‹ Le Saint OfficeChapitre 111 sur 212 · ACT. XX · texte numérisé non relu

ACT. XX

duire. Mais le précepte que l'Eglise fait à ses ministres de le réciter tous les jours semble étendre et préciser sa signification à leur égard.

Il leur enseigne et il doit sans cesse leur rappeler :

1<» Que la sainteté n'est pas dans la vocation, mais dans la conduite ; in operatione consistit; que le mérite de notre vie dépend du libre assujettissement de leur volonté à celle de Dieu; qu'en vain ils se distingueraient de leurs frères par l'éclat des oeuvres ou la sublimité des fonctions, s'ils ne les surpassaient par la fidélité à tous leurs devoirs : Sprevisti omnes discedentes àjudidistuis... Maledicti qui déclinant à mandatis tuis ' /

2° Qu'il ne leur suffit pas d'enseigner aux autres la loi de Dieu, mais qu'ils doivent y réfléchir, l'aimer et surtout la pratiquer : Fadorem quœritDeus, non pictorem */

3° Que pour être fidèle à la loi de Dieu il y a beaucoup de sacrifices à faire et de combats à livrer, et que jamais nous ne devons cesser de nous exciter à la ferveur et à la générosité ;

4° Qu'étant ministres du Seigneur, nous ne devons pas nous contenter d'accomplir sa volonté en nous-mêmes, mais que nous devons travailler à la faire régner dans le monde; que ce doit être l'objet de tous nos désirs et de tous nos efforts; que notre cœur doit tendre continuellement vers ce but , comme les corps tendent vers leur centre et les eaux vers la mer;

5° Que la grâce de Dieu nous est nécessaire pour mériter ses récompenses comme pour les obtenir, et que , fussions-nous à la porte du ciel , au moment d'y entrer, nous sommes toujours, comme saint Pierre, sur les flots de Ja mer, tout près d'être submergés , sans autre secours que la main de Celui qui nous appelle et qui veut nous attirer à lui : Fiat manus tua utsalvet me */

Au reste, si nombreuses et si importantes que soient

* PsALM. cxvm.Sl.

' s. AuG. Eomil. L.

9 PsALii. cxnn, 173.

ces conséquences pratiques , ce psaume est nioins encore une instruction qu'une prière. Du commencement à la fin, le Psalmiste s'adresse au Seigneur; son cœur s'épanche en aspirations saintes, en témoignages de respect, en protestations d'amour; il exprime sans cesse à Dieu l'ardeur qui le presse de se conformer à ses désirs et de voir sa sainte loi connue, respectée, observée par toute la terre. Ce ne sont donc pas de simples réflexions que l'Eglise nous donne à méditer, ce sont des afiFections qu'elle nous demande. Elle veut élever vers Dieu notre cœur en même temps que notre esprit, diriger toutes nos aspirations vers l'accomplissement de sa volonté, en faire l'objet de nos vœux comme de nos résolutions. Qui ne voit les conséquences d'une telle pratique si souvent répétée? Qui ne sent l'influence qu'une telle prière doit exercer sur le cœur de Dieu et sur l'âme de ses ministres?

Sur Dieu d'abord. Pour peu qu'elle soit sincère, animée d'un véritable esprit de foi et d'humilité, est-il possible qu'elle reste sans effet? Quiconque demande obtient *, dit Notre- Seigneur. Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez *. Fraj^pez à la porte, et l'on vous ouvrira. Quand un enfant demande du pain, y a-t-il un père assez dénaturé pour lui donner une pierre? Que si vous ne pouvez, tout méchants que vous êtes, refuser à vos enfants l'aliment qu'ils vous demandent, comment votre Père céleste refuseraitil son Esprit à ceux qui le supplieront de le leur donner ' ^ De telles promesses n'admettent pas d'exception; et s'il est une demande dont elles garantissent spécialement l'eftkacité, n'est-ce pas celle qui a pour objet le respect de la loi divine et son accomplissement*?

D'ailleurs, par cela même que nous faisons cette prière, nous entrons déjà jusqu'à un certain point dans les dispositions que nous demandons. Il y a dans les mots , dans

1 Luc. XI, 10.

2 MaTIH. VII , 7.

' Luc. XI. 11.

