‹ Le Saint OfficeChapitre 33 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du Psautier : idée qu'on doit en avoir et élude qu'il faut en faire.

L'élément primitif du saint OflRce , ce qui en fait encore le fond , ce qui lui fournit presque toutes ses invocations, toutes ses prières proprement dites, c'est le Psautier^ Des autres livres de l'Écriture, le Bréviaire a emprunté certains fragments qu'il fait lire à de longs intervalles, souvent une seule fois l'année: celui-ci s'y trouve tout entier; il est distribué de manière à pouvoir être récité chaque semaine ; et si quelques parties sont omises dans la récitation, d'autres les remplacent et reviennent à des époques d'autant plus rapprochées. Il n'est donc pas de livre dont il importe davantage de bien posséder le sens, et l'on ne doit pas s'étonner que les saints Docteurs l'aient si souvent commenté, et lui aient donné tant d'éloges V

Or la première condition pour entendre les psaumes, ce n'est pas d'en scruter les détails, d'en approfondir les difficultés : c'est de se faire du livre une idée exacte ,

^ C'est pour cette raison que le Bréviaire a été appelé d'abord Psautier, et la récitation de l'Office, Psalmodie, On a désigné aussi le Bréviaire par le nom de Cursus, de Canon, de Horee.

^ Le P. Lelong, dans sa Bibliothèque sacrée de 1723, fait connaître 1213 auteurs qui ont écrit sur les Psaumes.

celle que s'en fait l'Eglise, lorsqu'elle le aonne à ses ministres comme l'expression authentique de ses sentiments envers Dieu et de ceux dont ils doivent être eux-mêmes animés.

Pour un homme qui ne croit pas à la révélation , et même pour beaucoup de chrétiens peu instruits, les psaumes ne sont guère autre chose qu'une belle poésie, de sublimes cantiques, des élans vers Dieu, fruits d'un génie sublime et d'une inspiration merveilleuse, sans autre objet proprement dit que les circonstances où l'auteur s'est trouvé et les impressions qu'elles lui ont fait ressentira Quel qu'en soit le mérite, ce n'est pourtant qu'une production humaine, d'une portée limitée; et si chaque fidèle est autorisé à s'en approprier les paroles, et à les adapter à sa position, ce ne peut être que par une analogie naturelle et une rencontre fortuite.

L'idée que l'Église a des psaumes, le sentiment qu'en donnent les Pères et les Docteurs est tout autre. Dans leur conviction , c'est l'Esprit de Dieu avant tout autre qui en est l'auteur, et ce qu'il a voulu peindre par l'organe du Psalmiste, ce n'est pas le cœur du Roi-Prophète seulement, ce ne sont pas seulement les sentiments personnels que lui ont inspirés les diverses péripéties de sa vie : c'est un objet infiniment plus intéressant et plus vaste ; c'est le cœur même de l'Homme- Dieu; ce sont les pensées et les affections qui ont animé ce divin Sauveur, et dont il prétend animer tous ses membres. Le Psautier leur apparaît comme la traduction infaillible, dans un langage di-

1 Cf. II Reg. XXIII, 1 ; II Par. vii, 6 ; I EsD. in, 10 ; II Macc. n, 13 ; Luc, XX, 42. — David est comme la personnificatiou du Psautier, dans l'Écriture, dans la Tradition et dans l'Église. S'il n'en a pas composé toutes les parties, il y a pris du moins la principale part. Les modernes admettent qu'on a joint à ses compositions quelques pièces plus anciennes, par exemple Ps. 89, 101, 134, 135 , et qu'on a mêlé au recueil de ses Psaumes plusieurs cantiques composés depuis à son imitation par des auteurs inspirés ; Ps. 14, 73, 78, 82, 84, S5, 125, 129, 136, etc. Rien n'empêche de suivre ce sentiment. Mais il faut se garder d'admettre le principe rationaliste que tont ce qui a trait à des événements postérieurs à l'époque de David ne saurait être son ouvrage ; autrement on devrait lui refuser le titre de prophète, et nier le caractère messianique qu'on a toujours reconnu à une bonne partie du Psautier,

vin et humain à la fois, de cette prière suprême et universelle dont le Verbe fait chair est le principe , et qu'il propage , par une mystérieuse communication , dans les âmes qui lui sont unies ^ Ce qu'il contient, par conséquent, ce qu'on y voit exprimé, ce sont toutes les prières chrétiennes à la fois , ce sont toutes les adorations, toutes les louanges, toutes les actions de grâces dont l'âme du Sauveur est le foyer, et qui sont répandues dans tous ses membres ; c'est la flamme visible du feu intérieur dont le Sauveur désire consumer avec lui tous les coeurs; c'est l'écho terrestre du sublime concert qu'il fait incessamment retentir au ciel devant le trône de la Majesté souveraine : Per quem laudant Amjeli, adorant Dominationes ^ . Ut in omnibus honorificetur Deus per Jesum Christum^.

