‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 47 sur 227 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Du plan et de la structure du saint Office.

Ce n'est pas tout d'avoir étudié isolément les divers parties du Bréviaire et de comprendre chacun des passag qui sont entrés dans sa rédaction. Cette rédaction mon est l'exécution d'un plan et le fruit d'une idée. Les él( ments de l'Office n'ont pas été réunis au hasard : on les disposés d'après certains principes, coordonnés dans u certain but, assortis selon certains desseins. C'est ce qi en fait une œuvre d'intelligence, et ce qui donne lieu au études liturgiques. Tant qu'on ne possède pas ces prin cipes, tant qu'on n'a pas saisi ce dessein, tant qu'on res étranger à ce plan, on peut connaître les détails de l'Office mais l'Office lui-même, on ne le connaît pas; de mêm qu'on ne saurait avoir la connaissance de T homme phy sique, la science de son organisation , tant qu'on se born à étudier chaque membre en particulier, sans considère les rapports des membres entre eux et le rôle que chacu joue dans l'économie du corps humain *.

^ A la première vue, cette succession, cette sorte de môlatige d Psaumes, d'Antiennes, de Versets, de Bénédictions, etc., paraît bizarr et inexplicable. Néanmoins tout cela est fondé sur des raisons intrir sèques , dans lesquelles se reflètent admirablement l'esprit et la sagesse d l'Église catholique. Tout observateur sérieux et impartial reconnaîtra qu cet Office forme un tout parfaitement ordonné et solidement motiv jusque dans ses moindres détails. Plus on l'étudiera, plus on en concevr d'estime. Allioli, Motifs intrinsèques des Heures canoniales.

Où trouver cette science de rapport , cette vue d'ensemble

laquelle les études précédentes ne peuvent que préparer?

In la trouve, à un degré très élevé, dans les grands litur-

istes, qui ont apporté à leur travail l'esprit de foi et de piété

ue le sujet réclame ^ . On la trouve en particulier dans leurs

uvrages les plus anciens , dans ces monuments de savoir

t de religion, composés à une époque où Ton avait, bien

lus qu'aujourd'hui, rintelligence et l'amour du culte

ivin; où l'on regardait rOHice comme la digne expres-

ion des sentiments de Notre-Seigneur en son Église ; où

on était convaincu que, dans une œuvre si sainte, tout

jjoit être réglé par les principes les plus sages et les vues

s plus sublimes; où l'on croyait ne pouvoir mieux em-

oyer sa vie qu'à découvrir ces principes, à exposer ces

lies , à faire comprendre et apprécier cette œuvre. Qui

mieux enj;endu les symboles de la langue sacrée , qui en

plus pénétré les mystères, qui en peut parler avec plus

autorité que ces savants et pieux docteurs, dont la vie

est passée loin des distractions du monde, dans le silence

!S cloîtres ou des basiliques, appliquée tout entière à la

éditation des idées chrétiennes et à la célébration du culte

vin 2?

Est-ce à dire que la science liturgique fût dès lors parité, que les ouvrages de cette époque ne laissent rien à sirer? Non, sans doute; l'éclat de leur mérite n'exclut is toute tache. Négligeant trop la forme dans leurs écrits,

^ Voir les Tables de la Patrologie latine, t. I, p. 958; Opéra Patrum irgica usque ad Inn. III (1215) ; Zaccaria, Bihliotheca ritualis, t. II; Appendix, t. III ; Eoskovany, Gcelihatus et Breviarium, t. V : Monunta et litteratura. — Les ouvrages liturgiques les plus anciens ont été mis et publiés plusieurs fois en un seul volume in -fol,, sous ce titre :

divinis Ecclesiœ Officiis ac ministeriis varii vetustorum Patrum ac iptorum libri, videlicet B. Isidori, Alcuini , Amalarii , Rabani Maurij

lafridi Strabonis, B. Yvonis, Badulphi de Rivo, a M. Historpio re-

gati.

On peut leur appliquer le mot d'Isaïe : Prudentes eloquii mysticî.

3. Suivant S. Grégoire le Grand, la parole de Dieu est comme la lampe

sanctuaire ; la lettre en est le vase , le sens spirituel en est la flamme.

mour des choses saintes, qui est dans le cœur du prêtre qui médite

te divine paroie . est l'huile qui lui donne son éclat et sa chaleur. In I .1,4,

ils s'exposent à rebuter par la sécheresse ou par la diffu sion. On peut trouver qu*ils exagèrent la portée de leui principes. Ils donnent parfois leurs imaginations pour df réalités et leurs conjectures pour des démonstrations. E outre, ils se placent toujours à un point de vue qui ne pei plus être le nôtre. Pour expliquer le saint Office, ils com mencent par le décrire tel qu'il se montre à eux dans k églises des monastères ou dans les cathédrales , avec Tap pareil des cérémonies, la variété des personnages, la so lennité du chant et les diverses évolutions du chœur. L lecture de ces auteurs ne dispense donc pas de réfléchir de discernera