* Domine, quas tnormn procès esandls , si hua non exandiaf S. Are. D« chit. Dei, xxu, 8.

les paroles de l'Esprit-Saint surtout, une vertu secrète qui agit sur ceux qui les prononcent, et il est difficile de s'y soustraire entièrement. Les sentiments tendent à se mettre d'accord avec le langage. A moins d'une distraction complète ou d'une résistance de la volonté, on s'humilie en proférant des paroles d'humilité; on tremble en prenant l'accent de la terreur; on s'attriste , on se rassure, on se réjouit, on aime, selon qu'on exprime du repentir, de la confiance, de l'allégresse, ou de l'amour. Or ces impressions se reproduisent chaque fois que les paroles se répètent, et, à force de se reproduire, elles pénètrent l'âme, elles s'y fixent d'une manière durable, elles finissent par passer dans ses habitudes et dans sa constitution. De là en partie, comme nous l'avons fait observer, l'importance des prières vocales, celles du saint Office en particulier^. Un psaume comme celui qui nous occupe, qui a pour objet l'accomplissement du bon plaisir divin , qui ne respire qu'amour et respect pour la loi de Dieu, qui n'est qu'une protestation continuelle de soumission au souverain Maître, a donc nécessairement une double efficacité. D'un côté, il obtient du Ciel des grâces d'obéissance et de fidélité; de l'autre, il dispose l'âme à profiter de ces secours : et , par ces deux moyens , il tend à assurer notre pei'sévérance et à nous faire avancer, sur les traces de notre divin Maître, dans la voie de la vraie sainteté. Ces considérations justifient suffisamment, ce semble, la prédilection de l'Eglise pour ce beau psaume. Elles expliquent aussi l'estime et l'affection qu'il a toujours inspirées aux ecclésiastiques sages et pieux.

* Qui petit a Deo, dum petit, accipit, dit saint Ambroise ; ipsum enim petere accipere est. Ces paroles sont vraies à la lettre, et nécessairement vraies quand la prière a pour objet des vertus, des qualités morales. Vouloir être vicieux , ce serait l'être et le devenir de plus en plus ; souhaiter la perfection et la demander à Dieu , c'est commencer à se rendre parfait, et devenir meilleur par cet acte même. — « Quelle histoire on ferait , dit un savant Docteur, si l'on pouvait recueillir toutes les impressions religieuses, toutes les résolutions, les consolations, les résignations qui, pour les âmes saintes , se rattachent à la seule récitation des Psaumes ; s'il était possible de constater la place qu'ils occupent dans la vie intime des héros du royaume de Dieu I »

On eut, en effet, dans le siècle dernier, des preuves frappantes de ces dispositions. Quoique le goût des innovations dominât généralement , et que d'excellents esprits s'imaginassent ranimer la ferveur en donnant une autre forme aux prières de l'Eglise, un grand nombre de plaintes se firent entendre lorsqu'on vit substituer au Beati immaculati une longue suite de psaumes qui donnait à l'Office du matin une signification nouvelle. Bossuet fut des premiers à en témoigner son mécontentement. Dans ses dernières années, on obtint de lui qu'il fît aussi une révision de l'Office; mais sur ce point il résista et fut inébranlable. « Tout occupé de ce psaume, écrit l'abbé Ledieu dans ses Mémoires , il dit qu'il faut absolument le laisser aux petites Heures pour tous les jours; et il est bien résolu de l'y maintenir, tant il le juge nécessaire dans l'intérêt de la piété. » Il avait montré, du reste, en plusieurs de ses écrits, l'estime qu'il en faisait. Non content de le citer avec de grands éloges, il en a mis une traduction à la suite de son Catéchisme pour l'usage des fidèles ; et , dans son Commentaire du Psautier, il s'est appliqué spécialement à en relever le mérite et à en aplanir les difficultés *.

