CHAPITRE II
Division de rOffice quotidien.
Les louanges que les saints offrent à Dieu dans le ciel
sont jamais interrompues. Il n'en est pas de même des
ommages que nous lui rendons sur la terre. Les condi-
ons de la vie présente et la multiplicité de nos devoirs
3 nous permettent d'y consacrer qu'une portion assez
astreinte de notre temps. Néanmoins l'Eglise a voulu que
iiacune de nos journées fût sanctifiée par la récitation du
'vin OtBce ; et afin d'en étendre , autant que possible ,
nfluence à tous les moments de notre vie , elle a divisé
3ffice quotidien en divers actes ou portions distinctes
|i'elle a nommées Heures , parce qu'elle les destinait à
ire récitées à certaines heures déterminées par elle ^ .
I Ces Heures canoniales sont au nombre de sept ; ce qui
fait comparer le saint Office , ce foyer divin de lumière
de ferveur, au soleil, dont les sept rayons éclairent ,
hauffent et vivifient tous les jours la nature entière
i Diversas orandi horas habere debemus , ut si forte aliquo fuerimua re detenti, ipsum nos ad officium tempus admoneat. S. Hieron. ad stock. — Item S. Aug. Ep, ad Prob. cxxx, 18. — Item. S. Bonav. de ) alis Seraphim. 8. — Selon Baronius, les apôtres eux-mêmes établirent is l'Église l'usage de prier à certaines heures et plusieurs fois le jour, n. 34, non.
^ EuPERT, de divinis Officiis, I, i.
1° L'Office de la nuit ^ , qui comprend deux parties Tune appelée Matines, parce qu'elle commençait à minu ou au premier moment du jour; l'autre nommée Laudes parce que les psaumes et les cantiques dont elle se com pose ont particulièrement pour objet de louer les perfec tions et les œuvres de Dieu ;
2<^ Prime, qu'on devait réciter au lever du soleil, ou à 1 première heure, selon la manière de mesurer le temps à l'origine de l'Église;
3° Tierce, qui était pour la troisième Heure, égalemer distante du lever du soleil et de son midi;
4^ Sexte, pour la sixième, ou le milieu du jour;
3° NoNE , pour la neuvième , à égale distance du mie et du coucher du soleil ;
6^ VÊPRES, pour le coucher du soleil : seras ciim protuh horas Vesperus,
1^ Enfin les Complïes, qui terminent l'Office, devaien se dire à la fm du jour, et préparer au repos de la nuit.
Les auteurs liturgiques, persuadés que l'Office est un œuvre d'un grand dessein et que tout y porte la marqu d'une haute sagesse, se sont demandé pourquoi, dès le premiers temps -^ on l'a ainsi divisé en sept parties distinctes , de manière à en distribuer la récitation en sep moments différents du jour; et ils en ont donné diverse raisons.
Peut-être leurs explications paraîtront- elles d'abord re cherchées et subtiles ; mais il ne faut pas se hâter de le; mépriser, soit parce que les docteurs qui les exposent méritent quelque estime, soit parce que les considération;
^ Quand une fête est d'un rang assez élevé, l'Oflace se met en harmo nie avec elle dès les Vêpres précédentes : on dit alors qu'elle a des pre mières Vêpres. Ces Vêpres ne sont pourtant qu'une introduction à l'Office proprement dit ; et la raison est la même que pour les Vigiles et les Oc taves. « Magnitudo festi à noMs exigit nt priùs illud incipiamus et tar. diùs terminemus : prasvenimus vigiliâ ; prorogamus cùm ad octavum dien f estum protendimus, » Radulp. de Gan. ois, Prop. XIX.
^ Sur l'origine , l'antiquité , les motifs de cette division , on peut voiï Oliv. BoNART. De institutione , ohligatione et religione Horarum canonicarum, I ; GRANcoLAs,De la Messe et deV Office divin, p. II, et Commentain historique sur le Bréviaire.
