CHAPITRE Vil Du plan et de la structure du saint Office
Ce n'est pas tout d'avoir étudié isolément les diverses parties du Bréviaire et de comprendre chacun des passages qui sont entrés dans sa rédaction. Cette rédaction même est l'exécution d'un plan et le fruit d'une idée. Les éléments de l'Office n'ont pas été réunis au hasard : on les a disposés d'après certains principes, coordonnés dans un certain but, assortis selon certains desseins. C'est ce qui en fait une œuvre d'intelligence, et ce qui donne lieu aux études liturgiques. Tant qu'on ne possède pas ces principes, tant qu'on n'a pas saisi ce dessein, tant qu'on reste étranger à ce plan, on peut connaître les détails de l'Office, mais l'Office lui-même, on ne le connaît pas; de même qu'on ne saurait avoir la connaissance de l'homme physique, la science de son organisation , tant qu'on se borne à étudier chaque membre en particulier, sans considérer les rapports des membres entre eux et le rôle que chacun joue dans l'économie du corps humain'.
* A la première vue, cette succession, cette sorte de mélange de Psaumes , d'Antiennes , de Versets , de Bénédictions , etc., paraît bizarre et inexplicable. Néanmoins tout cela est fondé sur des raisons intrinsèques , dans lesquelles se reflètent admirablement l'esprit et la sagesse de l'Église catholique. Un observateur sérieux et impartial reconnaîtra que cet Office fonne un tout parfaitement ordonné et solidement motivô Insque dans ses moindres détails. Plus on l'étndiera, plus on en concevra d'estime. Allioli, Motifs intrinsèques des Heures canoniales.
Où trouver cette science de rapport , cette vue d'ensemble à laquelle les études précédentes ne peuvent que préparer? On la trouve, à un degré très élevé, dans les grands liturgistes, qui ont apporté à leur travail l'esprit de foi et de piété que le sujet réclame ^ On la trouve en particulier dans leurs ouvrages les plus anciens , dans ces monuments de savoir et de religion, composés à une époque où l'on avait, bien plus qu'aujourd'hui, l'intelligence et l'amour du culte divin; où l'on regardait l'Office comme la digne expression des sentiments de Notre-Seigneur en son Église ; où l'on était convaincu que, dans une œuvre si sainte, tout doit être réglé par les principes les plus sages et les vues les plus sublimes; où l'on croyait ne pouvoir mieux employer sa vie qu'à découvrir ces principes, à exposer ces vues, à faire comprendre et apprécier cette œuvre. Qui a mieux entendu les symboles de la langue sacrée, qui en a plus pénétré les mystères, qui en peut parler avec plus d'autorité que ces savants et pieux docteurs , dont la vie s'est passée loin des distractions du monde, dans le silence des cloîtres ou des basiliques, appliquée tout entière à la méditation des idées chrétiennes et à la célébration du culte divin '?
Est-ce à dire que la science liturgique fût dès lors parfaite, que les ouvrages de cette époque ne laissent rien à désirer? Non, sans doute; l'éclat de leur mérite n'exclut pas toute tache. Négligeant trop la forme dans leurs écrits,
* Voir les Tables de la Patrologie latine, t. I, p. 958; Opéra Patrnm liturgica usqtiead Inn. III (1215) ; Zaccaria, BiUiotheca ritualis, t. II; et Appendix, t. III ; Roskovaxy, Calilatus et Breviarium , t. V : Monumenta et litteratura. — Les ouvrages liturgiques les plus anciens ont été réunis et publiés plusieurs fois en un seul volume in- fol. , sous ce titre : De divinis Ecclesia Officiis ae ministeriis varii vetustoriim Patrum ac scriptonim libri, videlicet B. Isidori, Aîctnni, Âmalarii , Rahani Mauri, Walafridi Strabonis, B. Tvonis, Radulphi de Rivo, a M. Eistorpio repurgati.