Ce n'est pas à dire, sans doute, que les Psaumes n'aient pas une origine humaine , ou qu'on ne trouve dans leur composition aucun indice de cette origine, aucun reflet des circonstances où ils ont été conçus. Tout le monde reconnaît que le Psalmiste a concouru à cette œuvre , qu'il s'y est appliqué volontairement et librement comme cause seconde. Mais, à côté de ce fait, il y a des principes, des vérités dogmatiques indubitables qu'il ne faut pas perdre de vue. La foi ne nous apprend-elle pas que le principal auteur de ce livre, comme de tous les livres inspirés, c'est l'Esprit- Saint*; que devant Dieu tous les temps comme tous les lieux sont constamment présents; que l'objet de toutes ses pensées , le but de tous ses desseins * depuis le commencement du monde, c'est Jésus -Christ, le Verbe

^ Per Ipsum et cum ipso et in Ipso est tlbl Deo Patri omnipotent! , in unltate Spiritas sanctl, omnis honor etglorla. In Miss.

^ In Miss.

^ Petb. IV, 1.

* Dixit David fllius Isaï ; dixit vir oui constitutum est de Christo Del Jacob , egregius psaltes Israël : Splritus Domini locutus est per me et sermo ejus per Unguam meam. II Reg. xxiii,1, 2. — Llnguamea calamus scribae velociter scribentis. Psalm. xliv, 2.

^ Ab initio et ante ssecula creata sum. Eccli. xxiv, 14. — Quoniam in Ipso condita sunt uuiversa in cœlis et in terra... et ipse est ante omnes et omnia in ipso constant. Et ipse est caput corporis Ecclesise qui est princlpium , primogenitus ex mortuis, ut sit in omnibus ipse primatum tenens. Col. 1, 16-18.

incarné; que ce divin Fils a toujours été, aux yeux de son Père, le chef des prédestinés, le modèle des élus, le seul saint par essence, l'unique principe de grâce, de lumière, de charité, de salut, au sein de l'humanité? Ne savons-nous pas enfin que les justes de tous les siècles ont avec le Sauveur un rapport intime et essentiel, tous les saints se résumant, s'idenlifiant, pour ainsi dire, en sa personne, et ne formant avec lui qu'un même corps animé d'un même esprit et vivifié par un même principe? Quia in ipso compîacuit omnem plenitudinem inhabitare K

Que conclure de ces vérités? C'est que le Psalmiste n'a pas été seulement la figure de l'Homme -Dieu, mais qu'il en a été de plus l'organe le plus intime et l'interprète le plus complet. Tandis qu'il représentait aux yeux de l'ancien peuple le Messie futur, il participait d'avance , dans une égale proportion, à sa vie intérieure, à son esprit, à ses vues, à ses sentiments sur toutes choses. Les dispositions qui l'animaient étaient tout à la fois les siennes , celles du Sauveur et celles de tous les saints: les siennes, puisqu'elles étaient dans son âme et ressortaient de ses puissances; celles du Sauveur, puisqu'elles n'étaient en lui que par imitation et avec dépendance de ce divin chef; celles de tous les saints, puisque Jésus-Christ daigne également se communiquer à tous , et qu'il reste partout identique à lui-même*. N'ayant avec Jésus -Christ et ses

^ Col. I, 19. — Mateiia Psalmornm est nniyersalis... qnla est Christua et menibra ejus. S. Thom. Praf. in Psalm.

- Le Saint - Esprit , qui savait de tonte éternité les louanges que Jésus- Christ rendrait à Dieu et qu'il lui ferait rendre quand 11 serait au monde, a commencé à les exprimer par arance dans l'Intérieur de David , père de Jésus-Christ selon la chair, et figure selon l'esprit. Dans ce coeur bien disposé, il a pris plaisir à produire les mêmes sentiments qu'en Jésus; non en toute leur perfection pourtant , ni approchant de leur étendue , mais autant qu'il fallait pour l'entretien et la nourriture de r Église, laquelle ne se lasse jamais de les lire, et y trouve son aliment dans son pèlerinage. Car ea attendant la possession entière de son bien -aimé, qui est son unique bien, toute sa consolation est d'entendre la voix de son Époux : Sonet vox tua in auribus meis, dit-elle; vox enim tua dulcis. Cant. ii, 11, Et elle l'entend en entendant les accents de ce Prophète, qui a été trouvé selon le cœur de Dieu, Act. xiii, 22, et qui, ayant passé par les mêmes états que l'Homme Dieu, a pu participer à toutes ses dispositione. Olizb, Saints-Ordres , lli, i:i; Mémoires, I, 424.

membres virants qu'un même esprit et un même cœur, David ne pouvait avoir avec eux qu'un même langage. Dès lors on conçoit que l'Esprit- Saint, qui lui inspirait ses cantiques comme il lui donnait ses sentiments , ne bornait pas ses vues à la personne duPsalmiste, mais qu'il portait en premier lieu ses regards sur Celui dont David était une si parfaite image, et que, les étendant ensuite sur tous ceux qui participeraient plus ou moins, comme ce saint roi, aux efl'usions de cette divine source, il se proposait de donner, par cet organe , à tous les enfants de Dieu, à tous les membres de Jésus-Christ, le moyen de s'unir, avec leur divin chef, dans un même concert de louanges, d'actions de grâces et de supplications. Scribantur hœc in generatione altéra, disait-il, et populus qui creabitur laudabit Dominum < .

