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CHAPITRE m

Extraits des Pères : style de ces écrits et sens mystiques.

La Tradition accompagne partout l'Écriture au saint Office, soit comme complément, soit comme commentaire'. Tous les évangiles en particulier sont suivis d'homélies, empruntées aux saints Pères, comme pour nous apprendre où se trouve le vrai sens de la parole de Dieu et dans quels auteurs nous devons en chercher l'explication. 11 serait avantageux d'étudier ces extraits dans les œuvres mêmes d'où ils sont tirés. Si cela n'est pas possible, on devrait au moins acquérir quelque notion sur la vie et les ouvrages des saints Docteurs; puis éclaircir par l'étude et la réflexion les difficultés que pourraient laisser dans l'esprit les passages qui reviennent le plus fréquemment'.

* In orationibus privatls non semper necesse est loqul Scripturœ sacrse verbls, sed interdùm proprlls et prudenter excogitatis ab Ipso crante : ergo et In orationibus publicis potest uti Ecclesia ab Ipsâ inventis seu à suis doctorlbns desumplis et publicâ auctoritate approbatis. Suares. De Eor. Can., ii, 21.

2 Ces extraits, dont l'usage remonte à S. Césaire d'Arles, 500, sont encore cités sous le nom des Pères auxquels on les attribuait à l'époque où lis furent insérés au Bréviaire. Mais l'authenticité d'un certain nombre est devenue douteuse, et même peu probable : v. g. SS. Innocents. Serm. 10 de Sanctis de S. Augustin ; Octave de l'Ascension, et lendemain de l'Octave, f^crm. CLXxvi du même Père; le jour de la Dédicace, Serm. ccLii; le 9 sept., Serm. xvin. De Savctis, etc.. Toutefois, ce défaut n'enlève rien à leur valeur comme instruction, comme exhortation, et comme monument liturgique. — Voir, à la fin du volume, les notes m et VIll.

Deux choses étonnent souvent les jeunes ecclésiastiques lorsqu'ils comparent ces extraits des Pères que l'Eglise leur fait lire avec ceux des auteurs classiques qu'ils ont ail mirés dans leurs études littéraires, c'est la simplicité de slyle qu'ils y remarquent et les interprétations mystiques dont ils les voient remplis. Pour se rendre compte de ces particularités et pour les apprécier, il importe de réfléchir et de se placer au vrai point de vue.

Les saints Pères n'étaient pas des rhéteurs ni des écrivains de profession , appliqués à soigner leur parole et à polir leur style : c'étaient des pasteurs de l'Eglise et des hommes de Dieu. Lorsqu'ils parlaient où qu'ils écrivaient, ils étaient loin de songer à faire admirer leur talent ou à flatter le goût des esprits cultivés; ils n'avaient dans l'esprit que la multitude des âmes auxquelles ils s'adressaient, la nécessité de les conduire au salut, les vérités dont ils devaient les convaincre, les vertus qu'il fallait leur faire embrasser. Si ces âmes avaient la foi , ils s'attachaient à leur en faire comprendre, apprécier, pratiquer les maximes. Si elles étaient étrangères à nos croyances , ils s'eiïorçaient de leur en montrer la beauté et la solidité. Ils continuaient l'œuvre des apôtres à la manière des apôtres , plus attentifs à suivre l'exemple du divin Maître et les mouvements de sa grâce qu'à se conformer aux règles de l'éloquence, jugeant avec raison que pour avoir droit de demander à leur auditoire toute son application pour la doctrine qu'ils lui enseignaient, ils devaient montrer qu'ils l'estimaient assez eux-mêmes pour en faire l'unique objet de leurs pré* occupations.

A ce sujet , saint Augustin fait sur saint Cyprien une remarque qui peut s'appliquer à lui-même et à bien d'autres, a Ce saint évêque, dit-il, avait été professeur de littérature avant sa conversion. Il ne tenait qu'à lui d'écrire

avec autant de pompe, d'éclat, d'élégance que les maîtres qu'il avait suivis et les disciples qu'il avait formés; et il semble même avoir voulu montrer, je ne sais pourquoi, ce qu'il pouvait faire en ce genre, dans son Epître à Donat; mais il s'est abstenu de cette manière d'écrire dans tous ses autres ouvrages , par la conviction où il était qu'un style ambitieux, recherché, trop brillant, convient mal à la gravité du christianisme et à la modiestie d'un ministre de l'Eglise ' . »

Ce n'est pas à dire qu'on ne trouve dans les écrits des saints Docteurs, aussi bien que dans les Ecritures, des morceaux admirables pour la forme comme pour le fond, et même bien supérieurs à ce que les auteurs profanes ont de plus achevé. « Il y a, dit encore saint Augustin, une beauté de forme, une noblesse de langage, une sublimité d'éloquence qui naissent d'elles-mêmes, pour ainsi dire, qui résultent naturellement de la grandeur des idées, de la force des convictions , de la vivacité des sentiments. Les Pères s'y élèvent souvent, sans y prétendre, sans s'y complaire et comme à leur insu. » Mais ce qui fait leur caractère, ce qui les distingue de tous les écrivains profanes et même d'un grand nombre d'auteurs ecclésiastiques venus après eux , c'est le fond de leur doctrine ; c'est son caractère religieux et tout céleste; c'est la gravité de leurs pensées et la beauté de leurs sentiments; c'est la charité, la modestie , la sincérité que toutes leurs paroles respirent ; c'est la lumière et la chaleur qu'elles répandent; c'est l'onction qui les pénètre et qu'elles insinuent dans les âmes.

Voilà le grand mérite des Pères et ce qui règle le choix de l'Eglise dans l'usage qu'elle fait de leurs écrits en son Oftice. N'est-ce pas aussi ce que nous devrions considérer en premier lieu? Nous avons à prier Dieu, à célébrer ses grandeurs, à entrer dans ses desseins, à nous concilier son amour, à mériter ses bénédictions. Est-ce le moment d'apprécier le génie des saints Docteurs, d'admirer leur littérature, d'apprendre d'eux à parler ou à écrire? Ce qui

^ iBte vir sanctus et posse se ostendit sic dicere, quia dislt alicubi ; et noUe, quia poetmodum nusquam. S. Api. De Doat. christ., IV, xiv, 81.

doit faire l'objet de notre attention et de nos désirs, ce que nous devons tâcher de nous assimiler, n'est-ce pas plutôt ce qu'ils ont de surnaturel , les lumières qu'ils ont reçues du ciel et les vertus qu'ils ont possédées, leur foi, leur religion, leur humilité, leur sagesse, leur zèle, leur charité?

Ces considérations devraient suffire pour nous tenir en garde contre certaines critiques plus ou moins inconsidérées dont cette partie de l'Office est quelquefois l'objet.

Pourquoi, dit-on, répéter si souvent les mêmes homélies, celles du Commun par exemple? Que n'a-t-on choisi pour ces leçons un style plus élégant, des pensées plus relevées, une éloquence de meilleur goût?

