‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 6 sur 227 · MATTH. VII · texte numérisé non relu

MATTH. VII

3 Dan. X, 6,

« Quoi que vous demandiez à mon Père, dit le Sauveur, i vous vous accordez ensemble et que vous le demandiez e concert, vous l'obtiendrez; car je suis toujours avec ceux ui sont réunis en mon nom \ » S'il suffit que deux ou :*ois de ses disciples soient réunis en son nom, et demanent ensemble une grâce à son Père, pour qu'il se joigne eux et qu'il donne à leur prière une efficacité irrésistible, Dmment pourrait-il délaisser ses ministres, lorsqu'il en oit tant de milliers s'unir de la manière la plus étroite et

succéder sans interruption, pour implorer d'un même xuY et d'une même voix les divines miséricordes sur ses lus chères créatures ^?

Il est difficile, dit encore un apôtre, que Dieu n'exauce pas

prière d'un juste, lorsqu'elle est assidue : Multum valet eprecatio justi assidua^. Mais si l'assiduité dans la prière eut donner aux désirs d'une seule âme une telle puisince, qu'elle devienne forte contre Dieu môme, qu'est-ce onc qui résisterait à la prière de l'Eglise, à cette prière de )us les jours et de toutes les heures , qui depuis tant de ècles exprime au Ciel les mêmes vœux, et lui répète les lêmes supplications? Domine , quas tuorum preces exaudis,

has non exaudis * ?

1 Si duo ex vobis consenserint, de omni re quacumque petierint, fiet illig Pâtre meo : ubi enim sunt duo vel très congregati in nomine meo, ibi m in medio eornm. Matth. xviii, 19.

2 Multi animi, dum congregantur unanimes, fiunt magni, et multorum eces Impossibile est contemni. S. Amb. de Prec. — Coimus in csetum ,

ad Deum, quasi manu facta precationibus ambiamus. Hsec vis Deo grata. pol. 39.

3 Jac. V, 16.

^ S. AuG. De Civ. Dei., xxii, 8.

S. Chrysostome , parlant de la prière publique, cite comme preuve de n efficacité saint Pierre tiré de la prison d'Hérode, et fait remarquer la ison que donne saint Luc de cette délivrance miraculeuse : Oratio flébat ne intermissione ab Ecclesiâ ad Deum pro eo. Act. xn, 5. « Quid hâc ora- Dnefortius quse columnam et Ecclesise turrim adjuvat? » ajoute le saint DCteur. — Non frustra oravit Ecclesiâ, dit S. Augustin dans une autre casion : crediderunt et qui persequebantur. Senn. xxii, 4.

Ainsi l'Office de l'Église profite à l'Église entière, et il n'est aucun de ses membres qui n'en recueille quelque fruit. Mais le prêtre qui le récite n'a-t-il pas dans ces fruits une part spéciale et privilégiée? Assurément. Le caractère d'homme public, qu'il revêt dans l'accomplissement de cette fonction, ne le dépouille pas de la propriété de ses actes. Les sentiments de religion, de confiance, de charité avec lesquelles il s'en acquitte sont autant de titres à l'amitié de Dieu dans le présent, autant de gages de ses récompenses dans l'avenir. De plus, qui l'empêche de joindre des intentions personnelles à la récitation de l'Office, comme à la célébration du saint sacrifice, et par là d'appliquer cette prière à ses besoins particuliers ou à ceux des âmes qui lui sont chères? Ainsi, comme le dit l'Apôtre, celui qui sème des bénédictions est assuré de récolter abondamment la bénédiction ^

