LE SAINT OF'FICE
profane et de sagesse humaine, pas assez de pureté de de prière et d'humilité. Voilà pourquoi on recueille si de fruit. Les saints ont une manière de parler et de pré qui vient du cœur, sans éclat, sans emportement, est calme, affectueuse, pleine d'onction. Elle fait ei les auditeurs dans les dispositions de celui qui par imprime fortement ses paroles dans les âmes. Ses sont bien plus puissants que les grands discours aux( on met beaucoup de temps et d'étude.
C*est pour la parole de Dieu que les saints Pèreî servent tous leurs soins , toute leur application , h leurs études. Ils sont convaincus qu'elle est, comme le d'une profondeur sans limites. Aussi ne se lassent «il d'approfondir les saintes Ecritures. Ils ne se conte pas d'en entendre les mots, ils veulent comprendr choses. Ils voient du symbole et des mystères part non seulement dans les cérémonies de Tancien culte , Dieu a lui-même réglées, qu'il a dû mettre en harn avec les prédictions de ses prophètes et avec la rel définitive qu'il se proposait de fonder \ mais jusque les événements historiques, où la multitude etl'oppoî des agents excluent de leur part toute possibilité dessein commun et d'une intention prophétique ^.
^ Sous ce rapport , en effet , et pour ce qui est des rites et des et Ules , on admettrait facilement , je le suppose , que la loi ancienni figurative. « Si toute l'ancienne alliance, disait, en 1832, un profess théologie protestante , très opposé aux sens mystiques , si l'existé l'organisation de la nation Juive tendaient à conserver le théiî amener le Messie et son règne parmi nous, pourquoi, parmi les instil et les lois données à ce peuple , n'y en aurait-il pas eu de nature coutumer, à le préparer aux idées nouvelles que le Christ dev,* apporter un jour ? Pourquoi, par exemple, la fête des Expiations et VI pascal n'auraient -ils pas dû préparer son esprit à adopter plus facl les Idées de la Rédemption par le sang de Jésus - Christ ? ï> Celleru troduction à la lecture des livres saints, III, ii.
2 C'est ce que supposent tous les Pères , et S. Augustin Taffirmç
|i-il penser de ces recherches et de ces préoccupations? |-ce une illui^ion d'une époque enthousiaste et amie du i|'veilleux? Ou bien ont-elles un fondement réel dan§ la ;e inspiré?
plul ne prétend que toutes ces interprétations des Pères int incontestables ou suffisamment établies ^ Pris iso-
1ère la plus expresse : « Vêtus Testamentum nihil aliud est quàm ;o novi populi et novi Testamenti. De verâ Btlig. c. xxvii. Universus ipparatus veterls Testamenti, in generationibus , factis, dictis, sacriobservationibus , îestivltatibus , omnibusque eloquiorum praeconiia ebus gestis et rerum figuris parturiebat Chrlstum venturum. Gontr, st. XIX, XXXI. Dico illorum non tantum linguam, verùm etiani vi-
fuisse propheticam , totumque illud regnum gentis Hebrœorum num quemdam, quia et magni cujusdam, fuisse Prophetam. IMd., I , XXIV. » — Voir Migne , Cursus completus S. Scriptura , t. II ; V.N, Analogia Veteris Novique Test; Acosta, DeChristo in Scripturis \lato; Patrologia latina, Indices allegoriarum et flgurarum. Voir i le Glavis , ou Dictionnaire des Symboles, attribué à Méliton, qui
remonter aux premiers siècles , non seulement l'usage des sens spiels en général, mais des Interprétations des docteurs les plus mys- |es.
Cette réserve s'applique spécialement aux détails des interprétations , le les mieux fondées. Sous ce rapport, il en est des allégories comme paraboles. Le fond d'une parabole est souvent très clair, sans que les 41s et les accessoires le soient également. Par exemple : dans la para- ! des talents, 11 est certain que le prince qui les distribue à ses servies et qui en demande compte à chacun, représente Notre - Seigneur, le tre et le juge futur des vivants et des morts, et il résulte bien de ce t qu'il proportionnera ses récompenses aux mérites de ses serviteurs, s que signifient précisément les dix, les cinq, les deux talents? Par e distinction de nombres, Notre-Seigneur représente -t -il tels ou tels s en particulier, ou bien indique -t- il seulement d'une manière gêné-
la variété que Dieu a mit^e dans la dit^trlbution de ses grâces ? On jroit pas qu'on puisse faire là-dessus autre chose que des conjectures 3 ou moins probables ; et comme il y aurait de la présomption à voutrancher absolument ces questions, il y aurait de la petitesse à conteslonguement telle ou telle interprétation, tel ou tel exemple proposé par Père. Il faut dire la même chose des allégories. On est souvent assuré sujet sans l'être des circonstances. On saura bien , par exemple , que chisédech est la figure de Jésus-Christ, pontife suprême : Assirnilatus 0 Dei; mais on ne connaîtra pas aussi clairement jusqu'où s'étend similatlon, où commencent les différences... On ne peut douter que l'arche N'oé ne figure l'Église ; mais faut-il appliquer à l'Église tout ce qui est de l'arche, et de quelle manière faut -il l'interpréter?... Eve a été la re de Marie, comme Adam l'a été du Sauveur ; mais elle n'en pouvait 5 qu'une figure partielle : en quoi la mère des vivants ressemble - 1 - elle à lère des croyants? par où en diffère - 1 - elle ? Évidemment il faut laisser ÀU certain champ aux interprètes , et ûe pas s'étonner qu'à défaut de titude ils proposent des vraisemblances. « Haec Indagamus ut possu-
, dit S. Augustin; alius alio magls minusve congruenter, verumtamen
lément, chaque Docteur peut se tromper, à plusll'^ raison émettre des assertions hasardées ou simpleP^ probables- Mais on doit reconnaître qu'en généra nin^i^ explications spirituelles qu'ils ont données de l'Éci iûi' sont fondées en raison : elles sont autorisées par l'exe if de Notre-Seigneur et des apôtres , et l'on ne saurait témérité en réprouver l'usage ni en restreindre l'obje Nous ne nous arrêterons pas à démontrer ces pro tiens que la théologie établit : nous essayerons seule d'indiquer, en passant, quelques principes propres justifier à l'égard des esprits les plus positifs et même plus prévenus.