Les réformateurs alléguaient aussi les intérêts de la piété. Suivant eux, l'esprit de prière avait besoin de plus d'aliment et de variété. « N'est-ce pas, disaient-ils, se vouer à la routine et se condamner à l'ennui, que de répéter chaque matin le même psaume, un psaume long et monotone, qui reproduit sans cesse la môme pensée, sans rien offrir à l'imagination qui la frappe et qui l'occupe ? »

Sans doute , c'est s'exposer à la routine que de répéter souvent la même formule, comme c'est s'exposer aux distractions et au dégoût que de prolonger la prière; mais que conclure de là pour la pratique? Faut- il renoncer à prier, de peur d'être distrait? Faut -il abréger toutes les

* A l'autorité de Bossuet on peut Joindre , al on le désire , le sentiment de Pascal, a II avait un goût sensible pour tout l'Office, dit M"» Périer, sa sœur, mais surtout pour les petites Heures, parce qu'elles sont composées du psaume cxvia, où il trouvait des choses admirables. Quand il s'entretenait avec ses amis de la beauté de ce psaume, il était transporté et paraissait hors de lui -môme. » Cf. Eliz. Setok, par M"<^ Barlcrey, p. 24.

prières, pour n'être pas surpris par l'ennui'? Ou bien doit-on changer à chaque instant de pensées et d'expressions? Qui ne voit qu'il y a ici une mesure à garder, et que si l'on blâme l'usage que l'Eglise fait de ce psaume, on doit blâmer également les pratiques les plus anciennes et les plus respectables? Est-ce que nous ne disons pas tous les jours à la Messe les mêmes prières, à quelques paroles près? Est-ce que les fidèles comme les prêtres ne récitent pas, chaque matin et chaque soir, la même Oraison dominicale, la même Salutation, le même Symbole, les mêmes Actes de foi, d'espérance et de charité * ? Le danger de la routine fera -t- il abandonner cet usage ou diversifier ces formules? Non, sans doute: la crainte des défauts où l'on peut tomber dans la prière n'est pas une raison pour ne pas prier ou pour prier rarement. Ce n'est qu'un motif de \)\\is de veiller sur soi pour bien prier, ce qui est toujours possible. Car on peut toujours éviter ce qui déplaît à Dieu; et pour ce qui est de la routine en particulier, loin d'y conduire infailliblement, l'habitude de bien prier en éloigne, par le goût et la facilité qu'elle fait acquérir à l'âme. La routine est le ré-

* Nempè qno brevior oratlo, eô cltius cœlos penetrablt? I nunc, dlve Antonl, et properantem nlmis solia ortum Increpa!... Guyet. Eeortologia, I, XIV, 7. — Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la censure portée en 1517 , par l'Université de Paris, contre cette proposition d'Érasme : Christus in orando damnât multiîoquium. « BiTonea est ; non enim damnatur onine mnltiloquium in oratioae , sed illud quod ex infidclitate procedit, existimantls Deum non aliter audire aut intelligere crantes nia multUoquio utentes; quod explicans Christus, non solnm dicit : Nolite multiim loqui, sed adjungit : sicut ethiiici faciunt; 2)utant enim quod in multUoquio suoexaudluniur.^ D'Argentré, CoUectiojudiciorum,t. II, p. 67.

2 Commemorate vosmetipsos, disait saint Augustin, au sujet des prières ; non pigeât repetere. Bona est repetitio, ne subrepat oblivio. Ne dicatis : Dixi herl; dixl hodlè. Quotidiè die; commémora fidem tuam. Serm. lviii, n» 13. — On peut voir. Traité de l'Office divin, p. I, c. viu, avec quelle vivacité Collet répond aux ecclésiastiques qui se plaignent d'avoir trop souvent à répéter les mêmes paroles. Il se demande s'ils pourront chanter avec les élus le Sanctiis éternel. Pour nous, ces plaintes nous paraissent simplement irréfléchies et saus conséquence. Nous sommes convaincu que ces ecclésiastiques n'en récitent pas moins chaque jour avec dévotion le chapelet de la sainte Vierge, ses litanies ou celles de Notre-Seigneur. Peut-être ont-ils été des plus empressés à adopter l'usage des offices votifs permis pai- Léon XIII, à défaut d'offices propres, pour chacun des jours de la semaine.

DES PETITES HEDRES 365

sultat de la négligence : elle ne se contracte que parce qu'on s'accoutume à prier mal, sans attention et sans ardeur.