lesquelles ils s'appuient sont loin d'être sans valeur,
iii| enfin parce que les convenances qu'ils signalent offrent
moins d'heureux aperçus propres à fixer l'esprit en
njne temps qu'à élever l'âme et à réveiller la piété ^
)'abord , il est certain que ce nombre de parties a été
lu et cherché. Loin qu'il s'imposât de lui-même ou
l^ll fût dans l'essence de l'ouvrage, une division en deux
en trois semblerait, à certains égards, plus naturelle;
lême en supposant la distribution actuelle du Bréviaire,
empêcherait de séparer Laudes de Matines , aussi bien 1 Complies de Vêpres, et par conséquent de compter t heures plutôt que sept dans l'Office du jour? L'Église it donc à ce nombre; elle l'a choisi librement; elle le serve à dessein et le préfère à tout autre. Dès lors ne i|vient-il pas de se demander quelles sont ses raisons; l'est-il pas important de les connaître, afin de s'animer son esprit et de se pénétrer de ses intentions 2? !lhez les Hébreux, et par suite chez les premiers chréis , le nombre sept était regardé comme un nombre in et parfait. Sept formait un tout, une sorte d'unité iective, qu'on prenait pour base de numération. On iptait par septaines ou semaines, comme nous comptons ourd'hui par dizaines; on avait des semaines d'années ie siècles, aussi bien que de jours; et l'usage de faire sept un tout, une unité conventionnelle, entraînait ai de diviser par sept^.
3'où venait originairement l'espèce de privilège attaché e nombre? D'une source toute religieuse et en quelque
Numeri ratio contemnenda nequaquam est. Nec frustra in laudibus dictum est: Omnia in mensurâ et numéro et pondère disposulsti. UG. de Giv. Dei, XI, 30, et de Doct. Christ. IL — Quam institutionem , non erè , non Inconsultè sancitam , secretiores causse , symbolicse rationes , 5olis sapientibus revelata mysteria consecrarunt. Bona, De divinâ \l7n0dia, I, XI.
L Sic. Navarr. EncMrid. de Horis canon., c. m, n*» 27. — S. Antoninus. auGO a S'^ Vict. — KuDULPH. Tungrensis, etc.
Cf. Gen. Toiles septena et septena. \^I, 2. Septuplum ultio dabitur de 1 , de Lamech vero septuagies septies. iv, 24 , etc. — Multa in divinia toritatibus reperientur, in quibus septenarius numerus pro cujusque universitate poni solet. S. Aug. de Civ. Dei XI, xxxi. Item S. Ambr. Noeet arcâ, xii; S. Jer. ad Amos, v.
sorte divine. On savait que Dieu, ayant créé le monde six jours, et s'étant reposé le septième, avait voulu cette semaine servît de mesure au temps , et se reprodilia indéfiniment. Cette mesure était en usage chez tous peuples ^ , Le nombre septénaire devait donc se préseï de lui-même quand il s'agissait de diviser les jours, com lorsqu'il s'agissait de les compter 2.
Mais en outre, il y avait ici, pour l'Eglise, des rais positives et des motifs spéciaux. David, dont les psaur forment comme le fond du saint Office, voulant faire < tendre que son occupation habituelle était de louer le 1^ gneur, dit, dans un de ses cantiques, que les louanges Dieu sont sur ses lèvres sept fois le jour : Septies in laudem dixi tibi. Elie avait prié sept fois, septem vicib avant que le^ciel s'ouvrît pour laisser tomber la pld Rien ne devait plus sourire à la piété que d'imiter exemple, ou plutôt de vérifier à la lettre l'expressi hyperbolique du Roi-Prophète ^ . D'ailleurs Notre-Seignt nous ayant appris à faire sept demandes à son Père , ay lui-même divisé en sept parties la prière qu'il a compoi pour nous, n'était- il pas convenable que l'Eglise sui cet exemple, et qu'elle fît aussi sept divisions dans la prit que ses ministres doivent réciter en son nom?
Ajoutez que ce nombre rappelle naturellement à l'esp les principaux bienfaits de Dieu dans l'ordre naturel surnaturel, la création du monde ou l'œuvre des six joi) couronnée par le repos du septième, les sept sacremer de la loi nouvelle, les sept dons du Saint-Esprit, sacrv septenarium y les sept grandes vertus, théologales et carc nales. Ajoutez qu'il nous remet devant les yeux les ennen invisibles que nous avons à combattre : les sept démo
^ Clem. Alexand. — Theophil. Antioch. etc.
^ Quia septem diebus omne tempus comprehenditur, rectè septena numéro figuratur. S. Greg. M. Eomil, xxxni in Evang. Item S. At Serm. cxviii, 31.
3 Septem synaxes omni die debemus sollicité reddere Deo pro nobis pro omni populo cbristiano , sicut Psalmita testatur dicens : Septies in c laudem dixi tibi. De Excerptionibus Egherti, Moracensis. Ep.^ circa an 747, -- DisU xci, c. Presl)yter,
qui cherchent à surprendre ceux qui ont recouvré la liberté Jes enfants de Dieu, et les sept vices capitaux vers lesquels la nature corrompue cherche sans cesse à nous entraîner ^ ajoutez enfin que la succession de ces sept Heures rend plus frappant encore le rapport qui fait assimiler constamnent le cours de la journée à la durée de notre vie et à :oute la suite des siècles .