Ainsi s'explique ce qu'enseignent les saints Docteurs : que les psaumes sont remplis de Jésus-Christ, qu'ils sont comme son instrument, sa voix, son langage: langage des membres aussi bien que du chef, voix unique et multiple tout à la fois, dans lequel s'expriment et se confondent toutes les bénédictions du ciel et de la terre, tous les vœux de la charité, tous les accents de la gratitude, toutes les supplications de l'indigence-. Ainsi s'entend ce que Notre- Seigneur affirme expressément : qu'il est l'objet des

1 PsALM. CI, 19. — Saint Paul cite comme du Sauveur lui-même les paroles de David : « Propter quam causam non conf unditur fratres suos vocare dicens : Nuntiabo nomen tuum fratibus tneis : in medio Ecclesia laudabo te. » Hebr. u, 13. — Les Prophètes vont jusqu'à donner au Messie le nom de David, de manière à identifier, en quelque sorte, le Psalmlste et le Sauveur. Serment Deo auo et David régi suo, qiiem suscitabo eis. Jer. XXX, 9 : Suscitaho pastorem unuin , servum meum David... Ego ero eis in Deum et servus mens David princeps in medio eorum. Ezech., xxxiv, 23, 24. Cf. ISAi. rx, 7; Jeu. xxiii, 9 ; Ezech. xxiii, 5; xxxvu, 24.

'^ Les Pères sont ici unanimes; mais saint Augustin est celui qui inculque le plus fortement cette vérité. « Commendamus saepius, dit-il , nec nos piget iterare quod vobis utile est retlnere , Dominum nostrum Jesum Christnm plerumqueloquiexse, Id est expersonâ suâ, quod est caput nostrum ; plerumque ex personâcorporissui, quodsumus nos et Ecclcsiaejus; sed ita quasi ex unius hominis ore sonare verba, ut intelligamus caput et corpus in unitate Integritatis consistere uecseparariabinvicem : tanquam conjugium illud dequo dictiim est : Erunt duo in carne unâ. Slergo aguoscimus duos in carne unâ, agnoscamus duos in voce unâ. y> In Psalm. xst. Item in Psalui. xvui; in Psalm. xxx, etc.; De Cccit. Del, XVII, xv, etc.

psaumes, et que les psaumes parlent de lui'. Ainsi se justifie l'usage qu'il en a fait, en diverses circonstances, sur la croix en particulier, où il s'en approprie les paroles*. Ainsi se voit la raison providentielle de l'étonnante destinée qui a été faite à ces cantiques sacrés : éclos sans bruit chez une nation obscure et reculée, dans une antiquité inculte, formulés dans des termes qui peuvent être compris et goûtés dans toutes les contrées et dans tous les âges, puis répandus par tout l'univers, et formant encore aujourd'hui, après trois mille ans, presque l'unique langage des peuples chrétiens, de l'humanité éclairée et sanctifiée, dans ses communications avec Dieu; enlin l'admiration, les délices de tout ce qu'il y a ici-bas d'esprits élevés et purs; l'aliment de toutes les âmes qui ont reçu du Ciel le zèle des hautes vertus et le sentiment des choses divines!

Car c'est là un fait incontestable et qui, sur l'objet qui nous occupe, équivaut à une démonstration. 11 est certain que, dès son origine, l'Eglise chrétienne, rendant hommage à l'unité des deux Testaments, a adopté et employé partout les psaumes comme l'expression la plus parfaite de sa religion envers Dieu. Elle continue à les chanter dans ses temples par la voix des prêtres et des fidèles ; elle en impose la récitation à ses ministres; elle la recommande à tous ses membres; en sorte que nulle production ni divine ni humaine n'a jamais eu un tel retentissement, ni joui d'une telle popularité. Ce qu'ont écrit les saints Docteurs , il y a quatorze et quinze siècles : « que David était en possession de chanter les louanges du Seigneur dans toutes les contrées du monde %» nous le voyons

^ Luc. XXIV, 44.

2 MATfH. XXVII, 47 : Deus meus, Deus mens, utquid deiieliquisti me? Luc. XXIII , 46 ; Pater, In manus tuas commendo spiritum meum. Joan. xv, 2-5 : Odlo habuerunt me gratis.