Qu'un si long psaume ait peu d'idées distinctes, qu'il roule tout entier sur une disposition de l'âme, que chaque verset soit une protestation de respect, d'amour, de dévouement pour la loi du Seigneur, c'est ce que tout le monde reconnaît : mais la récitation en est -elle pour cela moins salutaire? En a-t-elle moins de mérite ? Devonswious y trouver moins d'attraits? Tout prêtre éclairé sait que la prière ne consiste pas dans les actes de l'entendement, qu'elle ne tire sa vertu ni du nombre des pensées ni de la variété des expressions, que l'affection la plus simple suffit pour occuper notre cœur et pour l'attacher à Dieu , enfin que l'efficacité de nos désirs répond à leur ardeur, et qu'il est de leur nature de s'enflammer par l'insistance et la continuité ^

Voilà le sentiment d'un ecclésiastique qui a l'esprit de sa vocation et qui aspire à la sainteté. S'il porte au fond du cœur, comme David, un vif amour de la volonté divine, comment ne serait-il pas heureux d'avoir à l'exprimer par tant de protestations»? Et s'il n'a pas encore

* Très souvent , dit un Commentateur sur la prière du Sauveur dans son agonie, nous croyons, comme les païens, qu'en multipliant nos prières nous les rendrons plus efficaces , que nous persuaderons Dieu par nos raisons , que nous le toucherons par une vive représentation de nos besoins. Nos longs discours ne lui apprennent rien. Nos raisonnements et nos réflexions le touchent peu. Il demande seulement que nous soyons touchés nous-mêmes , que notre cœur se fonde et s'écoule devant lui , que nos désira soient ardents , que notre volonté Eoit soumise , que nous soyons pleins de confiance en sa miséricorde et néanmoins profondément pénétrés du sentiment de notre indignité. Alors nous pouvons prier longtemps sans tomber dans le défaut des grands parleurs condamnés dans l'Évangile. Alors peu de mots nous suffisent. Alors une seule parole répétée avec de grands sentiments peut tout obtenir. Dcgcet, Traité de la Croix, t. VT, p. 301. Le P. Laml , combattant Duguet sur un autre point , confirme son sentiment sur celui-ci. Suivant lui, le cœur n'est pas fait de manière à changer aussi fréquemment de sentiments que l'imagination d'idées. D'ailleurs, pour qu'un sentiment pénètre l'âme et puisse la changer, il faut qu'il y séjourne , qu'il ait le temps de la gagner et d'y opérer, a II en est des passions saintes à peu près comme des profanes. Elles sont filles d'habitudes : 11 faut leur donner le temps d'en former avec le cœur. » Réfkx. sur le Traité de la prière publique.

2 L'amour n'a qu'un mot, et en le disant toujours, il ne le répète jamais. P. Lacordaibe, s. Dominique,

cet amour au degré qu'il souhaite, s'il gémit de trouver son cœur froid et sa volonté débile, comment ne trouverait-il pas une consolation dans la facilité qui lui est offerte d'accroître son ardeur par ses gémissements mêmes, et de réaliser ses désirs en donnant à leur expression toute leur énergie et leur vivacité?

Ce n'est pas qu'à notre avis beaucoup d'ecclésiastiques ne trouvent un écueil dans cette récitation si fréquente, et qu'on n'ait besoin de précautions et de vigilance pour éviter le relâchement'. Il importe, au contraire, d'appliquer ici avec un soin particulier les conseils généraux que nous avons donnés dans la première partie. Avant tout, il faut connaître le sens du psaume et s'en bien pénétrer. Pour y parvenir, on doit faire de chaque verset une étude patiente et approfondie, en relire de temps en temps un bon commentaire, recueillir les remarques les plus touchantes des saints et des docteurs, y joindre les bonnes idées et les sentiments qu'on peut recevoir du Ciel , comparer ensemble les diverses formes que le Psalmiste donne à sa pensée, méditer dans l'oraison les paroles où l'on trouve plus de lumière et de goût, déterminer à l'avance les intentions à prendre dans la récitation, les pauses à faire, les pratiques à observer, enfin s'arrêter un instant chaque matin, avant le Sacrosanctœ, pour examiner avec quel soin on s'est acquitté de cette partie de l'Office. Tous ces avis ont leur importance; il n'est pas d'ecclésiastique expérimenté et pieux qui n'en atteste l'utilité.