Le cardinal Bona, dans son docte et pieux ouvrage sur a divine Psalmodie, s'est plu à faire ressortir particuièrement ce dernier rapport. Partant de ce principe, que e jour est Télément de la vie, que devant Dieu la vie entière n'est pas plus qu'un jour : de mane usque ad vespeam 2^ qu'ils ont l'un comme l'autre leur commencement, eur progrès , leur plénitude , leur déclin ^, il expose de la bnanière la plus sensible l'analogie des sept heures de la ournée avec les sept âges de la vie humaine. Dans la nuit )ù nous reportent les Nocturnes de la première Heure, il nontre l'image de ces ténèbres où nous étions plongés ivant de venir au jour : obscurité profonde qui faisait de lotre existence même un problème et un mystère. L'Heure He Laudes, qui répond à Paurore, nous rappelle notre infance et ces premières années pendant lesquelles, la aison commençant à nous éclairer de quelques lueurs, 'lous recevions si avidement et avec tant de confiance les lotions élémentaires des choses. Prime, qui se récite aux premières clartés du jour, est comme l'adolescence, cette ouce saison de la vie , où l'esprit commence à s'éclairer, t où le cœur est à la fois si calme et si sensible. Tierce , nondée des feux du soleil , c'est la jeunesse ardente et géléreuse, croissant toujours, et pensant croître sans fin.
^ Septem nequitia sunt in corde. Prov. xxvi. Hostis antiquus septem ipiritus àssumit nequiores se ; adversùs quos praevalere non possamus nisi (ji îptiformi Spiritûs gratiâ adjuti. Itaque ad impetrandam septiformem
ratiam , septies Deo sacrificium laudis offerri mandavit Ecclesia. S. Hier.
1 Jol).
i 2 isAiiE xxxvm, 12. — Notre - Seigneur désigne aussi la yie tout entière
,ar ce nom de jour : Oportet operari donec dies est : venit enim nox quando
emo potest operari. Joan. ix , 4. De même l'Apôtre : Donec hodie cogno-
linatur. Hebr. m, 13.
A Sexte, milieu du jour, où le soieil est à son apogée et brille de tout son éclat, correspond Tâge viril, où Thomme est en possession de toutes ses forces, où Tardeur et la prudence se tempèrent par un juste équilibre. None , qui annonce le déclin du jour, est Fimage de la première vieillesse, cet âge toujours trop hâtif, dont la nature voit le progrès avec peine. Le coucher du soleil, qui est Theure de Vêpres, figure la décrépitude, cette arrière-saison froide et morne durant laquelle les forces tombent et la beauté s'efface. Enfin les Gomplies, qui se disent dans Tobscurité, donnent l'idée de la mort, et font penser au tombeau.. Ainsi à chaque Heure répond un âge particulier, et la rapidité avec laquelle ces Heures se succèdent devrait nous rappeler sans cesse la brièveté de notre vie, la proximité de nos fins dernières et la nécessité d'appeler les bénédictions du ciel sur toute notre existence*.
On s'étonnera peut-être de ne pas voir signalée au premier rang parmi les raisons de partager l'Office quotidien en sept Heures différentes , l'intention d'honorer les sept scènes principales de la Passion du Sauveur. C'est que cette intention ne paraît pas avoir, à l'origine, influé sur le partage. Assurément c'est une dévotion très ancienne dans l'Église d'honorer chaque jour la mort et les tourments de Notre -Seigneur aux heures où il les a endurés. On en trouve des traces dans les Constitutions apostoliques ^ e1 dans les ouvrages des premiers Pères ^. On peut donc croire que cette considération a contribué à établir l'usage de prier à certains moments du jour; mais, si Ton allait plus loin, on se mettrait en contradiction avec l'histoire, et l'on prendrait l'effet pour la cause. Ce n'est point parce qu'on distinguait à l'origine sept scènes dans la Passior du Sauveur qu'on a été conduit à diviser l'Office en sep Heures; c'est plutôt le désir de rapporter chaque Heure d(
1 Ces rapprochements, qui s'offrent d'eux - mêmes h. l'esprit , sont expri mes dans plusieurs hymnes , au commencement des Heures v. g. à Prime Ut cum dies ahlesserit, etc.; à None : Largire lumen vespere, etc., et i l'Office de la nuit des diverses fériés.
2 CoNST. Apost. VIII , 34.
3 Vid. Cassian. Instit. III , ni.
'Office à quelque partie de la Passion , qui a fait distinuer dans les tourments de l'Homme -Dieu sept moments larticuliers, ou sept souffrances principales.