Ceux qui font ces plaintes et qui expriment ces regrets ne sont pas d'ordinaire les ecclésiastiques les plus pieux , les plus affectionnés à la prière, les plus unis à Dieu, les plus zélés pour leur perfection. Ce sont des esprits délicats peut-être, intelligents, mais immortifiés et curieux, prurientes auribus, comme dit l'Apôtre, plus soucieux de s'instruire que de se sanctifier, qui portent dans la prière les préoccupations de l'étude, qui songent toujours à orner leur mémoire et à perfectionner leur intelligence , jamais ou presque jamais à humilier leur vanité, à se détacher du monde, à connaître leurs défauts, à gémir de leurs fautes. Qu'ils renoncent à leurs dispositions , qu'ils prennent l'esprit dont ils devraient être animés , qu'ils ne se proposent dans l'Office que ce que l'Eglise a en vue : Quœrant inveniendum ^ Au lieu de murmurer contre elle, ils lui sauront gré de leur apprendre à préférer l'utilité à l'agrément , la simplicité à l'élévation , l'humilité du cœur à l'enflure de l'esprit '. Ils se rappelleront le langage que Jésus-Christ, la sagesse même, a voulu parler sur la terre,

* s. AuG. In Joan , Tract, lxiii , 1.

2 Bonorum ingeniorum insignis est Indolea in verbla verum amarc, non verba. Quid cnim prodest clavis aurea, si aperire quod volumus non potest ; aut quid obest lignea , si hoc potest, quando nlhil quairimus nisi patere quod clausum est? S. Aug. De Doct. christ. IV, xi. Maxime in ecclesiasticis rébus non quœrantur verba , sed sensus : pauibus enlm Tita susteutanda, non siliquis. S. Jeb. Ep. "d Damas, xxi. 13.

omnibus accessibilis , quamvis paucissimis penetrabilis ^ , et ils trouveront juste que dans ses livres religieux, composés, comme l'Évangile, pour tous les lieux et pour tous les temps, et destinés aux plus humbles esprits comme aux intelligences les plus sublimes, l'Epouse du Sauveur ait recherché l'onction plus que les ornements de la littérature, qu'elle ait fait plus d'emprunts à la sagesse de saint Grégoire qu'à l'érudition de saint Jérôme, et qu'elle ait préféré certaines homélies familières de saint Augustin aux passages les plus magnifiques de saint Hilaire, de saint Léon , ou même de saint Jean Chrysostome *.

On agit comme l'Eglise , quand on a les mêmes vues que l'Église. Si l'on ne chercbe qu'à s'édifier, qu'à prier, quels sont les livres que l'on choisit? Ne préfère-t-on pas les plus sages et les plus pieux aux plus sublimes? Ne laisse- 1- on pas Eossuet pour Vlmitation? De même dans la prédication : nous voyons tous les jours combien le soin excessif de la forme nuit à l'onction et à la vertu des paroles. On porte en chaire, au jugement d'un grand nombre, trop d'art

1 s. Adg. Ep. cxvin, ad Volas.— Aiioma est summœ anctoritatis docere simplici nudâque veritate, non vauis humanae sapientise verMs. Plane enim conveniebat sermonem inspiratoruni et veritatem Del proponenLium flosculis destitul : docent enim auctorltate ipsâ divinâ. Hinc quô humilior eoruui serino apparet, eo altiùa serlositate et elevatione sermonem humanum transcendit. S. Aug. De Doct. christ. 1. IV, c. vi. — Est in verbis simplicibus semper divinarum rerum sensus augiMstior. S. Jer. contr. Jov. I.

' Voir, à Ja fin du livre , Ja Note IX. — Bien de plus simple que les homélies de S. Grégoire pape ; mais aussi quoi de plus pieux, de plus sage et de plus pratique? On peut citer comme exemples les homélies qu'on répète si souvent à l'Office des Confesseurs, Pontifes et non Pontifes : Homo percgrc , et : Sint lumbi. Tontes deux nous offrent les instructions les plus solides et les plus frappantes. Toutes deux nous mettent en la présence du souverain Juge : elles nous rappellent qu'il peut à chaque instant nous demander compte de notre vie, et qu'il nous importe Infiniment de ne pas nous laisser surprendre. L'homélie des Pontifes explique aux ecclésiastiques que les bonnes œuvres doivent être proportionnées aux grâces reçues; que, s'il y a diverses positions et divers emplois sur la terre, il n'y a au ciel qu'une seule règle de justice; que tous doivent travailler pour Dieu dans le temps, et que tous peuvent également jouir de Dieu dans l'éternité. Si l'on réfléchissait à ces vérités, ne les trouverait-on pas aussi profondes que solides, et se plaindrait-on que l'Église les inculque avec tant d'insibtance ? Nunquam iiiniis dic^lur fi-wû nn-'i-'.xm tatii diîcllUT,

profane et de sagesse humaine, pas assez de pureté de vue, de prière et d'humilité. Voilà pourquoi on recueille si peu de fruit. Les saints ont une manière de parler et de prêcher qui vient du cœur, sans éclat, sans emportement. Elle est calme, affectueuse, pleine d'onction. Elle fait entrer les auditeurs dans les dispositions de celui qui parle et imprime fortement ses paroles dans les âmes. Ses effets sont bien plus puissants que les grands discours auxquels on met beaucoup de temps et d'étude.

C'est pour la parole de Dieu que les saints Pères réservent tous leurs soins , toute leur application , toutes leurs études. Ils sont convaincus qu'elle est, comme le ciel, d'une profondeur sans limites. Aussi ne se lassent-ils pas d'approfondir les saintes Ecritures. Ils ne se contentent pas d'en entendre les mots, ils veulent comprendre les choses. Ils voient du symbole et des mystères partout : non seulement dans les cérémonies de l'ancien culte , que Dieu a lui-même réglées, qu'il a dû mettre en harmonie avec les prédictions de ses prophètes et avec la religion définitive qu'il se proposait de fonder \ mais jusque dans les événements historiques, où la multitude et l'opposition des agents excluent de leur part toute possibilité d'un dessein commun et d'une intention prophétique -. Que

* Sous ce rapport , en effet , et pour ce qui est des rites et des cérémonies, on admettrait facilement, je le suppose, que la loi ancienne était figurative, a Si toute l'aucienue alliance, disaiL, en 1832, un professeur de théologie protestante , très opposé aux sens mystiques , si l'existence et l'organisation de la nation juive tendaient à conserver le théisme, à amener le Messie et son règne parmi nous, pourquoi, parmi les institutions et les lois données à ce peuple , n'y en am-ait-il pas eu de nature à l'accoutumer, à le préparer aux idées nouvelles que le Christ devait lui apporter un jour ? Pourquoi, par exemple, la fête des Expiations et l'Agneau pascal n'auraient -ils pas dû préparer son esprit à adopter plus facilement les idées de la Rédemption par le sang de Jésus - Christ ? » Celleeleb, Introduction à la lecture des Uvics saints . III, ii.

- C'est ce que supposent tous les Pères, et P. Augustin l'affirme de la

faut- il penser de ces recherches et de ces préoccupations? Est-ce une illusion d'une époque enthousiaste et amie du merveilleux? Ou bien onl-elles un fondement réel dans le texte inspiré?

