CHAPITRE IV
Vies des saints dans rOffice.
Quand on fait l'Office d'un Saint, les Leçons des Pères au second Nocturne sont ordinairement remplacées par un récit abrégé de sa vie^
Pour bien entendre ces récits et pour entrer parfaitement dans l'esprit de chaque Office, il ne serait pas inutile d'avoir lu et étudié ces Vies dans une histoire plus étendue. On saisirait alors une foule de traits ou d'allusions qui passent inaperçus; on comprendrait sans peine les termes peu usités devant lesquels l'esprit reste incertain : les noms propres par exemple, soit de lieu, soit de- nation*. On suppléerait aux omissions par les souvenirs. Les conséquences à tirer de certains faits, la solution des difficultés qu'ils soulèvent, la manière de justifier certaines assertions se présenteraient d'elles-mêmes. L'Office fût -il du
^ Quelquefois cependant, pour les saints les plus anciens, au lieu du récit de leur -vie , on lit un extrait de leur éloge par quelque Docteur. Ainsi, pour les Machabées, on lit S. Grégoire de Nazianze ; pour S. Joachim, S. Jean Damascène; pour S. Joseph, S. Bernard; pour la Nativité de S. Jean- Baptiste, S. Augustin; S. Léon pour les apôtres Pierre et Paul , et pour S. Laurent, diacre; S. Jérôme pour S. Jean à la porte La tine, pour S. Marc, pour S. Luc et pour S. Ignace; S. Grégoire le Gram. pour 8*° Marie-Magdeleine ; S. Ambroise pour 8*^ Agnès , etc.
2 Cf. Catalogua Sanctorumj etc., auctore Simone de Peyronnet. Tolo sœ, 1706 ; in -4°,
VIES DES SAÎNTS 203
[lonimun , la connaissance da Saint lui ferait appliquer l'une manière spéciale un certain nombre de passages qui ■rapperaient par leur convenance. Les prières qu'on lui idresse deviendraient plus touchantes. On s'y intéresserait lavanlage, et l'on en goûterait mieux les diverses parties ^
Mais c'est surtout quand il s'agit d'un office entièrement )ropre, comme celui de saint Martin, par exemple, de saint jaurent, de saint Clément, de sainte Agnès, de sainte \gathe, de sainte Cécile, de sainte Luce, etc., qu'il im- |)orte d'en bien connaître la légende. Sans cette connaisance, il y a beaucoup de détails qu'on n'entendra qu'à lemi : les répons, les versets, les antiennes paraîtront inomplets et sans précision; ils exciteront l'étonnement ilus qu'ils ne nourriront la piété. Au contraire, si l'on a ans l'esprit l'histoire entière, tous les traits qui s'y raportent touchent et émeuvent. Chaque mot rappelle une ertu, une épreuve, un triomphe. On est, pour ainsi ire , transporté sur la scène. On recueille l'instruction du aint pontife; on applaudit à la fermeté du lévite; on dmire la présence d'esprit et l'intrépidité des vierges ; on roit entendre les menaces des persécuteurs et les réponses es martyrs.
Ainsi l'esprit s'éclaire et l'âme s'édifie ^ Nous ferons
* Voir la Note V à la fin.
^ Tels sont les fruits que produisent naturellement les Vies des saints.