* On peut leur appliquer le mot d'Isaïe : Prudentes eloqun mystici. m, 3. Suivant S. Grégoire le Grand, la parole de Dieu est comme la lampe du sanctuaire; la lettre en est le vase, le sens spirituel en est la flamme. L'amour des choses saintes, qui est dans le cœur du prêtre qui médite cette divine parole , est l'huile qui lui donne son éclat et sa chaleur. In I Reg. I, 4,
ils s'exposent à rebuter par la sécheresse ou par la diflusion. On peut trouver qu'ils exagèrent la portée de leurs principes. Ils donnent parfois leurs imaginations pour des réalités et leurs conjectures pour des démonstrations. En outre, ils se placent toujours à un point de vue qui ne peut plus être le nôtre. Pour expliquer le saint Office, ils commencent par le décrire tel qu'il se montre à eux dans les églises des monastères ou dans les cathédrales, avec l'appareil des cérémonies, la variété des personnages, la solennité du chant et les diverses évolutions du chœur. La lecture de ces auteurs ne dispense donc pas de réfléchir et de discerner ^.
Mais à côté de ces défauts, dont les premiers d'entre eux, Amalaire de Metz 2, Rupert de Duitz^, et même Durand de Monde*, le plus excellent de tous, ne sont pas exempts, on ne peut s'empêcher de reconnaître des qualités capitales qu'on chercherait vainement ailleurs : la vraie méthode qui convient au sujet, une connaissance approfondie de la religion , de l'Écriture et des Pères , une intel-
1 n conviendrait d'aillenrs de s'initier à l'intelligence de ces onvrages par la lecture de quelque livre plus élémentaire composé sous leur inspiration; par exemple : Exposition littérale et mystique des rubriqnes du Bréviaire, faite pour l'usage des séminaires, par Raymond Bonal, in- 12, Lyon, 1C79; Les Raisons de l'Office et des cérémonies, par Glande Villette, in- 4», 1611 ; Le Manuel du Bréviaire romain, où sont exposées clairement et méthodiquement les raisons historiques et mystiques des Heures canoniales, par De Peyronnet; 4 in -12, 1667. Le premier de ces ouvrages est fort élémentaire, mais précis, solide et pieux; le second abonde en aperçus, mais souvent personnels et arbitraires; le troisième a des longueurs, mais il est clair, judicieux, et fondé en autorités. Nou3 joindrons à ces auteurs M. Olier, dont les écrits, le Catéchisme chrétien pour la vie intérieure, en particulier, sont très propres à faire entrer dans l'esprit des mystères de Notre- Seigneur, par conséquent des fêtes de l'Église et de son Office.
2 De divinis Officiis, Uh. IV ; composé en 820 et dédié à Louis le Débonnaire, qui avait ouvert à l'auteur sa bibliothèque.
3 De divinis Offi/:iis, lib. XCIIl; 1135. L'auteur parcourt tons les Offices de l'année, et s'étend sur les Leçons et les Oraisons.
* Son Rationale divinorum Officioriim (1286) est comme la somme ou le code complet de la liturgie catholique. On a dit de cet ouvrage : Cceteri utiles, iste necessariiis. Au jugement de Dom Guéranger, c'est le dernier mot du moyen âge sur la mystique du culte divin. Ce fut le premier livre imprimé avec des caractères métalliques. On en trouve nn grand nombre d'éditions.
ligence parfaite des principes et des procédés liturgiques, un sentiment délicat des choses de la foi et de la piété, enfin des vues élevées et fécondes, qui éclairent et qui vivifient tout à la fois, qui inspirent la vénération pour l'Église et pour son culte, qui surnaturalisent jusqu'aux moindres pratiques et qui découvrent des instructions sublimes là où l'on n'eût aperçu souvent que des observances arbitraires et sans portée *.