Pénétrés de ces sentiments, les auteurs liturgiques ont multiplié les remarques sur tout ce qui concerne les petites Heures. Ils indiquent des convenances, des raisons, des significations pieuses, jusque dans la division du psaume. Ils font observer que l'Eglise a divisé la psalmodie dans chacune de ses Heures en trois parties égales, pour répondre aux trois heures du jour qu'elle est censée comprendre, pour faire penser aux trois vertus théolo-

^ Qnlescant à dlctando Ingénia, labia à confabulando, à Bcrlbendo digiti, à dlscnrrendo nuntil : non autem quiescant corda die ac nocte medltari In lege Domini , quse est caritas, S. Bkrx. Ep. xo.

gales , dont le concort forme l'essence du culte divin , ou plutôt pour rappeler l'idée des trois Personnes divines, que nous devons glorifier sans cesse, dans le temps comme dans l'éternité.

M. Olier fait bien ressortir cette dernière intention '. L'Office du jour ou des petites Heures est, à ses yeux, l'expression de la vie chrétienne, et la vie chrétienne est une initiation à la vie du ciel. Il convenait donc que le jour n'eût qu'un psaume, comme l'éternité n'a qu'un chant. De plus, il convenait que ce psaume fût partagé en quatre heures, pour représenter l'universalité de l'Eglise qui prie. Mais ce qui montre dans l'Office l'intention de faire honorer la divine Trinité, c'est que ces quatre Heures ecclésiastiques se succèdent de trois heures en trois heures, et que chacune d'elles comprend trois psaumes, ou plutôt continue le même psaume en le partageant en trois; de sorte que, de trois heures en trois heures, on a une Heure du Bréviaire, représentant ces trois heures du jour, et comprenant trois psaumes, qui pourtant n'en font qu'un, comme les trois Personnes divines ne sont qu'un seul Dieu. Ainsi l'Eglise témoigne-t-elle son désir de nous voir honorer continuellement l'auguste Trinité pour tous les chrétiens qui lui sont consacrés. Ainsi nous invite-t-elle à une union de plus en plus étroite avec les trois Personnes divines, suivant le souhait de l'Apôtre : Gratia Bo~ mini nostri Jesu Christi, et caritas Dei, et communicatio sancti Spiritùs sit cum omnibus vobis*.

D'autres liturgistes remarquent encore que ce psaume, qui, dès son début, élève nos pensées à la vraie béatitude, et qui ne cesse de recommander les bonnes œuvres comme le moyen d'y parvenir, procède par octonaires ou

^ Écrits sur Ja sainte Vierge, p. 175. — Des Mystères deN.-S. appliqués à la journée , v.

* II CoH. xra ,13. — Cette division par trois qui revient à chaque instant dans l'Office, ne peut avoir un autre but. Elle n'est pas moins propre & suggérer cette idée à l'âme que les croix et les autres signes religieux qu'on trouve sur les routes. La vraie piété fait son profit de tout. H est de pieux fidèles qui pensent à la croix de Notre - Seigneur chaque fols qu'ils voient deux chemins qui se croisent.

strophes de huit vers, nombre des béatitudes évangéliques, et que chacune des sections du psaume, terminées par la doxologie, est composée de seize versets, nombre égal à celui des œuvres de miséricorde que la loi divine prescrit et que le Sauveur récompensera au dernier jour.

Peut-être serait-ce une bonne pratique de séparer par quelque trait ces octonaires, dans le Bréviaire comme dans la Bible. On voit, dans la vie de Lessius, qu'on trouva des signes semblables marqués dans son Diurnal. Ils lui servaient, soit de points d'arrêt pour modérer son ardeur naturelle, soit de signaux pour ranimer sa vigilance et renouveler ses intentions '.

Il sera bon de remarquer aussi les divers noms par lesquels le Psalmiste désigne la volonté divine, les effets merveilleux qu'il lui attribue et les sentiments qu'elle lui inspire.

I. Les termes dont il se sert pour l'exprimer sont nombreux, et chacun d'eux, tout en présentant le même objet à l'esprit, le fait envisager sous un aspect particulier, de manière à en faire ressortir quelque propriété. C'est successivement une parole, une loi, un précepte, un témoignage, une carrière, un sentier. On peut voir dans les commentateurs le sens précis et la différence de toutes ces expressions -.

II. Quant aux effets que la loi produit dans les âmes fidèles, le Psalmiste en signale trois principaux :

1° Elle sauvegarde l'innocence et préserve du péché :

* De Vitâ et moribus R. P. Leonardi Lessii, x, n» 48; iii-18, 1644.

