peu jusque-là. » Mystères de N,- S. ^ Luc. II, 14.
2 Apoc. V, 13.
3 ISAI^. VI, 3.
^ Un fait singulier rapporté par Voigt, historien protestant, dans l'h toire de S. Grégoire YII, autorise à penser que ce saint pape ne prononç; jamais ces paroles qu'avec foi et respect. Envoyé comme légat en Frar sous Victor TI, il tint, pour la réformation du clergé, un concile auqi l'archevêque d'Embrun fut déféré comme coupable de simonie. Ce prél. informé de Taccusation, se hâta d'acheter à prix d'or le silence de ceux ( pouvaient le convaincre; puis, se présentant au concile : « Où sont n accusateurs?» dit-il d'un air assuré. Mais Hildebrand, qui avait des ri Bons de le croire coupable, se tournant vers lui , lui dit : « Archevêqi croyez-vous que le Saint-Esprit est Dieu comme le Père et le Fils? — Je
Saint François de Sales, entrant dans la pensée de Eglise , s'attache à faire comprendre quelle est cette gloire u'elle souhaite à Dieu pour l'éternité, a Ce n'est pas eulement, dit-il, celle que Jésus-Christ iui rend dans on humanité et dans ses saints : c'est une gloire incomarablement plus parfaite. Les actions humaines du Sau- |eur, bien qu'infmies en valeur et en mérites, à raison de |L personne qui les produit , ne sont pourtant pas d'une jssence infinie, parce que le Verbe incarné les fait selon sa ^ture et substance humaine, qui est finie. La louange pnc qui part de Jésus- Christ en tant qu'homme n'étant is de tout point infinie, force nous est de reconnaître 4e la Divinité est encore infiniment plus louable qu'elle peut être louée , même par l'humanité du Verbe ; et lalement nous voyons que Dieu ne peut être glorifié sen son mérite que par lui-même, lui seul pouvant égaler souveraine bonté par une souveraine louange. Dans tte vue nous nous écrions : Gloire soit au Père, et au ISy et au Saint-Esprit, Et afin qu'on sache que ce f3st pas la gloire des louanges créées que nous souhaits à Dieu par ces paroles, mais bien la gloire essenlle et éternelle qu'il a en lui, qui vient de lui, et qui ; lui-même, nous ajoutons : Ainsi qu'il Tavait au cornncement, etc. Et nous ajoutons ce verset à chaque aume , pour protester que toutes les louanges , hudnes et angéliques, sont peu de chose pour Dieu, et e pour être dignement loué il faut qu'il soit lui-même gloire, sa louange et sa bénédiction ^ » Ainsi, quel que soit l'objet particulier du psaume, cette îLologie en résume et en complète toujours le sens prinal : c'est l'expression abrégée des sentiments les plus
[s, répondit -il. — Bh bien, reprit le légat, récitez le Gloria Patrt »
^imoniaque prononça sans difficulté : Gloria Patri, etFilio, mais il lui
impossible de rien ajouter; l'Bsp rit-Saint, dont il avait acheté les
ne permettant pas qu'il prononçât son nom. Ainsi convaincu, le
at se jeta aux pieds du légat et renonça à son évêché, puis il pro-
a sans difficulté les mots indiqués. Saint Pierre Damien et Didier,
du Mont-Cassin, qui rapportent ce miracle, en avaient entendu le
de la bouche du légat lui-même , devenu alors Grégoire VII. Vie, 1. ler.
Traité de V amour de Dieu, Y, xir.
purs, les plus généreux et les plus sublimes que l'amour divin puisse inspirer.