« Que de mérites on peut acquérir, dit saint Liguori, dans la récitation du saint Office! Un seul psaume bien récité met en mouvement toutes les puissances de l'âme, et fait produire cent actes de vertu. Une Heure dite avec dévotion suppose au fond du cœur mille bons désirs, mille pieuses affections 2. » Quel trésor n'amassera donc pas pour l'autre vie un ministre sacré, qui produit intérieurement, dans le fond de son cœur, tous les actes de piété que ses lèvres profèrent, qui s'approprie, en les répétant, les louanges, les supplications, les actions de grâces dont l'Église veut qu'il soit l'organe. Peu importe, du reste, que, dans cette fonction , il pense à ses intérêts ou qu'il ne s'occupe que de ceux des autres. Le mérite résulte de l'œuvre même. Il

^ Qui seminat in benedictionibus, de benedictionibiis et metet. I Cor. IX, 6. Quoniam débet in spe qui arat arare, et qui triturât in spe fructus percipiendi. 10.

^ Les Psaumes, à l'usage de ceux qui sont obligés au saint Offl.ce. Introd.

l'est pas besoin de le chercher pour l'acquérir; ou plutôt )n ne mérite jamais plus, dit saint Grégoire, que lorsqu'on j'oublie entièrement par charité pour ses frères \

Quant aux intentions particulières qu'on peut avoir, quant uix recommandations spéciales qu'on peut faire dans l'Ofice, ces intentions, ces recommandations sont de véritables Drières , d'autant plus efficaces qu'on plaît à Dieu davan- Lage et qu'on est animé de dispositions plus parfaites. Or, ]uels intercesseurs doivent être plus agréables à Dieu que eux de ses ministres qui sont chargés de le bénir à toute lieure, au nom de son Eglise, et qui s'acquittent religieusement de leur saint emploi? Et quand seront-ils animés le sentiments plus parfaits, quand auront-ils des vues plus pures, des désirs plus fervents, une confiance plus vive, [ju'au moment où ils remplissent leurs fonctions de médiateurs devant la Majesté divine, et où l'Esprit-Saint leur ionne un secours tout particulier pour bien prier?

Nous avons, au livre des Actes, un exemple frappant du pouvoir que les ministres de Dieu peuvent exercer sur son :œur, en faveur de leurs frères. C'est dans le voyage que fit saint Paul , de Césarée à Rome , pour se présenter au tribunal de César. Le vaisseau qui le portait fut battu pendant quinze jours par une tempête si furieuse, qu'on se voyait à tout moment sur le point d'être submergé. La prière de l'Apôfre fut le salut de tous. Tandis qu'il veillait au fond du navire et qu'il implorait la miséricorde du Ciel, 11 lui fut révélé, non seulement qu'il échapperait à la mort, mais encore qu'en sa considération tous ses compagnons, jusqu'à ses gardes, seraiçnt sauvés du naufrage : Astitit angélus Bomini, dicens : Ne timeas, Faule; ecce donavit tibi Beus omnes qui navigant tecum -.

N'insistons pas sur cet avantage commun à toutes les prières et généralement apprécié. Il en est un autre propre au saint Office, qu'il importe de signaler : c'est d'entretenir

1 Plus enim pro se valere preces suas eflBcit qui lias et pro aliis Impendit. S. Geeg. m. Moral., 1. XXV; in Job xlii, 21 : Dominus conversua est cûm oraret Job pro amicis suis.

'^ AcT. xxvii, 23, 24.

en nous Tesprit de notre état, c'est d'être un gage de per sévérance et de progrès dans la vie sacerdotale*.

Un des écueils les plus dangereux du saint ministère c'est la dissipation. Les exercices extérieurs auxquels o \f est forcé de se livrer tendent plus ou moins à faire perdi ècl le recueillement et la piété. Il est si difficile de s'occupe éril des créatures sans oublier Dieu, et de se mêler au mond sans perdre le ciel de vue ! Or le meilleur préservatif qu'aier les ecclésiastiques contre cette dissipation, n'est-ce pas 1 saint Office ? Plusieurs fois le jour, le prêtre s'éloigne d commerce des hommes ; il se retire à l'écart, dans le calm et le silence ; puis, pour peu qu'il ait d'estime de son emjnt ploi et de désir de s'en bien acquitter, il se recueille , rappelle à lui toutes ses puissances, il les tient fixées durar un certain temps sur les grands objets que l'Eglise proposa à sa vénération : Dieu et ses perfections, Jésus -Christ eiu ses mystères, les Saints et leurs vertus. Grâce à cette pra tti tique , la foi s'exerce et se développe , les grandes image e du monde invisible se conservent ou se ravivent, et, par c 1 moyen, l'âme répare incessamment les pertes qu'elle n j cesse de faire dans ses relations avec le monde.

