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CHAPITRE II

Des fruits du saint Office.

Si quelque chose peut encore accroître notre estime pour le saint Office, c'est la pensée des avantages que nous devons en attendre pour l'Eglise et pour nous-mêmes.

Outre les besoins individuels de chacun de ses membres, l'Église, considérée dans son ensemble comme le corps mystique du Sauveur, a des besoins d'une importance capitale, soit pour la gravité des intérêts qu'ils affectent, soit pour l'étendue des secours qu'ils réclament. Bornons-nous à signaler ici les plus apparents. Ils suffisent pour faire sentir dans quelle dépendance elle est à l'égard du Ciel, et combien le secours de la grâce lui est indispensable.

Avant tout, l'Eglise a besoin de pasteurs et de ministres. Le souverain pontife, les évêques, les prêtres sont à son égard ce que la tête et les principaux organes sont au corps. C'est par eux qu'elle reçoit la vie et le mouvement. C'est à eux de l'éclairer, de la conduire, de la défendre. De leur vertu, de leurs lumières, de leur accord, dépendent sa force et jusqu'à un certain point son existence. Or, quel autre que Dieu pourrait lui donner ces pasteurs et ces

ministres? Quel autre serait capable de les former, de les sanctifier et de les rendre dignes de leur ministère*?

En second lieu, elle a besoin de saints, c'est-à-dire d'âmes ferventes et généreuses, uniquement dévouées, chacune en son état , à la pratique de la perfection chrétienne.

En effet, si la vie de l'Église est dans sa hiérarchie, sa prospérité et sa gloire ne sont-elles pas dans ses saints? Ce sont eux qui complètent l'enseignement des pasteurs et qui le rendent efficace. Ils ne se contentent pas de faire connaître les vertus chrétiennes, l'humilité, la mortification, la pénitence, le sacrifice : il les font aimer en les pratiquant. Les vocations héroïques sont leur partage, aussi bien que les dons miraculeux. C'est parmi eux qu'on trouve les prédicateurs de l'Evangile, les missionnaires dévoués, les religieux austères, les athlètes et les martyrs de la foi. C'est par eux que la piété se ranime , que les conversions s'opèrent, que les institutions se fondent ou se relèvent et que les prodiges du premier âge se renouvellent. Mais est-ce la nature qui les produit, est-ce le monde qui peut les former? Le monde n'est pas même capable de les comprendre. C'est Dieu seul, c'est son Esprit qui les suscite pour le salut de leurs frères et pour la gloire de son nom : In monte Sion erit salvatio et erit sanctus-, dit un prophète.

Une autre condition nécessaire au bien de l'Eglise, c'est l'union entre ses membres, et la paix avec les puissances du siècle. Comme elle ne subsiste que par l'identité des croyances et par l'unité du gouvernement, l'accord des esprits et des cœurs à l'intérieur est pour elle une nécessité absolue. Sans subordination et sans concorde, elle ne pourrait que se dissoudre et tomber en ruines. Quant aux puissances du dehors et aux gouvernements temporels, leur faveur ne lui est pas nécessaire, sans doute. L'expérience a montré qu'elle peut résister à leurs coups et triompher de leur hostilité. Néanmoins, dans l'intérêt du monde luimême, elle désire être en paix avec ses princes. Elle a besoin

^ I Cor. xn, 28. Il Cob. m, 6.

* Abd. 17. Dan. n. 20. I Cor. xn.

de la liberté que le divin Maître lui a donnée, pour enseigner sa doctrine, pour exercer son culte, pour vivre de sa vie; et elle demande qu'on la respecte si on ne la protège pas. Mais c'est au Ciel surtout qu'elle fait cette demande'. Elle sait bien que la paix et l'union ne sont pas le fruit des passions humaines, que Dieu seul est capable de retenir dans l'unité tant de forces divergentes , et d'imposer à la puissance le respect de la vérité et de la vertu.

Voilà donc trois choses, d'une importance capitale, que l'Eglise doit attendre du Ciel. Quand sa prospérité ne dépendrait d'aucui'ie autre condition, ne serait-ce pas assez pour la mettre, à chaque instant et de mille manières, à la disposition de la divine providence?

Ces besoins ne sont pas seulement constants : ils sont immenses. Chacun d'eux se complique d'une foule de difficultés particulières, et réclame une multitude innombrable de grâces. Or c'est une maxime et une loi générale, dans le christianisme, que toute créature est tenue d'invoquer le secours de Dieu à proportion des besoins qu'elle éprouve et dont elle a conscience. Notre -Seigneur consent à nous donner tout ce qui nous est nécessaire; il a même promis de ne nous refuser aucun des moyens qui peuvent nous aider à atteindre notre fin ; mais il veut qu'on les lui demande, et il tient tellement à nous voir implorer son secours , qu'il a soin de mesurer ses dons à la durée et à l'ardeur de nos instances*. L'Eglise elle-même est soumise à cette règle qu'elle inculque aux fidèles, et elle est obligée de leur donner l'exemple en s'y conformant la première.

' Obsecro primum omnium fleri obsecrationes, oratlonea pro omnibus hominibus, pro regibus et omnibus qui in sublimitate sunt, ut quietam et tranquillam vitam agamus in omni pietate et castitate. I Tim. n, 1, 2. L'Église est restée fidèle à cette recommandation de l'Apôtre. Elle prie à l'Office comme à la Messe : « Ut hostinra sublatâ formidine , tempora sint divinâ protectione tranquilla. » Pro pace. « Ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia securâ Deo scrviat libertate. » Orat. comm. « Ut et niundi cursus pacifiée dirigatur, et Ecclesia tranquilla devotlone Isetetnr. » IV Dom. post Pent.