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le
Parce que la parole , articulée ou écrite , est le me ordinaire d'exprimer la pensée, on suppose assez sou qu'il n'y en a pas d'autre. C'est une erreur. Il est un a langage, pour Dieu aussi bien que pour nous.
L'homme a le geste, qui se fixe par la peinture est moins préc's que la parole , il est aussi plus rapid plus frappant : il convient surtout lorsqu'on s'adresj la multitude et qu'on veut produire sur elle une vive pression ^ Pourquoi Dieu n'aurait-il pas le même lan ou un langage semblable?
fideliter ; certum tenentes non ea sine aliqiiâ praefiguratione future gesta atque conscripta, neque nisi ad Christum et ejus Ecclesiam referenda. » De Civ, Dei , XVI, ii; XVII, xv. « Nec respui débet S. Grégoire le Grand, quidquld sanas fidei non resistit. Sicut enim ex auro alii murenulas, alii annnlos, alii dextralia ad ornamentum facii ita ex unâ sanctce Scripturae intclligentiâ expositores quique per ir meros intellectus quasi varia ornamenta coraponunt, quœ tamen on ad decorem cœlestis sponsas proficiunt. » Epist. III , lvii.
1 Le langage symbolique n'est pas propre aux prophètes, ni exclus ment en usage chez les Orientaux. On en trouve des exemples chez t les peuples et à toutes les époques. Quand Tarquin abattait devanc messager les plus hautes tiges de son jardin, quand Napoléon prenait ses mains la couronne impériale sur l'autel de Notre - Dame , ces actes saient plus que bien des paroles , et ils étaient mieux compris. Ce qui particulier aux écrivains gacr^s, ce n'est donc pas que les faits rappoi
Il le possède et il en use. Soit qu'ils accompagnent sa rôle ou qu'ils la suppléent, ses actes extérieurs sont ninemment expressifs, et les effets qu'ils produisent meurent sous les yeux des générations , comme un téoignage de ses desseins en même temps que comme un onument de sa grandeur ^
Aussi, toutes les créatures nous parlent de Dieu, de ême que les Ecritures. Pour le philosophe comme pour
fidèle, l'univers est un grand livre où le Créateur a rit ses idées, un vaste tableau où il a crayonné l'esquisse
ses perfections, un ensemble d'images et de symboles îstinés à couvrir et à révéler tout à la fois ce qu'il y a de us secret dans ses pensées et dans son être -. Mais ce n'est pas tout. Si Dieu a ainsi parlé dans le eniier de ses actes, comment serait- il muet dans ceux li l'ont suivi? Pourquoi les œuvres de la Providence exprimeraient- elles pas ses desseins comme celles de la éation? Pourquoi chaque fait n'aurait-il pas sa signifition aussi bien que chaque créature?
Les événements n'arrivent pas au hasard, et notre li- Tté n'est pas de l'indépendance. Il est certain que nos ouvements les plus spontanés , nos pensées même les us intimes, sont entre les mains du souverain maître ; jie ]a divine sagesse sait plier nos desseins à ses vues, et le , sans contraindre notre volonté, elle nous fait servir ses desseins aussi facilement que la nature inintelligente, eu régit le monde moral comme la nature matérielle ; .agit constamment par l'humanité. Mais s'il agit, il se
f: eux soient significatifs : c'est que cette signification ait l'avenir pour et , et qu'elle existe indépendamment de Tintention des hommes ; en iutres termes, c'est que ces faits sont l'annonce en même temps que la
résentation d'événements futurs. Cf. Matth. xxi, 19; Marc, xr, 13, 14. ^ Aliquando verbis, aliquando rébus loquitur; aliquando aliud verbis lue aliud rebns; aliquando autera hoc rébus quod verbis. S. Greq.
ga. Hom. in Ev. xxi et XL, 1. Dum narratur gestum, prodit myste-
m. Moral, in Job. xxv. — Cf. S. Thom. p. I, q. i, art. 10. Utrum Scriptura sub uuâ litterâ habeat plures sensus? Quodlihet vu, art, etc.
Invisibilia enim Ipsius per ea quse facta sunt intellecta conspiciuntur.
manifeste, il s'expriaie nécessairement. L'histoire d peuples est donc, comme l'univers, un tableau animé les perfections de Dieu se reflètent, où ses desseins révèlent, où ses idées se réalisent. Tout y est Teffe rindice, l'expression d'une sagesse infinie; tout y est pie par conséquent d'enseignement, de symbole etdemystèr Dès lors, comment s'étonner des explications des Pères rejeter comme imaginaires leurs allégories et leurs figure Que prétendent -ils, en les proposant, sinon d'ajouter ai révélations expresses que Dieu a faites par sa parole, cell qu'il a insinuées par son action , ou de nous faire appréci toute la portée des événements dont son Esprit est dever l'historien, après en avoir été l'arbitre et l'agent prii cipal ?