Un autre mal , non moins à craindre pour les ecclésias tiques, et qui accompagne toujours la dissipation, c'es d'entrer dans les sentiments des hommes imparfaits ave lesquels ils vivent, et de se laisser gagner par leurs exemples Comme les objets matériels tendent sans cesse, par uni communication mutuelle , à se mettre dans un même éta de température, et que cette égalité s'établit d'autant plu: rapidement qu'ils ont entre eux plus de contact, ainsi le âmes tendent à se communiquer leurs qualités et leurs dé fauts; et l'influence qu'elles exercent ou qu'elles subissen est d'autant plus grande, que ces âmes ont entre elles de^ rapports plus fréquents et plus intimes. Obligé de vivre ai milieu du monde qu'il doit éclairer et purifier, ayant continuellement sous les yeux l'image de tous les désordres el de toutes les misères, le prêtre court un double péril, celui

^ Verbum Dei habitet In vobis abundanter, docentes et admonentes vosmetipsos, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. Col. m, 16.

3 perdre les sentiments surnaturels qu'il doit inspirer aux

itres, l'horreur du péché, l'estime des vertus, l'amour de

perfection; et celui de contracter l'esprit corrompit du

ècle, les passions, les préjugés et les vices des mondains;

jlîril d'autant plus redoutable, scandale d'autant plus per-

ieux, qu'il est inévitable et qu'il agit sur l'âme d'une ma-

ijère lente et insensible, semblable à un air infect et mal-

n, qu'on ne peut s'empêcher de respirer et dont on subit

on insu l'influence délétère. o'^ km'-i

Quel moyen d'échapper à ce danger ? Un des plus puis-

ts que la Providence nous offre, c'est encore la digne et

vente récitation du saint Office. Qui ne voit combien cette

itique est propre à nous préserver des influences corrup-

)s|ces du siècle? A chaque heure du jour, ce saint Office

us enlève à ce milieu séducteur où nous vivons, et da

te atmosphère viciée du monde il nous transporte dans

jete région toute pure et toute céleste. Là notre âme respire

c( liberté l'air qui lui convient, l'esprit de foi, de religion,

Df zèle, de charité; elle entre en rapport avec Dieu, avec

tre-Seigneur, avec les saints. Elle converse avec eux *.

ias' elle est comme sur un Thabor, bien au-dessus dû monde,

esez près du ciel pour entendre les oracles du Père éter-

m, et pour contempler, avec le divin Sauveur, la loi et les

teiphètes, dans une clarté que le commun des hommes ne

Itérait porter. Là elle se rappelle les divins préceptes;

état entend les conseils de la perfection évangélique ; elle

plusiore les vertus des saints ; bien plus, elle entre dans leurs

ilestiments et dans leurs pensées; elle s'unit à leurs prières

é'ime à leurs actions de grâces. Ainsi se nourrit l'esprit

sentîrdotal; ainsi le spectacle édifiant de la cité de Dieu fait

trepoids aux scandales de la cité du monde ; ainsi peut

complir la recommandation de l'Apôtre : In medio natio-

reset celui

acriflcium laudis honorificabit me, et illic iter quo ostendam IIU sae Dei. Ps. xlix, 23. — Ideo ab omnibus curis atque negotiis cei'tis mentem revocamus, verbis orationis nosmetipsos admonentes, ne tepescere cœperat omninô frigescat. S- Aug. Epist. cxxx, 18. -^ lantum homo par dlvinam laudem ascendit in Deum, in tantum per retrabitnr ab his quse sunt contra Deum, secundùm illud Isaise : 'e meâ infrœnabo te, ne intereas, S. Thom. 2^ 2* , q. 91, a. 1.

nis pravœ et perversœ lucetis sicut luminaria in mundo, verhum vitœ continentes * .