Quoi qu'il en soit , cette division et cette pratique sont tablies depuis longtemps, commel'attestent ces vers mné- Qoniques, qu'on voit à la tête de plusieurs bréviaires et ui étaient autrefois dans toutes les mémoires :
Matutina ligat Christum qui crimina purgat; Prima replet sputis ; causam dat Tertia morli ; Sexta cruci affigit; iatus ejus Nona bipartit; Vespera deponit; tumulo Compléta reponit : Hsec sunt septenis propter quee psallimus horis.
Cet usage, nous le répétons, est très pieux et très conprme à l'esprit de TEglise. Il ne convient pas seulement ux personnes religieuses qui, faute d'instruction, nepouraient s'occuper du sens des paroles ou de l'objet propre e l'Office : un grand nombre d'ecclésiastiques le suivent, t plusieurs le recommandent vivement ^ . Toutefois nous ensons qu*on peut s'en écarter sans inconvénient , au loins en certains moments, dans certaines dispositions. In fait de pratiques, il ne convient pas d'être absolu, lutre qu'on doit respecter les attraits de chacun , il faut 3nir grand compte de la circonstance du temps. Si l'on st porté à s'occuper des mystères douloureux du Sauveur ux jours qui leur sont consacrés, par exemple les venredis, au temps de la Passion, du carême, etc., ne faurait-il pas se faire violence pour continuer à s'y appliquer andis qu'on célèbre des mystères tout différents, comme
la Nativité, à l'Ascension, à la Pentecôte? N'est- il pas lors plus naturel et plus avantageux de rapporter les rières qu'on récite à l'objet de la fête, dont on s'est
^ C'était une des pratiques de M. Vianney, curé d'Ars. Vie par 31. Monin, 1. V, c. IV. — On trouve en plusieurs auteurs des formules d'intenlon spéciales à réciter avant chaque Heure , pour se former à cette métiode. Voir Horstius , Veri et pii sacerdotis idea, c. xx, 1645. Lessius, e Quinquaginta nominihus Dei, 1. II, p. 116. J. Marchantius, Virga laronis florens, etc.
occupé à Toraison et à la messe , et dont les paroles c rOfEce renouvellent à chaque instant la mémoire?
Saint Bonaventure, qui recommande ce souvenir de Passion aux ecclésiastiques, dans un opuscule compos pour leur instruction , modifie légèrement la méthode pr( cédente. Il conseille de réciter l'Office de la nuit en l'hor neur de la Nativité du Sauveur, Tierce en l'honneur d Saint-Esprit et en mémoire de sa descente sur les apôtres Vêpres en action de grâces pour l'institution du divi; Sacrement dans la dernière cène ^ .
Quel que soit du reste le mystère qu'on rattache à chaqu Heure, il importe de réciter ces Heures, non seulemen dans l'ordre naturel, mais encore' au moment de la jour née qui leur convient ^. Si l'on suppose tout un Offic récité sans interruption, si les Laudes ou les Petites Heure sont dites dans la soirée , si les Vêpres le sont au matin oi vers minuit , il n'y a plus de synchronisme possible. Dès lor les rapports établis entre les Heures et les mystères n'étan plus qu'imaginaires, cessent de faire impression sur l'âme
Sans doute , une exactitude ponctuelle n'est pas possible et l'Eglise n'impose pas un tel assujettissement à ses ministres. Mais on doit avoir à cœur de ne s'en écarter qu' le moins possible. Un ecclésiastique appliquait à ce suje ce que dit Salomon, dans les Proverbes, qu'une bonn. parole dite en son temps est comme un fruit d'or sur ui vase d'argent : Mala aurea in lectis argenteis^ qui loquitu verbum in tempore suo ^.
^ Ofiacium divinum in ecclesiâ Spirltus sanctus ordinavit fieri, ut benefi ciorum Dei memores certis horis gratias pro his laudando et orando € jugiter referamus, qui natus in nocte ex Maria Virgine, manè judici pas surus assistitur, diluculô resurrexit, liorâ tertiâ flagellatur et poste Spiritum sanctum mittit apostolis, sextâ cruciflxus, nonâ in cruce pr nobis mortuus , vespere cœnans corporis et sanguinis sui sacramenta con didit , et completorio sepultus est. De sex alis SerapMm, 8.
^ Omni negotio tempus est, et opportunitas. Bccl. viii, 6.