tJtinam liceret aliquem nancisci qui historiamnobis traderet apostolorum,
m dico de iis rébus quas scripserunt et dixerunt, sed etiam reliquam
3orum vitse consuetudinem , et quid comederint et quando comederint,
lando sederint, quô iyerint et quid singulis diebus egerint, in quibus
,rUbus fuerint et in quam domum introierint, atque accuratè omnia
arraret ; adeo omnia illorum facta multâ utilitate referta sunt. »
Chrys. In Epist. ad Philem. Prœf. « Si enim vestis exigna particula,
1 modicus rcsoluti corporis pulvîs, de sanctorum memoriis comparatus,
sffabîle fidelibus patrocinium creditur, quis digne vel explicare vel
?itare valeat eoruni vita virtutesque quantam salutis materiam confe-
Qt devotis mentibus cum replicantur? Inde namque fides firmatur,
Has nutritur, mundi contemptus pascitur, desiderium supernorum gene-
bur. » Paschas. Katbert. In Pass. SS. Ruflni et Valerici. Prœf. Aussi
t- elles fait dans tous les temps la lecture de prédilection des âmes
ventes. Parmi ceux qui en ont témoigné le plus d'estime on cite
Grégoire le Grand, S. Grégoire de Tours, le Vén. Bède, S. Boniface,
ilievêque de Mayence, qui en envoyait recueillir jusqu'au fond de l'An-
iterre; S. Sigiran, apôtre d'Allemagne, qui en portait toujours avec lui
seulement une observation au sujet des hagîographes c'est qu'il faut les bien choisir, et ne pas aller chercha Tesprit de 1 Eglise chez ceux qui se sont fait un mérite c contredire ses sentiments, qui prétendent réformer si leurs idées son histoire et son culte. On doit se défier ces esprits prévenus, qui, sous prétexte de prudence et c sage critique, taxent d'iadiscrétion toutes les pratiqua dont ils ne sont pas capables, contestent tous les faits qi ne s'accordent pas avec leurs systèmes , et ne voudraiei voir que de l'imagination et de fausses légendes dans toi les miracles qui ne sont pas absolument de foi.
A une époque qui n'est pas encore bien éloignée , on r gardait comme la marque d'un bon esprit de ne pas tr( se fier aux sentiments de l'Eglise, en ce qui concerne s( histoire et celle de ses Saints. On se faisait un mérite trouver sa critique en défaut; et ses ministres mêm n'hésitaient pas à confesser ses erreurs, en demanda grâce pour sa bonne foi. « A la suite des jansénistes, ce tains gallicans rédigèrent l'histoire d'après un systèr préconçu, et l'on aurait peine à croire quelles énorm faussetés ces préoccupations amoncelèrent sous la plur d'écrivains ecclésiastiques. Tout n'est pas encore dit s les assertions erronées et gravement partiales des Fleuil des Baillet, des Tillemont, des Launoy. On serait élon de la longue liste des causes indignement jugées et è procès qui restent à révisera »
dans ses courses évangéliciues ; S. Céran , évêqiie de Paris ; S. Franc d'Assise^ S. Etienne de Grammont, S. Thomas, S. Antonin, S. Phili de Kéri. Ce dernier voulut encore en entendre quelque chose un inst avant de mourir : il choisit la vie de S. Bernardin de Sienne. Ensi il commença son Office avec ses frères, et peu après il rendit son é à Dieu. Voir Dom Pitra, Études sur les colleêiions des Actes des saii in-8o,18.'^0.
^ Darboy, Œuvres de S. Denys. Introd.,]?. 80;in-8o, 1843. — Sur c( matière, on consultera utilement : Les Réflexions sur les règles et
>Ious sommes bien éloignés de prétendre qu'un fait soit istrait à la discussion par cela seul qu'on en trouve le it dans les livres liturgiques. Telle n'est pas l'intention l'Eglise. Loin de violenter les consciences à cet égard, 3 reconnaît que son infaillibilité ne s'étend pas à ces tières % et les changements réitérés qu'elle a faits dans Martyrologe et dans l'Office attestent qu'elle n'a pas une aveugle à tous les détails qu'ils contiennent 2. ^je qui est essentiel à ses yeux, et ce qu'elle garantit rapport aux saints qu'elle nous fait honorer, c'est leur ateté et leur gloritication au ciel. Quant à leurs actions, I se borne à choisir, entre les récits qu'on en possède,
ige de la critique touchant l'histoire de l'Église , etc.^ du P. Honoré de ite- Marie; 3 vol. in -40, 1713, 1717, Paris; surtout la IP partie, et j la Ille, li\r. I, Dissert, n, § 3, etc.; D. GtUÉranger, S^^ Cécile et la Hé romaine, xxiii, xxiv.