^ la omnibus nrbibus, iiagis, agris, terminis, montibus et colllbus, terra manque, inque omui regione, David per piorum linguas Deum laudando célébrât. Theod. in Psahn. xxxiv, 19. Et toto orbe canuntur, et non est qui se abscondat à calore. S. Alg. Conj. IX, iv. Psalmus benedlctio populi est, vox Ecclesite, fldei cauora confessio. i)iei ortus psalmum résultat, p^almun resonat oceasus. Ilic omnl dulcis astati, hic ntrique aptus est

nous-mêmes de nos yeux, et nous pouvons le proclamer avec plus de raison qu'eux. « Les accents enflammés du Psalmiste résonnent dans toutes les parties de l'univers. Le soleil ne cesse d'éclairer quelques temples dont les voûtes retentissent de ces hymnes sacrés. On les chante à Rome, à Genève, à Madrid, à Londres, à Québec, à Quito, à Moscou, à Pékin, à Botany-Bay; on les murmure au Japons » Comment donc admettre que l'Esprit-Saint, qui voit l'avenir comme le présent , qui ne pouvait ignorer cette destinée exceptionnelle, qui l'a annoncée lui-même de la manière la plus expresse*, n'en aurait pas tenu compte dans leur inspiration, qu'il eût négligé d'adapter le moyen à la fin , et qu'au lieu de vouloir faire de ces chants ce qu'ils devaient être en réalité , l'expression des sentiments de toute l'Eglise envers Dieu, il eût rétréci ses desseins et borné ses vues à rendre avec fidélité les dispositions accidentelles et transitoires d'une existence d'un moment? Non; ce n'est pas ainsi qu'il faut entendre l'action d'un Dieu. Il n'est pas raisonnable de supposer dans ses desseins moins d'élévation, de sagesse, de perfection qu'il n'y en a dans les effets qu'il a produits. Quand il ne se serait pas expliqué à cet égard , quand la tradition ne parlerait pas si hautement, il suffirait à ceux qui croient à la divine sagesse et qui ont médité ses œuvres, de voir ce que sont devenus les chants du Psalmiste, pour comprendre ce qu'ils furent dès leur origine dans l'acte divin qui leur a donné le jour.

On voit ici le but, l'objet, la raison divine des psaumes. On en tient par conséquent la clef. On a en main le flam-

sexul. Cantatur ab imperatoribus , Jubilatur à populls. Certant clamare slngull quod omnibus proficlt. S. Ajibr. Vrxf. in Psalm.

^ DeMaistre. Soirées, Entret. viii.

* Le Psalmiste annonce, en effet, à plusieurs reprises qu'il chantera les louanges de Dieu , au milieu du monde, dans l'assemblée des peuples , parmi les gentils, jusqu'à la fin des siècles : Gonfitébor tibi in nationibus, Domine. Psalm. xvii, 50. Confitebor tibi in populis , Domine, et psalmum dicam tibi in g&iitibus. 1'sax,m. lvi, 10. Confitebor tibi in Ecclesiâ magnâ : in populo gravi laudabo te. Psalm. xxxiv, 18. In Ecclesiis benedicam te, Domine. Psalm. xxv, 12. Narrabo nomen tuum fratribus meis. In medio Eccleslœ laudabo te. Psalm. xxi, 23. Psalmum dicam »oviini tuo in v<eculu7n sceculi, ut rcddam vota mea de die in diem, Psalm. lx, 8.

beau qui doit en éclairer tous les mystères. On sait à quel point de vue il faut se placer pour en découvrir la profondeur, pour en mesurer l'étendue , pour en comprendre la variété, l'harmonie, la signification générale.

C'est toujours Jésus-Christ, le médiateur, le pontife suprême, le seul digne adorateur de son Père, qui est en présence de la majesté divine. C'est toujours lui qui prie, toujours lui qui parle, en quelque manière qu'il le fasse : Sermo ejus per linguam meam *. Parfois c'est en son propre nom, exclusivement, comme Fils unique de Dieu. Alors ses paroles ne conviennent littéralement qu'à lui seul ; ses membres ne peuvent se les approprier qu'autant que l'union qu'ils ont avec leur chef les fait participer à sa grandeur et à ses destinées. Ainsi s'explique-t-iï sur sa génération éternelle, sur sa naissance dans le temps, sur son sacerdoce , sur sa royauté et sur ses divers mystères ^. Plus souvent, c'est au nom de l'Eglise et de tous ses enfants, comme le chef et l'organe d'un corps dont les membres, multipliés à l'infini, passant par mille vicissitudes, éprouvant toutes sortes de besoins, se trouvent à la fois dans les états et les sentiments les plus divers^. Sa pensée s'étend alors; elle se généralise à proportion que son langage se tempère et se rapproche du nôtre. En certains moments, on pourrait croire qu'il borne ses vues à un peuple, à une circonstance, à un événement; mais non, ses idées vont plus loin que ses expressions : ce qui semble l'objet de ses

* II. Reg. XXII, 2. — Tribus modis, psalmi loqunntur de personâ Christi : 1» Per id quod ad humanitatem ejus noscltur pertinere; v. g. Ps. ii, 2. 2° Quod œqtialis et coa3terniis ostenditiir Patrl. Ps. ii, 7. 3° A mombria Ecclesiaj, cujus ipse dux et caput est Christus. Ps. xxi, 2. Hoc si animo recondimus, nuUâ confusione turbamur. Cassiod. Prief, in Psalm. xni.