Que si l'on reconnaît l'action de la Providence dans h événements humains, si l'on admet le sens divin de l'hîi toire, doit- on s'étonner du rapport constant que les Pèn croient voir entre les faits qu'ils exposent et la venue à Rédempteur? Ce rapport n'est -il pas naturel, au cor traire, et de la plus haute vraisemblance, surtout dar l'histoire du peuple de Dieu, lorsqu'il s'agit de faits r( tracés par l'Esprit-Saint pour l'instruction et l'édificatio de l'Église chrétienne? Bien des raisons autorisent à penser.
D'abord la conduite de Dieu dans l'ordre de la nature A ce point de vue, l'homme est le chef-d'œuvre de 1 puissance créatrice; c'est le couronnement du mondée le roi de l'univers. Aussi tout ce qui a été fait avant k sur la terre se rapporte à lui et le fait pressentir. Une suit d'ébauches plus ou moins imparfaites le figurent et l'an
* Cùm Deus magna qusBdam apparatums est, ex multo anteà tempoi praenuntiat, auras praeparans ad illa excipienda ; ideô non tantùm dixc runt prophet86, sed et scripserunt; nec scripsenmt tantùm, sed et pe facta figuraverunt. S. Chrys. Eom. i in Ep. ad Bom. i.
noncent. Quand il paraît, il trouve tout disposé pour le recevoir. Ce monde est comme un palais bâti en son honneur et pour son usage. Partout il aperçoit des traces de la sollicitude paternelle à son égard ; il découvre les signes de sa grandeur, les emblèmes de sa puissance, les indices de sa haute dignité. Pourquoi la divine bonté eût-elle été moins prévoyante en faveur du Verbe incarné, de l'homme céleste, du second Adam, comme le nomme TApôtre ^ ? Il venait ici- bas pour être le chef d'un nouveau peuple, pour fonder un nouvel empire, aussi élevé au-dessus de celui ^u premier homme que le ciel l'est au-dessus de la terre. Sa venue n'était pas seulement le terme et le comble des œuvres de Dieu sur la terre : c'en devait être la déification. Gomment n'eût-elle pas été préparée d'une manière visible par la providence la plus empressée et la plus constante? Comment ne verrait -on pas dans les siècles antérieurs les marques des préoccupations dont le divin envoyé était 'objet? Comment enfin n'aurions -nous pas la joie de découvrir, dans les événements et les personnages qui l'ont précédé , les préparatifs de son règne , les présages de ses œuvres, les gages de ses vertus; en un mot, une image anticipée, une sorte de prophétie en actes de ses incomparables destinées *?
1 Rom. V, 14; II Cor. xv, 45, etc. — On ne saurait nier la corrélation étroite des deux Testaments, sans détruire ce qu'il y a d'harmonique dans
œuvres de la Providence. Dès lors , pourquoi ne pas admettre que le christianisme se soit préexisté dans le mosaïsme comme dans son germe ; qu'il y ait vécu, pour ainsi dire, d'une vie figurative et prophétique , et que Dieu se soit plu à dessiner par avance, dans une ébauche imparfaite, quellues traits de cette grande histoire qui allait devenir celle du monde ? ^'est-ce pas la marche régulière de la Providence, même dans l'ordre )hysique , où nous voyons les petites choses préluder aux grandes , et ce lu'il y a de moins parfait laisser pressentir et deviner la perfection ? tfgr Freppel, Les Pères Apost., ve leç. L'Esprit et la Lettre. — Voir Thomassin, Dogm. theol. t. III, 1. V, de adv. Christ., c. vn et suiv.
^ C'est ainsi que, dans la pensée de S. Augustin, tout l'Ancien Testament ;e rapporte au Sauveur. « Omnia quse illis continentur libris , vel de Ipso iicta sunt, vel propter Ipsum.» Cont. Faust. XII, vu. En certains en- Iroits il est décrit positivement : ce sont des prédictions et des figures. i Ibi spectatur imago ubi Imperator praesens non est. Imagines ergo prseerebantur antequam veniret Imperator noster Dominus Jésus Chrlistus. maginibus sublatis, fulget praesentia Imperatoris. » Ailleurs, le rapport >st moins direct ; mais il n'est pas moins réel. Si l'Esprit-Saint ne parle pas
Ainsi, à considérer la conduite de Dieu dans le monde on doit juger qu'il a préparé et figuré à l'avance l'avène ment de son Fils : il en est de même, si l'on étudie 1 manière d'agir de Notre- Seigneur sur la terre.
Au lieu d'accomplir son œuvre dans un moment^ il voulu y consacrer un certain temps, et nous donner comme son Père, l'exemple du progrès dans le bien Tout ce qu'il se proposait d'établir d'une manière perma nente, il a eu soin de l'annoncer par quelque figure. Il montré l'image avant de donner la réalité, et il ne set élevé que graduellement, par divers essais , à la perfectioi de ce qu'il avait conçu. Ainsi, avant de s'immoler au CaL vaire , il s'est offert , comme une hostie , au temple d Jérusalem. Avant l'institution de l'eucharistie, il a chang l'eau en vin à Cana et multiplié les pains dans le désert Avant de remettre les péchés et de donner aux âmes li liberté des enfants de Dieu, ses apôtres avaient guéri lei malades et chassé le démon des corps. Avant d'être plac* à la tête de l'Église et d'établir à Rome le siège d'un( autorité infaillible et permanente, saint Pierre avait proclamé, au nom de tous, la divinité du Sauveur, march( à sa suite sur les eaux, et dirigé la barque d'où la Vérité même rendait ses oracles. Dans toutes ces circonstances le Sauveur agissait en prévision de l'avenir : In faraholan
du Messie, il ne laisse pas de penser à lui et de préparer à sa venue c( Non omnia quse gesta narrantur, aliquid signiflcare putanda sunt : sed propter 111a quse aliquid signiflcant etiam ea qua9 nihil significant attexuntur. » S. AuG. De CLv. Dei, XVI, ii, 3. Ainsi, dans la construction d'uD palais et dans la distribution de ses diverses parties, un habile architecte porte continuellement ses vues sur le Prince qui le doit occuper. Il rap. porte tout à l'utilité, à la commodité, à la sûreté de sa personne, aux bienséances de son rang, à la facilité, à la nécessité, à la décence de son service. Quoique le Prince ne loge pas dans toutes les parties de ce grand édifice, toutes néanmoins sont à lui et pour lui; elles no sont admises dans sa structure qu'à cause de lui, et aucune n'y aurait de place sans lui. « Sîcutin citharis, non quidem omnia quœ tanguntur canorum aliquid résonant, sed tantùm chordae : csetera tamen ideô f abricata sunt ut esset ubi vincerentur, unde et quo tenderentur illae quas ad cantilensB suavitatem modulaturus et percussurus est artifex; ita in prophetlcis narrationibus quas deliguntur aut aliquid jam sonant significatione futurorum aut si nihil taie significant, ad hoc Interponuntur ut sit unde illa significantia tauquam sonantia connectantur. » S. Aug. Cant Faust., xxii , 94,
temporis instantis ^ Il suivait la voie que son Père lui avait préparée. Il faisait comme le sculpteur, qui commence par esquisser sur une matière commune le chef-d'œuvre qu'il se propose de réaliser sur le marbre ou sur l'airain.