Judicium Dei veritati semper innititur ; judicium autem Eeclesiae non- :iuam opinionem sequitur quam et fallere saepe contingit et falli. ap. 38. A nobis. Décrétai. 39, de Sent, excom. — Approbatio quâ S. Eiù congregatlo déclarât Officium aliquod legi posse vel debere, non ipso imponit praeceptum credendi singula quse in eo contlnentur. Sic essarius imponere potest pœnitenti lectionem libri spiritualis vel histosacri , vel audiendam concionem sacram , licet non hoc ipso imponat (seceptum credendi singula quae in libro continentur vel dicuntur In • lone. Acta SS. vindicata. Bxbib. error. a. m, 8, 12. Cf. Suares. De . De Horis, cap. 11, 22.
1 Le saint-siège a fait examiner et corriger à plusieurs reprises le
]:yroIoge romain. Le résultat de ces travaux a été publié sous Gré-
XIII (1584), sous Urbain VIII (1630), soijs Clément X(1675),
^''Benoît XIV (1749). Ce dernier pontife ne laisse pas de dire : « Om-
[ijiua?. in martyrologium inserta sunt inconcussae veritatis non sunt, ut
jpetitis illius correctionibus constat. » De Canon. SS. 1. IV, p. II, et
^11, n. 14 et 16. Pour le Bréviaire, les légendes en ont été pareillement
38 et corrigées avec soin , d'abord en 1568 par les ordres de Pie V ,
en 1602 sous Clément VIII , avec la coopération des cardinaux Baro-
et Bellarmin; enfin sous Urbain VIII en 1631, ainsi que l'attestent
uUes de ces trois papes qu'on voit en tête de l'Offlce. « Attamen vetl-
existimari non potest, dit encore Benoît XIV dans le même ouvrage,
â cum reverentiâ et gravi fundamento, quae occurrunt in factia
ricis difiBcultates exponere , easque judicio Sedis apostolicse supponere,
"''andô manus iterùm admoveatur ad Breviarii romani correction em. »
, p. II, c. XIII, nos 7, 8, p. 129, 156, etc. xvii, n. 9, 10. Cf. P. de
; , Introd. generalis ad Hist. Eccles. Appendix , p. 483. Benoît XIV
même coc^enii à ce qu'une commission recherchât les modifications
pourrait apporter au Bréviaire romain dans une édition nouvelle.
eiultat de ce travail, conservé à la Bibliothèque Corsini, a été com-
qué en 1856, par ordre de Pie IX, à Mgr Roskovany, qui l'a publié
le V« volume de son recueil : Cœîibatus et Breviarium.
les plus autorisés et les plus pieux ; et le résumé qu adopte, elle oblige à le lire , non comme un objet de mais comme un document respectable et un exemple fiant. On reste donc libre d'appliquer à ces récits les rè de la critique , et rien n'empêche de discerner, s'il y a 1 ce qui est incontestable de ce qui serait douteux, ou c traire à une rigoureuse exactitude.
Benoît XIV constate formellement cette faculté ; il ind même certains points sur lesquels elle peut s'exercer s rien craindre. Toutefois il fait remarquer dans quelle destie et dans quelle réserve il convient de se tenir ^ . Oi peut nier, en effet, que les récits adoptés par l'Eglise n quièrent par là même beaucoup d'autorité, et qu'ils méritent une grande déférence. S'ils n'ont pas été é( par l'Esprit- Saint, ni recueillis par un organe infailli ils ont été choisis par des hommes compétents , éclai: impartiaux, attentifs jusqu'au scrupule, intéressés se ment à se garder de toute témérité. Ce choix s'est fait néralement à l'époque et dans les conditions les plus fe râbles pour reconnaître la vérité; il a été contrôlé, d les moindres détails, par plusieurs examens de l'autc ecclésiastique , et par le jugement des savants à l'apj ciation desquels il est nécessairement livré ^ Toutes les somptions sont donc en sa faveur, et, à parler en gêné on ne saurait mettre trop de circonspection et de rés( à le censurer : Unusquisque memor sit conditionis suœ
^ Bened. XIV, De Canon. SS. 1. IV, p. ii, c.xiir, n. 8. •— On ne co pas tous les dix ans un livre à l'usage du monde entier. Il suffit de s; qu'on reste libre de soumettre à l'examen de la critique tout ce qui es main et discutable. Au lecteur, s'il en est capable, de peser et de ] D. GuÉRANGER , Rcp. au P. Gratry.