Un religieux de l'ordre de Saint -François, après avoir beaucoup médité ces paroles , avait mis par écrit ce qu'elles lui semblaient exprimer de pieux devoirs et de saintes: affections envers l'adorable Trinité. Puis il avait fait aveci lui-même un pacte qu'il avait prié Dieu de bénir : c'est qu'il ne prononcerait jamais cette formule qu'avec la disposition d'offrir aux trois divines personnes tous les vœux, tous les hommages, tous les devoirs dont il avait reconnu qu'elle était l'expression. Chaque fois donc qu'il répétait le Gloria Patri, voici quelles étaient ses intentions :
1° D'offrir à Dieu toute la gloire que son Fils rend à sa grandeur infmie; soit dans l'éternité, comme son image parfaite et incréée, soit dans le temps, comme l'exemplaire et la source de toute vraie religion ;
2° D'adhérer à tous les hommages que lui rendent en son Fils la bienheureuse Vierge, les anges et tous les saints du ciel et de la terre;
3^ De souhaiter que Dieu soit connu et servi par tous ceux qui le méconnaissent et l'offensent, que les infidèles et les hérétiques se soumettent à la foi et que les pécheurs qui déshonorent l'Eglise se convertissent;
i^ De demander que les ecclésiastiques et toutes les âmes saintes avancent dans la perfection, et glorifient Dieu de plus en plus;
5^ De réparer, autant qu'il est possible, tant de blasphèmes et de péchés de tout genre par lesquels le nom âc Dieu est continuellement offensé;
6® Enfin de s'offrir sans réserve à la divine Trinité, pour l'honorer et pour la servir partout où il lui plairait
Ces intentions ne se représentaient pas habituellement à son esprit d'une manière distincte ; mais il se souvenait de l'offrande qu'il en avait faite. D'ailleurs il les relisai de temps en temps, et sans se contraindre ni contrarie les inspirations particulières que les occurrences pouvaieé^j lui fournir, il tâchait d'en avoir toujours quelqu'une potHj occuper sa pensée et pour exciler sa ferveur.
Rien n'empêche de suivre cet exemple*. Quand on n'y gagnerait que d'être plus attentif, de prononcer ces paroles avec plus d'intelligence et de dévotion, ne serait-ce pas déjà un assez grand avantage? On lit dans la vie de Barthélémy des Martyrs, cet illustre et pieux évêque, l'une des lumières du concile de Trente % que chaque fois qu'il chantait ou récitait le Gloria Patri, il ressentait dans son âme une telle ferveur et il éprouvait une joie si vive que ces sentiments paraissaient au dehors, jusque sur sa figure et dans le son de sa voix: On a fait la même remarque à l'égard du P. Serrarius, religieux de la société de Jésus, homme d'un grand savoir et d'une piété éminente. « On ne saurait dire avec quelle ardente dévotion , avec quels élans de cœur et d'esprit il disait ou écoutait ces belles paroles. Aux jours de fête surtout, quand il les entendait chanter avec plus de solennité qu'à l'ordinaire, il ne se possédait plus : l'allégresse de son âme éclatait malgré lui et l'emportait en de pieux excès ^ »
Une autre pratique non moins louable, c'est d'incliner la tête en prononçant ces paroles, selon la rubrique du chœur. Saint François de Hiéronymo n'y manquait jamais. En réveillant l'attention, cette marque de religion aide à entrer dans les sentiments de respect et d'humilité dont elle est l'expression; et ainsi, par notre attitude comme par nos paroles, nous imitons les anges et les bienheureux : Cùm darent gloriam sedenti super throniim, procidehant et adorabant viventem in sœcula sœculorum, Ceciderunt in conspectu throni dicentes : Benedictio et claritas,,. Beo nostro in sœcula sœculorum. Amen *.
^ Certains docteurS; portés par caractère et par esprit de parti à signaer les travers des personnes pieuses, ont parlé avec beaucoup de mépris fle ces sortes de conventions. Il est possible qu'un esprit peu éclairé s'en îxagère le mérite et l'efficacité; mais elles n'en procurent pas moins pour 'ordinaire deux avantages très considérables: d'un côté, elles sont d'un jrand mérite devant Dieu , puisqu'elles témoignent un ardent amour enrers lui ; de l'autre, elles disposent prochainement l'âme à produire dans 'occasion beaucoup de saintes aspirations et d'actes de vertu réels. Cf. JEssius, de Perfectionibus divinis, XLI, xix, n» 168.