^ Prov. xxv. 11. — Quand la discipline de l'Église ne restreindrait pa la liberté à cet égard , les paroles mêmes du saint OfiQce protesteraien contre un trop long retard. Bien qu'on ne prie pas pour soi seul, mai pour tous les hommes , est -il raisonnable de réserver pour la nuit ou pou; la soirée des prières faites dans le but de bien passer le jour: Deus, Deu, meus, ad te de luce vigilo.,. Jam lucis orto aidere,,, Dirigere et sanctificare
Tels sont les principes des meilleurs ecclésiastiques. Ils ne se font pas un devoir de réciter les sept Heures de l'Office à sept moments différents; mais, joignant ensemble, dans la récitation, les Heures qui ont entre elles une liaison naturelle , ils en font communément trois parts à peu près égales, qu'ils récitent à quelque intervalle les unes des autres dans les points principaux du jour : Matines et Laudes la veille dans la soirée , les Petites Heures le matin. Vêpres et Compiles un peu après midi; et ainsi ils ont dans la journée, pour ainsi dire, trois Ofiices distincts et complets : celui de la nuit, celui du matin, et celui de l'après-midi.
Cette manière de distribuer les Heures et de s'acquitter du saint Office est autorisée depuis longtemps; jet, tout en laissant une liberté suffisante pour les œuvres du ministère, elle répond au dessein de l'Eglise et elle étend à toute la durée du jour l'influence de la prière. Si l'on ne s'approprie pas dans un sens aussi rigoureux qu'autrefois la parole de David : Septies in die laudem diœi tihi ^ , on peut toujours dire au Seigneur, avec lui, qu'on consacre à le bénir les moments de la journée les plus importants : le commencement, le milieu et la fin : Vespere et mane et mendie y marrabo et annuntiabo, et exaudiet vocem meam 2. On suit l'exemple de Daniel, l'homme de désirs, qui se prosternait trois fois le jour devant l'adorable Trinité % et Ton peut penser qu'on a comme lui à représenter au Seigneur les besoins de l'Église, sa cité véritable, la Jérusalem des Prophètes et des Saints.
M. Olier caractérise chacune de ces parties avec son élévation et sa justesse ordinaires. Distinguant dans l'esprit
regere et gubernare dignare, Domine Deus, hodie corda et corpora nostra. — On sait que , d'après tous les théologiens , il y aurait une faute à renvoyer sans raison l'Office de la nuit après la Messe, ou celui du matin après midi. Ferraris, BiUiotheca Canon. De HoriSj art. rv, n» 15. — La justice ne demande pas seulement qu'on s'acquitte de sa dette , elle exige encore qu'on la paye en temps convenable : Beatus vir,., fructum suum dabit in tempore suo. Psalm. i, 3.
^ Psalm. cviit, 64.
2 Psalm. liv, 18.
^ S. Cypr. de OraL domin. sub fin.
du Sauveur deux dispositions principales, Tune de religion, par laquelle il loue son Père et rend hommage à ses perfections , l'autre d'amour pour TÉglise , qui le porte à intercéder en sa faveur et à demander pour nous l'abondance de la vie divine, il fait remarquer que la première de ces dispositions se montre presque seule dans l'Office de la nuit, que la seconde domine dans l'Office du matin, et que l'une et l'autre s'unissent et s'expriment, en une mesure à peu près égale, dans celui du soir. Suivant lui donc, l'Office de la nuit est proprement le sacrifice de louange ^ C'est une imitation, et comme un écho des bénédictions que les esprits célestes offrent à la Majesté divine, et que nous chanterons avec eux , lorsque la nature, après le cours des siècles , sera rentrée dans l'ombre et le silence. Il convient de se tenir en leur présence : in conspecta angelorum ^^ et de s'associer à leurs sentiments : ad societatem civium supernorum ^. L'Office du matin se rapporte directement à la vie présente , qui est comme l'aurore, le début de notre véritable existence. Aussi ne nous parle-t-il que des sentiments du Sauveur dans sa vie voyagère : in via *, et des dispositions nécessaires à ses membres pour bien faire le trajet de cette vie. Les vœux dont il est rempli n'ont pour objet que la destruction du péché et l'accroissement de la vie chrétienne en nous. Quant à l'Office du soir^ il offre à notre admiration la gloire dont Notre- Seigneur jouit au ciel avec une partie de ses membres , en attendant le jour du jugement qui mettra le comble à son triomphe et à leur félicité. Il nous invite à rendre grâces avec eux à la bonté divine; en même temps il doit exciter nos désirs et nous faire aspirer vivement à notre dernière fin ^ Voilà, selon M. Olier, l'idée principale que suggère chacune de ces parties. Rien de plus juste, ce nous semble;
^ In die mandavit 0ominus misericordiam suam et nocte canticuin
ejUS. PSALM. XLI.
2 PSALM. CXXXVn.
3 Bened. ante lect. IX.