- Pitice, et dabitnr Tobis. Luc. xi, 9. — Kon habetis, propter quod non poâtulatls. Jacob, iv, 2. — Conc. Trid., Sess. XI, xi.

C'est pour cela qu'elle est en prière depuis son ongine, et qu'elle ne cesse de faire prier ses ministres. Elle les charge de louer Dieu en son nom : c'est son premier soin au saint Office, comme c'a été celui de Notre -Seigneur dans l'oraison qu'il nous a apprise. Mais à l'exemple du même maître, elle veut aussi qu'ils l'invoquent après l'avoir glorifié, qu'ils sollicitent pour elle l'assistance du Ciel. Elle est convaincue que leurs prières exercent une grande influence sur la conduite de la Providence à son égard , et que les grâces lui arrivent plus abondantes et plus signalées à proportion qu'ils les demandent avec plus de religion et de ferveur. Super muros tuos, Jérusalem, constitui custo~ des : totâ die et totâ nocte non tacebunt ^ .

Qu'on ne lui impute pas de mépriser les vœux des simples fidèles : elle en reconnaît, elle en proclame la valeur-. -Mais ces prières particulières ne sont pas le fondement principal de sa confiance. Elle sait bien qu'elles sont souvent ferventes, comme tout ce qui est personnel et spontané; mais elle sait aussi qu'elles sont rares et hors de proportion avec ses besoins. Elle sait surtout que , dépendant d'inspirations variables et de coopérations incertaines, elles ne peuvent réunir les conditions spéciales qui caractérisent la prière de ses ministres, et qui donnent à leur intercession une efficacité souveraine.

Ce qui distingue la prière du Saint Office , ce qui en fait surtout la valeur, c'est qu'elle est catholique comme l'Église d'où elle émane, c'est-à-dire qu'elle joint l'unité la plus parfaite à la plus grande diffusion dans l'espace et dans le temps : Vox sermonum ejus ut vox multitudinis '. C'est aussi ce qui la recommande davantage auprès de Dieu et ce qui en assure le succès. Car s'il y a dans les livres saints des promesses générales pour ceux qui prient, on y trouve de plus des assurances particulières en faveur de ceux qui prient en commun et qui sont assidus dans l'exercice de la prière.

' Isalï: Lxvn, 6.

- Matth. ni, 7.

3 Dan. X, 6.

tt Quoi que vous demandiez à mon Père, dit le Sauveur, si vous vous accordez ensemble et que vous le demandiez de concert, vous l'obtiendrez; car je suis toujours avec ceux qui sont réunis en mon nom ^ » S'il suffit que deux ou trois de ses disciples soient réunis en son nom, et demandent ensemble une grâce à son Père , pour qu'il se joigne à eux et qu'il donne à leur prière une efficacité irrésistible, comment pourrait-il délaisser ses ministres, lorsqu'il en voit tant de milliers s'unir de la manière la plus étroite et se succéder sans interruption, pour implorer d'un même cœur et d'une même voix les divines miséricordes sur ses plus chères créatures *?

Il est difficile, dit encore un apôtre, que Dieu n'exauce pas la prière d'un juste, lorsqu'elle est assidue : Multum valet deprecatio justi assidua^. Mais si l'assiduité dans la prière peut donner aux désirs d'une seule âme une telle puissance, qu'elle devienne forte contre Dieu même, qu'est-ce donc qui résisterait à la prière de l'Eglise, à cette prière de tous les jours et de toutes les heures , qui depuis tant de siècles exprime au Ciel les mêmes vœux, et lui répète les mêmes supplications? Domine, quas tuonim preces exaudis, si has non exaudis * ?

' Si duo ex vobls conscnserint, de omni re quacumque petlerint, fiet lUis à Pâtre meo: nbl enim sunt duo vel très congregati in nomine mec, Ibi sum in medio eortim. Matth. xttti, 19.

2 Multl animl, dum congregantur unanimes, flunt magni, et multorum preces Imposslbile est contemnl. S. Amb. de Prec. — Coimus in csetum, nt adDenm, quasi manu facta precatlonibus ambiamus. HaecvisDeo grata. Apol. 39.

* Jac. V, 16.

* S. AcG. De Civ. DeL, xxn, 8.

S. Chrysostome , parlant de la prière publique, cite comme preuTC de .«on efficacité saint Pierre tiré de la prison d'Hérode, et fait remarquer la raison que donne saint Luc de cette délivrance miraculeuse : 0 ratio flebat sine intermissione ai Ecclesiâ ad Deum pro eo. Act. xn, 5. Si la prière d'un ou de deux fidèles a tant de pouvoir sur Notre - Seigneur, combien plus , dit saint Ignace, celle de FÉvêque et de toute son Kglise ? Ad Epltes., 5.