2 Vie, IV, xxiiï et xxiv.
^ P. Saint-Jure, L'homme spirituel, II, v,
* Apoc. IV, 9 ; VIII, 11.
A cette signification générale, essentielle à ce signe, on est libre d'en joindre une autre plus particulière et plus précise. Un jour que sainte Madeleine de Pazzi s'inclinait ainsi avec une application plus sensible qu'à l'ordinaire, une de ses sœurs lui demanda la raison de cette observance. « C'est, répondit -elle, une pratique que je tiens de mon confesseur, d'offrir ma vie à la sainte Trinité, en inclinant la tête au Gloria Patri, comme si je la présentais au bourreau, pour subir le martyre ^ » Par la même inclination, un pieux ecclésiastique se proposait d'honorer l'abaissement du Fils de Dieu, descendant du ciel pour restituer à son Père la gloire que l'orgueil de l'homme lui avait ravie; et il s'unissait ainsi à tous les hommages que le Verbe incarné a ofTerts à la Majesté divine. Un autre, plus porté à la componction, se mettait dans la disposition d'un serviteur inutile et coupable, qui s'oiTre à la divine justice pour subir la peine de sa négligence et de ses fautes.
Le bienheureux Jourdain, successeur de saint Dominique dons le gouvernement de son ordre , avait l'habitude d'implorer, en ce moment, la bénédiction de l'auguste Trinité. Un jour, veille de la Purification , Dieu le récompensa par une faveur extraordinaire. Comme on chantait au chœur l'invitatoire : Ecce venit ad templum sandum suuniy il vit la très sainte Vierge descendre du ciel et s'asseoir avec Notre-Seîgneur sur un trône que les anges leur avaient préparé. L'un et l'autre se mirent à regarder avec bonté chacun des religieux; puis quand ceux-ci, ayant achevé le Venite, exultemus.,., s'inclinèrent en chantant, le Gloria Patri, Jourdain vit la Mère de Dieu prendre la main de son fils, et les bénir doucement en traçant sur eux le signe de la croix 2.
^ AcTA Sanct., 25 mai. Tie, v^r le P. Ceparî, son confesseur, 2 AcTA SS., 15 fév. — Le Vén. Bède, Vhomme de prière, selon son nom, aimait beaucoup cette doxologie. Il mourut en la répétant, la veille de l'Ascension, 26 mai 735, après les premières Vêpres, suivant le récit de son disciple Cuthbert : « Verè f ateor quia neminem unquam oculis meis vldl, nec auribus audivi tam diligenter gratias Deo vivo referre. G verè beatus viri Canebat antiphonas..., quarum una est : 0 Bex gloriœ^ Domine vir-
Après le Deus in adjutorium et le Gloria Patri, ce qui se recommande le plus à notre piété , ce sont les oraisons, ou demandes particulières que Ton fait à l'occasion de la fête ou de l'Office qu'on célèbre. Comnie elies terminent les Heures , elles doivent en assurer le fruit. Aussi l'Église es signale-t-elle d'une manière particulière à notre dévotion.
D'abord elle annonce cette prière comme un acte mportant. Elle nous invite à ranimer en nous le désir ies grâces célestes : Oremus, Puis , si l'Office se fait au îhœur, tous étant debout dans une attitude religieuse , lie en fait prononcer les paroles à haute voix par celui qui Dréside. Et comme il tient dans l'église la place du Sauveur )riant pour ses membres , elle l'oblige à faire un acte îxprès de renoncement à lui-même et d'union au Fils de )ieu : Per 'Dominum,.,^ reconnaissant qu'il parle au nom de e divin chef, qu'il s'appuie sur ses mérites et qu'il n'a i'espoir que dans sa médiation.