Un autre fait non moins remarquable , c'est le soin que le divin maître a pris, dans l'Evangile, de mettre en scène, sous forme de paraboles ou d'allégories, les principaux ^points de sa doctrine et tout ce qui devait devenir une fègle de foi ou de conduite pour ses disciples. Qu'on se rappelle l'histoire des ouvriers de la vigne, des invités au festin, des dix vierges, du grain de sénevé, de la brebis perdue, etc. Tous ces récits n'ont -ils pas une signification évidente, souvent relative à l'avenir? Ne montrent-ils pas bn Notre-Seigneur un dessein suivi de donner aux croyances de son Église une expression sensible et symbolique 2? Or, û telle fut la méthode du Sauveur en ce monde, n'est- il pas à croire que telle a été pareillement, dès l'origine, le ■lessein et le plan de son Père? Et puisque Dieu n'a besoin l'aucun effort pour réaliser ses allégories, puisqu'il dis- Dose des événements et des hommes avec plus de facilité jue nous ne disposons des mots et des caractères, peut-on louter qu'il n'ait usé de ce pouvoir, au moins dans les faits ju'il a pris soin de nous retracer lui-même par la main les auteurs inspirés 3?
Mais il y a plus. On doit reconnaître que la vie du îauveur est une allégorie continuelle de la destinée de
'Eglise, par conséquent qu'il n'y a pas moins de symboles, le significations mystiques, dans les récits de l'Evangile,
u'on n'en peut trouver dans les passages les plus mysté-
1 Her. IX, 9; XI, 19. — Omnia Ista innuunt aliquid; indicare volunt liquid ; intentes nos f aciunt ; ut pulsemus hortantur. S. Aug. TracU in oan. XV, 6.
^ Si nec f olium de arbore sine causa , nec unus ex passeribus sine Pâtre Blesti cadit super terrain, putem ego de ore sancti Evangelistse superuum- diffluere verbum , prjesertim in historiâ Verbi ? Non puto. Plena
ippe sunt omnia supernis mj'steriis ac cœlesti singula dulcedine redunantia, si tamen diligentem habeant inspectorem , qui noverit mel sugere
petrâ. S. Bern. Hojn. I supra Missits est.
^ Sicut humana consuetudo verbis, ita divina potentia factis loquitur. . Aug. Epist. en, 33.
rieux de T Ancien Testament. Qui ne sait, en effet, que Sauveur est le type de tous les prédestinés , que chacun ses mystères doit se reproduire spirituellement en chaci de nous, que nous devons tous, comme lui, porter not croix, être immolés, être ensevelis, ressusciter, et noi élever au ciel? Y a-t-il rien de plus exprès, de plus soi vent répété dans les écrits de saint Paul et des autr( apôtres? D'un autre côté, qui ne reconnaîtra dans toi les miracles qu'il a opérés, dans ces guérisons d'aveugh et de paralytiques, dans ces résurrections de morts, dar ces délivrances de possédés, dans cet apaisement destem pêtes, l'image des effets de grâces qu'il allait bientôt pro duire dans les âmes*? Ces observations suffiraient pou mettre hors de doute les figures de la loi et pour justifie toutes les interprétations spirituelles de nos saints doc teurs '. Si la multiplication des pains annonçait l'eucha ristie, comment la manne ne l'aurait-elle pas présagée Si la pêche miraculeuse figurait la conversion des gentils
^ Interrogemus ipsa miracula : habent enim, si intelligautur, lie guam saam. Nam factum etiam Verbi verbum nobis est. S. Aug. xxiv t Joan. 2; Dom. iv. Quadr. Et opéra et verba sunt, opéra quia facta eunt verba quia signa sunt. In Joan. xliv, 1 ; Fer. iv hehd. iv Quadrag. Quotidi aperiuntur oculi csecorum, etc. In psalm. cxxxiv, 25. Cf. Brev. rom., Hom Dom. Quinq., lect. VIII ; Principes généraux pour l'intelligence des Pro phéties, ch. x, etc. Paris, 1763.