Nul ne prétend que toutes ces interprétations des Pères soient incontestables ou suffisamment établies ^ Pris iso-

manière la plus expresse : a VeLus Testamentutn nihil aliud est quàm imago novl populi et uovi Testamenti. De verâ Rtlig. c. xxvji. tTuirersus ille apparatus veteris Testamenti, in generatlonibus , factis, dictls, sacriflclis, observationibus , festivitatibus, omnibusque eloquiorum prseconiis et rcbus gestis et rerum figuris parturiebat Christum venturum. Conlt: Faust. XIX, XXXI. Dico illorum non tantum linguam , verùm etiam vitam fuisse propheticam , totumque illud regaum gentis Ilebrseorum magnum quemdam , quia et magni cujusdam , fuisse Prophetam. Ibid., XXII, XXIV.» — Voir Mignc , Cursus comj)letus S. Scripturce, t. II; Bec.\n, Analogia Veteris Novique Test.; Acosta, DeChristo in Scripturis revelato; Patrologia latina, Indices allegoriarum et flgurarv.m. Voir aussi le Claris, ou Dictionnaire des Symboles, attribué à Méliton, qui fait remonter aux premiers siècles , non seulement l'usage des sens spirituels en général, mais des interprétations des docteurs les plus mystiques.

^ Cette réserve s'applique spécialement aux détails des interprétations , même les mieux fondées. Sous ce rapport, il eu est des allégories comme des paraboles. Le fond d'une parabole est souvent très clair, sans que les détails et les accessoires le soient également. Par exemple : dans la parabole des talents, il est certain que le prince qui les distribue à ses serviteurs et qui en demande compte à chacun, représente Notre -Seigneur, le maître et le juge futur des vivants et des morts; et il résulte bien de ce récit qu'il proportionnera ses récompenses aux mérites de ses serviteur.'^. Mais que signifient précisément les dix, les cinq, les deux talents? Par cette distinction de nombres, Notre-Seigncur représente -t -il tels on tels dons eu particulier, ou bien indique -t- il seulement d'une manière générale la variété que Dieu a mise dans la distribution de ses grâces ? On ne croit pas qu'on puisse faù'e là-dessus autre chose que des conjectures plus ou moins probables ; et comme U. y aurait de la présomption à vouloir trancher absolument ces questions, il y aurait delà petitesse à contester longuement telle ou telle interprétation, tel ou tel exemple proposé par un Père. Cf. Tertull. De imdicit, 9. Il faut dii'e la même chose des allégories. On est souvent assuré du sujet sans l'être des circonstances. On saura bien, par exemple, que Melchisédech est la figure de Jésus-Christ, pontife suprême : Asximilatus Filio Dei ; mais on ne connaîtra pas aussi clairement jusqu'où s'étend l'assimilation ,où commencent les différences... On ne peut douter que l'arche de Noé ne figure rÉglise; mais faut -il appliquer à l'Église tout ce qui c=t dit de l'arche, tt de quelle manière faut-il rinterpréter?... Eve a été la figure de Marie, comme Adam l'a été du Sauveur; mais elle n'en pouvait être qu'une figure partielle : en quoi la 7nèrc des vivants rossemble-t-clle à ]ji mère des Ci-oi/ants? par où en diffère-t-elle? Évidemment il faut laisser i -i un certain champ aux interprètes, et ne pas s'étonuer qu'à défaut Ai certitude ils proposent des vraisemblances. <f Hœc indagami;s ut posjumus, d;t S. Augustin; alius alio magis miuusve congriienter, veiuratamen

lément, chaque Docteur peut se tromper, à plus forte raison émettre des assertions hasardées ou simplement probables. Mais on doit reconnaître qu'en général les explications spirituelles qu'ils ont données de l'Ecriture sont fondées en raison : elles sont autorisées par l'exemple de Notre-Seigneur et des apôtres , et l'on ne saurait sans témérité en réprouver l'usage ni en restreindre l'objet.

Nous ne nous arrêterons pas à démontrer ces propositions que la théologie établit : nous essayerons seulement d'indiquer, en passant, quelques principes propres à les justifier à l'égard des esprits les plus positifs et même des plus prévenus.

ni

Parce que la parole , articulée ou écrite , est le moyen ordinaire d'exprimer la pensée, on suppose assez souvent qu'il n'y en a pas d'autre. C'est une erreur. Il est un autre langage, pour Dieu aussi bien que pour nous.

L'homme a le geste, qui se fixe par la peinture. S'il est moins précis que la parole , il est aussi plus rapide et plus frappant : il convient surtout lorsqu'on s'adresse à la multitude et qu'on veut produire sur elle une vive impression^. Pourquoi Dieu n'aurait -il pas le même langage ou un langage semblable?

fideliter ; certuin tenentes non ea sine aliquâ prasflguratione f uturorum gesta atque conscripta, neque nlsi ad Christum et ejus Ecclesiam esse referenda. » De Civ. Dei , XVI, ii; XVII, xv. « Nec respnl débet, dit S. Grégoire le Grand, quidquld sanae fidei non resistit. Sicut enim ex nno auro alii murenulas, alii annulos, alii dextralia ad ornamentum faciunt, ita ex unâ sanctEe Scriptnrœ intelligentiâ expositores quique per innumeros intellectus quasi varia ornamenta componunt, quas tamen omnia ad decorem cœlestis sponsae proficiunt. » Epist. III , Lvn.

1 Le langage symbolique n'est pas propre aux prophètes, ni exclusivement en «sage chez les Orientaux. On en trouve des exemples chez tous les peuples et à toutes les époques. Quand Tarquin abattait devant son messager les plus hautes tiges de son jardin , quand Napoléon prenait de ses mains la couronne impériale sur l'autel de Xotre-Dame , ces actes disaient plus que bien des paroles , et ils étaient mieux compris. Ce qui est particulier aux écrivains sacrés, ce n'est donc pas que les faits rapportés

Il le possède et il en use. Soit qu'ils accompagnent sa parole ou qu'ils la suppléent, ses actes extérieurs sont éminemment expressifs, et les effets qu'ils produisent demeurent sous les yeux des générations , comme un témoignage de ses desseins en même temps que comme un monument de sa grandeur '.

Aussi, toutes les créatures nous parlent de Dieu, de même que les Ecritures. Pour le philosophe comme pour le fidèle, l'univers est un grand livre où le Créateur a écrit ses idées, un vaste tableau où il a crayonné l'esquisse de ses perfections, un ensemble d'images et de symboles destinés à couvrir et à révéler tout à la fois ce qu'il y a de plus secret dans ses pensées et dans son être -.

Mais ce n'est pas tout. Si Dieu a ainsi parlé dans le premier de ses actes, comment serait- il muet dans ceux qui l'ont suivi? Pourquoi les œuvres de la Providence n'exprimeraient- elles pas ses desseins comme celles de la création? Pourquoi chaque fait n'aurait-il pas sa signification aussi bien que chaque créature?

Les événements n'arrivent pas au hasard , et notre liberté n'est pas de l'indépendance. Il est certain que nos mouvements les plus spontanés, nos pensées même les plus intimes, sont entre les mains du souverain maître ; que la divine sagesse sait plier nos desseins à ses vues, et que, sans contraindre notre volonté, elle nous fait servir à ses desseins aussi facilement que la nature inintelligente. Dieu régit le monde moral comme la nature matérielle ; il agit constamment par l'humanité. Mais s'il agit, il se

par eux soient signiflcatifs : c'est que cette slgaification ait l'avenir pour objet , et qu'elle existe indépendamment de rintention des hommes ; en d'autres termes, c'est que ces faits sont l'annonce en même temps que la représentation d'événements futurs. Cf. Matth. xxi, 19; Marc, xi, 13, 14.