Il est d'une extrême conséquence d'entrer dans cet es- 3rit , et de s'habituer à dire toutes ces paroles , en pariculier comme en public, avec un profond sentiment inérieur; et non pas, comme il arrive quelquefois, avec )récipitation et négligence , comme si c'était une formule )anale , une sorte de transition entre l'Office et des occu- )ations plus pressantes. Si l'on ne se met pas à genoux )0ur réciter l'oraison, on fera bien de se tenir au moins
utum, qui triumphator hodiè super omnes cœlos ascendisti, ne dereliii' uasnos orphanos!,.. Et cùm venisset ad illud : Ne derelinquat nos..., proapit in lacrymas , multùmque flevit ; et post horam cœplt repetere qiio9 achoaverat. Feriâ quartâ ante Ascensionem, praecepit diligenter scribi quae eperamus. Ad vesperam, puer Wilbert dixit : Modo sententîa descripta st. Ille autem : Benè, ait; consummatum est. Et sic, in pavimento snae asulae decantans : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto, cum Spiritiim
Ianctum nominasset, spiritum exhalavit ultimum, atque, ut sine dubio redendum est, pro eo quôd hic semper devotissimus in Dei laudibus laloraverat, ad gaudia desideriorum cœlestium migravit. » Acr. SS., 27 mai. tem OswALD ,Ep. Ebor., 992; 18 oct. — Alcuin, qui termina sa vie le mr de la Pentecôte, 804, ne cessait de répéter, dans ses derniers moments, ette antienne du temps de l'Avent : 0 Clavis David, qui aperis et nemo laudit, claudis et nemo aperit, veni et educ vinctum de domo carceris t sedentem in tenebris el umbra mortis.
debout. On ne saurait être trop soigneux non plus à prononcer avec afTection ce premier mot : Oremus, se l'adressant à soi-même comme une exhortation, et songean qu'on n'a pas à prier seul , dans un intérêt particulier mais avec Jésus -Christ et pour toute l'Eglise : Quoniarr, jper Jesum habemus accessum in uno Spiritu ad Patrem * .
Pour ne rien omettre de ce qui peut avoir quelque utilité, observons encore qu'il est bon de s'habituer à prononcer avec une dévotion particulière certains mots et certains versets. Saint Liguori signale à cet effet les expressions les plus remarquables de confiance, d'humilité, d'amour, etc., qui se présentent dans les psaumes ^ Nousi nous abstenons de rapporter ces passages, parce que l'im-i pression qu'ils produisent n'est pas la même sur tous, et que le choix de chacun doit dépendre de ses dispositions et de ses remarques. Mais il y a des mots que tous doivent s'appliquer à prononcer avec attention : ceux qui rap pellent les principaux objets dont nous devons être occupés : Dieu, Notre-Seigneur et nous-mêmes 3. Il ne faudrait jamais invoquer Dieu sans une religion profonde , ni nommer Jésus- Christ sans une vive reconnaissance, ni parler de nous sans un sincère sentiment d'humilité et de charité fraternelle.
Nous savons que les sentiments sont variables, et qu'il n'est pas possible d'être toujours ému d'une même manière par un même objet. Aussi ne demandons- nous que l'attention de l'esprit. Mais elle doit s'étendre à tout ce qui est propre à élever l'âme et à toucher le cœur. Quelquefois
^ Ephes. II, 18 ; EoM. v, 1.
2 Voir son opuscule sur V Office divin. On trouve un exposé semblable des divers sentiments exprimés par le Psalmiste dans Alvarez de Paz, De Studio orationis, et dans Bellecius, De la solide Piété.
"^ S. Charles ne prononçait jamais le nom de Dieu sans se découvrir. — On rapporte d'un saint ecclésiastique du siècle dernier qu'il avait un tel respect pour ce nom adorable, que c'était pour lui une sorte de tourment de l'entendre donner aux idoles du paganisme, ce On ne devrait jamais, disait-il, prononcer ce mot sans une profonde religion. C'est un blasphème de donner le nom du Tout-Puissant à des personnages fabuleux que les crimes ei les passions ont voulu diviniser. » Vie de M. Delalande, curé de Grigny, par M. Ameline ; 1773.