2 On peut voir, dans les Mélanges du Gard. Wiseman, un travail étendi et très intéressant sur les Paraboles et les Miracles du Nouveau'Testament Le savant auteur fait voir que les paraboles et les miracles de Notre- Soi gneur suffiraient pour établir d'une manière certaine les points princi paux de sa doctrine et de sa morale. « Les paraboles, dit -il, contienneni le germe de tous les dogmes du christianisme , comme l'histoire d'Israëj et de Juda , du Christ et de son règne , se trouvent dans les Prophètes.. Et il y a une analogie évidente entre une parabole proposée en paroles, et une parabole mise en actions... Un miracle qui, indépendamment de son objet immédiat et palpable , renferme une leçon destinée à fructifier ultérieurement , n'est - il pas , sous tous les rapports , une vraie parabole , une allégorie plus frappante que les actions sj^mboliques d'Osée et d'Ezéchiel? ï — Comparez, par exemple, la parabole de l'arbre stérile, Luc. xiii, 6, avec le miracle du figuier maudit, Matth. xxi, 18. — Ajoutez encore que Notre-Seigneur a clairement indiqué la signification de plusieurs de ses miracles. Ainsi, après avoir multiplié les pains au désert^ il déclare qu'il est le Pain vivant et qu'il veut être la nourriture des âmes. Joan. vi. Après avoir rendu la vue à Taveugle-né, il se proclame la lumière du monde. Joan. ix. Après s'être dit la résurrection et la vie, il rappelle Lazare du tombeau. Id., XI , etc. « Talsunt omniaia ; sed oculos quœrunt. » S. Aug. De Crd. ii.
pourquoi la sortie d'Egypte n'eût-elle pas figuré la rédemption du monde et ratFranchissement du genre humain? Si la résurrection du Sauveur est le gage et le modèle de la nôtre, pourquoi Jonas, sortant après trois jours du ventre d'un monstre marin, ne serait -il pas le modèle et le gage providentiel de la résurrection du Sauveur?
On le voit, loin d'être étrange et contraire aux règles, la méthode des Pères est fondée sur des analogies incontestables et présente la vraisemblance la plus frappante. On peut ajouter qu'elle est de nature à donner une haute estime des livres saints , à en graver la doctrine dans l'esprit des fidèles, et à lui concilier, de la part de tous, le respect et la soumission.
Sans doute, quand il ne faudrait voir que la lettre, la parole inspirée mériterait toujours notre vénération : cependant elle serait moins riche, moins féconde, moins sublime. Pour moi, je Tavoue, elle ravirait moins mon esprit et mon cœur. J'aime à entendre Dieu parler notre langage par condescendance pour notre faiblesse; mais j'aime aussi à l'entendre parler en Dieu et user du langage humain d'une manière surhumaine ^ . Quand on me montre dans toute rÉcriiure deux ordres de vérités, consignées à la fois sous les mêmes expressions, quand les tableaux qu'elle trace m'off*rent partout les images de l'avenir réunies aux souvenirs dupasse, quand elle me fait voir les événements de tous les temps, dirigés par une même main , marchant vers un même but et convergeant à un même centre, elle revêt à mes yeux un caractère nouveau plus auguste et plus sacré 2.
1 c( Numquam sic locutiis est homo sicut homo ille , » disait-on , après avoir entendu la parole du Sauveur. Joan. vu , 46. — Intelllge ibi Christum, dit S. Augustin en parlant de l'Ancien Testament ; non solum sapit quod legis, sed inebriat. S. Aug. In Joan.^ Tract, ix, 3.
2 Quid liâc historiâ vel illustrius inveniri potest , quœ universum or-
Les deux Testaments s'éclairent et se complètent. L'Ancien, par ses figures et ses prophéties, rend témoignage aux mystères du Nouveau ; les mystères du Nouveau vérifient les figures de l'Ancien et en prouvent le caractère prophétique. L'un et l'autre rappellent les deux chérubins de l'Arche, faits sur le même modèle et tournés également vers le propitiatoire; ou ces chœurs angéliques qu'Isaïe entendit, s'appelant et se répondant sans cesse, de chaque côté du trône de Dieu \ Le premier entonne le chant divin, le second le reprend d'une voix plus distincte, et tous deux disent un mot qui résume tout : Utriusque canticum Christus ^, Par ce seul mot, toutes les énigmes se résolvent, les faits les plus singuliers s'expliquent et s'harmonisent. Ce monde n'apparaît plus comme un mélange confus de passions aveugles, de résultats imprévus, de desseins avortés. L'Homme-Dieu se montre au sommet de l'histoire, à la place et avec les attributs qu'exige sa grandeur : In omnibus ipse primatum tenens^. Il étend de tous côtés sa présence et son action. Il domine tout, il dirige tout, il
bem tanto apice auctoritatis obtinuit , vel fldelius in quâ ita narrantur prssterita ut futnra etiam prEedicentur, quorum multa videmus impleta, ex quibus ea quse restant sine dubio speramus implenda? S. Aug. de Civit. Dei, XVI, II, 3. — Hoc ad dignitatem divinse Scriptur^e pertinet, ut sub unâ litterâ multos sensus contineat. S. Thom. Op. de potent. g. 1 , a 1. — Et alioquin oœnia quas ostenduntur per aliquod velamentum , majorem et augastiorem exhibent veritatem , sicut fructus qui in aquâ pellucent , et formse quse per tegumenta concedunt aliquam suî evidentiam. Clem. Alex. Strom. Y , ix.
^ Nonne tanquam duo Serapbim clamant ad invicem concinentiam laudis Altissimo : SanctuSj Sanctus , Sanctus Dominus Deus sabaoth, ita ego Testamenta fidcliter concordantia sacratam concinunt veritatem Deo ? S. Aug. Ep. ad Januarium. Illœ sinit du93 tibiœ, quasi diverse sonantcs^ sed idem spiritus ambas inflat. Ibid. Tanquam si nomen Domini et auro et atramento scribatur. Hom. xxvii.