^ Aliquando verbis, aliquando rebUB loquitur; aliquando aliud vcrbls atque aliud rébus; aliquando autem hoc rébus quod verbis. S. GREf;. Magn. Eom. in Et. xxi et xl, 1. Dum narratur gestum, prodit niystcrium. Moral, in Job. xxv. — Cf. S. Thom. p. I, q. r, art. 10. Utrum S. Scriptura eub unâ litterâ habeat plures sensus? Quodlibet vii, art. vix, etc.

- Invisibilia enim Ipslus per ea quae facta snnt intellecta consplciuntnr. RoM. I, 20.

nOMÉLIES DES PÈBES 187

manifeste, il s'exprime nécessairement. L'histoire des peuples est donc, comme l'univers, un tableau animé où les perfections de Dieu se reflètent, où ses desseins se révèlent, où ses idées se réalisent. Tout y est l'efTet , Vindice, l'expression d'une sagesse infinie; tout y est plein par conséquent d'enseignement, de symbole et de mystère. Dès lors, comment s'étonner des explications des Pères et rejeter comme imaginaires leurs allégories et leurs figures? Que prétendent-ils, en les proposant, sinon d'ajouter aux révélations expresses que Dieu a faites par sa parole, celles qu'il a insinuées par son action , ou de nous faire apprécier toute la portée des événements dont son Esprit est devenu l'historien, après en avoir été l'arbitre et l'agent principal ?

Que si l'on reconnaît l'action de la Providence dans les événements humains, si l'on admet le sens divin de l'histoire, doit- on s'étonner du rapport constant que les Pères croient voir entre les faits qu'ils exposent et la venue du Rédempteur? Ce rapport n'est-il pas naturel, au contraire, et de la plus haute vraisemblance, surtout dans l'histoire du peuple de Dieu, lorsqu'il s'agit de faits retracés par l'Esprit-Saint pour l'instruction et l'édification de l'Eglise chrétienne? Bien des raisons autorisent à le penser.

D'abord la conduite de Dieu dans l'ordre de la nature ^ A ce point de vue, l'homme est le chef-d'œuvre de la puissance créatrice ; c'est le couronnement du monde et le roi de l'univers. Aussi tout ce qui a été fait avant lui sur la terre se rapporte à lui et le fait pressentir. Une suite d'ébauches plus ou moins imparfaites le figurent et l'an-

* Cùm Dens magna quDedam apparatnms est, ex mnlto anteà tempore praenuDtiat, aures praeparans ad illa exciplenda ; ideô non tantùm dixerunt prophetse, sed et scripsernnt ; nec scripsernnt tantùm, sed et per facta flguravernnt. S. Chbts. Hom. i in £p. ad Rom, i.

noncent. Quand il paraît, il trouve tout disposé pour le recevoir. Ce monde est comme un palais bâti en son honneur et pour son usage. Partout il aperçoit des traces de la sollicitude paternelle à son égard ; il découvre les signes de sa grandeur, les emblèmes de sa puissance, les indices de sa haute dignité. Pourquoi la divine bonté eût-elle été moins prévoyante en faveur du Verbe incarné, de l'homme céleste, du second Adam, comme le nomme l'Apôtre^? Il venait ici- bas pour être le chef d'un nouveau peuple, pour fonder un nouvel empire, aussi élevé au-dessus de celui du premier homme que le ciel l'est au-dessus de la terre. Sa venue n'était pas seulement le terme et le comble des œuvres de Dieu sur la terre : c'en devait être la déification. Comment n'eût-elle pas été préparée d'une manière visible par la providence la plus empressée et la plus constante? Comment ne verrait -on pas dans les siècles antérieurs les marques des préoccupations dont le divin envoyé était l'objet? (Comment enfin n'aurions -nous pas la joie de découvrir, dans les événements et les personnages qui l'ont précédé , les préparatifs de son règne , les présages de ses œuvres, les gages de ses vertus; en un mot, une image anticipée, une sorte de prophétie en actes de ses incomparables destinées *?

1 Rom. V, 14; II Cor. xv, 45, etc. — On aie saurait nier la corrélation étroite des deux Te:?taraonts, sans détruire ce qu'il y a d'harmonique dans les œuvres de la Providence. Dès lors, pourquoi ne pas admettre que le christianisme se soit préexisté dans le mosaïsme comme dans son germe ; qu'il y ait vécu, pour ainsi dire, d'une vie figurative et prophétique, et que Dieu se soit plu à dessiner par avance, dans une ébauche imparfaite, quelques traits de cette grande histoire qui allait devenir celle du monde î K'est-ce pas la marche régulière de la Providence, même dans l'ordre physique , où nous voyons les petites choses préluder aux grandes , et ce qu'il y a de moins parfait laisser pressentir et deviner la perfection? Mgi' Freppel, Les Pères Apost., t« leç. L'Esprit et la Lettre. — Voir THOiiA.çsLV, Logm. theol. t. III, 1. 'V, de aclv. Christ., c. vn et suiv.

2 C'est ainsi que, dans la pensée de S. Augustin, tout l'Ancien Testament se rapporte au Sauveur. « Omnia quaa illis continentur librls , vel de Ipso dicta sunt, vel propter Ipsum.» Cont. Faust. XII, vn. En certains endroits il est décrit positivement : ce sont des prédictions et des figures. « Ibi spectatur imago ubi Imperator praesens non est. Imagines ergo prœferebantur antequam veniret Imperator noster Dominus Jésus Christus. Imaginibus sublatis, fulget prœsentia Imperatoris. » Ailleurs, le rapport est moins direct ; mais il n'est pas moins réel. Si l'Esprlt-Salnt ne parle pas

Ainsi, à considérer la conduite de Dieu dans le monde, on doit juger qu'il a préparé et figuré à l'avance l'avènement de son Fils : il en est de même, si l'on étudie la manière d'agir de Notre-Seigneur sur la terre.

Au lieu d'accomplir son œuvre dans un moment, il a voulu y consacrer un certain temps, et nous donner, comme son Père, l'exemple du progrès dans le bien. Tout ce qu'il se proposait d'établir d'une manière permanente, il a eu soin de l'annoncer par quelque figure. Il a montré l'image avant de donner la réalité, et il ne s'est élevé que graduellement, par divers essais, à la perfection de ce qu'il avait conçu. Ainsi , avant de s'immoler au Calvaire, il s'est offert, comme une hostie, au temple de Jérusalem. Avant l'institution de l'eucharistie , il a changé l'eau en vin à Cana et multiplié les pains dans le désert. Avant de remettre les péchés et de donner aux âmes la liberté des enfants de Dieu, ses apôtres avaient guéri les malades et chassé le démon des corps. Avant d'être placé à la tête de l'Église et d'établir à Rome le siège d'une autorité infaillible et permanente, saint Pierre avait proclamé , au nom de tous, la divinité du Sauveur, marché à sa suite sur les eaux, et dirigé la barque d'où la Vérité même rendait ses oracles. Dans toutes ces circonstances , le Sauveur agissait en prévision de l'avenir : In parabolam