Mais à côté de ces défauts, dont les premiers d'enti eux, Amalaire de Metzs^ Rupert de Duitz», et mêm Durand de Mende*, le plus excellent de tous, ne sont pî exempts, on ne peut s'empêcher de reconnaître des qualité capitales qu'on chercherait vainement ailleurs : la vrai méthode qui convient au .sujet, une connaissance apprc fondie de la religion, de l'Écriture et des Pères , une inte

^ Il conviendrait d'ailleurs de s'initier à l'intelligence de ces ouvrag par la lecture de quelque livre plus élémentaire composé sous lei inspiration ; par exemple : Exposition littérale et mystique des rubriqu du Bréviaire, faite pour l'usage des séminaires, par Raymond Bona in -12, Lyon, 1679; Les Baisons de l'Office et des cérémonies, par Clam Villette, in- 40, 1611 ; Le Manuel du Bréviaire romain, où sont exposé clairement et méthodiquement les raisons historiques et mystiques d Heures canoniales, par De Peyronnet; 4 in -12, 1667. Le premier de c ouvrages est fort élémentaire, mais précis, solide et pieux; le secoi abonde en aperçus, mais souvent personnels et arbitraires; le troisième des longueurs, mais il est clair, judicieux, et fondé en autorités. N01 joindrons à ces auteurs M. Olier, dont les écrits, le Catéchisme chrétii pour la vie intérieure, en particulier, sont très propres à faire entr dans l'esprit des mystères de Notre -Seigneur, par conséquent des fêtes ( l'Église et de son Office.

2 De divinis Offlciis, lid. IV ; composé en 820 et dédié à Louis le D bonnaire, qui avait ouvert à l'auteur sa bibliothèque.

^ De divinis Officiis, lil). XCIIl ; 1135. L'auteur parcourt tous \ Offices de l'année, et s'étend sur les Leçons et les Oraisons.

^ Son Bationale divinorurn Officiorum (1286) est comme la sommée le code complet de la liturgie catholique. On a dit de cet ouvrage Cœteri utiles, iste necessarius. Au jugement de Dom Guéranger, c'est dernier mot du moyen âge sur la mystique du culte divin. Ce fut premier livre imprimé avec des caractères métalliques. On en trouve b grand nombre d'éditions.

ence parfaite des principes et des procédés liturgiques, sentiment délicat des choses de la foi et de la piété, [in des vues élevées et fécondes, qui éclairent et qui ifient tout à la fois, qui inspirent la vénération pour glise et pour son culte, qui surnaturalisent jusqu'aux ândres pratiques et qui découvrent des instructions sûmes là où Ton n'eût aperçu souvent que des observances pitraires et sans portée K

Initié par de tels maîtres, éclairé par ses méditations, kprit s'ouvre à Tintelligence des mystères liturgiques. 1 à peu les voiles se lèvent, les idées se dégagent. On Qmence à concevoir le plan du saint Office; on en peri l'harmonie; on en saisit l'unité. Le sentiment confus lon en avait d'abord se précise et se développe. Bientôt it prend un nouvel aspect : les fêtes , les cérémonies , prières paraissent remplies de significations admirables, e emblèmes divins se dévoilent à l'âme, et les expiions qu'on trouvait les plus étranges frappent par leur tesse. On n'a encore que des ombres, mais ces ombres ent et révèlent des choses sublimes. Il semble qu'on acquis un nouveau sens , ou qu'on entende un nouveau ^age. On s'étonne d'avoir pu si longtemps rester sourd concert et ne rien apercevoir dans ce tableau; et, ime saint Augustin parlant des Ecritures , on compare iit où l'on a vécu jusque-là, à celui d'un enfant, ou 1 homme sans étude, qui dans le manuscrit d'un chefluvre littéraire ne saurait admirer que la main du co-

fNous n'étendons pas cet éloge aux liturgistes du xviii* siècle , ni à du siècle précédent : ils négligent trop le sens des rubriques et des iQonies ; ils ne songent qu'à en exposer les origines historiques et les Is matérielles. A ce point de vue, il est vrai, plusieurs ont un grand Jjfce : Thomassin, Traités historiques et dogmatiques sur VO;ffice divin fêtes de V Église ; Grancolas , Traité de l'Office divin et de ses dis parties, et Commentaire historique de l'Office divin. On regrette )ir l'érudition de ces derniers ouvrages déparée par des critiques maintes et sans fondement. L'ouvrage du cardinal Bona : De divinâ nodiâ, est exempt de ces défauts. Ce savant auteur a su ajouter à ce es devanciers avaient écrit de plus édifiant sur l'Office divin , ce que îcherches lui avaient appris d'intéressant sur son histoire et ses va- , tout en conservant la hauteur des vues et l'onction sainte des ancommentateurs.

piste et la netteté du caractère, sans rien comprendre idées qu'il exprime K

Que ces jouissances ne soient pas données à tous d ce degré, nous l'admettons sans peine. Pour être goû pleinement, des consolations si délicieuses et si pures .^ posent une aptitude particulière ou certains dons peu c( muns de nature et de ffrâce. Elles demandent une c naissance approfondie de la religion et des saints liv] l'amour de l'oraison, l'union avec Dieu, la sérénité l'esprit, la pureté du cœur, l'oubli des choses matérie et profanes. Montes excelsi cervis -. Mais quand on pourrait s'élever à cette hauteur, quand on devrait s rêter aux premières marches du sanctuaire et se bornt