Ainsi l'Office de l'Église profite à l'Église entière, et il n'est aucun de ses membres qui n'en recueille quelque fruit. Mais le prêtre qui le récite n'a-t-il pas dans ces fruits une part spéciale et privilégiée ? Assurément. Le caractère d'homme public, qu'il revêt dans l'accomplissement de cette fonction, ne le dépouille pas de la propriété de ses actes. Les sentiments de religion, de confiance, de charilé avec lesquelles il s'en acquitte sont autant de titres à l'amitié de Dieu dans le présent, autant de gages de ses récompenses dans l'avenir. De plus, qui l'empêche de joindre des intentions personnelles à la récitation de l'Office, comme à la célébration du saint sacrifice, et par là d'appliquer cette prière à ses besoins particuliers ou à ceux des âmes qui lui sont chères? Ainsi, comme le dit l'Apôtre, celui qui sème des bénédictions est assuré de récolter abondamment la bénédiction '.

« Que de mérites on peut acquérir, dit saint Liguori, dans la récitation du saint Office ! Un seul psaume bien récité met en mouvement toutes les puissances de l'âme, et fait produire cent actes de vertu. Une Heure dite avec dévotion suppose au fond du cœur mille bons désirs, mille pieuses affections ^. » Quel trésor n'amassera donc pas pour l'autre vie un ministre sacré, qui produit intérieurement, dans le fond de son cœur, tous les actes de piété que ses lèvres profèrent, qui s'approprie, en les répétant, les louanges, les supplications, les actions de grâce dont l'Église veut qu'il soit l'organe. Peu importe, du reste, que, dans cette fonction, il pense à ses intérêts ou qu'il ne s'occupe que de ceux des autres. Le mérite résulte de l'œuvre même. Il

' Qui Eemlnat in benedictionibus , de benedictionibns et metet. I Cor. IX, 6. Quoniam débet in spe qui arat arare, et qui triturât In spe fructns percipiendl. 10,

* Les Psaumes, à l'usage de ceux qui sont obligés au saint Office, Introd,

n'est pas besoin de le chercher pour l'acquérir; ou plutôt on ne mérite jamais plus, dit saint Grégoire, que lorsqu'on s'oublie entièrement par charité pour ses frères '.

Quant aux intentions particulières qu'on peut avoir, quant aux recommandations spéciales qu'on peut faire dans l'Office, ces intentions, ces recommandations sont de véritables prières , d'autant plus efficaces qu'on plaît à Dieu davantage et qu'on est animé de dispositions plus parfaites. Or, quels intercesseurs doivent être plus agréables à Dieu que ceux de ses ministres qui sont chargés de le bénir à toute heure, au nom de son Eglise, et qui s'acquittent religieusement de leur saint emploi? Et quand seront-ils animés de sentiments plus parfaits, quand auront-ils des vues plus pures, des désirs plus fervents, une confiance plus vive, qu'au moment où ils remplissent leurs fonctions de médiateurs devant la Majesté divine , et où l'Esprit-Saint leur donne un secours tout particulier pour bien prier?

Nous avons, au livre des Actes, un exemple frappant du pouvoir que les ministres de Dieu peuvent exercer sur son cœur, en faveur de leurs frères. C'est dans le voyage que fit saint Paul , de Césarée à Rome , pour se présenter au tribunal de César. Le vaisseau qui le portait fut battu pendant quinze jours par une tempête si furieuse, qu'on se voyait à tout moment sur le point d'être submergé. La prière de l'Apôtre fut le salut de tous. Tandis qu'il veillait au fond du navire et qu'il implorait la miséricorde du Ciel, il lui fut révélé, non seulement qu'il échapperait à la mort, mais encore qu'en sa considération tous ses compagnons, jusqu'à ses gardes, seraient sauvés du naufrage : Astitit angélus Bomini, dicens : Ne timeas, Paule; ecce donavii tibi Beus omnes qui navigant tecum -.

N'insistons pas sur cet avantage commun à toutes les prières et généralement apprécié. Il en est un autre propre au saint Office, qu'il importe de signaler : c'est d'entretenir

' Pins enim pro se valere preces suas efficit qui lias et pro aliis Impcndlt. S. Gkeg. m. Moral., 1. XXV ; in Joi xui, 21 : Dominus convenus est cùm oraret Job pro amicis suis,

* AcT. XXVII, 23, 24.

en nous l'esprit de notre état, c'est d'être un gage de persévérance et de progrès dans la vie sacerdotale ^

Un des écueils les plus dangereux du saint ministère, c'est la dissipation. Les exercices extérieurs auxquels on est forcé de se livrer tendent plus ou moins à faire perdre le recueillement et la piété. Il est si difficile de s'occuper des créatures sans oublier Dieu, et de se mêler au monde sans perdre le ciel de vue ! Or le meilleur préservatif qu'aient les ecclésiastiques contre cette dissipation, n'est-ce pas le saint Office? Plusieurs fois le jour, le prêtre s'éloigne du commerce des hommes; il se retire à l'écart, dans le calme et le silence; puis, pour peu qu'il ait d'estime de son emploi et de désir de s'en biea acquitter, il se recueille, il rappelle à lui toutes ses puissances , il les tient fixées durant un certain temps sur les grands objets que l'Eglise propose à sa vénération : Dieu et ses perfections, Jésus-Christ et ses mystères, les Saints et leurs vertus : Cogitatio illim apud Altissimum^. Grâce à cette pratique, la foi s'exerce et se développe, les grandes images du monde invisible se conservent ou se ravivent, et par ce moyen l'âme répare incessamment les pertes qu'elle ne cesse de faire dans ses relations avec le monde.