2 Ceux qui entreprendraient de montrer qu'il y a dans l'Office p de l'Église des leçons fabuleuses, s'y trouveront fort empêchés, di Perron dans sa Réplique au roi d'Angleterre, V, vi.
2 PoNTiFic. In ordin, presb. — Un étudiant de l'Université de Paris a avancé dans sa Sorbonique, en 1484 , qu'on n'est pas plus obligé de c aux légendes des Saints qu'aux chroniques des Gaules, cette propos fut déférée à la Faculté de Théologie et condamnée solennellement elle, le 5 juin 1486, avec cette qualification : Falsa est, piaruni au-, offensiva, autoritati Ecclesice derogans; et si intelligatur universc est hœretica. Ideà revocanda. Duplessis-d' Argentée , Collectio judicic
.L'expérience vient encore à l'appui de ces présomptions. , toutes les époques, certains esprits ont prétendu trouver ns les légendes de l'Église des inexactitudes et même des reurs manifestes. Mais le plus souvent il a été constaté l'eux- mêmes se laissaient tromper par des préjugés et fausses apparences. Des études plus complètes ont résolu irs difficultés , et, après quelques hésitations, on a été rcé de convenir que ce qui leur avait paru erroné ou faileux, était encore ce que l'histoire fournissait de plus aisemblable et de mieux fondé K
Les faits qui provoquaient surtout les critiques et les éventions, au dernier siècle, c'étaient les miracles, les ns surnaturels, les visions, les prophéties, les traits hé iques et singuliers. Sans trop en peser les preuves, sans nier absolument la réalité, on se plaisait à dire que le erveilleux n'est pas essentiel à la sainteté, que tant de odiges choque la vraisemblance et rebute le lecteur; qu'aès tout, ce qu'il iniporte de remarquer, c'est ce qu'on doit iiter, les pratiques ordinaires et les vertus communes ^
[, p. 2. — En 1548, rUnlyersité censura avec non moins de sévérité une tien du Bréviaire romain faite pour Tusage du diocèse d'Orléans , dans Quelle on avait supprimé un certain nombre de faits miraculeux et de ons de Saints : Videtur ista mutatio imprudens , temeraria et scandaa, neque carens susincione favendi hareticis. Ibid., t. II, p. 160,
mars; — Voir une Réponse de la Congrégation des Rites, ad Epist. ^rgam., 20 août 1870.
^ On peut voir, par exemple, dans la Vie de S** Cécile par D. Guéranr, ch. XXXIII, XXXIV, comment la Providence a vengé, jusque dans ces tniers temps, la mémoire de cette sainte des doutes injurieux soulevés atre ses actes par des historiens sceptiques. Déjà le card. Baronius , qui ait assisté à l'ouverture de son tombeau par Clément VIII en 1599, s'éait dans ses Annales : « Vidimus , cognovimus et adoravimus. Audiant msueti et lœtentur ; confunduntur omnes qui oderunt Sion. » Anvo 821 ,
17. — Qu'on se rappelle encore sainte Marie de Béthanie identifiée avec .nt Marins dans les liturgies réformées du xvme siècle. 19 janv.
