PSALM. XVIII
23â Le saint oii'FicË
nistres prononcent la formule de ses sentiments, le V( incarné offre à son Père ces sentiments mêmes au fonc son âme^ et il les communique par sa grâce à ceux qu expriment. Ainsi ce ne sont pas seulement des meml de Jésus -Christ qui prient, chacun à part, tandis qu Sauveur règne au ciel dans l'impassibilité de la béatiti] c'est Jésus- Christ lui-même, priant par ses princip membres; c'est le pontife suprême, le prêtre uniqu éternel, vivant dans ses ministres, qui ne cesse, sui\ sa promesse, d'honorer, de bénir, de louer son Père, d la dilatation de son cœur et dans la société de ses sair In consilio justorum et congregatione ' .
Non seulement on a cette consolation d'adorer et bénir Dieu avec Jésus- Christ et par Jésus-Christ, d Punion la plus étroite et la plus certaine, mais encore c en Jésus-Christ, dit saint Augustin-, qu'on l'adort qu'on le bénit. Car Dieu est dans son Fils pour s'unii pour sanctifier le monde ^ , et c'est dans ce tabernacle q se présente aux hommages et aux bénédictions de PEgli Quia in ipso inhahitat omnis plenitudo divinitatis corporc terK
Aussi les mystères du Sauveur remplissent-ils le cer de nos solennités. Manifestation constante de ses dispc lions et de sa vie, le saint Office nous représente incessa ment les divers états par lesquels il a passé : d'abord naissance, son apparition aux gentils, sa présentation temple; puis sa prédication , ses souffrances, sa mort; en sa résurrection , son ascension , son triomphe au ciel d sa personne et dans celle de ses saints. En tous ces m; tères, le Verbe fait chair apparaît à la fois comme princ et comme terme des hommages de l'Église, adorant com homme, adoré comme Dieu, et comprenant dans sa dou nature, avec toutes les perfections et tous les mérites,
^ PSALM. ex, 1.
^ Orat pro nobis ut Sacerdos , orat in nobis ut caput nostrum , ora in nobis ut Deus noster. Agnoscamus ergô In illo voces nostras , et v( ejus in nobis. S- Aug. In Psalm. lxxxv, 1.
3 II Cor. V, 19.
-* Col. II, 9.
PLAN ET STRUCTURÉ 239
Ite du ciel et de la terre, la religion du temps et de ternité : Totius mundi una vox Christus * . Telle est l'idée du saint Office 2. Cette vue, toute somlaire qu'elle est, peut faire concevoir les merveilles qu'il nferme; car l'exécution est à la hauteur du dessein, et 5 détails répondent à l'ensemble, autant que la gloire de eu et l'honneur de l'Eglise le demandent. On peut dire, en effet, que si l'Esprit- Saint n'en a pas spire toutes les pensées, il a surveillé et dirigé ceux qui ; ont écrites. Il a mis sur ce livre, comme sur son œuvre r excellence, le sceau de sa sagesse et de sa vertu : Eunc ter signavit Deus ^ Tout y est plein , non seulement d'in- 'uctions saintes et touchantes, mais encore d'art, de comlaisons, de beautés ineffables : Mirabili altitudine et mibili humilitate ^. Tout y est harmonie et mystère, dans le
s. Jerem. Epist. ad Heliod. lx , 4.
Nous en avons dans l'Apocalypse une image sensible : « Bcce in cœlo
es posita et super sedem sedens. Et vidi in medio throni et quatuor
^malium et in medio seniorum Agnum stantem tanquam occisum. Et
gp aperuisset librum , quatuor seniores ceciderunt coram Agno , haben-
j singuli citharas et phialas aureas plenas odoramentorum quse sunt
tiones sanctorum. Et cantabant canticum novum. Et vidi et audivi
em Angelorum multorum , et omnem creaturam quse in cœlo est et
er terram, et sub terra, et quse sunt in mari, omnes audivi dicen-
: Sedenti in throno et Agno denedictio et honor et gloria et potestas in
)fida sœculorum. Et quatuor animalia dicebant : Amen. Et viginti qua-
seniores ceciderunt in faciès suas et adoraverunt in saecula ssecu-
im. » Apoc. V, 2 , etc.