Un autre mal , non moins à craindre pour les ecclésiastiques, et qui accompagne toujours la dissipation, c'est d'entrer dans les sentiments des hommes imparfaits avec lesquels ils vivent, et de se laisser gagner par leurs exemples. Comme les objets matériels tendent sans cesse, par une communication mutuelle, à se mettre dans un même état de température, et que cette égalité s'établit d'autant plus rapidement qu'ils ont entre eux plus de contact, ainsi les âmes tendent à se communiquer leurs qualités et leurs défauts; et l'influence qu'elles exercent ou qu'elles subissent est d'autant plus grande, que ces âmes ont entre elles des rapports plus fréquents et plus intimes. Obligé de vivre au milieu du monde, qu'il doit éclairer et purifier, ayant con-

' Verbnm Dei habitet in vobis abundanter, doceutes et .idiuonentes vosmetipsos, in gratla cantantes in coi'dibus vestrls Deo. Cor,, m. 16. * Sai'. V, IC.

tinuellement sous les yeux l'image de tous les désordres et de toutes les misères, le prêtre court un double péril, celui de perdre les sentiments surnaturels qu'il doit inspirer aux autres, l'horreur du péché, l'estime des vertus, l'amour de la perfection ; et celui de contracter l'esprit corrompu du siècle, les passions, les préjugés et les vices des mondains; péril d'autant plus redoutable, scandale d'autant plus pernicieux, qu'il est inévitable et qu'il agit sur l'âme d'une manière lente et insensible, semblable à un air infect et malsain, qu'on ne peut s'empêcher de respirer et dont on subit à son insu l'influence délétère.

Quel moyen d'échapper à ce danger? Un des plus puissants que la Providence nous offre, c'est encore la digne et fervente récitation du saint Office. Qui ne voit combien cette pratique est propre à nous préserver des influences corruptrices du siècle? A chaque heure du jour, ce saint Office nous enlève à ce milieu séducteur où nous vivons, et de cette atmosphère viciée du monde il nous transporte dans une région toute pure et toute céleste. Là notre âme respire en liberté l'air qui lui convient, l'esprit de foi, de religion, (le zèle, de charité; elle entre en rapport avec Dieu, avec .\otre- Seigneur, avec les saints. Elle converse avec eux'. Là elle est comme sur un Thabor, bien au-dessus du monde, assez près du ciel pour entendre les oracles du Père éternel , et pour contempler, avec le divin Sauveur, la loi et les prophètes, dans une clarté que le commun des hommes ne saurait porter. Là elle se rappelle les divins préceptes; elle entend les conseils de la perfection évangéiique; elle honore les vertus des saints ; bien plus , elle entre dans leurs sentiments et dans leurs pensées; elle s'unit à leurs prières comme à leurs actions de grâces. Ainsi se nourrit l'esprit sacerdotal ; ainsi le spectacle édifiant de la cité de Dieu fait

' Sacrlficium laudis honorificabit me , et lllic Iter quo ostendam illi salutare DeL Ps. lUX, 23, — Ideo ab omnibus cnris atque negotiis certi.s horis mentein revocamus, verbls orationis nosmetipsos admonentes, ne quod tepescere cœperat omnino frigescat. S. Aug. Epist. cxxx, 18. — In quantum homo per divinam laudem ascendit in Deum , in tantum per boc retrahitur ab hia quse sunt contra Deum, eectindum illud I&aias : Laude mtâ In/ranabo te, tu inkreaa. 3. Thom. 2' S'^, q, 91, a. 1.

contrepoids aux scandales de la cité du monde; ainsi peut s'accomplir la recommandation de l'Apôtre : In medio nationis pravœ et perversœ lucetis sicut luminaria in mundo, verbum vitse continentes ^ .

Il est rapporté dans la vie de saint Joseph de Cupertino, cet humble religieux du dix-septième siècle que Dieu s'est plu à combler des dons les plus merveilleux, qu'étant un jour consulté par un évêque d'Italie, récemment élu, sur les moyens à prendre pour réformer son clergé et le maintenir dans l'esprit de sa vocation , il se contenta de lui répondre : a Monseigneur, si vous voulez sanctifier vos prêtres, tâchez d'en obtenir deux choses : qu'ils récitent l'Office avec piété et qu'ils disent la messe avec ferveur. Il n'en faut pas davantage pour assurer leur salut. » C'est à ces deux pratiques que ce saint religieux rapportait luimême toutes ses journées. C'est à cette double source qu'il puisait toute sa piété. Il ne connaissait pas de livre spirituel comparable au Bréviaire. Ses délices étaient d'en réciter les prières et d'en méditer les paroles. Il y trouvait, disaitil, la lumière de son esprit et la nourriture de son âme^.

Nous pouvons citer un exemple tout contraire, mais non moins frappant.

Il y avait naguère encore parmi nous un ecclésiastique que tous admiraient pour son génie et dont un grand nombre vénéraient la vertu. Sans autre rang dans la hiérarchie que celui qu'il tenait du caractère sacerdotal , il s'élevait au-dessus de tous par son zèle comme par son talent, et il semblait destiné à faire triompher l'Eglise de son ennemie la plus terrible : l'indifférence religieuse. Comment l'espoir qu'on avait en lui fut-il déçu , et pourquoi cette carrière, qui devait être si glorieuse et si sainte, eut- elle une issue si fatale? Dieu seul pourrait dire par quels degrés la chute s'accomplit à l'intérieur, et quelle en fut la première cause; mais de graves esprits ont cru en saisir la

' Phiut. I, 15.