Initié par de tels maîtres, éclairé par ses méditations, l'esprit s'ouvre à l'intelligence des mystères liturgiques. Peu à peu les voiles se lèvent, les idées se dégagent. On commence à concevoir le plan du saint Office; on en perçoit l'harmonie; on en saisit l'unité. Le sentiment confus qu'on en avait d'abord se précise et se développe. Bientôt tout prend un nouvel aspect : les fêtes, les cérémonies, les prières paraissent remplies de significations admirables. Mille emblèmes divins se dévoilent à l'âme, et les explications qu'on trouvait les plus étranges frappent par leur justesse. On n'a encore que des ombres, mais ces ombres parlent et révèlent des choses sublimes. Il semble qu'on ait acquis un nouveau sens, ou qu'on entende un nouveau langage. On s'étonne d'avoir pu si longtemps rester sourd à ce concert et ne rien apercevoir dans ce tableau; et, comme saint Augustin parlant des Ecritures, on compare l'état où l'on a vécu jusque-là, à celui d'un enfant, ou d'un homme sans étude, qui dans le manuscrit d'un chefd'œuvre littéraire ne saurait admirer que la main du co-
^ Nous n'étendons pas cet éloge aux liturgistes du xvm» siècle , ni à ceux du siècle précédent : ils négligent trop le sens des rubriques et des cérémonies ; ils ne songent qu'à en exposer les origines historiques et les régies matérielles. A ce point de vue, il est vrai, plusieurs ont un grand mérite: ïuoMAbsiN, Traités historiques et dogmatiques sur l'Office divin et Us fêtes de l'Église; Gkancolas, Traité de l'Office divin et de ses diverses parties, et Commentaire historique de l'Office divin. On regrette de voir l'érudition de ces derniers ouvrages déparée par des critiques malveillantes et sans fondement. L'ouvi'age du cardinal Bona : De divinà Psalmodia, est exempt de ces défauts. Ce savant auteur a su ajouter à ce que ses devanciers avaient écrit de plus édiflant sur l'Office divin, ca que ses recherches lui avaient appris d'intéressant sur son histoire et ses variétés , tout en conservant la hauteur des vues et l'onction sainte des anciens commentateurs.
piste et la netteté du caractère , sans rîen comprendre aux idées qu'il exprime '.
Que ces jouissances ne soient pas données à tous dans ce degré, nous l'admettons sans peine. Pour être goûtées pleinement, des consolations si délicieuses et si pures supposent une aptitude particulière ou certains dons peu communs de nature et de grâce. Elles demandent une connaissance approfondie de la religion et des saints livres ; l'amour de l'oraison, l'union avec Dieu, la sérénité de l'esprit, la pureté du cœur, l'oubli des choses matérielles et profanes. Montes excelsi cervis -. Mais quand on ne pourrait s'élever à cette hauteur, quand on 'devrait s'arrêter aux premières marches du sanctuaire et se borner à
^ Quemadmoduni qui videt litteras In codice optimè scrlpto et non novit légère, laudat quidam antlqnaril manum, admirans aplcum pulchrltudinem, sed quid sibl velint, quid indicent ilU aplces nesclt, et est ocnlis landator, mente non cognitor; alins autem et laudat artiflclum et oaplt intellectum, 111e utique qui non solum vldere , quod commune est omnibus, potest, sed etiam légère. S. Aug. Serm. xcvn, 3. In Luc, tii. — Il n'est pas pour l'âme de plaisir plus doux que de découvrir ces sens secrets, cette sagesse céleste , ce Verbe divin caché sous le voile de la lettre ou dans l'obscurité du symbole. C'est une joie semblable à celle des Mages en présence du Sauveur revêtu de notre nature et enveloppé de langes : Gavisi sunt gaudio magno valdè. Matth. n. 10.