Si l'on compare le langage de plusieurs de ces critiques , de Baillet , par emple, sur les miracles des saints, avec celui que tiennent certains ratiç»-
Il faut se garder de ces préventions, si Ton veut citer rOffice avec goût et avec fruit, comme le dé l'Église.
Sans doute les miracles ne sont pas nécessaires p devenir saint, c'est-à-dire pour mettre à protit la grâc Dieu et arriver au salut; mais pour accomplir les gran œuvres que Dieu réserve à ses amis privilégiés , pour mis autlientiquement au rang des saints , pour justifie culte que TEglise rend aux bienheureux, ne doit-on dire qu'ils sont indispensables dans Tordre actuel de Providence? N'est-ce pas par ce moyen que Notre-Seign
nallstes de nos Jours sur les miracles de Notre-Seigneur et des apôtres trouvera peu de différence. C'est de part et d'autre la même préventior même parti pris, la même légèreté suffisante et railleuse. On ne veut rier mettre qui ne soit naturel ; et pour arriver là , toute raison semble boi toute explication est assez fondée. On ne nie pas précisément la possib des faits: mais on allègue l'invraisemblance ;on écarte les témoignages des fins de non-recevoir. « La foule est si crédule! Il y avait tant d'ignorj dans les siècles de foi I Chaque ordre tenait tant à faire admirer ses sai Quoi de plus simple d'ailleurs que de poétiser les belles actions ? S. M se jette à l'eau sur l'ordre de son supérieur afin de sauver son compagr n'est -il pas naturel de dire qu'il a fait comme S. Pierre et marché les flots à la voix de son maître ? S. François de Sales a converti pécheurs et des hérétiques obstinés : n'était- ce pas chat^ser les déai( faire entendre les sourds et ressusciter les morts ? Beaucoup de solitaires vierges, de religieux, s'adonnaient au jeûne et prolongeaient leurs veiL pouvaient -ils ne pas avoir de visions?... Plus les saints ont de scier moins ils font de miracles ; moins ils reçoivent de dons surnatui Néanmoins on attribue à S. Thomas des ravissements et des extases ; n n'était-il pas sujet à des accidents nerveux ? » Ainsi on se paye des moine prétextes, et il n'est rien qu'on ne croie, pour se dispenser de croire qu'on ne veut pas admettre. On arrive à déconsidérer à tel point les "^ des saints, les leçons même de l'Office ou les légendes, legenda, que incrédules n'ont plus qu'à donner aux récits de l'Évangile le nom légendes, pour les transformer en mythes ou en fictions fabuleuses qui peuvent être prises à la lettre. Nous savons bien que les miracles saints ne reposent que sur des témoignages humains, qu'ils ne sont attestés comme ceux de l'Écriture par l'autorité de Dieu et le témoign de l'Églifse; mais nous n'en tenons pas moins pour établi qu'un gr; nombre de ces miracles sont indubitables, et qu'on n'a pas plus de d de les contester qu'on n'en aurait de nier les faits les mieux fondés et plus universellement reconnus de l'histoire profane. Enfin , il nous sen^ évident qu'un homme qui a passé sa vie à étudier l'histoire des sair leurs œuvres, leurs vertus, et qui en parle de cette manière, avec ce de dérision et de dédain, montre assez qu'il lui manque un sens p* les apprécier, et qu'il est Incapable de les faire connaître et apprécier z autres... — Cf. Baillet, Fies des Saints, passim; Kecueil de lettres sur Vies des Saints de Baillet ; De la Tour, Mémoires; Du culte des Saints
est révélé au monde? N'a-t-il pas promis que ceuxqui lui îraient fidèles opéreraient comme lui des prodiges, pour reuve de leur foi et de leur vertu ^? D'ailleurs est-il une 'e de saint qui renferme des miracles plus nombreux et lus extraordinaires que ceux qu'on lit dans les Actes de is apôtres»? Et qu'y a-t-il de plus naturel que de voir Église se soutenir par les moyens qui ont servi à la fonîr, et de retrouver dans toutes les grandes œuvres du iristianisme, dans la fondation des sociétés religieuses en irticulier, une image des origines merveilleuses de la soété chrétienne?