^ Quemadmodum qui videt litteras in codice optimè scripto et nor vit légère , laudat quidem antlquarii manum , admirans apicum pul tudinem, sed quid sibi yelint, quid indicent illi aplces nescit, et est o laudator, mente non cognitor ; alins autem et laudat artificium et ( intellectum , ille utique qui non solum videre , quod commune est o bus, potest, sed etiam légère. S. Aug. Serm. xcvii, 3. In Luc, vu. n'est pas pour l'âme de plaisir plus doux que de découvrir ces sen crets, cette sagesse céleste , ce Verbe divin caché sous le voile c lettre ou dans l'obscurité du symbole. C'est une joie semblable à celle Mages en présence du Sauveur revêtu de notre nature et envelopp langes : Gavisi sunt gaudio magno valdè. Matth. ii. 10.

2 PsALM. cm, 18. — Ce qui manque le plus souvent pour comprend goûter les mystères du saint OfiQce , c'est la pureté du cœur : Beati mi corde! Matth. v, 8. Cor puru7ïi pénétrât cœlum et infernum. Imit. I Il y a, dit Cassien, une infinité de langages de Dieu que les hommes ] tendent pas, parce que leurs passions forment comme des nuages qui pèchent cette parole d'arriver à eux avec sa force et sa clarté. Confér. 14. L'étude a son utilité assurément, et la réflexion aussi; cepen l'Esprit- Saint peut y suppléer par son onction intérieure ; tandis que réflexion ni l'étude ne peuvent suppléer à sa grâce : Utilis lectio , ^ eruditio; sed magis unctio necessaria, quce sola docet nos de omm S. Bern. La Vén. Mère Agnès de Jésus recevait souvent l'intellig de la lettre même de l'Oflace, bien qu'elle n'en eût jamais appri langue. Le jour de la Purification, 1626, Dieu versa dans son âme de lumière sur ce mystère, qu'elle entendit et comprit tout le sens Psaumes et des Leçons. Vie par M. de Lantage; III, v. Dieu accorda sieurs fois la même grâce à sainte Lutgarde et à beaucoup d'autres lit dans la Vie du B. Gilles , compagnon de S. François, qu'il avait ( dinaire, en récitant les Psaumes, une telle abondance du lumi^ qu'un seul verset lui eût fourni cent vues et cent expositions différer 0 si semel paululùm quid de adipe frumenti unde satiatur Jerusc dégustasses, écrivait S. Bernard à un Bcligieux de ses amis, plus affect né à l'étude qu'à la prière; quàm libenter istas crustas rodendas litt toril)us Judœis relinqueres ! Experto crede. Epist. cvi.

ueiilir quelques rayons des lumières communiquées à utres, n'y aurait-il pas déjà assez d'avantages, pour irer de ce côté nos affections et nos recherches ^ ? Il est loux de voir la part qu'on a et la fonction qu'on exerce is ce concert universel à la gloire du divin Maître! L'ofî dont on est chargé est si saint et si sublime, il répond bien à son objet et à son principe, qu'on ne peut en isidérer l'excellence et les mystères sans une admiraii et un bonheur incomparables!

3ui ne serait ravi de voir le Verbe incarné glorifier in-

samment son Père, sur la terre comme dans le ciei ,

Qplir et consacrer par l'expression de ses louanges toute

endue du monde et toute la durée des temps, repro-

re et développer sans fin ses divers mystères, afin d'en

nmuniquer l'esprit à ses ministres et de le répandre par

L dans les cœurs des fidèles! Car tel est le spectacle

'offre le saint Office , quand on le considère d'une cer-

ae hauteur, ou dans les écrits de ceux qui en ont reçu

itelligence : Plena est omnis terra majestatis gloriœ ejus-.

•s diei éructât verhum, et nox nocM indicat scientiam ^. Au

nmet de la création , infiniment au-dessus de toutes ses

.vres. Dieu se montre dans son immuable et féconde

ité, objet essentiel de toute bénédiction et de toute

gérance; devant lui, à ses pieds, mais à la tête de son

lise, Jésus-Christ apparaît comme la vraie louange de

1 Père, comme sa louange unique, totale, parfaite.

n de multiplier ses hommages et de satisfaire son zèle,

omme-Dieu s'associe, dans tous les lieux et dans tous

temps, les esprits les plus élevés, les cœurs les plus

nts, les lèvres les plus pures, et il en fait ses organes.

utes ces lèvres, tous ces esprits, tous ces cœurs louent

îu avec lui et le glorifient par lui. Tandis que ses mi-

Si nondum penetramus ad fontem, de rlvo bibamus. S. Aug. In n. XXI.

Vidi Dominum sedentem super solium excelsum et elevatum, et ea j sub ipso erant , replebant templum. Seraphim stabant et clamabant r ad alterum : Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus exercituum. la est omnis terra gloriâ ejns, Isai^ vi, 1 , etc.

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