2 PsALM. cni, 18. — Ce qui manque le plus souvent pour comprendre et goûter les mystères du saint Office , c'est la pureté du cœur : Beati viundo corde l Matth. v, 8. Cor purum pénétrât cœlum et infernum. Imit. II, 4. Il y a, dit Cassien, une infinité de langages de Dieu que les hommes n'entendent pas, parce que leurs passions forment comme des nuages qui empêchent cette parole d'arriver à eux avec sa force et sa clarté. Coiifér. xrv, 14. L'étude a son utilité assurément, et la réflexion aussi; cependant l'Esprit-Saint peut y suppléer par son onction intérieure; tandis que ni la réflexion ni l'étude ne peuvent suppléer à sa grâce : JJtilis lectio , utilis eruditio; sed magis unctio vcccssaria , quec sola docet nos de omnilnis. S. Bern. La Vén. Mère Agnès de Jésus recevait souvent l'Intelligence de la lettre même de l'Office, bien qu'elle n'en eût jamais appris la langue. Le jour de la Purification, 1626, Dieu versa dans son âme tant de lumière sur ce mystère, qu'elle entendit et comprit tout le sens des Psaumes efdes Leçons. Vie par M. de Lantage; III, v. Dieu accorda plusieurs fols la même grâce à sainte Lutgarde et à beaucoup d'autres. On Ht dans la Vie du B. Gilles , compagnon de S. François , qu'il avait d'ordinaire, en récitant les Psaumes, une telle abondance du lumières, qu'un seul verset lui eût fourni cent vues et cent expositions différentes. 0 si semel paululùm quid de adipe fni^menti unde satiatiir Jérusalem dégustasses , écrivait S. Bernard à un Religieux de ses amis, plus affectionné à l'étude qu'à la prière; quàin libtnter istas crustas rodendas litteratorilms Judteis relinqueresl Experte crede. Epist. cvi.
recueillir quelques rayons des lumières communiquées à d'autres, n'y aurait-il pas déjà assez d'avantages, pour attirer de ce côté nos affections et nos recherches ^ ? Il est si doux de voir la part qu'on a et la fonction qu'on exerce dans ce concert universel à la gloire du divin Maître! L'office dont on est chargé est si saint et si sublime, il répond si bien à son objet et à son principe, qu'on ne peut en considérer l'excellence et les mystères sans une admiration et un bonheur incomparables!
Qui ne serait ravi de voir le Verbe incarné glorifier incessamment son Père, sur la terre comme dans le ciel, remplir et consacrer par l'expression de ses louanges toute l'étendue du monde et toute la durée des temps, reproduire et développer sans fm ses divers mystères , alin d'en communiquer l'esprit à ses ministres et de le répandre par eux dans les cœurs des fidèles! Car tel est le spectacle qu'offre le saint Office , quand on le considère d'une certaine hauteur, ou dans les écrits de ceux qui en ont reçu l'intelligence : Plena est omnis terra majestatis gloriœ ejus-. Lies diei éructât verbuni, et nox nocti indicat scientiam^. Au sommet de la création , infiniment au-dessus de toutes ses oeuvres. Dieu se montre dans son immuable et féconde unité, objet essentiel de toute bénédiction et de toute espérance ; devant lui , à ses pieds , mais à la tète de son ÉgUse, Jésus- Christ apparaît comme la vraie louange de son Père, comme sa louange unique, totale, parfaite. Afin de multiplier ses hommages et de satisfaire son zèle, l'Homme-Dieu s'associe, dans tous les lieux et dans tous les temps, les esprits les plus élevés, les cœurs les plus saints , les lèvres les plus pures , et il en fait ses organes. Toutes ces lèvres, tous ces esprits, tous ces cœurs louent Dieu avec lui et le glorifient par lui. Tandis que ses mi-
^ Si nondum penetramus ad fontem, de rivo bibamus. S. Aua. In Joan. XXI.
2 Vidi Dominum sedentem super solium excelsum et elevatum, et ea quae sub ipso erant , replebant templum. Seraphim stabant et clamabant aller ad alterum : Sanctus, Sanctus, Sanctus Douiiaus Deus exercituum. Plena est omnis terra gloriâ ejus. Isal<e vi, 1, etc.