- Quldqnld Deus prasciplt, via dicitur, quia fit norma vivendi; semita, quia rectà ad Deum ducit et incipientibus arcta vldetur ; testimonium , quia bonorum malorumque operam testis est , aut potlus quia Dei volnntatem homlnlbus testatam f acit ; lex, quia homlnes Ugat , sicut praceptum dicitur quia per se Deus tulerit ; eloguium, sermo, verbum, quia per Filium a Pâtre emanarlt ; judicium , quia continet regulam unde judlcandi sumus; justitia et eequitas, quia unicnlque trlbuit quod Buum est; veritus, quia ab illo est qui falll neqult nec fallere; justificatio, quia impcrat llla per qnse Justlfloamur. D. P. Lotcx, in Ârg^imento psalmi : Beau immacuïati.

Beati immacuîati in via, qui ambulant in lege Domini! In quo comgit adolescentior viam suam ? Fiat cor meum immaculatum in justificationibus tuis. Nisi quôd lex tua meditatio mea est, tune forte periissem...

2° Elle donne à l'âme la véritable sagesse : Super inimicos meos prudentem me fedsti mandato tua... Super senes intellexi, quia mandata tua quœsivi... Lucerna pedibus meis verbum tuum...Beclaratio sermonum tuorum illuminât, et inteU lectum dat parvulis...

3** Elle excite à la ferveur, par les consolations qu'elle fait goûter : Ambulabam in latitudine quia mandata tua exquisivi... Hœc me consolata est in humilitate mea... In œternum non obliviscar justificationes tuas, quia in ipsis vivificasti me... Ignitum eloquium tuum vehementer, et servus tuu,s dilexit illud, etc.

III. A ces éloges, le Psalmiste mêle l'expression des sentiments les plus vifs et les plus touchants.

Heureux , dit-il , ceux qui n'ont d'autre règle ni d'autre amour que cette divine loil Beati immacuîati in via!... Beati qui scrutantur testimonia tua; in toto corde exquirunt mm!...

Pour moi, je puis dire qu'elle est toute la consolation et toutes les délices de mon cœur : Memor fui judiciorum tuorum. Domine, et consolatus sum... Cantabiles mihi erant justificationes tuœ in loco peregrinationis meœ... Portio mea. Domine, custodire legem tuam... Narraverunt mihi iniqui fabulationes, sed non ut lex tua... Hœreditate acquisivi testimonia tua in œternum, quia exultatio cordis mei sunt... Eructabunt labia mea hymnum, cùm docueris me justificationes tuas , etc. J'estime cette divine loi incomparablement plus que tous les trésors du monde : In via testimoniorum tuorum delectatus sum, sicut in omnibus divitiis... Bonum mihi lex oris tui, super millia auri et argenti... Lœtabor ego super eloquia tua, sicut qui invenit spolia. . . Quàm dilecta faucibus meis eloquia tua!...

Elle est continuellement présente à mon esprit et à mon cœur : Testimonia tua meditatio mea est... Etmeditabar in mandatis tuis, quœ dilcxi .. Coagulatum est sicut lac cor

eorum: egoverà Icgem tuam meditatus sum... Quomodo âlleacî legem tuam! totâ die meditatio mea est... Super omnes docentes me intelleœi, quia tesiimonia tua meditatio mea est... Preveneruntoculi meiad te diluculô, ut meditarer eloquia tua...

Je tâche d'approfondir ces divins commandements; je m'applique à en découvrir le sens, l'étendue, les motifs : Ego autem in corde meo scrutabor ma7idata tua... Declinate a me toto maligni, et scrutabor mandata Deimei... Mirabilia testimonia tua : idco scrutata est ea anima mea...

Le plus ardent de mes vœux, c'est de les observer avec fidélité : Concupivit anima mea desiderare justificationes tuas in omni tempore... Viam veritatis elegi... Da mihi intellectum, et scrutabor legem tuam et custodiam illam in toto corde meo... Deducme in semitam mandatorum tuonim quia ipsam volui... Juravi et statui custodire judicia justitiœ tuœ. Gressus meos dirige secundùm eloquium tuum, et non dominetur mei omnis injustitia...

Mon bonheur serait de les voir partout respectés : Particeps ego sum omnium timentium te et custodientium mandata tua... Exitus aquarum deduxerunt oculi mei, quia non custo^ dierunt legem tuam... Tabescere mefecit zelus meus^...