Il est rapporté dans la vie de saint Joseph de Cupertino cet hunible religieux du dix-septième siècle, que Dieu s'es plu à combler des dons les plus merveilleux, qu'étant ui jour consulté par un évêque d'Italie, récemment élu, suj, les moyens à prendre pour réformer son clergé et le main tenir dans Tesprit de sa vocation, il se contenta de lu répondre : « Monseigneur, si vous voulez sanctifier vo prêtres, tâchez d'en obtenir deux choses : qu'ils réciter l'Office avec piété et qu'ils disent la messe avec ferveur, n'en faut pas davantage pour assurer leur salut ^. » Ces à ces deux pratiques que ce saint religieux rapportait lui même toutes ses journées. C'est à cette double source qu' puisait toute sa piété. Il ne connaissait pas de livre spir tuel comparable au Bréviaire. Ses délices étaient d'en récite les prières et d'en méditer les paroles. Il y trouvait, disai,g| il, la lumière de son esprit et la nourriture de son âme

Nous pouvons citer un exemple tout contraire, mais n(L moins frappant. y

Il y avait naguère encore parmi nous un ecclésiastiq que tous admiraient pour son génie et dont un grai nombre vénéraient la vertu. Sans autre rang dans la hi rarchie que celui qu'il tenait du caractère sacerdotal,] s'élevait au-dessus de tous par son zèle comme par ^ talent, et il semblait destiné à faire triompher l'Eglise son ennemie la plus terrible : l'indifférence religieuse. Co ment l'espoir qu'on avait en lui fut-il déçu, et pourquoi cejspeD carrière, qui devait être si glorieuse et si sainte, eut-e une issue si fatale? Dieu seul pourrait dire par quels deg la chute s'accomplit à l'intérieur, et quelle en fut la p mière cause ; mais de graves esprits ont cru en saisiijl're trace, lorsqu'ils ont appris que ce prêtre ne priait comme ses frères , et que , regardant l'Office comme t entrave à son ministère, il avait obtenu, pour mieux seï jgis l'Eglise, d'être exempté du tribut quotidien auquel J

ou:

Ir

irpe inti spen de à irin,

m., Ali si;

'^ Philip, i, 15.

2 Vie du Saint, par D. Berûini, ch. xii. Rome, 1722.

!at.ï ilDiaç

Ses fruits 39

ministre sacré est tenu envers Dieu. Quoi qu'il en soit , il f a une chose qu'on peut affirmer avec certitude : c'est ju'en laissant le Bréviaire, ce prêtre s'est privé d'un grand ecours, d'une grâce d'état que l'Eglise a cru devoir assuer à ses ministres; c'est que, s'il avait employé, comme ant d'illustres et saints ecclésiastiques, quelques-unes de es heures à prier dans le secret, au lieu de faire admirer u monde ses lumières et ses talents, il aurait acquis d'auant plus de mérites et obtenu d'autant plus de grâces u'il eût pratiqué plus l'humilité; c'est eniin qu'une telle hute est, pour tout ecclésiastique sage, une raison de plus 'aimer son Office , et de bénir l'Église d'avoir fait au lergé une obligation rigoureuse d'un préservatif si puisant et d'un exercice si salutaire ^