du Messie , il ne laisse pas de penser à lui et de préparer à sa venue. « Non omnla quse gesta narrantur, allquld signiflcare putanda simt : sed propter illa quae aUquid slgnifîcant etiam ea quse nihll significant attesuntur. » S. AuG. De Civ. Dei, XVI, ii, 3. Ainsi, dans la construction d'un palais et dans la distribution de ses diverses parties, un habile architecte porte continuellement ses vues sur le Prince qui le doit occuper. Il rapporte tout à l'utilité, à la commodité, à la sûreté de sa personne, aux bienséances de son rang, à la facilité, à la nécessité, à la décence de son service. Quoique le Prince ne loge pas dans toutes les parties de ce grand édifice, toutes néanmoins sont à lui et pour lui; elles ne sont admises dans sa structure qu'à cause de lui, et aucune n'y aurait de place sans lui. « Sicutln citharis, non qnidem omnia quœ tanguntiir canoruiu aliquid résonant, sed tantùm chordae : caetera tamen ideô fabricata sur.t ut esset ubi vincerentur, unde et quo tenderentur illae quas ad cantilenœ suavitatem modulaturus et percussurus est artifex; ita in prophetlcis narrationlbus quas deliguntur aut aliquid jam sonant significatione futuronini aut si nlhil taie significant, ad hoc interponuntur ut sit unde illa signiflcantla tanquam sonantia connectantur. ^> S. Aug. C'ant Faust,, xxii, 91.

temporis instantis \ Il suivait la voie que son Père lui avait préparée. Il faisait comme le sculpteur, qui commence par esquisser sur une matière commune le chef-d'œuvre qu'il se propose de réaliser sur le marbre ou sur l'airain.

Un autre fait non moins remarquable, c'est le soin que le divin maître a pris, dans l'Evangile, de mettre en scène, sous forme de paraboles ou d'allégories, les principaux points de sa doctrine et tout ce qui devait devenir une règle de foi ou de conduite pour ses disciples. Qu'on so rappelle l'histoire des ouvriers de la vigne, des invités au festin, des dix vierges, du grain de sénevé, de la brebis perdue, etc. Tous ces récits n'ont- ils pas une signification évidente, souvent relative à l'avenir? Ne montrent-ils pas en Notre-Seigneur un dessein suivi de donner aux croyances de son Eglise une expression sensible et symbolique'-? Or, si telle fut la méthode du Sauveur en ce monde, n'est -il pas à croire que telle a été pareillement, dès l'origine, le dessein et le plan de son Père? Et puisque Dieu n'a besoin d'aucun efibrt pour réaliser ses allégories, puisqu'il dispose des événements et des hommes avec plus de facilité que nous ne disposons des mots et des caractères, peut-on douter qu'il n'ait usé de ce pouvoir, au moins dans les faits qu'il a pris soin de nous retracer lui-même par la maio des auteurs inspirés ^ ?

Mais il y a plus. On doit reconnaître que la vie du Sauveur est une allégorie continuelle de la destinée do l'Eglise, par conséquent qu'il n'y a pas moins de symboles, de significations mystiques, dans les récits de l'Évangile, qu'on n'en peut trouver dans les passages les plus mysté-

^ Her. IX, 9; XI, 19. — Omnia Ista ianuunt aliquid; Indlcare volunt aliquld ; intentoa nos f aciunt ; ut pnlsemus hortantur. S. Aug. Tract, in Joan. XV, 6.

^ SI noc f olium de arbore sine causa , nec unus ex passeribus sine Patrc cœlesti cadlt super terram, putero ego de ore sanctl Evangelistœ supernuum dlffluere verbum, praîsertlm In hlstoriâ Verbl ? Non puto. Plena cjuippe sunt omnla supernis mysteriis ac cœlesti singula dulcedlne rcdunilantia, si tamen diligentem habeant inspectoreni , qui novcrlt mel sugerc do petrâ. S. Beun. Eom. I supra Missus est.

3 Sicut humana consuctudo verbis, Ita diTiua potcntia facti» loquitur. S. Aug. Epist. eu, 33.

nOMÉLIES DES PÈRES 191

rieux de l'Ancien Testament. Qui ne sait, en effet, que le Sauveur est le type de tous les prédestinés , que chacun de ses mystères doit se reproduire spirituellement en chacun de nous, que nous devons tous, comme lui, porter notre croix, être immolés, être ensevelis, ressusciter, et nous élever au ciel? Y a-t-il rien de plus exprès, de plus souvent répété dans les écrits de saint Paul et des autres apôtres? D'un autre côté, qui ne reconnaîtra dans tous les miracles qu'il a opérés, dans ces guérisons d'aveugles et de paralytiques, dans ces résurrections de morts, dans ces délivrances de possédés, dans cet apaisement des tempêtes, l'image des effets de grâces qu'il allait bientôt produire dans les âmes'? Ces observations suffiraient pour mettre hors de doute les figures de la loi et pour justifier toutes les interprétations spirituelles de nos saints docteurs '. Si la multiplication des pains annonçait l'eucharistie , comment la manne ne l'aurait-elle pas présagée ? Si la pêche miraculeuse figurait la conversion des gentils,

' Interrogemus Ipsa miracnla : habent enim, si Intelligantur, lingnam saam. Xam factura etiam Verbi verbum nobls est. S. Aug. xxiv in Joan. 2; Dom. rv. Quadr. Et opéra et verba sunt, opéra qnia facta sunt , verba qnla signa sunt. In Joan. xuv, 1; Fer. iv hebd. iv Qiiadrag. Quotidiè aperlnntur oculi csecornm, etc. In psaîm. cxxxiv, 25. Cf. Brev. rom., nom. Dom. Quinq., lect. VIII ; Principes généraux pour l'intelligence des Prophéties, eh. X, etc. Paris, 1763.

2 On peut voir, dans les Mélanges du Gard. Wiseman, un travail étendu et très intéressant sur les Paraboles et les Miracles du Nouveau Testament. Le savant auteur fait voir que les paraboles et les miracles de NotreScignenr suffiraient pour établir d'une manière certaine les points principaux de sa doctrine et de sa morale. « Les paraboles, dit-il, contiennent le germe de tous les dogmes du christiani.^me , comme l'histoire d'Israël et de Juda , du Christ et de son règne, se trouvent dans les Prophètes... Et il y a une analogie évidente entre une parabole proposée en paroles , et une parabole mise en actions... Un miracle qtil, indépendamment de son objet immédiat et palpable , renferme une leçon destinée à fructifier ultérieurement, n'est -II pas, sous tous les rapports, une vraie parabole, une allégorie plus frappante que les actions symboliques d'Osée et d'Ezéchiel? » — Comparez, par exemple, la parabole de l'arbre stérile, Lrc. xni, 6, avec le miracle du figuier maudit, ilATTH. xxi, 18. — Ajoutez encore que Notre-Seigneur a clairement indiqué la signification de plusieurs de ses miracles. Ainsi, après avoir multiplié les pains au désert^ il déclare qu'il est le Pain vivant et qu'il veut être la nourriture des âmes. Joan. vi. Après avoir rendu lavneàl'aveugle-né, il se proclamela lumière du monde. Joan. ix. Après s'être ditla résurrection et la vie, il rappelle Lazare du tombeau. Id., XI, et:. « Talia sunt orania; sed oculos quoerunt. » S. Aug. De Ord. ii.

pourquoi la sortie d'Egypte n'eût-elle pas figuré la rédemption du monde et l'atrranchissement du genre humain ? Si la résurrection du Sauveur est le gage et le modèle de la nôtre, pourquoi Jonas, sortant après trois jours du ventre d'un monstre marin , ne serait-il pas le modèle et le gage providentiel de la résurrection du Sauveur?