- Vie du Saint, par D. Bernini, ch. xu. Eome, 1722. Il ne craignait pas de rappeler l'obligation du Bréviaire à ceux qu'il savait y avoir manqué, et plus d'une Ms il dit à un prêtre dont Dieu lui faisait connaître les infldélités : Breviarium clamât ad te de terra.

trace, lorsqu'ils ont appris que ce prêtre ne priait pas comme ses frères, et que, regardant l'Office comme une entrave à son ministère, il avait obtenu, pour mieux servir l'Eglise, d'être exempté du tribut quotidien auquel tout ministre sacré est tenu envers Dieu. Quoi qu'il en soit, il y a une chose qu'on peut affirmer avec certitude : c'est qu'en laissant le Bréviaire, ce prêtre s'est privé d'un grand secours, d'une grâce d'état que l'Église a cru devoir assurer à ses ministres; c'est que, s'il avait employé, comme tant d'illustres et saints ecclésiastiques, quelques-unes de ses heures à prier dans le secret, au lieu de faire admirer au monde ses lumières et ses talents, il aurait acquis d'autant plus de mérites et obtenu d'autant plus de grâces qu'il eût pratiqué plus l'humilité ; c'est enfin qu'une telle chute est, pour tout ecclésiastique sage, une raison de plus d'aimer son Office, et de bénir l'Eglise d'avoir fait au clergé une obligation rigoureuse d'un préservatif si puissant et d'un exercice si salutaire*.

Ici s'applique une réflexion de saint Augustin sur le joug du divin Maître. « Il y a, dit ce Père, des fardeaux d'une nature si légère qu'ils allègent tout le reste , qu'ils soulèvent même ceux qui les portent. Telles sont les ailes de Uoiseau. Sans elles, il tombe à terre, et se traîne dans la poussière; avec elles, il s'élève, il vole, il se joue dans les airs. Ainsi en est-il des charges qu'impose le Sauveur^. » Ainsi en est-il du saint Office en particulier. C'est une charge sans doute, mais une charge qui soutient et qui relève ceux qui la portent'. S'en affranchir, c'est diminuer ses forces, c'est s'appesantir; l'accepter de bon cœur et la porter avec

* A une demande de même genre, un antre pape avait répondu : Maiediclum studium propter quod relinquitur officium. Rituel de Toulon.

^ Alla sarcina pondus habet : sarcina Chrisli pennas habet. Nonne et avi si alas detrahas, quasi onus tollis; et que magis onus abstulistl, eo magis In terra remanebit. Non volât quia tulisti onus ; redeat onus et volât. Talis est sarcina Christi. Portent iliam bomines, non sint plgri;et invenicnt quam sit levls, quam suavis, quam jucunda, quam lapiens in cœluiu et a tcrrenis erlpicns. S. Alg. In Ps. i.ix. 8.

^ Num verè levé est quod portantem non gravât sed levât? S. Bebn. Eplst. i.xxii, 2.

amour, c'est se soustraire aux influences de la terre, planer au-dessus de ce monde et s'élever vers le ciel ^

Nous avons donc dans notre Office un moyen puissant, non seulement de persévérer dans la vertu, mais encore d'avancer dans la perfection de notre état, c'est-à-dire de nous rendre conformes à Notre-Seigneur, et de devenir intérieurement d'autres lui-même.

En effet, l'Office n'a été composé, il n'est établi qu'afin d'exprimer, aussi dignement que possible, les dispositions religieuses de l'Eglise, ou, ce qui est la même chose, la religion dont son divin chef est la source et qu'il veut bien communiquer à ses membres. L'esprit que le Bréviaire respire, c'est celui de Jésus-'Christ souverain prêtre. Les dispositions qu'il exprime, ce sont les sentiments du Sauveur avec ceux de l'Eglise. Chaque office est comme un tableau de son intérieur : non un tableau mort et inanimé, mais un tableau vivant, où l'on voit son esprit agir, penser, sentir; où ses sentiments sont exprimés avec une fidélité d'autant plus grande, que c'est cet esprit même qui en a dicté presque toutes les expressions. Ainsi son respect pour la majesté de son Père, son horreur du péché, sa charité pour les hommes, son ardeur pour les biens célestes, son mépris pour les vanités de la terre, son aversion pour le plaisir et les jouissances sensibles , son zèle pour toutes les vertus , l'humilité , la douceur, la pénitence , le sacrifice, s'y montrent tour à tour sous les couleurs les plus vives et dans les proportions les plus parfaites.

Mais lorsqu'au saint Office nous exprimons à Dieu les sentiments du Sauveur, lorsque nous répétons ses maximes, nous les adoptons pour nous-mêmes, nous les proférons comme si elles étaient les nôtres , comme si nous ne faisions

* Portant lllas et portantur. Portant illas In terra, portantur ab lllia in cœlo. S. Arrc. Serm. ccxn-, 7, — Une ancienne tradition rapporte que, dans la solitude de la Saiute-Baume, sainte Madeleine était ravie au ciel sept fois le jour, qu'il lui était donné d'entendre les cantiques des Anges et de s'unir à leurs concerts. 29 juillet, t« leç. N'est-ce pas là, sous une image brillante, la faveur que l'Église procure à ses ministres, en les appelant sept fois le jour à célébrer les louaugiis de Dieu avec les paroles de VEsprit-Saiut, dans la société des bieuliemeuxî

avec lui qu'une seule personne. Or c'est là le secret, le grand moyen pour graver en nous ces dispositions et nous en pénétrer, en d'autres termes , pour nous unir à Jésus- Christ et nous identifier avec lui.