^ Par exemple, les psaumes ii, xv, xxi, lxxi, cix. — In psalmis itaque nobis non solùm nascitur Jésus, sed etiam salutarem illam suscipit corporis passlonem, quiescit, resurgit, ascendit ad cœlum, sedet ad dexteram Patris. S. Aïibr. Piief. in, Psalm. i.

' Vox sermonum ejus ut vox multitudinis. Dan. x , 6. — Ego aum ; unna aura ; mecum omnes in unitate uuum sunt. S. Aug. Sertn. cxxxvjii. Noluit loqui separatini quia noluit esse separatus, dicens : Ecce ego vobiscum sum usque in BaQculum saeculi. Si nobiscum esf , loqultur in nobis, loquitur de nobis, loquitur per nos, quia et loquinuir in illo. I)i Ps. lvi, 1. — Materia Psaîmorum est univei salis. S. Thom. Prolog, in rsalm.

pensées n'en est qu'une image , un emblème , un symbole ; ou bien c'est un type où se résume le genre tout entier. Israël est le peuple fidèle, objet de la prédilection du Ciel; la Judée , c'est la région privilégiée où le vrai Dieu est connu et adoré; Jérusalem, c'est la cité sainte, assise sur la montagne et élevée sur un fondement inébranlable; Sion, le tabernacle, le saint des saints, c'est le sanctuaire éternel où le Seigneur habite et où il veut exaucer nos vœux ^ Mais ce sont surtout les aflections et les prières de son Église qu'il se plaît à exprimer. Pour adapter son langage à toutes celles que son Esprit doit inspirer à ses membres, ce divin chef diversifie sa voix à l'infini; il se place dans toutes les situations, il prend tous les accents. Ici il s'humilie devant la majesté divine, il gémit, il demande grâce ; c'est le pénitent universel , accablé sous le poids de tous les péchés , brisé par tous les repentirs-. Là, considérant les bienfaits de Dieu, dont la miséricorde remplit le monde, il fait entendre le cri de l'allégresse et de la reconnaissance; il multiplie les actions de grâces, et invite toute créature à seréjouir avec lui. Ailleurs, songeant à la faiblesse humaine, reconnaissant son indigence, ne voyant de toutes parts, sur la terre, que besoins et périls, il invoque avec larmes le secours d'en haut, il presse son Père d'écouter sa voix, il lui rappelle tous les motifs qui le sollicitent d'exaucer nos vœux. Enfin chacun de ses chants est un tableau vivant des opérations de son esprit en lui-même et dans son corps mystique''.

* Apcriam in paràboUs os meum, dit le Psalmiste. Ps. lxxvii, 2; Matth. xni; 35. — Sic Judsea et Jérusalem, Babylon et Philisthiim, et Moab et ^gyptus, Idnmea et Tyrus intelligenda sunt ut cuncta quœranius in sensu. S. Hieros. Proem. in Is. — « Les odes de Pindare sont des espèces de cadavres dont l'esprit s'est retiré pour toujours. Il n'y a plus d'Olympio, plus d'Élide, plus d'Alphée... David, au contraire, brave le temps et l'espace, parce qu'il n'a rien accordé au temps ni aux circonstances. Il n'a chanté que Dieu, et la vérité immortelle comme lui. Jérusalem n'a point disparu pour nous. Elle est toute où nous sommes, et c'est David qui nous la rend présente. » De Maistre, Soirées. Entret. vm.

2 Compasslone clamât, non attritione : quomodo solet lingua dicere, calcato pcde : Calcas me. S. Aug. in Psalm. lxxxvi, 5.

•* Inde enim fit ut qui Psalmos plè recitaverit, Psalmorum spiritu ponetretur, imo ut animi dlversls afEectlbus veluti chordis intensis et in per-

Si l'idée que nous avons cherché à donner des Psaumes paraît élevée , elle n'en est pas moins solide ni moins pratique. Quiconque ne peut atteindre jusque-là, n'entend encore rien au Psautier. Quiconque a bien saisi cette doctrine est en état de lire les Psaumes et d'en profiter. Pour en acquérir une pleine intelligence, il ne lui reste qu'à les considérer souvent à ce point de vue avec humilité et simplicité. A force de les lire et de les méditer : Legendo et inhiando, il en prendra l'esprit et en pénétrera les secrets ^ .

« Il en est des livres, dit saint Grégoire le Grand, comme des écrivains qui les ont composés. Si nous nous mettons en relation avec un auteur, nous n'apercevrons au premier coup d'œil que son extérieur, les traits de son visage; mais si nous le fréquentons quelque temps, si nousentrons en société avec lui , la familiarité de nos rapports nous fera bientôt connaître avec certitude ses dispositions les plus intimes. De même, continue ce saint Docteur, au premier abord nous ne voyons dans son ouvrage que ce qu'il a de plus apparent, d'extérieur, de littéral; mais à mesure que nous y revenons, et que nous insistons davantage,

fectnm concentum temperatis , hoino iste sub Dei mann sit organum mnsicum In quo nihil invenlatur dissonum ac discordans, utque omnibns Intelligentiae ac volimtatis vlribus rectè ordinatis invenlatur, slcut David, vir secnndum cor Dei, qui faciat omnes voluntates ejus. S. Athan., Epist. ad Marcell., 28. — Cf. Traité du Sacrifice de louanges, ctabU par David sons la loi, sanctifié et continué par Jètius ■ Christ sous l'Évangile, par le P. Pacifique, de Calais 1740; — Les Règles de S. Augustin pour l'intelligence des Psaumes; petit in -12. — La Préface de la Bible de Vence sur les Psaumes, par Rondet , art. m , n»' 3 , 4 , 5.