JoAN. VI, 27. — c( Aucun livre, après l'Écriture, n'est marqué d'un
lu plus divin que le Bréviaire romain. Depuis plus de treize cents ans
5 dit d'un pôle à l'autre. C'est proprement le livre de l'Église, le seul
m puisse appeler livre catholique, composé par l'Église et pour
4rlise... Son titre, à lui seul, me remplit de respect et de confiance :
viarium romanum ex decreto 8. Concilii Tridentini restitutum, S. PU V
\u editum , démentis VIII et Urbani VIII auctoritate recognitum,
mots me rappellent qu'en le disant je suis uni à l'Église catholique,
stolique et romaine, la seule véritable, et par elle à mou Dieu. Je
le , je pense , je prie comme elle. Ces idées agrandissent mon âme , me
urent et m'encouragent. » De la Tour, Mémoire II, De l'union avec
le. Sa forme, comme son fond, le distingue de tout ouvrage purement
lain. On est forcé d'y reconnaître en particulier cette union merveil-
de simplicité et de profondeur que S. Augustin ne se lassait pas
mirer dans l'Écriture et qu'il donne comme un des caractères les plus
)Ies de l'esprit de Dieu : Ilumillimo loquendi génère se prœbens omni-
et exercens intentionem eorum qui non sunt levés corde. Conf. VI, v.
libus accessihilis , quàmvis paucissimis penetraMlis, Epist. cxxxvii,
S. AuG. de Doct. christ,, iv.
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fond des choses comme dans Texpression : Intûs et forii Les diverses parties des Heures , leur rapport avec no existence , qui n'est que d'un jour sur la terre , mais doit se prolonger sans fin dans l'éternité, la succession riée des solennités et des offices, l'accord de chaque Off avec l'objet qu'il célèbre et la place qu'il occupe, tout vêle une pensée supérieure aux idées humaines; tout déc l'action de Celui qui multiplie les merveilles sans effort qui embrasse dans l'unité de son regard la variété infi] des personnes et des choses. Nulle part, en dehors ( livres inspirés, la piété ne trouverait une occupation au délicieuse et aussi féconde. Aussi ne m'étonné-je pas d'e tendre Bossuet signaler aux hommes du monde cet ouvre comme un monument de la sagesse de l'Eglise 2, et sa François de Sales, cet esprit si judicieux et si discret, p noncer qu'il ne connaît pas d'œuvre plus excellente et p admirable ^.
^ Apoc. VI, 1. — Intùs per spiritalem intellectum , foris per sensum terse simplicem. S. GtReg. M., in Ezech. Ilom. ix. — Intùs et foris , q et dictis occultioribus sublimioribusque satiantur fortes, et prœce] apertioribus nos parvuli nutrimur. Ihid. Hom. x. — Qusecumque in Offi ecclesiasticis consistunt, divinis plena sunt signis atque mysteriis; singula sunt cœlesti dulcedine redundantia, si tamen diligentem liabe inspectorem , qui novit mel de petrâ sugere , oleumque de saxo durissi; Durand. Bationale, in proœm.