Ici s'applique une réflexion de saint Augustin sur le joug u divin Maître. « Il y a, dit ce Père, des fardeaux d'une ature si légère qu'ils allègent tout le reste , qu'ils soulèvent jiême ceux qui les portent. Telles sont les ailes de l'oiseau, ans elles, il tombe à terre, et se traîne dans la poussière; .rec elles, il s'élève, il vole, il se joue dans les airs. Ainsi 1 est-il des charges qu'impose le Sauveur 2. » Ainsi en t-il du saint Office en particulier. C'est une charge sans )ute, mais une charge qui soutient et qui relève ceux qui

reçoivent 3. S'en affranchir, c'est diminuer ses forces,

^ « Noua avons souvent entendu , dit M^^ de Ladoue , des amis intimes M. de Lamennais exprimer le regret que le pape Grégoire XVI l'eût pensé de la récitation du Bréviaire. » L'office eût été pour lui cette pe de David dont on regrettait l'absence, selon le Père Lacordaire, et it il eût eu besoin pour calmer les irruptions de l'esprit malin. La pense avait été sollicitée par M. de Lamartine, secrétaire d'ambas- Le à Naples, et peut-être par M. de SenefE, ambassadeur d'Autriche à rin. A une demande de même genre, un pape avait répondu dans une ;re circonstance : Maledictum studium propter quod relinquitur o^* m. Rituel de Toulon.

' Alla sarcina pondus habet : sarcina Christi pennas habet. Nonne et

si alas detrabas, quasi onus tollis, et quo magis onus abstulisti, eo gis in terra remanebit. Non volât quia tulisti onus ; redeat onus et at. Talis est sarcina Christi. Portent illam homines, non sint pigri ; et enient quam sit levis, quam suavis, quam jucunda, quam rapiens in lum et a terrenis eripiens. S. AuG. In Ps. lix. 8.

Num verè levé est quod portantem non gravât sed levât ? S»' BîiRI?« Ist. Lxxn, 2.

c'est s'appesantir ; l'accepte^:* de bon cœur et la porter ave amour, c'est se soustraire aux influences de la terre, planer au-dessus de ce monde et s'élever vers le ciel K

Nous avons donc dans notre Office un moyen puissant non seulement de persévérer dans la vertu, mais encor d'avancer dans la perfection de notre état, c'est-à-dire d nous rendre conformes à Notre-Seigneur, et de devenir in térieurement d'autres lui-même.

En effet, l'Office n'a été composé, il n'est établi qu'afu d'exprimer, aussi dignement que possible , les disposition religieuses de l'Eglise, ou, ce qui est la même chose, 1 religion dont son divin chef est la source et qu'il veut biei communiquer à ses membres. L'esprit que le Bréviair respire, c'est celui de Jésus-Christ souverain prêtre. Le dispositions qu'il exprime, ce sont les sentiments du Sau veur avec ceux de l'Eglise. Chaque office est comme ui tableau de son intérieur : non un tableau mort et inanimé mais un tableau vivant, où l'on voit son esprit agir, pen ser, sentir; où ses sentiments sont exprimés avec une fi délité d'autant plus grande, que c'est cet esprit même qi en a dicté presque toutes les expressions. Ainsi son respec pour la majesté de son Père, son horreur du péché, sa chs rite pour les hommes, son ardeur pour les biens célestes son mépris pour les vanités de la terre, son aversion pot le plaisir et les jouissances sensibles, son zèle pour tout( les vertus, l'humilité, la douceur, la pénitence, le sacrific( s'y montrent tour à tour sous les couleurs les plus vives ( dans les proportions les plus parfaites.

Mais lorsqu'au saint Office nous exprimons à Dieu h sentiments du Sauveur, lorsque nous répétons ses maxime nous les adoptons pour nous-mêmes, nous les proféroi comme si elles étaient les nôtres, comme si nous ne faisioi

^ Une ancienne tradition rapporte qucj dans la solitude de la Sainî Baumej sainte Madeleine était ravie au ciel sept fois le jour, qu'il lui étj donné d'entendre les cantiques des Anges et de s'unir à leurs concer 29 juillet, ye leç. N'est-ce pas là, sous une image brillante, la faveur q l'Église procure à ses ministres, en les appelant sept fois le jour à cél brer les louanges de Dieu avec les paroles de l'Esprit - Saint et dans société des bienheureux?

avec lui qu'une seule personne. Or c'est là le secret, le grand moyen pour graver en nous ces dispositions et nous en pénétrer, en d'autres termes, pour nous unir à Jésus- Christ et nous identifier avec lui.

