CHAPITRE II
Des fruits du saint Office.
Si quelque chose peut encore accroître notre estime pour
) saint Office , c'est la pensée des avantages que nous de-
Dns en attendre pour l'Eglise et pour nous-mêmes.
Outre les besoins individuels de chacun de ses membres,
Eglise, considérée dans son ensemble comme le corps
ystique du Sauveur, a des besoins d'une importance capi-
le, soit pour la gravité des intérêts qu'ils affectent, soit
)ur rétendue des secours qu'ils réclament. Bornons-nous
signaler ici les plus apparents. Ils suffisent pour faire
ntir dans quelle dépendance elle est à l'égard du Ciel, et
mbien le secours de la grâce lui est indispensable.
Avant tout, l'Eglise a besoin de pasteurs et de ministres.
3 souverain pontife, les évêques, les prêtres sont à son
ard ce que la tête et les principaux organes sont au corps.
est par eux qu'elle reçoit la vie et le mouvement. C'est à
X de l'éclairer, de la conduire, de la défendre. De leur
rtu, de leurs lumières, de leur accord, dépendent sa
rce et jusqu'à un certain point son existence. Or, quel
tre que Dieu pourrait lui donner ces pasteurs et ces
ministres? Quel aulre serait capable de les former, de les sanctifier et de les rendre dignes de leur ministère * ?
En second lieu, elle a besoin de saints, c'est-à-dire d'âmes ferventes et généreuses , uniquement dévouées , chacune en son état, à la pratique de la perfection chrétienne.
En effet, si la vie de l'Eglise est dans sa hiérarchie, sa prospérité et sa gloire ne sont-elles pas dans ses saints? Ce sont eux qui complètent l'enseignement des pasteurs et qui le rendent efficace. Ils ne se contentent pas de faire connaître les vertus chrétiennes, l'humilité, la mortification, la pénitence, le sacrifice : ils les font aimer en les pratiquant. Les vocations héroïques sont leur partage , aussi bien que les dons miraculeux. C'est parmi eux qu'on trouve les prédicateurs de l'Evangile , les missionnaires dévoués , les religieux austères, les athlètes et les martyrs de la foi. C'est par eax que la piété se ranime, que les conversions s'opèrent, que les institutions se fondent ou se relèvent et que les prodiges du premier âge se renouvellent. Mais est-ce la nature qui les produit, est-ce le monde qui peut les former? Le monde n'est pas même capable de les comprendre. C'est Dieu seul, c'est son Esprit qui les suscite pour le salut de leurs frères et pour la gloire de son nom : In monte Sion erit salvatio et erit sanctus^^ dit un prophète.
Une autre condition nécessaire au bien de l'Eglise, c'est l'union entre ses membres, et la paix avec les puissances du siècle. Comme elle ne subsiste que par l'identité des croyances et par l'unité du gouvernement, l'accord des esprits et des coeurs à l'intérieur est pour elle une nécessité absolue. Sans subordination et sans concorde, elle n( pourrait que se dissoudre et tomber en ruines. Quant au? puissances du dehors et aux gouvernements temporels, leui faveur ne lui est pas nécessaire, sans doute. L'expérienc a montré qu'elle peut résister à leurs coups et triomphe; de leur hostilité. Néanmoins , dans l'intérêt du monde lui' même, elle désire être en paix avec ses princes. Elle a besoii
^ I Cor. xit, 28. II Cor. m, 6.
2 Abd. 17. Dan, u, 20. I Cor. xii.
Je la liberté que le divin Maître lui a donnée, pour enseigner sa doctrine, pour exercer son culte, pour vivre de sa vie; et elle demande qu'on la respecte si on ne la protège pas. Mais c'est au Ciel surtout qu'elle fait cette demande ^ Elle sait bien que la paix et l'union ne sont pas le fruit des passions humaines, que Dieu seul est capable de retenir clans l'unité tant de forces divergentes , et d'imposer à la puissance le respect de la vérité et de la vertu.