2 Après la Lettre cxix , déclaration à M. de Bordes. Édit. de Versail ^ ;S^. François de Sales modèle et guide du prêtre et du pasteur, I, A ces deux autres autorités, il serait facile d'en joindre d'autres. cardinal d'Astros, archevêque de Toulouse, apprenait par son exempl ses ecclésiastiques quel amour ils devaient avoir pour le Bréviaire et que consolations ils pouvaient y puiser. « Étant encore simple prêtre , dit - il vicaire capitulaire de Paris, je fus dénoncé à Napoléon comme ayant pandu dans le public un bref du pape contraire aux prétentions du cai nal Maury et aux vues de la politique impériale. On me conduisit à "\ cennes et on me mit au secret le plus rigoureux. Je me vis enlever t mes papiers, tous mes livres, jusqu'à mon Bréviaire. J'appris ainsi pa: privation ce que je devais à mon Office] de lumière, de douceurs et force. Aussi mon Bréviaire fut -il ce que je réclamai avant tout. A fc d'instances, et après de longs délais, j'obtins qu'il me fût rendu; et lors je me réconciliai à moitié avec ma prison. Je ne connus plus l'eni Je ne me bornai pas à réciter avec attention mon Office ; je m'appliq à le méditer, à rétudier, à l'approfondir. J'annotai les psaumes , les i phètes, les épîtres. J'en fis des sujets d'oraison; j'en tirai des matié d'instruction pour l'avenir. Enfin ce fut pour moi le principe d'une il mité qui est devenue l'une des plus grandes grâces et des plus douces je
Ce n'est pas le lieu d'entrer dans les détails : il serait )p long de montrer par des exemples tous les trésors l'un esprit droit et un cœur pur peuvent découvrir sous i lettre des saints Offices. Mais si quelqu'un se défie de js éloges et nous soupçonne d'exagération , nous le sup- Ions d'aborder une étude qui le mettra en état de juger r lui-même, d'après sa propre expérience ^ S'il est Ibord choqué, comme dans les livres saints, d'une cerme négligence et de quelque imperfection extérieure, 1 esprit ne tardera pas à s'élever au-dessus de ces consiérations d'un ordre subalterne. Bientôt les formes suificielles disparaîtront à ses yeux -. Il trouvera naturel
!î dans une œuvre semblable, à laquelle tant d'auteurs 'érents ont dû mettre la main , chacun ait gravé l'eminte de son pays comme de son époque. Loin de dimiîr son admiration, ce reflet de la perpétuité et de la [lolicité de l'Eglise sera pour son cœur un charme de
11 tia vie. » Sa Vie, par le P. Caussette. — « Ce fut le hasard, en appaq e , dit le P. Newmann , qui m'initia à la connaissance du Bréviaire , :epionument si admirable et si attrayant de la dévotion des Saints. A la é: d'Hurrel, en 1836 , on me pria de choisir comme souvenir un de ses s; s. Je parcourais, en hésitant, les rayons qui étaient devant moi, beiiid un ami intime qui se trouvait à mes côtés me dit : « Prenez donc ssim» C'était le Bréviaire qu'Hurrel avait avec lui. Je le pris, je l'étudiai, n tirai la substance de mon Tract sur le Bréviaire romain, dont l'apiaill iion effraya mes propres amis. Depuis lors ce livre ne m'a pas quitté, ai toujours sur ma table, et je m'en sers journellement. » Histoire es opinions religieuses, p. III. Cf. Wiseman, DuUin's Jteview, t. XIII ; jipifenb. 1842 ; sur la Poésie des prières liturgiques.
quel iugerite, et invenietis ; pulsate, et aperietur vobis. Quasrite'legendo, et intls meditando ; pulsate orando, et aperietur vobis contemplando. S.Bern. i)do orandi. — Lecto evangelio, codex evangelicus apertus datur Sacercai psculandus, cœteris vcro clausus, ac si dicatur ei : TiM datum est nosse à^ zriuTR regni Dei, cœteris verôin paradolis. HiLDEB.^'erm. xcvi. ertf>n ne doit pas s'étonner si des hommes versés dans la littérature ou les sciences profanes ne goûtent pas d'abord les beautés de l'Office, jouir de la lumière, ce n'est pas assez que le soleil brille : il faut ^fjrue saine et capable d'en supporter l^éclat. Les goûts changent avec Ispositions. — Propterea , vide ut potes mode , et cùm plus poteris , idebis. S. Bern. in Cant. Serm. xlv , 6. — Olim mihi Tullius dulppliliat ; blandiebantur carmina poetarum ; Lex , Prophetae , Evangelium lesf nis gloria sententiarum Domini mei et servorum ejus aut parva viur aut nuUa : nescio quomodô nunc dulciùs Immurmurat fllius Jesse, es illos quos diligere consueveram , elingues reddit et mutos. Petr, erm, de Nativ. Christi,
plus^ Enfin il rendra grâces à Dieu d'avoir placé dans sanctuaire une source de vie si abondante et si pure; et \ bénira l'Eglise d'avoir imposé à ses ministres l'obligatic d'y puiser à tout instant l'esprit religieux qui les de animer.