on se sent touché au moment où Ton y pensait le moins. Un verset qu'on a dit mille fois avec indifférence fait jaillir une étincelle qui éclaire et qui embrase. C'est une vérité dont on n'avait pas encore senti l'importance , ou bien c'est une application frappante qu'on entrevoit pour la première fois K A quelque moment que l'Esprit-Saint nous parle, il demande d'être écouté ^ Il faut ouvrir les yeux quand sa lumière brille ; il faut non seulement recevoir, mais savourer ses faveurs : Mel invenisti : comede quod suffidt ^. Jucunda ruminatio psalmorum*, dit saint Bernard. Les moments qu'on passe à écouter la voix de Dieu ne sont pas seulement les plus consolants ; ce sont encore , sans comparaison , les plus salutaires et les plus fructueux : Magister intùs esf^î.,, Beata anima quœ Dominum in se loquentem audit! Beatœ plané aures quœ venas divini susurri suscipiunt ^ !
* Les paroles de l'Écriture, dit M. Olier, agissent sur l'âme par la vertu de TEsprit- Saint. Ce n'est point la suite des idées ni le raisonnement qui produisent ces effets surnaturels, mais bien le Saint-Esprit, qui se sert des moindres mots pour le bien de l'Église. » Mémoires, t. II. p. 393. In evangelicis sermonihus semper littera junctus est Spîritus, et quidquid primo frigere videtur aspectu, si ietigeris, calet. S. Hieron., In Matth. xiv, 14. Il ine fallut qu'un verset de S. Paul pour convertir S. Augustin, comme il I suffit d'un regard de Notre- Seigneur pour relever S. Pierre. Une parole de l'Évangile, entendue par S. Paulin lAdhuc unum tili deest..., fit d'un sénateur et d'un consulaire un pauvre de Jésus-Christ. S. Greg. Tdr. de Gloria Confess., c. cvii. Une maxime de saint Jean : Nolite diligere mundum..., arracha au monde S. Nicolas de Tolentino et l'ensevelit dans le cloître. AcT. SS. 10 sept. « Un jour, un jeune homme du monde , entendant lire, dans une leçon de l'Office, le chapitre vie de la Genèse, où sont rapportées la longue vie et la mort des patriarches, fut frappé de la répétition invariable de la même formule : Factum est tempus quod vixit Adam novginti triginta anni, et Tnortuus est. Facti sunt dies Seth non- 7inti et duodecim anni, et mortuus est. Facti sunt dies Enoch nonginti luinque anni, et mortuus est... Il dit en lui-même : Et nous, dont la vie 3st si courte en comparaison, que deviendrons -nous donc ? Pui«î, s'étant nis à réfléchir sur cette pensée , il résolut de quitter le monde et d'entrer
ans l'ordre de Saint-Dominique. » Vie des Fr. Dominicains, IV, x. Vie
le F. Guerric.
2 Qui habet aures audiendl, audiat. Apoc, ii, 7. — Quidquid boni cogiaverit homo subito corde percussus, sciât quia hospes illi venit de cœlo. I. AuG. in Luc. xi, Serm. lxxxv, 4. Apoc.
3 Prov. xxv, 16.
"* Serm. in Festo omnium Sanctorum.
^ S. AuG. Tract, m in I Joan , c. ii. ^ Imit. IIIjl.Lectio in cortice^ meditatio in adipe. S.BsRN.JDe modo orandi.
Tels étaient les sentiments du pieux Gallemant , le premier supérieur des carmélites en France, Tami de saint François de Sales et de saint Vincent de Paul. Il récitait son Office avec l'attention et le respect d'un ange , dit son historien; et il y recevait de l'Esprit de Dieu des attraits si puissants, que, pour n'y pas résister, il était parfois obligé de faire des pauses d'une heure entière ^ . Telle était aussi la pratique d'un pieux prélat de la même époque, Jean -Baptiste Gault, évêque de Marseille, qui mourut en réputation de sainteté. Lorsqu'un verset des psaumes le touchait particulièrement, qu'il éveillait en lui un vif sentiment de confiance, d'admiration ou d'amour pour Dieu, au lieu de rester debout, les bras croisés, comme il se tenait ordinairement dans la prière, il se jetait à genoux pour produire ces actes avec plus de respect et pour méditer ce que l'Esprit de Dieu lui mettait au cœur; de sorte qu'il employait quelquefois jusqu'à trois heures à la récitation du Bréviaire , et qu'il en sortait avec des consolations et des lumières admirables. « Lorsqu'on récite l'Office en particulier, disait-il, ce n'est pas s'interrompre ni se distraire, que de s'arrêter ainsi à une affection ou à une pensée de piété; c'est suivre l'avis du Psalmiste, qui conseille de méditer nuit et jour la parole de Dieu et d'y chercher toutes les lumières dont on a besoin. » Il ajoutait qu'il tenait cette pratique du cardinal de BéruUe et du P. de Gondren^.