On le voit, loin d'être étrange et contraire aux règles, la méthode des Pères est fondée sur des analogies incontestables et présente la vraisemblance la plus frappante. On peut ajouter qu'elle est de nature à donner une haute estime des livres saints, à en graver la doctrine dans l'esprit des fidèles, et à lui concilier, de la part de tous, le respect et la soumission.

Sans doute, quand il ne faudrait voir que la lettre, la parole inspirée mériterait toujours notre vénération : cependant elle serait moins riche, moins féconde, moins sublime. Pour moi, je l'avoue, elle ravirait moins mon esprit et mon cœur. J'aime à entendre Dieu parler notre langage par condescendance pour notre faiblesse; mais j'aime aussi à l'entendre parler en Dieu et user du langage humain d'une manière surhumaine ^ Quand on me montre dans toute l'Ecriture deux ordres de vérités, consignées à la fois sous les mêmes expressions, quand les tableaux qu'elle trace m'odrent partout les images de l'avenir réunies aux souvenirs du passé, quand elle me fait voir lù^ événements de tous les temps, dirigés par une même main , marchant vers un même but et convergeant à un mé.ne centre, elle revêt à mes yeux un caractère nouveau plus auguste et plus sacré -.

' « Numquatn sic locutus est homo sicut homo ille, » disait -on, après •ivoir entendu la pai-ole du Sauvear, Joan-. vu, 46. — Intellige ibi Chrifctnni, dit S. Augustin en parlant de l'Ancien Testament; non Bolam eapit quod legis, sed inebiiat. S. Acg. In Joan., Tract, ix, 3.

- Quid hâc historià vel illustrius Inveniri potest, quse universum orbem tante apice auctoricates obunuit , vel fidelius in quâ ita narrantur praeterita ut fiitura etiam prœdicentur, quorum niulta videmus implcta, esquibusea

Les deux Testaments s'éclairent et se complètent. L'Ancien , par ses figures et ses prophéties , rend témoignag(3 aux mystères du Nouveau ; les mystères du Nouveau vérifient les figures de l'Ancien et en prouvent le caractère prophétique. L'un et l'autre rappellent les deux chérubins de l'Arche, faits sur le même modèle et toiirnés également vers le propitiatoire; ou ces chœurs angéliques qu'Isaïe entendit, s'appelant et se répondant sans cesse; de chaque côté du trône de Dieu *. Le premier entonne le chant divin , le second le reprend d'une voix plus distincte, et tous deux disent un mot qui résume tout: Utriusque canticum Christus^. Par ce seul mot, toutes les énigmes se résolvent, les faits les plus singuliers s'expliquent et s'harmonisent. Le monde cesse d'apparaître comme un mélange confus de passions aveugles, de résultats imprévus, de desseins avortés. L'Homme- Dieu se montre au sommet de l'histoire, à la place et avec les attributs qu'exige sa grandeur : In omnibus ipse primatum tenens ^. Il étend de tous côtés sa présence et son action. 11 domine tout, il dirige tout, il

qua3 restant sine diibio speramus implenda? S. AvG.de Civit. Del, XVI, ii, 3. Omnes doctrlnas ipso etiam locutionis suœ more traiiscenclit, qnia uno oodeiuque sermone, dum narrât textiim, prédit mysterliim, et sic scit prœterita dicere ut eo ipso noverit fiitura prœdicere. S. Gheg. Moral. XX, 1. — Hoc ad dlgnitatem dlvinœ Soripturœ pertinet, ut sub unâ litterà multos sensus contineat. S. Tuom. Op. de Potenl. q.l, al. — Et alioquiu omnia quœ ostendimtur per allquod velamontum , inajoreni et augustiorem exhibent vcritateiu , sicut f ructiis qui in aqnâ pellucent , et formœ qua3 per tegumenta concednnt aliquam suî evidentiam. Clem. Alex. Strom, V, ix.

1 Nonne ta»quam,duo Seraphlm clamant ad Invicem coneinentiam laudis AlUsslmo : Sanctus j Sanctus , Sanctiis Dominus Deus sabaoth, ita ego Testamenta fideliter concordantia sacratam concinunt veritatem Deo ? S. AuG. Ep. ad Januariiim. Illce sunt duœ tibioB, quasi diverse sonantes , sed idem spiritus ambas inflat. Ibid. Tanquam si nomen Domini et auro et atramento scribatur. Hojn. xxvii.

^ Les deux Testaments regardent Jésus -Christ : l'Ancien comme sou attente , le Nouveau comme son modèle , tous deux comme leur centre. Pascal. Pensées. Des Figures.

•* Col. 1,18. — On a beau monter dans l'antiquité , ou redescendre aux âges nouveaux, rien n'apparaît avec le caractère des Écritures, ni rien avec la majesté de Jésus-Christ. Lacordaire, II" Lett. sur la piété. — La seule Église catholique remplit tous les siècles. La loi vient au-devant de l'Évangile. Être attendu, venir, être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde , c'est le caractère du Messie en qui nous croyons. Jésus-Christ est aujourd'hui , il était hier, et il est aux siècles des siècles, BossDET, Disc, sur l'IIist. univ., p. II, c. xxxi.

anime tout ; semblable au soleil qui s'assimile par sa clarté tous les astres errants, qui les vivifie par sa chaleur et qui les emporte dans son mouvement.

Saint Grégoire le Grand , se plaçant à notre point de vue, et usant de cette méthode, voit dans l'entrée triomphale du Sauveur à Jérusalem une figure de son passage à travers les siècles ; et il admire la place que Dieu a faite à son Fils dans l'histoire du monde K Lorsqu'il montait à la ville sainte, dit l'évangéliste, une troupe de peuple le précédait, une autre le suivait, toutes deux chantant ses louanges et bénissant sa venue avec une égale ardeur : Et qui prœibant et qui sequebantur damabant : Hosanna ' .' « N'est-ce pas ainsi , reprend le saint Docteur, que l'Hommc- Dieu a passé sur la terre et qu'il est allé prendre possession de sa gloire dans la cité permanente? La multitude des Saints lui forme un double cortège. Les élus de l'ancien peuple marchent en avant et annoncent sa venue; ceux du peuple chrétien ferment la marche. Lui se tient entre les uns et les autres, comme l'unique Sauveur et le médiateur commun : et tous, proclamant sa venue et chantant Hosanna d'une même voix, confessent sa grandeur et s'attachent à lui par les liens de la foi, de l'espérance et de l'amour. »

Ainsi, loin d'exposer l'Ecriture au mépris en essayant d'en dévoiler les mystères, nos saints Docteurs ravissaient les esprits les plus élevés. En même temps ils éclairaient les simples et se conciliaient les plus prévenus.