3 PsALM. xvui, 3.
nistres prononcent la formule de ses sentimentg,le Verbe incarné offre à son Père ces sontimcnts mêmes au fond de son âme, et il les communique par sa grâce à ceux qui les expriment. Ainsi ce ne sont pas seulement des membres de Jésus-Christ qui prient, chacun à part, tandis que le Sauveur règne au ciel dans l'impassibilité de la béatitude; c'est Jésus-Christ lui-même, résidant en son Eglise, et priant par ses principaux membres; c'est le pontife suprême, le prêtre unique et éternel, vivant dans ses ministres, qui ne cesse, suivant sa promesse, d'honorer, de bénir, de louer son Père, dans la dilatation de son cœur et dans la société de ses saints : In consilio justorum et congregatione *.
Non seulement on a cette consolation d'adorer et de bénir Dieu avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ, dans l'union la plus étroite et la plus certaine, mais encore c'est en Jésus-Christ, dit saint Augustin-, qu'on l'adore et qu'on le bénit. Car Dieu est dans son Fils pour s'unir et pour sanctifier le monde ^ , et c'est dans ce tabernacle qu'il se présente aux hommages et aux bénédictions de TEglise : Quia in ipso inhahitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter *.
Aussi les mystères du Sauveur remplissent-ils le cercle de nos solennités. Manifestation constante de ses dispositions et de sa vie, le saint Office nous représente incessamment les divers états par lesquels il a passé : d'abord sa naissance, son apparition aux gentils, sa présentation au temple; puis sa prédication , ses souffrances, sa mort; enfin sa résurrection, son ascension, son triomphe au ciel dans sa personne et dans celle de ses saints. En tous ces mystères, le Verbe fait chair apparaît à la fois comme principe et comme terme des hommages de l'Eglise, adorant comme homme, adoré comme Dieu, et comprenant dans sa double nature, avec toutes les perfections et tous les mérites, le
* PSALM. ex, 1.
2 Orat pro nobia ut SacerdoB , orat in nobis ut capnt nostrum , oratur in nobis ut Deus noster. Agnoscamus ergô in illo voees nostras , et voces èjus in nobis. S. Auq. In Psalm, lxxxv, 1.
3 II Con. V, 19.
* Col. u, 9.
culte du ciel et de la terre, la religion du temps et de réternilé : Totius mwidi una vox Christus ^
Telle est l'idée du saint Oflice*. Cette vue, toute sommaire qu'elle est, peut faire concevoir les merveilles qu'il renferme; car l'exécution est à la hauteur du dessein, et les détails répondent à l'ensemble , autant que la gloire de Dieu et l'honneur de rÉglise le demandent.
On peut dire, en effet, que si l'Esprit- Saint n'en a pas inspiré toutes les pensées, il a surveillé et dirigé ceux qui les ont écrites. Il a mis sur ce livre, comme sur son œuvre par excellence, le sceau de sa sagesse et de sa vertu : Hune Pâte)' signavit Deus ^. Tout y est plein , non seulement d'instructions saintes et touchantes, mais encore d'art, de combinaisons, de beautés ineffables : Mirabili altitudine et mirabili humilitate * . Tout y est harmonie et mystère, dans le
* s. Jerem. Epist. ad Heliod. lx, 4,
2 Noua en avons dans l'Apocalypse une image sensible : et Bcce In cœlo sedes posita et super scdem sedens. Et vldi In medio throni et quatuor animalium et in medio seniorum Agnum stantem tanquam occisnm. Et cum aperuisset llbrum , quatuor seniores ceciderunt coram Agno , baDentes singuli citbaras et phialas aureas plenas odoramentornm qusB sant orationes sanctorum. Et cantabant canticum novum. Et vidl et audivl vocem Angelorum multorum, et omnem creaturam quœ in cœlo est et super terram, et Bub terra, et quse sunt in mari, omnes audivl dicentes : Sedenti in throno et Agno henedictio et honor et gloria et poteatas in eœcula sœculorum. Et quatuor animalia dicebant : Amen. Et vigintl quatuor seniores ceciderunt iu lacies suas et adoraverunt in Bsecula saecalornm. » Apoc. v, 2 , etc.