Ces remarques paraîtront peut-être minutieuses. Nous ne croyons pas cependant devoir les omettre ; parce que, si l'on s'en rapporte à l'expérience, elles ne sont pas sans utilité, et que, quand il s'agit d'un acte si important et si saint, d'une prière qu'on est obligé de réciter chaque jour et qui doit exercer une profonde influence sur toute la vie, les moindres secours acquièrent une grande valeur.

Pour la même raison, nous recommanderons encore d'étudier à fond ce psaume dans les meilleurs interprètes,

* « Bien que ces affections passent et se succèdent, elles ne laissent pas de produire en nous un effet durable. Comme chaque flot d'un courant lave en passant celui qui y est baigné et contribue à lui rendre sa blancheur naturelle , ainsi , dit Alvarès , chacune de ces saintes affections contribue à purifier nos âmes et à leur donner une beauté toute céleste : Jam vos niundi estis propter sermonem quem locuttis sum voMa, disait Notre- Seigneur à ses apôtres. Joan. xv, 3. » Cf. Alv. dk Paz. Op. spirlt., t. III de Oratione vocali, p. II, xv, subfin.

et de revenir de temps en temps à cette étude. On peut consulter les ouvrages les plus répandus sur le Psautier, comme V Eocplanatio inpsalmos de Bellarmin, les B.é(lexions spirituelles sur les psaumes du P. Berthier. Il serait même bon d'y joindre quelque travail plus approfondi; par exemple, VExpositio in psalmumCXNlll de saint Ambroise •, les Enarrationes de saint Augustin sur le même Psaume -, le pieux Commentaire du P. Aquaviva sous ce titre : Cl. Aquavivœ, Prœpositi generalis soàetatis Jesu, meditationes in psalmum cxviii '; celui du D'" P. Loycx, intitulé : In psalmum Beati immaculati, etc., reliquorum omnium verê principem, commentaria moralia; in-folio, 1643*. Mais ce qu'il faut chercher dans ces lectures, c'est moins la valeur de chaque mot que le sens général du psaume, l'esprit dont le Psalmiste était animé, l'ensemble des pensées et des sentiments qui le lui ont dicté; et c'est surtout par la méditation et par la prière qu'on peut s'en pénétrer. Heureux qui parvient à n'avoir plus qu'un même esprit et qu'un même cœur avec David , ou plutôt avec le Fils de Dieu, dont David est la figure et l'organe! Soumis au même principe, obéissant au même mouvement, il n'a au-

* 22 Discours.

' 32 Instructions,

3 Ouvrage posthume inachevé. H a étéimprimé à Eome en 1616 avec des méditations sur le Ps. xuv : Eructavit, du même auteur. Le P. Aquaviva était aussi recommandable par sa piété qu'illustre par sa science. Nous avons cité ailleurs une de ses lettres aux Pères de sa société pour recommander à leur dévotion la récitation du saint Office.

■* Ajoutons un opuscule publia récemment sous ce titre : Enchiridion Eoranim, par M. l'abbé Toursel, où l'on trouve un commentaire très exact et très pieux du psaume cxvni. In - .32 , Laroche , 1866. On pourrait Indiquer encore deux ouvrages assez répandus sur le même sujet : 1» Les Heures canoniales contenues dans le commentaire du psaume cxvin, tiré des saints Pères; in-12, Paris, 1672; 2° Les Gémissements d'un cœur chrétien exprirnés dans le psaume cxvm, in-12 , d'abord publiés en latia sous ce titre : Mgrœ animœ et dolorem suum lenire conantis pia in psaU mum cxvtii soliloquia. 1684. Mais on ne peut guère en conseiller la lecture, à cause des préoccupations jansénistes qui s'y font remarquer en plusieurs endroits. Ces livres ont d'ailleurs tous les caractères que M. de Maistre assigne aux productions religieuses de Port -Royal : le poli, la dureté et le froid de la glace. (Église gallicane, ch. v.) Le premier est attribué à Le Maistre de Sacy le second à Hamon , adeptes dévoués et connus.

cune difficulté à entendre son langage ni à s'unir à ses vœux; et il ne voit dans l'obligation dont le charge l'Eglise qu'un moyen de resserrer chaque jour une union qui fait sa perfection et son bonheur : Beati immaculati!.., Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam ' .'

' Matth. V, 6.

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