Comme nous l'avons dit, il faut des signes sensibles à la plupart des hommes pour s'appliquer aux vérités célestes. Ce qui ne frappe pas les sens ou l'imagination, ne fera jamais une vive impression dans l'âme. C'est pour

1 Maiic. xr, 9.

2 Hosanna salva vos dicitiir. Ab ipso enim Balutem et priorcs qnaeslerunt et prœsentes quEenint ; quoniam iina fpcs est et tina fides prrecedentlum et seqncntium populorum. S. Giœc. in Ezech. II, nom. x, 2.

celte raison que le Fils de Dieu s'est rendu visible *. C'est pour cela qu'après s'être incarné dans notre nature , il a voulu en quelque sorte incarner aussi sa doctrine, ses maximes, ses vertus; les rendre visibles dans des faits extérieurs et frappants, dans ses mystères et dans les exemples de ses saints^. Mais pourquoi voudrait-on que la divine sagesse n'eût pas fait pour l'ancien peuple ce que le divin maître devait faire en faveur de ses disciples? Pour faire entendre et retenir à ce peuple cbarnel les prédictions des prophètes, y avait-il un moyen plus efficace que de placer sous ses yeux une image, une figure, une esquisse de leur accomplissement^? Et ce mélange d'histoire et de prophétie, ce caractère figuratif de la vie des patriarches pouvait- il ne pas rendre leur postérité plus soigneuse encore d'en conserver le souvenir? Ainsi il convenait que Dieu suivît cette méthode pour l'instruction de son peuple; et les docteurs de l'Église ne pouvaient en négliger les avantages, lorsqu'ils avaient à enseigner la religion et à affermir les chrétiens dans leur croyance"*.

En même temps qu'ils fortifiaient, par leurs remarques, la foi des chrétiens, ils lui conciliaient l'estime et le res^ pect des infidèles eux-mêmes.

* ut dum visibiliter Deum cognosclmus, per hune In Invisibilium amorem rapiamur. Prsef. Miss. Epiph.

^ Vult Scriptura non folnm aurlbiis doceri popiilum, sed et oculis. Magis enim retinetiir quod visu quàm quod auditu ad animum pervenit. S. HiERON., in Jerem, XIX.

^ Umbra futurorum. Coloss. n, 17. Exemplaria verorum. Hebr. ix, 24.

^ On trouve à cet égard de bonnes observations dans pn écrit apologétique do Nicole sur les avantages et le fondement des interprétations splritutlles, placé ù, la tête du Traité de Hamon intitulé : Tableau des qualités et des devoirs des pasteurs, dons ce qui est dit par le Sage de la femme forte. — Mais il ne faut pas confondre les conclusions morales, les applications édifiantes, les réflexions pieuses, inspirées aux saints docteurs par la parole révélée, avec les significations spirituelles proprement dites. Une parole n'est pas seulement l'expression d'une idée, elle est souvent la révélation d'une âme; elle porte le cachet de son auteur, on peut y reconnaître ses dispositions. Elle apporte avec elle une lumière d'autant plus grande, qu'elle sort d'une intelligence plus éclairée et plus sublime. Donc, dans une parole de Dieu, robjet fût-U unique , 11 y a infiniment de remarques à faire et de profit à tirer. Cor Dei in verbis Dei, dit S. Grégoire le Grand. Quand il se glisserait un peu de conjecture dans ces études, quand toutes les déductions no seraient pas rigoureuses, qu'importe? L'objet ne laisserait pas d'être divia et le résultat excellent, — Cf. S. AuG. de Doct. christ. I, xxi.

L'antiquité a toujours un aspect vénérable et sacré. Naturellement on respecte ce qu'on a vu respecter, ce qu'on a trouvé en possession d'une autorité immémoriale. Il était donc à souhaiter que le christianisme ne fût pas dépourvu de ce caractère, et l'on. ne doit pas s'étonner que ses docteurs aient fait remonter aussi haut que possible ses premières origines. Quoi de plus propre à désarmer les païens et à calmer la fureur des Juifs, que de montrer aux uns et aux autres, dans cette religion qu'ils dénonçaient comme une nouveauté, une institution aussi ancienne que le monde, et de les convaincre que ce crucifié, à qui l'on reprochait de détruire l'œuvre de Moïse et des prophètes , avait été, non seulement prédit, mais tîguré par David, par Moïse, par Abraham, par Noé, par tous ceux qu'on vénérait depuis tant de siècles, dans les contrées les plus reculées de l'Orient < ?

Et qu'on ne dise point que ces figures sont contestables, et que des preuves douteuses ébranlent la vérité au lieu de l'affermir. Nous répondrons qu'un certain nombre, attestées par l'Esprit -Saint ou d'une évidence irrésistible, ne peuvent être révoquées en doute* , et que celles qui présentent moins de caractères de certitude, étant rappro-

1 Aussi les apologistes comme les prédicateurs des premiers temps insistent beaucoup sur cette considération. Ils exploitent d'autant plus tolontiers l'histoire sjTnbolique du christianisme , que son histoire réelle ne faisait que de commencer. 0 Christum et in novis veterem ! s'écriait Tertullien. Cent. Marcion. IV, xxt. 0 res gestas, sed proitlieticè gestas , per horaines sed divinitàs , dit S. Augustin. De Doct. christ. III, xm. Cf. Bossuet, Serm. ii, sur la Visitation. — Les monuments primitifs de l'art chrétien, tels qu'ils se révèlent chaque jour dans les catacombes, attestent également l'importance qu'avaient aux yeux des premiers chrétiens les figures prophétiques de l'Ancien Testament, et l'attrait qui les portait à remonter aux premiers rudiments de leur religion. Voir MARTIG^"Y, Dict. d'antiq. chrétiennes; in-i° , 1865; art. Figures.

- Matth. xn, 39. Cf. Gal. rv, 24. Qu<e sunt per allcgoriam dicta. 1 Coe. x; VI, 11. Eac avtem in figura facta sunt nostrî. Hebu. ix, 9. Quce pararabola est temporis instantis, etc. La loi n'avait que des ombres, dit S. Paul: Utnbrani habens lex faturorum bononini, mais c'étaient des ombres véritables. Hebr. x , i. Comme les objets éclairés par les premiers rayons du soleil projettent au loin une lueur qui les devance et les dessine, ainsi, sous les rayons du soleil éternel, Jésus -Christ et son Église jetaient d'avance dans l'histoire du peuple choisi une image d'eux-mêmes qui annonçait leur approche et présageait leur grandeur.

chées des premières, nelaissentpas de mériter considération et d'avoir une grande valeur, au jugement des esprits sages. Les tribunaux ont-ils jamais pris pour maxime de regarder comme nuls les témoignages qui ne sont pas absolument décisifs ? Loin de là ; leur règle est de tenir compte de tout, de confronter toutes les dépositions, de recueillir les moindres indices, de réunir toutes les vraisemblances, et de prononcer ensuite sur l'ensemble. Souvent aucune preuve en particulier n'entraînerait la conviction ; mais toutes les probabilités réunies équivalent à une démonstration. Il en doit être de même en cette matière. Ces allégories, ces allusions, ces figures, prises chacune à part, laisseraient l'esprit en suspens; mais réunies, rapprochées les unes des autres, expliquées et commentées par tant d'hommes judicieux et désintéressés, elles sont du plus grand poids, et ce serait une témérité de les traiter indistinctement de rêveries et de chimères ^

Maintenant, s'il faut tirer de ces considérations une maxime générale , nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il devait y avoir dans nos livres saints des allégories et des figures, que les Saints de l'Ancien Testament devaient représenter Notre -Seigneur aussi bien que ceux du Nouveau, que l'histoire de la Religion est nécessairement corps et âme , esprit et chair, comme l'humanité * , que la nature de Dieu et les besoins de l'homme l'exigent; mais nous affirmerons avec confiance que ce genre de langage, cette sorte de révélations, s'accorde parfaitement avec nos idées sur l'un et sur l'autre ; qu'au lieu d'être surpris que l'Esprit-

' Ita conjungant in contestatione Chrlstl voces suas ut cujnsvis obtusi Burdltas erubescat. S. Aug. Contr. Faust. XII, vu.