S'il suffit, en effet, de fréquenter les saints, pour se remplir de leur esprit et participer à leur sainteté, comment 'acquerrions-nous pas l'esprit du Sauveur, comment n'en- 'trerions-nous pas dans ses sentiments, par l'union si étroite, si complète, si assidue, que le saint Office établit entre lui k nous ^ ? Car nous ne nous bornons pas à nous approcher 'pe lui, à considérer ses œuvres, à échanger avec lui quelirues paroles : en nous acquittant de ce devoir, nous pénétrons au plus intime de son cœur, nous en contemplons les dispositions les plus cachées, nous y conformons les iiôtres, ou plutôt c'est lui-même qui vient en nous, qui '^"'établit au centre de notre âme. Il communique sa lumière à notre intelligence, il nous échauffe de son amour, t nous pouvons dire avec vérité, comme l'Apôtre, que

n'est plus nous qui vivons, mais Jésus -Christ qui vit, qui arle et qui prie en nous * .

Il ne s'agit pas ici d une ressemblance purement extérieure ou d'un simple contact, il s'agit d'une union bien lus intime, fondée sur l'identité du principe divin, agisint en Notre-Seigneur comme en notre chef et en chacun V% nous comme dans ses membres; d'où résultent d'abord ^^^4e identité d'action, cette force divine agissant en tous

) la même manière, et ultérieurement une identité d'état,

habitudes, de dispositions à l'égard de toutes choses.

Ainsi, quand ce saint Office est dignement rempli, c'est,

imme nous l'avons dit déjà, une communion de toutes ) heures à l'esprit du Sauveur, et par là même un commient admirable de la communion eucharistique. A l'auiisil , il est vrai, nous recevons Notre-Seigneur tout entier;

ites

Saii

Si, qui cum splritualibus viris colloqui soient, brevi sic commutantur illorum prudentiam référant, quid dicere convenit de his qui cum nino colloquia miscent ? S. Chrys., De orando Deo, lib. II. Hœc omnia operatur unus atque idem Spiritus, dividens singulis prout

"\M" I Cor. XII, 11.

Im Galat.11,20.

nous le recevons avec toutes ses dispositions , et notre âme s'unit à son âme comme notre chair s'unit à sa chair. Mais nous ne voyons rien de particulier qui nous introduise dans le détail de ses sentiments et de ses pensées, qui fasse le discernement de ses dispositions, pour en appliquer spécia lement la grâce à telle faculté ou à telle inclination de notre âme ^ Le saint Office nous offre cet avantage. Il répand en nous, pour ainsi dire, ce divin trésor; il en dé ploie à nos yeux toutes les richesses ; il nous force à ht admirer, à nous les approprier. Chaque pensée, chaque affection, chaque maxime du Sauveur devient une de no pensées, une de nos affections, une de nos maximes. Pa là, un nouvel esprit s'insinue dans toutes nos puissance pour les animer et les transformer. Un sang divin circul dans nos veines et y porte une nouvelle vie : In venas men tis ac vires animœ succus Verbi descendit œterni -, Ainsi s forme l'homme nouveau, la nouvelle créature, établie se Ion Dieu dans la justice et dans la sainteté ^ Ainsi croît e nous un autre que nous, bien supérieur à nous, Jésus Christ, le prêtre parfait, l'unique prêtre digne de la majest divine. Il devient tout en tous. Ceux qui nous écoutent l'en tendent, et ceux qui nous étudient reconnaissent en nou un autre lui-même : Sacerdos alter Christus.

liei

en

esi

ice.