* Ama légère, et legendo et ruminando, si etiam,purè Dominum depreceris omnia quas cognitione digna sunt, vel certè plurlma, ipso magls inspirante quàm honiinum aliquo commonente perdisces. S. Auo. Epist. cxl. — Qui a Chrlsto didicerunt mites esse et bumlles corde , plus cogitando et orando proflciunt quàm legendo et audiendo. S. AVQ. Epist, cxLvn, 1.

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nous pénétrons plus avant dans ses idées. Nous découvrons les sens cachés et les allusions qu'il renferme^. »

Quand nous parlons ainsi, après S. Grégoire, quand nous mettons l'intelligence des Psaumes bien au-dessus de leur explication grammaticale , ce n'est pas que nous fassions peu d'estime du sens littéral , ou que nous voulionsdétournerpersonne d'aplanir par l'étude les difficultés qu'il présente. Loin de là, nous apprécions l'utilité de ce travail, et nous reconnaissons qu'il doit, autant que possible, précéder tous les autres-. Il importe d'acquérir d'abord une certaine connaissance des expressions et des tournures propres à laVulgate, au psautier surtout*; de savoir l'occasion, l'argument, leplande chaquepsaume, du moins de ceux qu'on répète plus fréquemment ; d'avoir éclairci l'obscurité de certains versets. Mais nous ne voudrions pas donner à cette étude de détail une importance excessive. Il y a mieux à faire, croyons- nous, que de s'arrêter à approfondir des difficultés grammaticales, à discuter le sens de quelques titres, à expliquer des phrases incidentes, à rectifier les écarts ou à relever les variantes des traductions*. Au point de vue de la piété, qui est le principal

' MoaàL. In Job. iv, i. — In Scripturâ, tantnm dlstat stndlum à lectione qnantum amicitla ab hospitlo, Eoclalis affectio a fortuitâ salntatlone. 0pp. s. Beus. De viia solit.

- Nequaquam nobls ut psittacis mernlisque vernandum est. InPsalterio legitnr : Beatus populus qui Intelliglt jubilationem. Cassiod. Expos. Psalm. Prolog. — Interpretatlonem psalmorum studio assequantur, unde mens animnsque ad salutarem effectum accendatur. Conc. Mediol. rv. — No serait-ce pas une honte, dit Collet dans son Traité du divin Offlce, I, vn, n» 18, pour un ecclésiastique qui récite l'OfQce depuis longues années, de rester sans réponse devant un jeune étudiant qui s'aviserait de lui demander le sens de Tecum principium?... C'est bien à lui que s'appliqueraient les reproches de saint Chrysostome aux fidèles de son église : Vos qui ab infantiâ ad extremam, usque senectutem , psaïmum hune méditantes, nihil aliud quàm verba perpetuo tenetis, qnid alirtd facitis nisi quod et absconso thesuuro asiidelis, et obsignatam ommenam circum/ertis ; et nec curiositate incitati estis ut diceretis : Quid est quod dicitur f In Psalm. cxL, n» 202.

3 Scripturâ sacra quomode loquitur, sic IntelUgenda est. Habet linguam suam : qnlcumque hanc linguam nesclt, turbatur. S. AuG. Tract, x. in Joan., 2.

* Ecclesia dissonantes ver6iones adeo indiflerenter habet ut cùm psalmo xciv. Vulgata légat : Quadraginta annls offensas fui , nos contra in psalmo caiiamus : proximus, diverslssimo sensu, sed utrobique sano. Boss. Dissert, in Psalm. v, 26.

quand il s'agit d'une prière, qu'importe de savoir et de so rappeler toutes les différences de la Vulgate et de l'hébreu ' ? L'essentiel n'est pas de pouvoir rendre compte de telle expression ou de telle période, mais de se pénétrer des sentiments que l'Église nous veut suggérer, de se mettre d'esprit et de cœur à l'unisson avec elle. Quel inconvénient y a-t-il à négliger le sens particulier d'un terme ou d'un verset, à hasarder une inter|irétation moins conforme aux règles du langage, mais mieux en rapport avec la firionstance du temps ou avec nos dispositions ^ ? La piété, qui est ingénieuse à sa manière, et multiple comme la divine grâce ^, demande une certaine liberté.