Tels sont, nous le savons, les sentiments de tous n frères; tel est le témoignage que rendent par toute l'Egli* les voix sacerdotales les plus consciencieuses et les pi autorisées. Là même où dominaient récemment encore d préjugés contraires , on s'honore aujourd'hui de reconnaît et de proclamer le mérite du saint Office. C'est un bonhe pour nous d'en citer quelques preuves.
« Pour tout juge sérieux et impartial , dit le docte d'AUioli, prévôt de la cathédrale d'Augsbourg 2 , l'Offi est loin d'être un mélange confus de prières prises hasard. C'est, au contraire, une composition savante, \ tout parfaitement ordonné et solidement motivé jusq dans les moindres parties; c'est un livre de prières en nemment pieux, éminemment sacerdotal. »
(( Urbain VIII , écrit de son côté un savant professeur l'Université de Tubingue^, a mis la dernière main à la 1 formation du Bréviaire; et très heureusement il ne s'a plus de réforme aujourd'hui. L'Office divin contient ta de choses instructives et édifiantes, qu'on se demande a^ étonnement comment on a pu, à une certaine époque, tourner en ridicule et le vouer au mépris. »
Enfin un pieux et savant ecclésiastique du diocèse Soleure, M. J. Dûret^ termine ainsi une étude remarquai sur l'Office du Saint -Sacrement : « Ma conviction intim
^ Pour apprécier cette œuvre , il faut la voir d'ensemble , dans tous rapports avec Tantiquité, l'histoire, le droit canonique, la musique, poésie : faute de cela, on ne la comprendra jamais. » D. Guékangek, fense des Inst. lit, p. 138.
2 Ueher die inneren Motive der Kanonischen Horen. Scluszbei) Tcxing; 1848.
^ Dr Probst, Brevier und Breviergebei. Tubingen, 1868.
^ Zeitsehrift fUr die gesammie KathoUsche Théologie, Wien., IS VIT; XI, Die Schonheiten des Officiums in festo Çorporis Christi. — pourrait ajouter beaucoup d'autres noms également significatifs, Amberc Hefele , KicTEL , Jaxner . otc.
y< PLAN ET STRUCTURE 243
[lie je voudrais pouvoir inculquer dans le cœur de tous les jrêtres, c'est que la structure de l'Office n'est susceptible l'aucune modification notable, et qu'entreprendre de le réovmeY dans sa substance , ce serait gâter un chef-d'œuvre 'un dessein et d'une exécution également admirables. Si on trouve l'Office sans attrait, ce n'est pas au Bréviaire u'il faut s'en prendre. La raison en est, hélas! en nousftêmes : dans notre peu d'estime et d'affection pour la rière*. C'est de ce côté qu'il faut une réforme; c'est là u'il faut porter la main. Que le divin Esprit daigne faire bonder sa grâce dans l'âme de tous les prêtres : tous oûteront le saint Office et sauront en profiter ^ 1 »
^ Agendum prius est ut non oderis, deiiide ut âmes. §. AuG, De util, -éd., VI, 13.
2 Item, Mabillon, Disquisitio de Cursu gallicano, n^ 75.