S'il suffit, en effet, de fréquenter les saints, pour se remplir de leur esprit et participer à leur sainteté, comment n'acquerrions-nous pas l'esprit du Sauveur, comment n'entrerions-nous pas dans ses sentiments , par l'union si étroite, si complète, si assidue, que le saint Office établit entre lui et nous * ? Car nous ne nous bornons pas à nous approcher de lui, à considérer ses œuvres, à échanger avec lui quelques paroles : en nous acquittant de ce devoir, nous pénétrons au plus intime de son cœur, nous en contemplons les dispositions les plus cachées, nous y conformons les nôtres, ou plutôt c'est lui-même qui vient en nous, qui s'établit au centre de notre âme. Il communique sa lumière à notre intelligence, il nous échauffe de son amour, et nous pouvons dire avec vérité, comme l'Apôtre, que ce n'est plus nous qui vivons, mais Jésus-Christ qui vit, qui parle et qui prie en 7ious '-.

Il ne s'agit pas ici d'un rapprochement purement extérieur ou d'un simple contact : il s'agit d'une union bien plus intime, fondée sur l'identité du principe divin, qui agit en notre chef, le Fils de Dieu fait homme, et en chacun de nous comme dans ses membres; d'où résultent d'abord une identité d'action , cette force divine agissant partout de la même manière, et ultérieurement une identité d'état, d'habitudes, de dispositions à l'égard de toutes choses.

Ainsi , quand ce saint Office est dignement rempli, c'est comme une communion de toutes les heures à l'intérieur du Verbe incarné^, et par là même un complément admirable de la communion eucharistique. A l'autel, il est vrai, nous recevons Notre -Seigneur tout entier; nous le

* Si, qui cum spiritualibus viris coUoqui soient, brevi sic commutant ur ut illorum prudentiam référant, quid dicere convenit de his qui cum Domino colloquia miscent? S. Chrys., De Orando Deo , 11b. II.

2 Usx: omuia operatur unus atquo idem Spiritus, dlvidens singulis prout viilt. I Cor. XII, 11.

-• Galat. :i , 20.

recevons avec toutes ses dispositions, et notre âme s'unit à son âme comme notre chair s'unit à sa chair. Mais nous ne voyons rien de particulier qui nous indique en détail ses sentiments et ses pensées , qui les rapproche des nôtres, qui agisse sur nos penchants et sur nos jugements pour les conformer aux siens ^ Le saint Office nous offre cet avantage. 11 distribue en nous, pour ainsi dire, ce divin trésor; il en déploie à nos yeux toutes les richesses; il nous force à les considérer l'une après l'autre, et à nous les approprier. Chaque pensée , chaque affection , chaque maxime du Sauveur devient une de nos pensées, une de nos affections, une de nos maximes. Par ce moyen, une œuvre d'assimilation s'accomplit; un nouvel esprit s'insinue dans notre âme et lui communique peu à peu une nouvelle vie: In venus mentis ac vires animœ succvs VerM descendit œterni ^. Ainsi se forme l'homme nouveau, la nouvelle créature, établie selon Dieu dans la justice et dans la sainteté^. Ainsi croît en nous un autre que nous, bien supérieur à nous, Jésus-Christ, le prêtre parfait, l'unique prêtre digne de la majesté divine. Il devient tout en tous. Ceux qui nous écoutent l'entendent , et ceux qui le connaissent admirent en nous un autre lui-même : Sacerdos al ter Christ us.

Voilà donc quel a été le dessein de l'Église en instituant le saint Office, et en l'imposant à ses ministres. Elle n'a pas voulu seulement pourvoir au culte divin et faire rendre

^ Quls mlhi det te fratrem meum, sugentcm ubera matris meœ, ut sanguis tuus sangulnem meum tangat et tergat; utfons aquse tuœ de scaturiginc recti cordis, per venas boni operis in finem œtein£e felicitatis exiliat? Ojffic. Sep. Dolor. D. M. V. Resp. vi.

2 s. Ambr. in Psalm. i, n» 33. — Hoc poculum bibe de quo dixit Propheta : M poculum iuum inebrians quam praclarum estl Psalm. xxii, 5. Utrumque poculum bibe Veteris et Novi Testamenti, quia in utroque Christum bibis. Kon in so'.o pane vivlt homo, sed in omnl vorbo Dei. Hoc verbum bibe, etc. S. Ambr. ibid. /^^-- /" '

3 In Cbristo nova crcalura. II. Cor. vi, 17. UAlA)fj>f7 W., ^^^^fi^- "V, 24.

- LIGRA

au Seigneur, sur la terre comme dans le ciel , des hommages non interrompus. Elle ne s'est pas seulement proposé de multiplier ses prières à l'égal de ses besoins, afin que Dieu multipliât ses grâces dans la même proportion. Elle a eu surtout en vue de pourvoir à notre persévérance et à notre sanctification , de nous pénétrer des pensées et des dispositions de notre divin chef, et de nous unir tous ensemble avec lui , dans un même esprit et dans un même cœur.