Voilà donc quel a été le dessein de l'Éfflise en instituai f^^'

le saint Office, et en l'imposant à ses ministres. Elle n

^ Quis mihi det te f ratrem meum, sugentem ubera matris mese, ut sa guis tuus sanguinem meum tangat et tergat ; ut fons aquae tuœ de scat rigine recti cordis, per venas boni operis in finem seternae felicitatis e: liât? Offic. Sep. Dolor. B. M. V. Resp. vi.

2 S. Ambr. in Psalm. i, n» 33. — Hoc poculum bibe de quo dixit Pi pheta : M poculum tuum inebrians quam praclarum est ! Psalm. xxii, Utrumque poculum bibe Veteris et Novi Testament!, quia in utroq Christum bibis. Non in solo pane vivit liomo, sed in omni verbo Dei. E verbum bibe, etc. S. Ambr., ibid.

3 In Cbristo uova creatura. II Çob, vi, 17. Galat. vi, 16. Ephes. iv,

litre ibri(

ht

eiix-As

las voulu seulement pourvoir au culte divin et faire rendre u Seigneur, sur la terre comme dans le ciel, des hommaes non interrompus. Elle ne s*est pas seulement proposé e multiplier ses prières à l'égal de ses besoins, afin que lieu multipliât ses grâces dans la même proportion. Elle a u surtout en vue de pourvoir à notre persévérance et à otre sanctification , de nous pénétrer des pensées et des ispositions de notre divin chef, et de nous unir tous en- 3mble avec lui , dans un même esprit et dans un même Deur.

Et tel est le fruit que retirent de l'Office tous les ecclé- :astiques qui s'en acquittent avec une vive foi et une sin- ?re religion. Les sentiments du Sauveur, Tesprit du sacerpce, l'estime des choses saintes, le mépris du monde, amour des vertus, le désir du ciel, voilà ce qu'ils y puisent eu à peu; et c'est la conviction du profit qu'ils en tirent, ui leur inspire tant d'estime et de zèle pour leur sainte inction. Ils s'y attachent d'autant plus qu'ils ont plus à Bur leur sanctification, et qu'ils sentent davantage le be- )in de s'unir à Dieu et de se remplir de ses grâces ^

Je ne m'étonne pas de lire, dans les Mémoires des prêles déportés, ces actes de martyrs ajoutés par la révoluon française à l'histoire de l'Église^, qu'un des amuselents les plus cruels de leurs féroces gardiens, c'était

enlever aux prêtres condamnés leur livre de prière et de s mettre dans l'impossibilité de s'acquitter du saint Of- :e. On eût voulu, pour désoler leur patience, leur ôter la

1 Mgr Brute, d'abord directeur au séminaire de Baltimore, puis premier êque de Vincennes aux États-Unis (m. en 1846), notait chaque soir les oses principales qu'il avait faites ou qui lui étaient arrivées dans le jour, itre autres indications édifiantes, je distingue celle-ci, éloquente dans brièveté : A quatre heures, j'ai dit mon Bréviaire. Oh! les merveilles de ) ojSfice du Saint- Sacrement !... — Ce peu de mots font connaître à la fois cœur du missionnaire, l'estime qu'il faisait du saint Office, et les joies 'il y goûtait.

'^ '^ Relation des peines et des dangers encourus par les prêtres du dio- \e de Tours, déportés en 1793, par M. Leproust, déporté. — Bécit abrégé

' 's souffrances de près de huit ceyits ecclésiastiques... aux environs de Roîfort, par un curé du diocèse de Paris. — Relation de Vahbé Maugras. — imoire de Mgr de Beaur égard, t. II, p. 294. — Relation de ce qu'ont souf-

^H les prêtres français détenus en 1794 et 1795, à 'bord des vaisseaux les !Ux-Associés et le Washington, dans la rade de Vile d'Aix. Paris, 1801.