Voilà donc trois choses, d'une importance capitale, que l'Église doit attendre du Ciel. Quand sa prospérité ne dépendrait d'aucune autre condition, ne serait-ce pas assez pour la mettre, à chaque instant et de mille manières, à la disposition de la divine providence?
Ces besoins ne sont pas seulement constants : ils sont mmenses. Chacun d'eux se complique d'une foule de difficultés particulières, et réclame une multitude innombrable de grâces. Or c'est une maxime et une loi générale, dans le christianisme, que toute créature est tenue d'invoquer le secours de Dieu à proportion des besoins qu'elle éprouve et dont elle a conscience. Notre -Seigneur consent à nous donner tout ce qui nous est nécessaire; il a même promis de ne nous refuser aucun des moyens qui peuvent nous aider à atteindre notre fin ; mais il veut qu'on les lui demande, et il tient tellement à nous voir implorer son secours , qu'il a soin de mesurer ses dons à la durée et à l'ardeur de nos instances ^ L'Église elle-même est soumise à cette règle qu'elle inculque aux fidèles, et elle est obligée de leur donner l'exemple en s'y conformant la première.
^ Obsecro primum omnium fieri obsecrationes, orationes pro omnibus hominibus, pro regibus et omnibus qui in sublimitate sunt, ut quietam et tranquillam vitam agamus in omni pietate et castitate. I Tim. ii, 1, 2. L'Église est restée fidèle à cette recommandation de l'Apôtre. Elle prie à l'Office comme à la Messe : c( ut hostium sublatâformidine, tempora sint divinâ protectione tranquilla. » Pro pace. « Ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia securâ Deo serviat libertate. » Orat. comm. « Ut et mundi cursus pacifiée dirigatur, et Ecclesia tranquilla devotione Igetetur. » IV Dom. post Pent.
2 Petite, et dabitur vobis. Luc. xi, 9. — Non habetis, propter quod non postulatis, Jacob, iv, 2, -^ Conc. Trid., Sess, Vif xi.
C'est pour cela qu'elle est en prière depuis son origine , et qu'elle ne cesse de faire prier ses ministres. Elle les charge de louer Dieu en son nom : c'est son premier soin au saint Office, comme c'a été celui de Notre -Seigneur dans l'oraison qu'il nous a apprise. Mais à l'exemple du même maître, elle veut aussi qu'ils l'invoquent après l'avoir glorifié, qu'ils sollicitent pour elle l'assistance du Ciel. Elle est convaincue que leurs prières exercent une grande in fluence sur la conduite de la Providence à son égard , et que les grâces lui arrivent plus abondantes et plus signalées à proportion qu'ils les demandent avec plus de religion et de ferveur. Super muros tuos, Jérusalem, constitui custo des : totâ die et tôt à nocte non tacebunt ^ .
Qu'on ne lui impute pas de mépriser les vœux des simples fidèles : elle en reconnaît, elle en proclame la valeur 2. Mais ces prières particulières ne sont pas le fondement principal de sa confiance. Elle sait bien qu'elles sont souvent ferventes, comme tout ce qui est personnel et spontané; mais elle sait aussi qu'elles sont rares et hors de proportion avec ses besoins. Elle sait surtout que , dépendant d'inspirations variables et de coopérations incertaines, elles ne peuvent réunir les conditions spéciales qui caractérisent la prière de ses ministres, et qui donnent à leur intercession une efficacité souveraine.
Ce qui distingue la prière du saint Office , ce qui en fait surtout la valeur, c'est qu'elle est catholique comme l'Église d'où elle émane, c'est-à-dire qu'elle joint l'unité la plus parfaite à la plus grande diffusion dans l'espace et dans le temps : Vox sermonum ejus ut vox multitudinis ^. C'est aussi ce qui la recommande davantage auprès de Dieu et ce qui en assure le succès. Car s'il y a dans les livres saints des promesses générales pour ceux qui prient, on y trouve de plus des assurances particulières en faveur de ceux qui prient en commun et qui sont assidus dans l'exercice de la prière.
* ISAIM Lxvn, 6.