Sans doute les dons extraordinaires et les traits hé-
*ïques sont un objet d'admiration, non d'imitation. Mais
lî ne voit combien est étroit le lien qui unit ces deux
iioses? Quoi de plus naturel que d'imiter ceux qu'on
nère; et l'ardeur qu'on a pour la vertu ne s'accroît- elle
is à proportion de l'admiration qu'elle inspire? D'ail-
urs , n'est-ce pas une erreur manifeste de réduire le culte
îs Saints à l'étude de leurs vertus, et le fruit qu'il doit
oduire à l'imitation de leurs exemples 3? Est-ce que
îglise ne se propose pas avant tout la gloire du souverain
aître dans les hommages qu'elle rend à ses serviteurs; et
meilleur moyen qu'elle ait de le glorifier, n'est-ce pas
faire connaître les trésors dont il les a enrichis et les
^'erveilles qu'il a opérées par leur ministère*? N'a-t-elle
s elle-même intérêt à ce qu'on sache toute l'abondance,
^ Signa autem eos qui crediderint hsec sequentur : llnguis loquentur
fis , serpentes tollent , et si mortiferum quid biberlnt , non eis nocebit ;
)er aegros manus imponent, et benè habebunt. Marc, xv, 17. Cf.
r. II, 17,18.
* Comparez, par exemple, la translation de S. Lazare à Marseille, avec liile de S.- Philippe, à Azot, Act. viii, 39, 40. Voir Muzzarelli, Du imbre et de la qualité des miracles.
« Il y a des Vies de Saints où se trouvent plus de sujets d'admiration
î d'imitation , comme celles de sainte Marie Égyptienne , des deux saintes
'herine de Sienne et de Gênes , de sainte Angèle et autres telles , les-
illes ne laissent pas néanmoins de donner un grand goût général du
Qt amour de Dieu. » S. Franc, de Sales, Vie dévote. le ^ Cur amici Dei, qui haeredes Del et cohseredes Christi, divingeque glorias 3 regni sunt socii, non etiam glorise quse in terra est, participes sunt ?
n dico vos servos, jnquit Deus; vos autem amici Dei estis. S. Joan.
masc. De Imag.
• toute la sublimité de» grâces que Dieu répand dans
sein? Si ces faveurs extraordinaires attestent la vertùi|
Saints et la prédilection dont ils sont l'objet, ne rendj
f ils pas témoignage de la pureté de leur croyance, par i
séquent de la foi de l'Église dont ils ont été les i
', çiples ^ ?
.. ; Ainsi, on aurait tort de se défier des faits miracu»
;qu-on lit aux fêtes des Saints, ou de s'imaginer qu'il ^
( drait mieux les passer sous silence. « Ces sortes d'histoi
.dit ledocte Thomassin ^ , ne sont pas de foi; mais elle
doivent pas pour cela être rejetées par des personnes é»
. rées et sages. La lecture de saint Gyprien, de saint
; gustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint
sile, de saint Athanase , ne permet pas de douter que
Pères n'aient été faciles à admettre des faits de ce ge
..gaint Augustin en rapporte de bien moins croyabb
JN'esti-il pas à craindre que de s'élever au-dessus des
rôm&, des Grégoire * et des plus savants docteurs
j l'Eglise^ ce ne soit l'effet d'un orgueil très dangereux
.On .ne se trompe guère quand on suit les opinions
-l'Eglise., tout en confessant qu'elles sont seulement
probables, et non pas démontrées ni absolument infa
,./ Cf. s.. Franc, de Sales, Controverses. Disc, lh, etc. — Bellai ''^*Voncio de gloriâ miraculorum et de dono prophetice. — Ste Tuérèse, ^teau àe l'âme. ^
2 Traité des Fêtes, II, xxi, no 16; et II, xx. — Cf. Dogm. theol.