2 Les deux Testaments regardent Jésus -Christ : PAncien comme son attente, le Nouveau comme son modèle , tous deux comme leur centre. Pascal. Pensées. Des Figures.
^ Col. 1,18. — On a beau monter dans l'antiquité, ou redescendre auxâges nouveaux, rien n'apparaît avec le caractère des Écritures, ni rien avec la majesté de Jésus-Christ. Lacordaire^ 7I« Lett. sur la piété. — La seule Église catholique remplit tous les siècles. La loi vient au-devant de l'Evangile. Être attendu, venir, être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde , c'est le caractère du Messie en qui nous crojons. Jésus-Christ est aujourd'hui , il était hier, et il est aux siècles des siècles. BûssuET, Disc, sur l'Hist. univ,, p. II , c. xxxi.
anime tout ; serablable au soleil qui s'assimile par sa clarté tous les astres errants, qui les vivifie par sa chaleur et qui les emporte dans son mouvement.
Saint Grégoire le Grand, se plaçant à notre point de vue , et usant de cette méthode , voit dans Tentrée triomphale du Sauveur à Jérusalem une ligure de son passage à travers les siècles ; et il admire la place que Dieu a faite à son Fils dans l'histoire du monde K Lorsqu'il montait à la ville sainte, dit Tévangéliste, une troupe de peuple le précédait, une autre le suivait, toutes deux chantant ses louanges et bénissant sa venue avec une égale ardeur : Et qui prœihant et qui sequebantur clamabant : Eosanna ^ ! « N'est-ce pas ainsi , reprend le saint Docteur, que l'Homme- Dieu a passé sur la terre et qu'il est allé prendre possession de sa gloire dans la cité permanente? La multitude des Saints lui forme un double cortège. Les élus de l'ancien peuple marchent en avant et annoncent sa venue ; ceux du peuple chrétien ferment la marche. Lui se tient entre les uns et les autres, comme l'unique Sauveur et le médiateur commun : et tous, proclamant sa venue et chantant Hosanna d'une même voix, confessent sa grandeur et s'attachent à lui par les liens de la foi, de l'espérance et de l'amour. »
Ainsi, loin d'exposer l'Ecriture au mépris en essayant d'en dévoiler les mystères, nos saints Docteurs ravissaient les esprits les plus élevés. En même temps ils éclairaient les simples et se conciliaient les plus prévenus.
Comme nous l'avons dit, il faut des signes sensibles à 'a plupart des hommes pour s'appliquer aux vérités céestes. Ce qui ne frappe pas les sens ou l'imagination, ne
1 Makc. XI, 9.
2 Hosanna salva nos dicitur. Ab ipso enim salutem et priores quœsiennt et présentes quaerunt ; quoniam una spes est et una fides praecedenium et seqûentiura populorum. S. GbeG. w. Ezech. II, Rom. v, 2.
fera jamais une vive impression dans l'âme. C'est pour cette raison que le Fils de Dieu s'est rendu visible K G'es pour cela qu'après s'être incarné dans notre nature, il £ voulu en quelque sorte incarner aussi sa doctrine, seî maximes, ses vertus; les rendre visibles dans des faitî extérieurs et frappants, dans ses mystères et dans leî exemples de ses saints. Mais pourquoi voudrait-on que h divine sagesse n'eût pas fait pour l'anûen peuple ce que le divin maître devait faire en faveur de ses disciples? Poui faire entendre et retenir à ce peuple charnel les prédictions des prophètes, y avait-il un moyen plus efficace que de placer sous ses yeux une image, une figure, une esquisse de leur accomplissement? Et ce mélange d'histoire et de prophétie, ce caractère figuratif de la vie des patriarches pouvait- il ne pas rendre leur postérité plus soigneuse encore d'en conserver le souvenir? Ainsi il convenait que Dieu suivît cette méthode pour l'instruction de son peuple; et les docteurs de TÉgUse ne pouvaient en négliger les avantages, lorsqu'ils avaient à enseigner la religion et à affermir les chrétiens dans leur croyance ^
En même temps qu'ils fortifiaient, par leurs remarques, la foi des chrétiens, ils lui conciliaient l'estime et le respect des infidèles eux-mêmes.
^ ut dum visibilité!' Deum cognoscimus , per hune in invisibilium amorem rapiamur. Praf. Miss. Epiph.
^ Umbra futurorum. Coloss. ii, 17. Exemplaria verorum. Hebr. ix, 24.
^ On trouve à cet égard de bonnes observations dans un écrit apologétique de Nicole sur les avantages et le fondement des interprétations spirituelles, placé à la tête du Traité de Hamon intitulé : Tableau des qualités et des devoirs des pasteurs, dans ce qui est dit par le Sage de la femme forte. — Mais il ne faut pas confondre les conclusions morales . les applications édifiantes, les réflexions pieuses, inspirées aux saints docteurs par la parole révélée , avec les significations spirituelles proprement dites. Une parole n'est pas seulement l'expression d'une idée , elle est souvent la révélation d'une âme ; elle porte le cachet de son auteur, on peut y reconnaître ses dispositions. Elle apporte avec elle une lumière d'autant plus grande qu'elle sort d'une intelligence plus éclairée et plus sublime. Donc, dans une parole de Dieu, l'objet fût-il unique, 11 y a infiniment de remarques à faire et de profit à tirer. Cor Dei in verbis Dei, dit S. Grégoire le Grand. Quand il se glisserait un peu de conjecture dans ces études, quand toutes les déductions ne seraient pas rigoureuses, qu'importe? L'objet ne laisserait pas d'être divin et le résultat excellent, — Cf. S. AuG. de Doct. christ. I, xxi.