Tel est le fruit que retirent de l'Office tous les ecclésiastiques qui s'en acquittent avec une vive foi et une sincère religion. Les sentiments du Sauveur, l'esprit du sacerdoce, l'estime des choses saintes, le mépris du monde, l'amour des vertus , le désir du ciel , voilà ce qu'ils y puisent peu à peu; et c'est la conviction du profit qu'ils en tirent, qui leur inspire tant d'estime et de zèle pour leur sainte fonction. Ils s'y attachent d'autant plus qu'ils ont plus à cœur leur sanctification, et qu'ils sentent davantage le besoin de s'unir à Dieu et de se remplir de ses grâces *.

Je ne m'étonne pas de lire, dans les Mémoires des prêtres déportés, ces actes de martyrs ajoutés par la révolulion française à l'histoire de l'Eglise^, qu'un des amusements les plus cruels de leurs féroces gardiens, c'était d'enlever aux prêtres condamnés leur livre de prière et de les mettre dans l'impossibilité de s'acquitter du saint Office. On eût voulu , pour désoler leur patience, leur ôter la

* Mgr Brnté, d'abord directeur au séminaire de Baltimore , puis premier évêque de Vlncennes aux États-Unis (m. 1846), notait chaque soir les choses principales qu'il avait faites ou qui lui étaient arrivées dans le jour. Entre autres indications édifiantes , je distingue celle-ci , éloquente dans sa brièveté : A quatre heures, j'ai dit mon Bréviaire. Ohl les merveilles de cet Office du Saint- Sacrement !... — Ce peu de mots font connaître à la fois le cœur du missionnaire, l'estime qu'il faisait du saint Office, et les joies qu'il y goûtait.

2 Relation des peines et des dangers encourus par les pi-êtres du diocèse de Tours, déportés en 1793, par M. Leproust, déporté. — Récit ahrégé des souffrances de près de huit cents ecclésiastiques... aux environs de Rochefort, xtar un curé du diocèse do Paris. — Relation de l'abbé Maugras. — Mémoire de Mgr de Beauregard, t. II, p. 294. — Relation de ce qu'ont souffert les prêtres français détenus, en 1794 et 1795, o bord des vaisseaux les Doux-Associés et le Washington, dayis la rade de l'Ile d'Aix. Paris 1801.

pensée du ciel et le souvenir de Dieu : on leur enlevait du moins ce qui servait à entretenir l'une et l'autre. C'était une de leurs plus pénibles privations. Aussi gardaient-ils comme un trésor les rares exemplaires qu'ils avaient pu sauver *. Lorsqu'ils étaient un certain nombre dans un même cachot, ils se rassemblaient par groupes auprès des lucarnes pour suivre la lecture que l'un d'eux en faisait à haute voix. Quelquefois un gardien impitoyable, apercevant ce livre consolateur, le leur arrachait des mains et en jetait les pages au vent. On les voyait alors ramasser avec empressement ces feuilles éparses, en rapprocher les lambeaux et tâcher de suppléer de mémoire à ce qu'ils n'avaient pu recouvrer. Tant ils trouvaient de douceur dans ces saintes paroles, qui avaient servi si longtemps d'aliment à leur âme! Tant ils étaient heureux, dans leur isolement, de s'unir encore en esprit à leurs frères, d'entrer avec eux dans le cœur du divin Maître, et, suivant une parole de saint Cvprien, de prier Dieu dans le langage de Dieu!

Voici comment l'un d'entre eux, M. Dumonet, ancien principal du collège de Mâcon, prêtre d'une grande foi et d'une rare énergie, exprimait ses sentiments en une pièce de vers latins, écrits dans les derniers jours de sa vie pour

' An mois de juillet 1792, deux mois avant le massacre des Carmes, six ecclésiastiques d'Avignon ayant été condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire de cette ville, ponr refus de serment à la constitution Echismatique du clergé, on les conduisit au lieu des exécutions pour y Eubir leur sentence. Le plus figé se montra le plus intrépide. C'était M. Bravard, vieillard de soixante et onze ans, depuis longtemps directeur du séminaire de Saint -Charles. Entouré de furieux qui l'iHjuriaient et le menaçaient de leurs armes, il ouvre son Bréviaire, dont il n'avait pas voulu se séparer, et commence à le réciter en marchant an supplice. L'n des bourreaux, outré de ce sang-froid, lui fait tomber le livre des mains et le fait rouler à terre par dérision. Le digne prêtre le relève tranquillement en disant : « Laissez-moi donc me disposer à la mort ; vous voyez que je n'ai personne pour m'y préparer, k Puis il se remet à prier. Au moment de l'exécution, les bourreaux se font un jeu de le faire souffrir; ils le frappent longtemps de leurs sabres avant de lui donner le dernier coup. Enfin ils Tavertlssent qu'ils vont l'achever. « Quand vous voudrez , » répond-il. Et il présente la tête , vérifiant par sa fermeté cette parole de saint Cyprien : Sacerdon, Evangelium Christi teneTis, occidi potest, cinci non potest. (.Vie de M. Emery, t. I, p. 4C3.)

faire diversion à ses peines et trouvés après sa mort à bord

du Washington :

Sacra volumina si saltem solalio haberent! SoUicitudinibus presses quàm sacra levarent Cantical Quàm dulces haurirent fonte perennî Lœtitiée sensus! Solatia tanta negantur.

Tôt gladios inter pielas gemebunda silescit.

Ha;c ego scribebam dum me Neptunus haberet Perfidus et diris agitaret fluctibus aegrum *.