^ JoAN. VI, 27. — «c Aucun livre, après l'Écriture, n'est marqué d'un sceau plus divin que le Bréviaire romain. Depuis plus de treize cents ans il se dit d'un pôle à l'autre. C'est proprement le livre de l'Église, le seul qu'on puisse appeler livre catholique, composé par l'Église et pour l'Église... Son titre, à lui seul, me remplit de respect et de contiance : Breviarium romaniun ex décréta il. Concilii Tndentinirestitntura, S. PU V JUS8U editum, CUmentia VIII et DrOuni VIII auctoritate recognitum. Ces mots me rappellent qu'en le disant je suis uni à l'Église catholique, apostolique et romaine, la seule véritable, et par elle à mon Dieu. Je parle , je pense , je prie comme elle. Ces idées agrandissent mon âme , me rassurent et m'encouragent. » De la Toub, Mémoire II , De l'union avec Borne. Sa forme, comme son fond, le distingue de tout ouvrage purement humain. On est forcé d'y reconnaître en particulier cette union merveilleuse de simplicité et de profondeur que S. Augustin ne se lassait pas d'admirer dans l'Ecriture et qu'il donne comme un des caractères les plus visibles de l'esprit de Dieu : Humillimo loquendi génère se prœbens omnibus et exerceus intentionem eorum qaf non sunt levés corde. Conf. VI, v. Omnibus accessibilis , quamvis paucisaimis petietrabilia. Ëi'itjT. cxxxvn.
■" S. AuG. de Docf. christ., iv.
fond des choses comme dans l'expression : Intùs et foris*. Les diverses parties des Heures , leur rapport avec notre existence, qui n'est que d'un jour sur la terre , mais qui doit se prolonger sans fin dans l'éternité, la succession variée des solennités et des offices, l'accord de chaque Office avec l'objet qu'il célèbre et la place qu'il occupe, tout révèle une pensée supérieure aux idées humaines; tout décèle l'action de Celui qui multiplie les merveilles sans effort et qui embrasse dans l'unité de son regard la variété infinie des personnes et des choses. Nulle part, en dehors des livres inspirés, la piété ne trouverait une occupation aussi délicieuse et aussi féconde. Aussi ne m'étonné-je pas d'entendre Bossuet signaler aux hommes du monde cet ouvrage comme un monument de la sagesse de l'Eglise -, et saint François de Sales, cet esprit si judicieux et si discret, prononcer qu'il ne connaît pas d'œuvre plus excellente et plus admirable ».
* Apoc. VI, 1. — Intis per splritalem intellectum , foris per sensum litterae simplicem. S. G-reg. M., in Ezech. Hom. ix. — Intùs et foris, quia et dictis occultioribus subllmioribusque satiantur fortes, et prœceptis apertloribus nos parvuli nntrimur. Ibid. Hom. x. — Qnœcumque in Offlcils ecclesiasticis consistant, divinls plena sunt signls atque mysteriis; ao singula sunt cœlestl dulcedine redundantia, si tamen dillgentem habeant inspectorem , qui noyit mel de petrâ sugere , oleumque de saxo durissimo. Durand. Rationale, in proœm.