^ La Vie du vénérable prêtre de Jésus-Christ, M. Gallemant, p. II, c. i, sect. 4. « Il y avait de telles oraisons, en particulier, auxquelles 11 prenait tant de goût, qu'il ne se lassait pas de les répéter dans la journée ; comme celle du dimanche en l'octave du Saint- Sacrement : Sancti tui nominis. Domine, tirnorem pariter et amoremfac nos hdbere perpetuum...y>
^ Vie de Mgr J.-B. Gault, par fr. Marchetti, III, xix. — Gruillaume de Malmesbury dit de saint Vulstan, évêque de Worcester : « Equo quoque vadens, Psalterium f requentabat , orationales versus qui occurrebant ad fastidium concantantis crebrô répétons.» De Gestis Pontificum Anglorum , lib. IV. — Dans la vie de la B. Marie de l'Incarnation , on lit que la veille de la Toussaint, 1616, elle fut si remplie de dévotion et de joie spirituelle, que , parlant à une des sœurs, elle répéta deux ou trois fois , dans un saint transport, cette antienne de Laudes : Vidi turbam magnam quam dinumerare nemo poterat, etc. Puis elle ajoute : O quelle sainte assemblée ! 0 bienheureuse éternité ! 0 lieu saint où Von chante incessamment Sanctus ! Et ce grand Alléluia!... III, iv.
Nous terminons ici l'exposé des pratiques les plus familières aux saints prêtres dans l'Office divin. Elles ne demandent, pour produire leur effet, qu'à être employées avec une fidélité soutenue. La seule recommandation qui nous reste à faire, c'est de ne pas se borner à s'y exercer dans les commencements ou durant un temps plus ou moins long, mais d'y persévérer toute la vie. Ayant toujours les îmêmes difficultés à vaincre, on aura toujours les mêmes moyens à employer et les mêmes précautions à prendre.
C'est là, suivant nous, un sujet d'examen des plus importants pour un ecclésiastique. Il ne doit pas seulement 50 demander à la fin de chaque Heure comment il s'en
st acquitté : de temps en temps, dans ses retraites du nois, dans celle de l'année surtout, il convient qu'il con-
idère quelle est à cet égard sa conduite habituelle, quels jont ses progrès ou ses défauts, sa néghgence ou sa ferveur *. Et s'il se reconnaît coupable d'infidélité, s'il a ibandonné une pratique ou manqué à quelque résolution, oin de se résigner au relâchement, il faut qu'il en denande pardon à Dieu , qu'il reprenne ses habitudes avec ine nouvelle ardeur 2. Ces soins sont pénibles sans doute,
s demandent du courage, de la bonne volonté, mais il le faut pas oublier l'importance du résultat. L'esprit de )rière est si précieux qu'on ne peut l'acheter trop cher, et a charge du saint Office est si grave pour un ecclésiasique , qu'il ne saurait trop faire pour s'en bien acquitter.
^ Ingemisce et dole quod sis adhuc tam negligens in Horis persolvendis, am rarô plenè tibi collectus, tam festinus ad finem. Imit. iv, 7.
2 Volo vos non parcere vobis, sed accusare vosmetipsos, quotiès forte in obis vel ad modicum torpere gratiam , virtutemque languescere videtur ; eut ego pro hujusmodi meipsum accuso. S. Bern. in Cant. liv, 9.