L'antiquité a toujours un aspect vénérable et sacré. Naturellement on respecte ce qu'on a vu respecter, ce qu'on a trouvé en possession d'une autorité immémoriale. Il était donc à souhaiter que le christianisme ne fût pas dépourvu de ce caractère , et l'on ne doit pas s'étonner que ses docteurs aient fait remonter aussi haut que possible ses premières origines. Quoi de plus propre à désarmer les païens et à calmer la fureur des Juifs, que de montrer aux uns et aux autres, dans cette religion qu'ils dénonçaient comme une nouveauté, une institution aussi ancienne que le monde, et de les convaincre que ce crucifié, à qui l'on reprochait de détruire l'œuvre de Moïse et des prophètes , avait été, non seulement prédit, mais figuré par David, par Moïse, par Abraham, par Noé, par tous ceux qu'on vénérait depuis tant de siècles, dans les contrées les plus reculées de l'Orient ^ ?
Et qu'on ne dise point que ces figures sont contestables, et que des preuves douteuses ébranlent la vérité au lieu de l'affermir. Nous répondrons qu'un certain nombre, attestées par l'Esprit-Saint ou d'une évidence irrésistible, ne peuvent être révoquées en doute' , et que celles qui présentent moins de caractères de certitude, étant rappro-
^ Aussi les apologistes comme les prédicateurs des premiers temps insistent beaucoup sur cette considération. Ils exploitent d'autant plus volontiers l'histoire symbolique du christianisme , que sou histoire réelle ne faisait que de commencer. 0 Christum et in novisvetereml s'écriait Tertulien. Cont. Marcion. IV, xxi. 0 res gestas, sed propheticè g estas , per hommes sed divinitàs , dit S.Augustin. De Doct. christ. III, xni. Cf. Bossuet, 5erm. ii , sur la Visitation. — Les monuments f)rimitifs de l'art chrétien, :els qu'ils se révèlent chaque jour dans les catacombes, attestent égalenent l'importance qu'avaient aux yeux des premiers chrétiens les figures )rophétiques de l'Ancien Testament, et l'attrait qui les portait à remonter lux premiers rudiments de leur religion. Voir Martigny, Dict. d'antiq. 'chrétiennes; in-4o , 1865; art. Figures.
2 Matth. XII, 39. Cf. Gal. IV, 24. Qua sunt per allegoriam dicta. I Cor, :; VI, 11. Hœc autem in figura facta sunt nostrî. Hebk. ix, 9. Qua para- -ahola est temporis instantis, etc. La loi n'avait que des ombres, dit 5. Paul: Umbram habens leoi futurorum bonorum, mais c'étaient des nnbres véritables. Hebr. x , i. Comme les objets éclairés par les premiers ayons du soleil projettent au loin une lueur qui les devance et les desine, ainsi, sous les rayons du soleil éternel, Jésus -Christ et son Église étaient d'avance dans l'histoire du peuple choisi une image d'eux-mêmes lui annonçait leur approche et présageait leur grandeur.
chées des premières, ne laissent pas de mériter considératior et d'avoir une grande valeur, au jugement des espritî sages. Les tribunaux ont- ils jamais pris pour maxime d( regarder comme nuls les témoignages qui ne sont pas absolument décisifs? Loin de là; leur règle est de tenii compte de tout, de confronter toutes les dépositions, de recueillir les moindres indices, de réunir toutes les vraisemblances, et de prononcer ensuite sur l'ensemble. Souvent aucune preuve en particulier n'entraînerait la conviction ; mais toutes les probabilités réunies équivalent à une démonstration. Il en doit être de même en cette matière. Ces allégories, ces allusions, ces figures, prises chacune à part, laisseraient l'esprit en suspens; mais réunies, rapprochées les unes des autres, expliquées e1 commentées par tant d'hommes judicieux et désintéressés, elles sont du plus grand poids, et ce serait une témérité de les traiter indistinctement de rêveries et de chimères^
Maintenant, s'il faut tirer de ces considérations une maxime générale, nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il devait y avoir dans nos livres saints des allégories et des figures, que les Saints de l'Ancien Testament devaient représenter Notre- Seigneur aussi bien que ceux du: Nouveau, que l'histoire de la Religion est nécessairement corps et âme, esprit et chair, comme l'hitmanité % que la nature de Dieu et les besoins de l'homme l'exigent; mais nous affirmerons avec confiance que ce genre de langage, cette sorte de révélations, s'accorde parfaitement avec nos idées sur l'un et sur l'autre ; qu'au lieu d'être surpris que l'Esprit-
^ Ita conjungunt in contestatione Christi voces suas ut cujusvis obtusî Burditas erubescat. S. Aug. Contr. Faust. XII , vu.
2 Sicut Verbum Dei genitum habet uaturam divinam irivisibilem et humanam visibilem , ita verbum Dei scrlptum babet sensum externum et internum. Oiîigen. De Princip. IV. — Item S. Cyrill. Alex. De Levit. I.