2 Sicut Vcrbum Dei genitum habet naturam divinam Invisibllem et bumaiiam visibllem , ita verbum Del scriptum babet sensum externum et iiiternum. Origen. De Princip, IV. — Item S. Cyuill. Alex. De Lcvit, I.

Saint en ait fait usage, nous serions étonnés de n'en pas trouver de traces dans nos monuments sacrés. Nous ajouterons que, loin de nous égarer, les saints docteurs nous ont rendu, par l'application de leurs principes, un service inappréciable, en nous révélant les plus précieux trésors de l'Écriture , en nous donnant la clef de ses mystères , en nous apprenant à soulever des voiles que nous n'aurions pas soupçonnés ou que nous eussions crus impénétrables *. Telle est bien la pensée de l'Eglise. Non seulement les interprétations spirituelles des Pères ne l'ont pas empêchée de nous les proposer pour maîtres , en nous faisant lire presque chaque jour leurs écrits au saint Office, immédiatement après ceux des auteurs inspirés; mais encore on peut remarquer qu'elle a choisi ses Leçons , de préférence, dans les endroits de leurs ouvrages où ils nous révèlent les sens les plus sublimes et les plus cachés. Et comment aurait-elle un sentiment différent, lorsque elle-même, éclairée par l'Esprit qui a dicté les Ecritures, aime tant à se servir de signes et de figures pour instruire et pour exhorter * ? Parlant sans cesse aux yeux par ses cérémo-

1 Combien nous sommes édifiés tons les jours , dit Bossuet, lorsque noua découvrons dans la sainte Écriture tant de preuves de la prescience de Dieu! Ces preuves inartiflcielles , qui viennent sans art, et qui résultent sans qu'on y pense des conjectures des choses, font des effets admirables. On y voit le doigt de Dieu , on y adore la profondeur de sa conduite , on s'y fortifie dans la foi de ses promesses; elles font voir dans l'Écriture des richesses inépuisables, elles nous donnent l'idée de rinflnité de Dieu et de cette essence adorable qui peut jusqu'à l'infini découvrir toujours en elle-même de nouvelles choses aux créatures intelligentes. C'est une des consolations de notre pèlerinage. Préface de l'Apocalypse. — Inutile de rappeler que ce livre n'est qu'une suite de symboles, ou de prédictions exprimées d'une manière emblématique, comme dans les anciens prophètes.

2 On peut voir, dans le Rituel comme dans le Pontifical, aux cérémonies de l'ordination en particulier, avec quel art l'Église emploie le langage des symboles, et quelle importance elle attache à le faire comprendre à ses ministres. — Mais , de pins , on ne peut nier qu'elle ne donne fréquemment aux faits bibliques qu'elle rapporte un sens spirituel et mystique. Ainsi , dans la fête de sainte Monique, elle fait lire Thistoire de la résurrection du jeune homme de as aïm , comme figure de la résurrection des pécheurs à qui Notre -Seigneur rend la vie de la grâce, à la sollicitation de l'Église, leur mère. A l'Assomption , elle lit l'évangile de Marthe et de Marie, parce qu'elle voit dans Marthe la figure de l'Église militante, qui a reçu le Sauveur chez elle, mais qui est forcée de le laisser pour so livrer à un travail

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nies et par ses temples, par tout l'appareil de son culte; ne communiquant souvent avec la multitude que par cette langue universelle des allégories et des symboles, comment ne trouverait -elle pas naturel que Dieu ait parlé aux hommes de la même manière, d'abord dans le grand temple de l'univers, puis dans le sanctuaire bien autrement divin des livres inspirés ? Comment ne se réjouirait' elle pas de voir que ses docteurs ont reçu l'intelligence pour comprendre ce langage , et une parole exacte pour en révéler les mystères < ?

Tel est pareillement le sentiment des saints. Pour la plupart, l'Écriture est comme un Thabor. Moïse et Elie s'y montrent sans voile; la loi et les prophètes y parlent du Calvaire; et ce qu'il y est donné de voir et d'entendre ne laisse à l'âme d'autre souvenir que celui de l'Homme-Dieu, d'autre impression que celle de sa grandeur souveraine et de son incomparable éclat ' !

Il n'y a donc à s'étonner de ce langage, à le mépriser du moins, que ceux qui n'ont pas le sens du christianisme, qui considèrent nos livres comme des ouvrages ordinaires, composés à la manière des livres profanes, écrits dans la même obscurité, soumis aux mêmes règles d'interprétation. Instruits peut-être dans les sciences humaines, ces hommes n'en sont que plus aveugles dans les choses di-

r(5nlble; et dans ilarle, la lignre de l'Église triomphante, surtout de Celle qui en est la Reine, et qui, réunie au Sauveur pour ne plus le quitter, possède en lui la meilleure part dans le repos et la joie du ciel. A la Dédicace , l'hospitalité de Zachée envers Notre-Seigneur et la récompense qu'il en reçoit sont présentées comme un Indice des biens que nous promet sa demeure parmi nous. Enfin, au saint Sacrement, on rappelle les paroles de Notre -Seigneur sur la manne du désert et les sacrifices de la Loi ancienne, et l'on chante les paroles du Docteur angéliqué : In figu- Tis pr<t!<)gnatur : Cum Isaac immolaiur, AgHvs Paschœ deputalur, Datur manna patribits.

* Annuntlavernnt opéra Del, et facta cjus Intellexerunt. — Répons plusieurs fois répétés dans l'Oflàce.

2 Dusit lllos in montera exceUumpeorsùmettransflguratusest ante illos. Ec ecce apparnerunt illis Moyses et Elias cum eo loquentes. Rcsponrteus autcm Petrns dixit : Si vis, faciamus hic tria tabernacula... Levantes autcm ocnlos suos, neminem viderunt nisi solnm Jesum. Matth. xvii. i, 8. — Erras, Petre, et sicut alius Evangelista testatur, nescis quod dicis. Noli tria tabernacula qusercre , cum unnm sit tabernaculum Evangelil In quo les et Prophetae recapitulanda sunt. S. Hieugn. , in Matth. xvn.

vines. Quand ils protestent contre le sentiment de l'Eglise, quand ils ferment l'oreille aux explications de ses docteurs et de ses saints , on peut les comparer à des enfants qui trouvent incroyable tout ce qu'ils n'ont pas vu et qu'ils ne peuvent comprendre; ou bien à ces hommes voués au calcul des chiffres et au maniement des affaires, qui traiteront de rêveur l'esprit le plus solide, parce qu'il prétendra juger, sur quelques paroles, du génie d'un orateur, ou lorsqu'il saisira dans quelques lignes d'un homme d'Etat, dans une allusion, dans un mot, le secret de l'avenir, avec toute une trame sourdement ourdie et soi;^neusement dissimulée.

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