2 Après la Lettre cxix, déclaration à M. de Bordes. Édit. de Versailles.
^ S. François de Sales modèle et guide du prêtre et du pasteur, I, vii. A ces deux autres autorités, il serait facile d'en joindre d'autres. — Le cardinal d'Astros, archevêque de Toulouse, apprenait par son exemple à ses ecclésiastiques quel amour ils devaient avoir pour le Bréviaire et quelles consolations ils pouvaient y puiser. « Étant encore simple prêtre, dit -il, et vicaire capitulaire de Paris, je fus dénoncé à Napoléon comme ayant répandu dans le public un bref du pape contraire aux prétentions da cardinal Maury et aux vues de la politique impériale. On me conduisit à Vincennes et on me mit au secret le plus rigoureux. Je me vis enlever tous mes papiers, tous mes livres, jusqu'à mon Bréviaire. J'appris ainsi p.ar la privation ce que je devais à mon Ofiace| de lumière, de douceurs et de force. Aussi mon Bréviaire fut - il ce que je réclamai avant tout. A force d'instances, et après de longs délais, j'obtins qu'il me fût rendu; et dès lors je me réconciliai à moitié avec ma prison. Je ne connus plus l'ennui. Je ne me bornai pas à réciter avec attention mon OfiQce ; je m'appliquai à le méditer, à rétudier, à l'approfondir. J'annotai les psaumes, les prophètes, les épîtres. J'en fis des sujets d'oraison; j'en tirai des matières d'instruction pour l'avenir. Knllu ce fut pour moi le principe d'une intimité qui est devenue l'une des plus grandes grâces et des plus douces joies
PLAN ET STRUCTORE 241
Ce n'est pas le lieu d'entrer dans les détails : il serait trop long de montrer par des exemples tous les trésors qu'un esprit droit et un cœur pur peuvent découvrir sous la lettre des saints Offices. Mais si quelqu'un se défie de nos éloges et nous soupçonne d'exagération, nous le supplions d'aborder une étude qui le mettra en état de juger par lui-même, d'après sa propre expérience ^ S'il est d'abord choqué, comme dans les livres saints, d'une certaine négligence et de quelque imperfection extérieure, son esprit ne tardera pas à s'élever au-dessusde ces considérations d'un ordre subalterne. Bientôt les formes superficielles disparaîtront à ses yeux^. II trouvera naturel que dans une oeuvre semblable, à laquelle tani d'auteurs différents ont dû mettre la main, chacun ait gravé l'empreinte de son pays comme de son époque. Loin de diminuer son admiration, ce reflet de la perpétuité et de la catholicité de l'Eglise sera pour son cœur un charme de
de ma vie. » Sa Vie, par le P. Caussette. — Ce fut le hasard, en apparence , dit le P. Newiuan , qui m'initia à la connaissance du Bréviaire , ce monument si admirable et si attrajant de la dévotion des Saints. A la mort d'Hurrel , en 1836 , on me pria de choisir comme souvenir un de fes livres. Je parcourais, en hésitant , les rayons qui étaient devant moi, quand un ami intime qui se trouvait à mes côtés me dit : « Prenez donc ceci . » C'était le Bréviaire qu'Horrel avaitaveclui. Jelepris,iel'étudiai,et j'en tirai la substance de mon Trac', sur le Bréviaire romain, dont l'apparition effraya mes propres amis. Depuis lors ce livre ne m'a pas quitté. Je l'ai toujours sur ma table , et je m'en sers journellement. » Histoire de mes opinions religieuses, p. III. Un nouveau converti , M. Evers , curé d'Orbach, on Allemagne, disait aussi il y a quelques années : «L'étoile qui m'a conduit au catholicisme, c'est l'étude, du Bréviaire romain. » Cf .'Wm-MAy, DuUin' s ]ievicic,i. XlIIjnovemb. \8-i.'i , sur la Poésie des prières liturgiques.
^ QusBrlte, et invenietis ; pulsate, et apei'ietur vobis. Qu£erite|legendo, et invenietis meditando ; pulsate orando, et aperietur vobis contemplando. S.Bern. de Modo orandi. — Lecto evangelio, codex evangelicus apertus datur Sacerdotl osculandus, cœteris vero clausus, ac si dicaturei : Tibi datutti est nosse mysteriuin regni Dei, cceteris veràin parabolis. HiLDEB.Serw. xcvi.