Saint en ait fait usage, nous serions étonnés de n'en pas (rouver de traces dans nos monuments sacrés. Nous ajouterons que , loin de nous égarer, les saints docteurs nous ont rendu, par l'application de leurs principes, un s.ervice inappréciable, en nous révélant les plus précieux trésors de l'Écriture, en nous donnant la clef de ses mystères , en nous apprenant à soulever des voiles que nous n'aurions pas soupçonnés ou que nous eussions crus impénétrables ^ Telle est bien la pensée de l'Église. Non seulement les interprétations spirituelles des Pères ne l'ont pas empêchée de nous les proposer pour maîtres, en nous faisant lire presque chaque jour leurs écrits au saint Office, immédiatement après ceux des auteurs inspirés; mais encore on peut remarquer qu'elle a choisi ses Leçons , de préférence, dans les endroits de leurs ouvrages où ils nous révèlent les sens les plus, sublimes et les plus cachés. Et comment aurait- elle un sentiment diflerent, lorsque elle-même, éclairée par l'Esprit qui a dicté les Écritures, aime tant à se servir de signes et de figures pour instruire et pour exhortera? Parlant sans cesse aux yeux par ses cérémo-
1 Combien nous sommes édifiés tous les jours, dit Bossuet, lorsque noua découvrons dans la sainte Écriture tant de preuves de la prescience de Dieul Ces preuves inartiflcielles , qui viennent sans art, et qui résultent sans qu'on y pense des conjectures des choses , font des effets admirables. On y voit le doigt de Dieu , on y adore la profondeur de sa conduite , on s'y fortifie dans la foi de ses promesses; elles font voir dans l'Écriture des richesses inépuisables, elles nous donnent l'idée de l'Infinité de Dieu et de cette essence adorable qui peut jusqu'à l'infini découvrir toujours en elle-même de nouvelles choses aux créatures intelligentes. C'est une des consolations de notre pèlerinage. Préface de l'Apocalypse. — Inutile de rappeler que ce livre n'est qu'une suite de symboles, ou de prédic-
jj fions exprimées d'une manière emblématique, comme dans les anciens prophètes.
% 2 On peut voir, dans le Rituel comme dans le Pontifical, aux cérémonies de l'ordination en particulier, avec quel art l'Église emploie le langage des symboles, et quelle importance elle attache à le faire comprendre à ses ministres. — Mais, de plus, on ne peut nier qu'elle ne donne fréquemment aux faits bibliques qu'elle rapporte un sens spirituel et mystique. Ainsi , dans la fête de sainte Monique , elle fait lire l'histoire de la résurrection lu jeune homme de Naïm , comme figure de la résurrection des pécheurs à i^ui Notre -Seigneur rend la vie de la grâce, à la sollicitation de FÉglise, eur mère. A l'Assomption , elle li.t l'évangile de Marthe et de Marie, parce u'elle voit dans Marthe la figure de l'Église militante , qui a reçu le Saueur chez elle , mais qui est forcée de le laisser pour se livrer à un travail
nies et par ses temples, par tout Tappareil de son culte; ne communiquant souvent avec la multitude que par cette langue universelle des allégories et des symboles, comment ne trouverait -elle pas naturel que Dieu ait parlé aux hommes de la même manière, d'abord dans le grand temple de l'univers, puis dans le sanctuaire bien autrement divin des livres inspirés? Comment ne se réjouiraitelle pas de voir que ses docteurs ont reçu l'intelligence pour comprendre ce langage, et une parole exacte pour en révéler les mystères ^ ?
Tel est pareillement le sentiment des saints. Pour la plupart, l'Ecriture est comme un Thabor. Moïse et Élie s'y montrent sans voile; la loi et les prophètes y parlent du Calvaire; et ce qu'il y est donné de voir et d'entendre ne laisse à l'âme d'autre souvenir que celui de l'Homme-Dieu, d'autre impression que celle de sa grandeur souveraine et de son incomparable éclat * !
Il n'y a donc à s'étonner de ce langage, à le mépriser du moins, que ceux qui n'ont pas le sens du christianisme, qui considèrent nos livres comme des ouvrages ordinaires, composés à la manière des livres profanes, écrits dans la même obscurité, soumis aux mêmes règles d'interprétation. Instruits peut-être dans les sciences humaines, ces hommes n'en sont que plus aveugles dans les choses di-
pénlble; et dans Marie, la figure de l'Église triomphante, surtout de Celle qui en est la Reine, et qui, réunie au Sauveur pour ne plus le quitter, possède en lui la meilleure part dans le repos et la joie du ciel. A la Dédicace , l'hospitalité de Zachée envers Notre-Seigneur et la récompense qu'il eh reçoit sont présentées comme un Indice des biens que nous promet sa demeure parmi nous. Enfifi, au saint Sacrement, on rappelle les paroles de Notre-Seigneur sur la manne du désert et les sacrifices de la Loi ancienne , et l'on chante les paroles du Docteur angélique : In figu' ris prœsi0natur : Cum Isaàe immolatur, Agnus Pascha deputatur, Datiçr manna patnihts,
^ Annuntiaverunt opéra Del, et facta ejus intellexerunt. — Répons plusieurs fois répétés dans l'Office.
'^ Duxit lUos IQ montem excelsum seorsùm et transfiguratus est ante illos. Et ecce apparuerunt illls Moyses et Elias cum eo loquentes. Respondens autem Petrus dixit : Si vis, faciamus hic tria tabernacula... Levantes autem oculos suos, neminem viderunt nisi solum Jesum. Matth. xvii. i, 8.— Erras, Petre, et sicut alius Evangelista- testatur, nescis quod dicis. Noli tria tabernacula quserere , cum unum sit tabernaculum Evangelii in que lex et Prophetae recapitulanda sunt. S, Hieron. , in Matth. xvii.
HOMELIES DES PERES 201
vines. Quand ils protestent contre le sentiment de l'Eglise, quand ils ferment l'oreille aux explications de ses docteurs et de ses saints, on peut les comparer à des enfants qui trouvent incroyable tout ce qu'ils n'ont pas vu et qu'ils ne peuvent comprendre; ou bien à ces hommes voués au calcul des chiffres et au maniement des affaires , qui traiteront de rêveur l'esprit le plus solide, parce qu'il prétendra juger, sur quelques paroles, du génie d'un orateur, ou lorsqu'il saisira dans quelques lignes d'un homme d'Etat, dans une allusion, dans un mot, le secret de l'avenir, avec toute une trame sourdement ourdie et soigneusement dissimulée.