pensée du ciel et le souvenir de Dieu : on leur enlevait di moins ce qui servait à entretenir Tune et Tautre. C'étai une de leurs plus pénibles privations. Aussi gardaient- il comme un trésor les rares exemplaires qu'ils avaient pi sauver. Lorsqu'ils étaient un certain nombre dans un mêm cachot, ils se rassemblaient par groupes auprès des lu carnes pour suivre la lecture que Tun d'eux en faisait 5 haute voix. Quelquefois un gardien impitoyable, apercevan ce livre consolateur, le leur arrachait des mains et en jetai les pages au vent. On les voyait alors ramasser avec em pressement ces feuilles éparses, en rapprocher les lam beaux et tâcher de suppléer de mémoire à ce qu'ils n'a vaient pu recouvrer. Tant ils trouvaient de douceur dan ces saintes paroles, qui avaient servi si longtemps d'ali ment à leur âme ! Tant ils étaient heureux , dans leur iso lement, de s'unir encore en esprit à leurs frères, d'entre avec eux dans le cœur du divin Maître, et, suivant un parole de saint Cyprien , de prier Dieu dans le langage d Dieu*!

Voici comment l'un d'entre eux, M. Dumonet, anciei principal du collège de Mâcon , prêtre d'une grande foi e d'une rare énergie, exprimait ses sentiments en un» pièce de vers latins, écrits dans les derniers jours de si

1 Au mois de juillet 1792, deux mois avant le massacre des Carmes six ecclésiastiques d'Avignon ayant été condamnés à mort par le tribu nal révolutionnaire de cette ville, pour refus de serment à la constitutio Bchismatique du clergé , on les conduisit au lieu des exécutions pour subir leur sentence. Le plus âgé se montra le plus intrépide. C'étai M. Bravard , vieillard de soixante et onze ans , depuis longtemps directeu du séminaire de Saint-Charles. Entouré de furieux qui l'injuriaient et 1 menaçaient de leurs armes, il ouvre son Bréviaire, dont il n'avait pa voulu se séparer, et commence à le réciter en marchant au supplice. U des bourreaux, outré de ce sang-froid, lui fait tomber le livre des main et le fait rouler à terre par dérision. Le digne prêtre le relève tran quillement en disant : « Laissez - moi donc me disposer à la mort ; vou voyez que je n'ai personne pour m'y préparer. » Puis il se remet à priei Au moment de l'exécution, les bourreaux se firent un jeu de le faire souf frir; ils le frappèrent longtemps de leurs sabres avant de lui donner 1 dernier conp. Enfin ils l'avertissent qu'ils vont l'achever. « Quand vou voudrez,)) répond-il. Et il présente la tête, vérifiant par sa fermeté cett parole de saint Cyprien : Sacerdos EvangeUum Christi tenens, occidi potes Vinci non potest. ( Vie de M. Emery, t. I, p. 463. )

ie pour faire diversion à ses peines et trouvés après sa lort à bord du Washington :

Sacra volumina si saltem solatio haberenti Sollicitudinibus presses quàm sacra levarent Gantica ! Quàm dulces haurirent fonte perenni ' Laetitiae sensus ! Solatia tanta negantur.

Tôt gladios inter pietas gemebunda silescit.

Hsec ego scribebam dum me Neptunus haberet Perfidus et diris agitaret fluctibus œgrum.

Héritiers du même sacerdoce, en possession du même tré- >r, félicitons-nous de notre partage et sachons nous en moner dignes. Disons avec le Psalmiste, dans le même sentient quelui : Bonum estconflteri Domino etpsallerenomini tuo, Itissime^, Respectons notre saint Office jusque dans sa rme extérieure , dans ce Bréviaire que nous avons sans sse entre les mains*. Ne craignons pas de témoigner Tesne que nous en faisons. J'aime, je l'avoue, ce pieux léte épris d'une telle affection pour son livre d'Office qu'il î s'en séparait jamais, ni le jour ni la luiit. Il faisait pour i ce que faisait Alexandre pour le chef-d'œuvre d'Homère, \ ^ne faisait saint Yves pour le Livre des livres^. Parfois,

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