Au reste, si l'on a des psaumes l'idée que nous avons tâché d'en donner, hi l'on connaît l'objet spécial de celui qu'on récite, si l'on a pris soin de remarquer à l'avance les sens moraux, les vues pieuses, les sentiments édifiants qui y sont contenus, on ne manquera pas de lumières ni d'occupation en le récitant. Un verset qui échappe donne à l'esprit le temps de méditer le verset précédent, comme un repos dans un concert ménage à l'oreille le loisir de goûter tout le charme de la mélodie finale *. N'eût-on sa'si que le nom de Dieu si fréquemment répété, le seul souvenir de sa grandeur et de nos obligations à son égard ne serait-il pas pour l'âme un sujet de réflexion aussi fécond que salutaire ^ ?

* Non delectabit psalmus per singulos vcrsioulos anxiè excussus ac vclut articulatim Incisna, ajoute Bossnet. Dù>sert. in Psalm. vn, 36. Le cœur se fatigue aussi bien que la tête quand on lui donne trop à faire. C'est lui qui a peine à s'assujettir à la méthode. Il ne faut que lui montrer son objet, et puis le laisser agir : autrement on le gêne, on le dégoûte, on le rebute. Le P. Lami, Réflex. sur le Traité de la prière publique.

'^ Qui talem sententiam duxerit, ita fallitur ac si quisquam , eirore deserens viam, eô tamen per agium pergat quô etlam via illa perducit.S, Aug, de Doct. Christian., xxxv.

3 Multlformis gratia Del. I. Petr. iv, 10.

^ Souvent, dit encore le P. Lami, quand on est vivement touché par quelque verset, le meilleur parti est de fermer les yeux de l'esprit aux vcrsetj suivants, afin dégoûter plus longtemps cette salutaire Impression. Rvjlix. sur le Traité de la prière publique,

'" On peut mettre à profit les obscnritée mêmes que l'on i-encontre ; car, félon la remarque de Bossuet (Explication de la prophétie d'Isaïe, Difficultés. Lett. III), 11 n'est pas moins beau ni moins méiitoire de vouloir

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Tel était le sentiment d'un ecclésiasti-iue de grand mérite, dont on a cru devoir publier après sa mort le Règlement de vie et les réflexions intimes. « Je me suis convaincu par mon expérience, dit-il, que pour ce qui est de bien réciter les psaumes, une longue étude des commentoteurs sert peu. Je m'y suis fort appliqué sans grand profit. Les souvenirs qui me restaient de mes études me distrayaient plutôt qu'ils ne m'aidaient à prier. Enfin, sur le conseil de mon directeur, je me suis borné à chercher, à l'aide du P. Berlhier et de Bellarmin, quelques pensées touchantes sur chaque psaume et sur un certain nombre do versets : j'en ai fait un recueil, et j'ai lâché de m'en pénétrera A la longue, ces pensées me sont devenues familières. Maintenant elles s'olfrent d'elles-mêmes à mon esprit et nourrissent suavement mon âme durant le saint Office 2. C'est la meilleure méthode, à mon avis^. »

C'est le conseil que nous donnerions nous-même. Pour

bien ignorer ce que Dieu veut nous cacher, que de croire et de confesser ce qu'il lui plaît de nous faire comprendre. Il a réuni à dessein dans sa parole l'ombre et la lumière, comme dans la nuée lumineuse qui conduisait les Israélites. L'une et Tautre sei"vcnt à ses vues. Sicnt tencbrœ ejus, Ita et lumen ejus. Psalm. cxxxvm, 12. Locis apcrtls fami, obscuris fa- Btidio occurritiir. S. Aug. de Doct.' christ. Il, vi. Stude intelligcre ea qure dicis, dit S. Bonaventure; si vero non potes intcUigere, revcrere, quia, sicut dicit Sapiens, Eccli. xiv, 9 : Per reverentiam accedet tibi bona gratia. Regul. novit.

• On trouva, 6n efEet, après sa mort, un Bréviaire in-i» tout chargé de notes , où était résumé d'nno manière nette le fruit de ses lectures et de pes réflexions sur l'Office divin. II nous semble qu'on ferait bien de suivre cet exemple. Un exemplaire du Bréviaire en grand format coûterait peu et rendrait un grand service. On noterait brièvement sur les marges l'idée principale de chaque psaume, son rapport avec la fête, le sens le plus naturel de quelques versets obscurs, la traduction de certains noms d'hommes, de pays, de villes; l'auteur et la date des livres et des hymnes, la source des répons, des versets, des antiennes. On se servirait de ce Bréviaire chez soi ou à l'église. On en relirait les notes de temps en temps, et l'on y adjoindrait, ii mesure qu'elles s'offriraient, toutes les remarques qu'on trouverait lumineuses et édifiantes. La chronique de Cluny a gardé la mémoire d'un saint religieux qui s'était fait une loi de toutes ces pratiques : Psallerium glossatum semper circum/erebat , qito- 7iiam Psalmos non perfunctoriè , ut quibvsclam morts est, sed summu cum attentione et devotione canehat. Uhi si quid quod rion intcXUgeret offendisset , ad glossas statim oculos converteiat. Bibl. Clux., p. 599.