'^ Ou ne doit pas s'étonner si des hommes versés dans la littérature ou dans les sciences profanes ne goûtent pas d'abord les beautés de l'Office. Pour jouir de la lumière, ce n'est pas assez que le soleil brille : 11 faut une vue saine et capable d'en supporter l'éclat. Les golits changent avec les dispositions. — Propterea, vide ut potes modo, et cùmplus poteris, plus videbls. S. Bern. in Cant. Serm. xlv , 5. — Olim mihi Tulllns dulcescebat; blandiebuntur carmina poetarum ; Les, Prophette, Evangellum et omnis glorla sententiarum Domini mei et servornm ejus aut parva vldebantor aut nulla : nescio quomodô runc dulciùs Imnuirmurat filins Jesse, et onincs illos qnos diligcre consueveram, elingues reddit et mutos. Petu. Dam. kerni. de Sativ. Christi.
plus'. Enfin il rendra grâces à Dieu d'avoir placé dans le sanctuaire une source de vie si abondante et si pure; et il bénira l'Eglise d'avoir imposé à ses ministres l'obligation d'y puiser à tout instant l'esprit religieux qui les doit animer.
Tels sont, nous le savons, les sentiments de tous nos frères; tel est le témoignage que rendent par toute l'Église les voix sacerdotales les plus consciencieuses et les plus autorisées. Là même où dominaient récemment encore des préjugés contraires , on s'iionore aujourd'hui de reconnaître et de proclamer le mérite du saint Office. C'est un bonheur pour nous d'en citer quelques preuves.
« Pour tout juge sérieux et impartial , dit le docteur d'Ailioli, prévôt de la cathédrale d'Augsbourg - , l'Office est loin d'être un mélange confus de prières prises au hasard. C'est, au contraire, une composition savante, un tout parfaitement ordonné et solidement motivé jusque dans les moindres parties; c'est un livre de prières éminemment pieux, éminemment sacerdotal. »
<( Urbain VllI, écrit de son côté un savant professeur de l'Université de Tubingue ^, a mis la dernière main à la réformation du Bréviaire; et très heureusement il ne s'agit plus de réforme aujourd'hui. L'Office divin contient tant de choses instructives et édifiantes, qu'on se demande avec étonnement comment on a pu, à une certaine époque, le tourner en ridicule et le vouer au mépris. »
Enfin un pieux et savant ecclésiastique du diocèse de Soleure, M. J. Diiret *, termine ainsi une étude remarquable sur l'Office du Saint -Sacrement : a Ma conviction intime ,
1 Pour apprécier cette œuvre , il faut la voir d'ensemble , dans tous ses rapports avec l'antiquité, rhlstoii'e, le droit canonique, la musique, la poésie : faute de cela, on ne la comprendra jamais. » D. Gobeajîgku, Défense des Inst. lit., p. 138.
2 Ueier die inneren Motive der EanoniscTien Eoren. Sclussbemer- Tcung; 1848.
^ D» Probst, Brevier und Breviergébei. Tubingen, 1868.
^ Zeitsehrifl fur die gesammte EafhoUsche Théologie, Wien., 18.54; VII; XI, Die Schonheiten des Offldums in festo Corporis Christi. — On pourrait ajouter beaucoup d'autres noms également significatifs, AMugRoim, Hefele, NicTEL, Jakxeb, etc.
que je voudrais pouvoir inculquer dans le cœur de tous les prêtres, c'est que la structure de l'Office n'est susceptible d'aucune modification notable, et qu'entreprendre de le réformer dans sa substance , ce serait gâter un chef-d'œuvre d'un dessein et d'une exécution également admirables. Si l'on trouve l'Office sans attrait, ce n'est pas au Bréviaire qu'il faut s'en prendre. La raison en est, hélas 1 en nousmêmes : dans notre peu d'estime et d'affection pour la prière*. C'est de ce côté qu'il faut une réforme; c'est là qu'il faut porter la main. Que le divin Esprit daigne faire abonder sa grâce dans l'âme de tous les prêtres : tous goûteront le saint Office et sauront en profiter * ! »
* Agendnm prius est ut non oderls, deiiide ut âmes. S. Aug. De util, cred., VI, 13.
2 Item, SIabillon, Disquisitio de Cursu gallicano, n» 75.