CHAPITRE II
De l'Heure de Prime.
Après ce que nous avons dit du psaume cxvili et des petites Heures considérées dans leur ensemble, il reste peu d'observations à faire sur chacune d'elles en particulier.
Elles s'ouvrent toutes par le même prélude : c'est une hymne simple et pieuse , indiquant le moment du jour où l'Heure doit être récitée, les hommages qu'il convient de rendre à Dieu , et les grâces qu'il importe d'en obtenir. La forme de cette poésie porte le cachet de saint Ambroise, et rappelle sa maxime : Negligere verba, pensare mysteria.
Dès que le soleil paraît à l'horizon, cet astre attire à lui nos regards; mais notre pensée doit s'élever plus haut, jusqu'à Celui dont il est l'image, jusqu'à la véritable source de toute lumière, de toute splendeur et de toute fécondité. Le saint docteur nous invite à nous tourner vers Dieu dès le point du jour, à lui offrir nos adorations et à implorer ses grâces. 11 nous avertit de l'obliga-
* Suite de strophes de quatre vers iarabiques, daus lesquelles des con- Bonances fréquentes affectent dé)à une sorte de rime, comme dans la poésie de nos langues modernes.
tion où nous sommes de modérer nos discours, de veiller sur nos regards, de mortifier tous nos sens. Puis, songeant à la rapidité du temps, il annonce que la carrière sera courte, et que ceux-là seuls pourront se réjouir au terme, qui l'auront parcourue sans souillure.
Si Ton aimait à se représenter Notre-Seigneur sous un aspect particulier à cet instant du jour, afin de s'unir aux dispositions qui l'animaient, on pourrait le considérer dans les visites qu'il faisait au temple, suivant saint Jean, aux premiers rayons du soleil : Et diluculô venit m templum ^ , ou bien dans la prison du grand prêtre, le jour de sa passion, lorsqu'il s'offrait à son Père pour subir l'arrêt de mort qu'on préparait contre lui : Mane facto, consilium inierunt ut Jesum morti traderent^; ou encore sur le rivage de la mer, lorsque, apparaissant à ses apôtres après la résurrection , il leur manifestait sa présence par la bénédiction merveilleuse qu'il donnait à leurs travaux : Mane autem facto..., dixit eis : Mittite in dexteram *. Mais il semble plus naturel et plus simple de le considérer au moment de sa naissance, ou à son entrée dans le monde, lorsque, protestant de son dévouement à son Père, il promettait de se conformer à ses divines volontés jusqu'au dernier soupir de sa vie *.
Telle était la pratique d'un pieux serviteur de Dieu, d'un ecclésiastique du xvir siècle dont on a écrit la vie, et qui a révélé lui-même, sans se nommer, le premier de ses exercices quotidiens. « Tous les matins, son premier soin était d'adorer le commencement de la vie de Jésus dans le sein de la bienheureuse Vierge. Puis, commençant l'Office, il faisait deux choses : 1° En l'honneur du dévouement avec lequel ce divin Sauveur s'offrit à son Père pour être immolé à sa gloire et pour racheter les hommes par le sacrifice de la croix, il s'offrait lui-même à Dieu dans une intention semblable, et prononçait de
^ JoAN, vm, 2.
* Matth. xxvn, 1,