^ Labores manuum tuarum quia manducabls, beatus es et benè tibi erit. PsALM. cxxvii, 2. Bibe aquam de cisternâ tuA. Prov. v, 15.

•^ Df.vie, Mémorial du clergé.

éclaircir les passages difficiles, un jeune ecclésiastique en cherchera d'abord le sens littéral dans quelque commentateur : mais qu'il choisisse de préférence un des plus courts et des plus clairs : Bellarmin, par exemple, si riche et si pieux dans sa sobriété '. Il pourrait même se borner sans inconvénient aux notes de Menochius ou de Bossuet-. Mais après ce travail sur la lettre, s'il veut goûter les psaumes et en tirer profit, il devra entrer davantage dans son sujet, approfondir les détails, en chercher les sens secrets, quod intnnsecùs latet ^ Il aura soin de remarquer les considérations pieuses , les réflexions touchantes , les applications morales, les souvenirs édifiants que chaque verset est propre à réveiller en l'âme, et qui peuvent en faire l'aliment de sa foi et de sa religion.

Quant aux guides à suivre dans cette recherche , la difficulté du choix viendrait ici de l'abondance. Disons seulement pour ceux qui ont à leur disposition les ouvrages

' C'est celui que Mabillon recommancle aux religieux peu versés dans la connaissance des langues. Traitédes études monastiques , p. II, c. ii. On en a publié un excellent abrégé pour les jeunes ecclésiastiques, sous ce titre : Psalterium Davidis, brevi ac succlnctâ parapJirasi explicatum, ex Bellarmino depromplum, réimprimé encore récemment : Turin, Marietti, 1867, 2 v. in-12. Lesêtre, les Psaumes commentés, 1880. On a composé aussi, dans ces derniers temps, plusieurs commentaires du Psautier, au point de vue liturgique, pour l'usage des ministres sacrés, v. g. Valent. THALHOFEn , Erklarung der PsaUnen mit besonder Rilcksicht in deren liturgischcn Gehrauch im Brevier. 5« édition. Engels' , Psalterium cum Canticis. Munster, 1858. Cartier, Psalmodia sacra, réédité par le P. Schneider. Ratisbonne, 1871 ; P. Emmanuel, Nouvel Essai sur les Psaumes au point de vue de la Uttre, de l'esprit et des applications liturf/iques. 1871. Le Hm, Tes Psaumes, 1874.

* Bossuet, qui aimait tant la sainte Écriture, estimait particulièrement les psaumes. Étant chanoine de Metz, il les avait étudiés et médités ; il s'était même essayé, dit le card. de Bausset, à les traduire en vers. Devenu évêque de Meaux,il dédia au chapitre et au clergé de ce diocèse une courte Explication du Psautier, oh sont résolues par des notes brèves, précises et claires les principales difficultés de la Vulgate. On peut profiter de ce travail , surtout de l'excellente Dissertation qui le précède. Bossuet y a résumé tout ce que ses lectures, son génie et sa fol lui fournissaient d'utiles avis et de remarques édifiantes. Les détails les plus pratiques s'y joignent aux considérations les plus élevées. — Voir Manuel Biblique, 1. 1. idiotismes des Psaumes.

^ Gant, iv, 1,3. — Si enim hoc tantùm volumus intelligere quod sonat in litterâ, aut paryam aut prope nuUam oedificationem de divinis lectionibus capiemus. S. Auo. Serm. xxxir. BnEV. lect. iv Dom. IX post. Pentec. Littera occldit, si absque spiritûs condimento glutieria, S, CfliEG. M. Epist. 1, XII, ep. C.

des saints Pères, que ce seront toujours nos meilleurs maîtres. On a marché sur leurs traces; on a profité de leurs travaux; on a tâché de prendre leur méthode et de s'inspirer de leur esprit : néanmoins aucun commentaire ne peut remplacer les écrits de saint Augustin , de saint Athanase, de saint Basile, d'Origène, sur le Psautier; nul ne donne des psaumes une si haute estime ; nul n'en fait aussi bien sentir l'excellence, les beautés, les richesses. C'est donc à ces sources qu'il faut puiser, autant que possible. Si l'on ne peut y atteindre, qu'on choisisse entre les ruisseaux ceux qui en ont recueilli , avec plus d'abondance et de pureté, les eaux vives et salutaires!

Ce que nous avons dit des psaumes s'applique également à tous les fragments de l'Ecriture sainte insérés dans le Bréviaire, comme Leçons, Capitules, Antiennes. Serait-il raisonnable de répéter durant des années, et jusqu'à la mort, des paroles qu'on tient pour divines, qui expriment les vérités les plus capitales, des vérités révélées, sans jamais prendre le temps de s'assurer qu'on les entend bien, sans pouvoir se dire avec certitude de quel livre elles sont extraites, à quelle antiquité elles remontent, par quel auteur elles ont été écrites, à quel sujet elles se rapportent, et pour quelle raison elles sont insérées dans l'Office du jour?

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