Héritiers du même sacerdoce, en possession du même trésor, félicitons-nous de notre partage et sachons nous en montrer dignes. Disons avec lePsalmiste, dans le même sentiment que lui : Boniim est confiteri Domino, etpsallerenomini tuo, Altiasime^. Respectons notre saint Office jusque dans sa forme extérieure, dans ce Bréviaire que nous avons sans cesse entre les mains ^. Ne craignons pas de témoigner l'es-

' Ajoutons encore cet exemple, plus ancien, mais non moins frappant, rapporté par Bm. Muller dans sa Théologie morale (1879).«Beatns Joannes Sarcander, parochus Holleschovienels In Moravia, martyr (17 Mart. 1G20), in carcere inclusus, per totum corpus adustus, dirissimis cruclatus doloribus, quamdiu in vlvis erat, Horas canonicas dicere numquam destitit, Cumque manibus per tormenta distortis folia Breviarii vertere non valerct lingua sua eum In finem usus est. Tribus Carthusianis , qui cum ipso in carcere erant detenti, amice monentibus ut viribus fractus ab OfBcio divino persolvendo se temperaret, protinus reposuit : « Psallam Deo meo, quamdiu fuero : educet animam meam de lacu miserise. Lingua mea tota die meditabltur justitlam ejus, et non tacebit laudem ejus. Amantissimi Patres, magniflcate Dominum mecum et exaltemus nomea ejus in idipsum. »

2 PSALM. xci, 2.

^ Cest un sentiment que l'Esprit de Dieu inspire à toutes les âmes religieuses. Un jour, dit Mgr Dabert, évêque de Périgueux, quelqu'un avait posé par mégarde un chandelier sur le Bréviaire de M. Vernet. « Mon ami, dit aussitôt ce digne Supérieur, ôtez ce chandelier. Ce livre est un Bréviaire ; il contient la parole de Dieu : il ne convient pas de rien poser dessus. » Vie de M. Vernet, supérieur du séminaire de Viviers, liv. IV. — On lit un trait semblable dans la Vie de M. Eurtevent, fondateur du séminaire de Lyon. — Sainte Catherine de Bologne (1463) avait une telle estime du saint Office, qu'elle voulut écrire tout son Bréviaire de sa propre main et l'orner avec tout le soin possible. Ce n'était pas pour elle nue occupation commune , ni une simple œuvre d'art ; c'était un exercice de foi et de piété. Elle n'employait à ce travail que les Jours de dimanche et de fête ; et elle se pénétrait tellement des choses qu'elle transcrivait , que souvent , les larmes s'échappant de ses yeux , il fallait lui enlever les pages qu'elle avait peintes, de peur qu'elle n'en ternît la beauté. On garde encore aujourd'hui, comme une relique précieuse, ce Bréviaire écrit en entier de sa main, et orné d'images coloriées de Notre -Seigneur et des saints. Il nous a été donné de le vénérer, avec le corps de la sainte, miraculeusement conservé dans sa cellule, changée en chapelle. Acta SS. 9 Mart.

time que nous en faisons. J'aime, je l'avoue, ce pieux lévite épris d'une telle alTection pour son livre d'Office qu'il ne s'en séparait jamais, ni le jour ni la nuit. Il faisait pour lui ce que faisait Alexandre pour le chef-d'œuvre d'Homère, ce que faisait saint Yves pour le Livre des livres*. Parfois, avant de l'ouvrir ou après l'avoir fermé, il le baisait avec amour. Comme saint François de Sales, il ne pensait pas qu'il y eût un plus beau livre après l'Evangile. Souvent il lui appliquait les paroles de saint Augustin sur le Psautier: Psaltcrium meum, gaudiiun meum^- ou celles de l'Esprit-Saint faisant l'éloge de la Sagesse : Si justitiam quis diligit, prudent iam docet et virtutes... Proposui ergo hanc adducere mihi ad convivendum , sciens qiioniam mecum communicabit de bonis, et ent allocutio cogitationis et tœdii mei. Non enim habet amaritudinem conversatio ejm, nec tœdium convictus illius, sed lœtitiam et gaudium ^.

Cependant , ô mon Dieu ! ce que j'admire, ce que j'envie par-dessus tout, c'est le bonheur de ceux qui conservent jusqu'à la mort l'esprit de religion et de prière que vous leur donnez avec ce saint Office; qui, loin de mettre obstacle par leur relâchement aux fruits que leur prière doit produire, y apportent chaque jour une plus grande ferveur et des dispositions plus parfaites. De tous les éloges qui peuvent orner la tombe d'un ecclésiastique, je n'en vois pas de plus beau, de plus désirable que celui que l'Esprit- Saint a fait du divin Psalmiste, et que nous répétons si souvent en l'honneur des saints pontifes : Ecce verus Dei cultor... De omni corde siio laiiiavit Dominum, et dédit in celebrationibus decus, et dilexit Deum qui fedt illum*.

' Bibliorutn codicem capiti instar palvinls supponebst. Brév. rom., 19 mai , lect. v.

2 In Psalm. cxxxvn, n» 3.

' Sap. vin, 9 et scq.

* EccLi. sLvu, 12. — TTii pienx et savant ecclésiastique de Tours, R. Ouvrard, clianoine de Salnt-Gatien, auteur de la Défense de l'ancienne tradition des Églises de France (1678), voulut qu'on gravât sur sa tombe ces deux vers, où l'on trouve l'expression de ses sentiments et l'abrégé de sa vie :

Dumvixi, divina mihi latis unica cura.

Poit obitum, eillaun divina mihi unica merca!.^

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